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PREUVES TIRÉES DE L'HYPNOTISME EXPÉRIMENTAL

Dans le chapitre précédent, nous avons vu que, chez les hystériques, les phénomènes spontanés, observés à l’état de “veille, ont une tendance des plus marquées à se localiser nettement dans l’un des deux côtés du corps.

Sur les nombreuses malades qu'il nous a été donné d’hypnotiser dans le service de M. Dumontpallier, nous avons été frappé de voir que les phénomènes les plus saisissants et les plus matériels constatés dans l'hypnotisme, c’est-à-dire les contractures provoquées, présentent, encore plus-qu’à l’état de “veille, le caractère d’unilatéralité.

Tout récemment, voulant démontrer d’une facon évidente la distinction qui existe dans les contractures provoquées dans chacun des états léthargique ou somnambulique, M. P.Richer rendait une malade en même temps hémi-léthargique et hémisomnambule. Alors les muscles de chaque moitié du corps, possédant les propriétés spéciales à chacun de ces deux états, la démonstration des deux sortes de contracture devenait des plus saisissantes.

Les hystériques hypnotisables étant habituellement hémianesthésiques, M. Magnin, en constatant, sous mes yeux, que les contractures ne se produisent que du côté sensible, mettait une fois de plus en lumière la tendance qu'ont les phènomènes à se localiser d'un seul côté du corps.

(1) P, Richer. Note sur les phénomènes neuro-musculaires de l'hypnotisme. Mém. de la Soc. de biologie, décembre 1883, p, 50, Bérillon. 10

L’expérimentateur pouvant à son gré transférer la sensibi= lité d'un côté à l’autre, M. Magnin pouvait en même temps, par ce procédé, transférer la contracture de l’autre côté. L'état du sens musculaire se montrait aussi parallèle à celui de la sensibilité (1).

Comme nous le savons par les études rapportées dans le précédent chapitre, ce transfert ne s'opère qu’à la suite d’une excitation aboutissant à l’un des hémisphères. Un raisonnement bien simple suffit pour établir la relation qui existe entre Ces phénomènes d’unilatéralité et le degré d’indépendance des deux hémisphères cérébraux.

L'emploi de la métalloscopie, qui permet de fixer ou de faire apparaître la sensibilité dans telle ou telle région, au gré de l’expérimentateur, nous a servi fréquemment à mettre en évidence de la facon la plus nette la tendance de l'organisme humain à se comporter différemment d’un côté à l’autre.

Rien n’est plus facile, en effet, que de diviser les malades en deux segments : l’un droit, l’autre gauche, segments dont l’état varie au gré de l’expérimentateur, suivant la disposition des plaques.

L'emploi des divers agents physiques {le vent d’un soufflet, la chaleur, le froid, les courants électriques, l’aimant, le son, la lumière, les excitations mécaniques faibles) permet de provoquer, aussi nettement que les métaux, en même temps que des effets æsthésiogènes, l'apparition de la contracture sur l'un ou l’autre des côtés du corps (2).

M. Dumontpallier nous a fait constater un très grand nombre de ces faits d’unilatéralité, notamment en ce qui concerne la production des pieds bots hystériques. Nous ne les relaterons pas ici, voulant simplement faire remarquer que, s'ils existent fréquemment et même d’une facon générale à l’état de

(1) P. Magnin. Remarques générales sur l'hypnotisme. Mém. de Ja Soc. de biologie, décembre 1883, p. 48.

(2) Dumontpallier et Magnin. Etude expérimentale sur la métalloscopie, l'hypnot sme et l'emploi de divers agents physiques dans l'hystérie, Compt. rend. de l’Acad. des Sciences, 1883, p. 60.

— AAT —

veille, ces faits sont encore plus fréquents et plus manifestes à l’état d'hypnotisme. .

Nous avons cru devoir les rappeler avant d'aborder les expériences dans lesquelles les divers auteurs qui se sont occupés d’hypnose expérimentale ont eu pour but, ainsi que nous- - même, de mettre en lumière les effets produits par l'excitation médiate des centres cérébraux.

Nous ne referons pas ici l'historique de l'hypnotisme expérimental. |

Braid, en définissant l’hypnotisme, « un état particulier du système nerveux, déterminé par des manœuvres artificielles », Va fait entrer dans le domaine scientifique.

Depuis, l’hypnotisme peut être considéré comme une des branches de la physiologie expérimentale. Cependant, il faut arriver aux expériences et aux publications de MM. Prayer et Heidenhain en Allemagne, Charcot et Dumontpallier en France pour y trouver cet esprit de méthode, et cette rigueur, et cette précision, qui caractérisent seuls la vraie science.

M. le professeur Charcot, en apportant à ces études le contrôle de son autorité si compétente, en démontrant qu'il faut distinguer dans l’hypnotisme trois phases ou états nerveux principaux qu'il a désignés sous les noms d’éfat cataleptique, d'état léthargique el d'état somnambulique et, en assignant à chacun d'eux une symptomatologie (1) propre, à jeté une vive lumière sur un grand nombre de points où jusqu'alors avait régné la confusion.

En effet, la somniation provoquée est bien une névrose expérimentale à plusieurs degrés, dont la constatation est indispensable pour l'interprétation des phénomènes.

Il ne faut cependant pas oublier, comme l'ont fait remar: quer MM. Dumontpallier et Magnin, qu'entre chacun des états décrits par M. Charcot, états qu'on a appelés francs, on en a observé d’autres que, par opposition, on a appelés états mixtes.

(1) Charcot. Compt. rend. de l'Acad, des sciences, 1882. Progrès mé dical, 4882. .

Nous pensons, comme ces derniers auteurs, que les, différents états de l’hypnotisme ne sont que les différents degrés d’une même affection, degrés entre lesquels il ne saurait y avoir de transition trop brusque.

Enfin, M. Dumontpallier, en démontrant, dès le début de ses expériences, que tous les agents qui ont déterminé une action. peuvent la défaire, et en insistant surtout sur ce fait que l'agent mis en œuvre est toujours celui qui défait le plus rapidement sa propre action, fournissait aux expérimentateurs un procédé dont la valeur a été immédiatement reconnue par tous.

En effet, celte proposition « l'agent qui fait, défait » est une loi qui, en hypnotisme, ne supporte pas d'exceptions.

A l’aide de toutes ces données précieuses, l’expérimentation hypnotique devait faire de rapides progrès.

D'ailleurs, depuis longtemps, certains observateurs clairvoyants avaient soupçonné le parti qu’on peut tirer de cette expérimentation humaine, qui, entre des mains exercées, n’est susceptible d'aucun reproche.

M. Dupau, dès 1824, suppléant Magendie dans son cours, lisait à ses auditeurs, pour leur démontrer que l’admission d'un fluide magnétique n’était qu’une hypothèse sans fondement, ce passage de l’Æssai philosophique sur les probabilites, de Laplace : |

« De tous les instruments que nous pouvons employer pour faire connaître les agents les plus imperceptibles de la nature, les plus sensibles sont les nerfs, surtout lorsque des causes particulières exaltent leur sensibilité. Ce sont les phénomènes produits par l’extrême sensibilité du système nerveux dans quelques individus qui a donné naissance à diverses théories sur l'existence d’un nouvel agent que l'on a nommé magnétisme animal. »

Et dans leur dernier mémoire à l’Académie des sciences, MM. Dumontpallier et Magnin concluaient en ces termes :

« Il ressort de tous ces faits que les hystériques, en état d'hypnotisme, offrent une hyperexcitabilité nerveuse telle, qu'il n’est pas d’instrument de physique qui puisse accuser à

un même degré des actions aussi infinitésimales déterminées par les divers agents physiques. »

C'est la même constatation qui faisait dire à un physicien éminent, M Jamin, assistant aux expériences de la Pitié, cette parole que nous avons retenue : « Dans nos laboratoires, nous n'avons pas de réactifs plus sensibles aux agents physiques que ne le sont vos hystériques. »

Toutes ces considérations n'étaient peut-être pas inutiles pour justifier l’hypnotisme expérimental des critiques que pourraient lui adresser des esprits incompétents ou animés d'idées préconçues. Nous avons pensé qu’il fallait démontrer qu'il y a tous les éléments d’une science sérieuse et féconde, éléments qu’on ne saurait négliger.

D'une facon générale, les diverses périodes de l’hypnotisme et tous les phénomènes qui les caractérisent sont susceptibles d'être provoquées sur le corps tout entier.

‘En un mot, l’action qui produit l'hypnotisme, impressionne également et simultanément les deux hémisphères cérébraux.

D'ailleurs, le premier symptôme apparent qui se présente à l'observateur, chez le sujet qu’il veut endormir par le procédé le plus fréquemment usité, celui de la fixation du regard, c’est une contraction spasmodique répétée de l'iris.

Le mouvement spasmodique de l'iris est causé par une contraction du muscle ciliaire, qui entre bientôt en état de contracture et produit alors dans l’œil ce qu’on nomme le spasme d’accommodation (1).

Les globes oculaires font en même temps une légère saillie hors des orbites, il y a un certain degré d’exorbitisme et de dilatation des pupilles. L'ensemble de ces phénomènes répond à une excitation du grand sympathique qui se produirait au moment où les centres cérébraux seraient influencés par le début de l’hypnotisation.

Lesÿ Geux hémisphères, ainsi que l’indiquent les signes

(1) Ladame. La névrose hypnotique, 1881, p. 78.

extérieurs, étant excités en même temps, .il se produit nécessairement une hypnose totale.

Ces faits n’apportent aucune preuve démonstrative à l'appui de la théorie de l'indépendance fonctionnelle des hémisphères ; aussi nous n’insistons pas,

Au contraire, il en est une série d’autres dans lesquels l’action qui produit l’hypnotisme a pu être :

1e Soit localisée à un seul hémisphère ;

2° Soit exercée simultanément sur les deux hémisphères, mais à un degré différent ou par procédé particulier pour chacun d’eux.

Dans le premier cas, nous avons une hypnose cérébrale unilatérale ; dans le second, une hypnose cérébrale bilatérale.

Ce sont ces divers modes que nous allons étudier successivement.

Hypnose cérébrale uni-latérale.

Les faits d’'hypnose unilatérale que nous allons passer en revue ne sont peut-être pas aussi nouveaux qu'on l'a prétendu dans ces derniers temps : à

« Braid, nous dit Ladame (1), produisait déjà les symptômes de l’hypnotisme unilatéral en réveillant la moitié du corps, si l’on peut s'exprimer ainsi : il soufflait sur un œil et réveillait le côté correspondant, c’est-à-dire que le patient, auparavant en catalepsie totale, voyait de nouveau avec cet œil, et que l’état cataleptique disparaissait du même côté du corps.

Braid lui-même s'exprime ainsi à ce sujet :

« Supposons, chez un sujet hypnotisé, la même torpeur de tous les sens, avec rigidité du corps et des membres, un courant d'air ou une légère pression contre un œil rendra la vue

(1) Ladame. La névrose hypnotique, p,116.

= fÿi —

à cet œil, et la sensibilité ainsi que la motilité à une moitié du corps, — du même côté que l’œil manipulé — mais laissera l’autre œil insensible et l’autre côté rigide et à l’état de torpeur... »

«Il me semble étrange, ajoute-t-il, qu’en agissant sur un œil, on puisse communiquer sensation et motion au même côté du corps, si l’on considère surtout que l'influence motrice provient de l'hémisphère opposé du cerveau. (1) »

Depuis, Kaiser a signalé la possibilité d’une hypnose unilatérale sans abolition de la conscience. Il réussit, en exerçant une pression prolongée sur un des deux côtés du front, à abolir l’action de la volonté sur les muscles du côté opposé.

Heidenhaiïn (2) a été plus précis. Il a formulé un manuel ‘opératoire qui permet de réaliser la paralysie de l’un des deux hémisphères cérébraux.

« Veut-on, dit cet observateur, étudier i’hypnotisme unilatéral sur une personne sensible, il est opportun de la faire asseoir et de frictionner un point de la tête, pendant quelque temps, avec la main chauffée. Fait-on, au bout de 30 secondes, élever les deux bras, l’un des deux est le siège d’un sentiment de pesanteur en vertu duquel il s'élève moins haut que l’autre. Sion poursuit les frictions et la pression, il devient de plus en plus impotent. Si on cherche à le soulever de force, il est pris de temps en temps de contracture. Get état produit artificiellement peut disparaître par un seul coup sur lemembre qui en est le siège. »

Les troubles unilatéraux de la motilité déterminés par le procédé d’Heidenhain sont les suivants :

« Des frictions prolongées de la partie gauche du sommet de la tête déterminent une sorte d'état parétique des muscles des membres et de la face du côté opposé. Si l’on insiste, la paralysie s’accentue et les membres présentent le phénomine

(1) Braid. Neurypnologie. Trad. J. Simon, 1883, p. 61 et 62, (2) Heidenhain. Die sogenannte thierische Magnetismus ; Physiologische Beobatchungen. Leipsig, 1880.

d'hyperexcitabilité neuro-musculaire, ce qui indique qu'ils sont nettement en léthargie, » ;

Ainsi, quand Heidenhain et Grütner (1) avaient procédé, ainsi qu'il vient d’être dit, sur la partie gauche de la têted’un sujet en expérience, le patient pouvait à peine lever son bras droit ou remuer la jambe du même côté. S'il riait, la joue droite restait tout à fait immobile.

De plus, l’hypnotisé présentait une aphasie alaxique. Dès que l’aphasie était survenue, il était Pons aux sujets ainsi hypnotisés de lire ou de répéter le mot qu’on prononçait devant eux, parce que le muscles phonateurs se refusaient à exécuter les mouvements nécessaires.

Les frictions pratiquées sur le côté droit produisent, du côté gauche, les mêmes troubles fonctionnels, l’aphasie exceptée.

Des frictions pratiquées simultanément produisaient la Jéthargie des deux côtés du corps, moins la paralysie faciale et l’aphonie.

On voit, par ce qui précède, que les expériences d’hypnose unilatérale sont une démonstration nouvelle ct inattendue de l'influence croisée des hémisphères cérébraux sur la motilité et de la localisation du centre du langage articulé.

Bien plus, on retrouve dans ces expériences des anomalies apparentes qui rappellent les variétés cliniques que peuvent présenter les affections dues aux lésions organiques de l’hémisphère gauche du cerveau.

Ainsi, chez un sujet, l'excitation du côté droit de la tête produisait la catalepsie du même côté et l'aphasie.

Chez d’autres personnes, la catalepsie unilatérale survenait à la suite de l’excitation tantôt du même côté, tantôt de l’autre côté.

Notons, en passant, que presque toutes les expériences

.d’Heidenhain ont été faites sur des étudiants en médecine, élèves du service qu'il dirigeait à Breslau.

Le professeur Berger, de Breslau, analysant les cas de cette

(1) Grützner et Heidenhain. Breslauer HE Zeitschrift. Mittheilung von feb, 1880,

espèce déterminés par lui-même, a montré que la catalepsie homologue pouvait succéder directement à la friction de la région ocCipitale et la catalepsie croisée à la friction de la région frontale.

Berger a fait des expériences d’un autre ordre extrêmement intéressantes (1). Hypnotisant des malades atteints depuis plusieurs années d'hémiplégie par affection organique du cerveau, il a pu provoquer chez des sujets des mouvements dits volontaires dans les membres paralysés, en donnant l'ordre à ces malades hypnotisés de faire des mouvements ou en faisant devant eux des mouvements qu'ils reproduisaient.

Dans les faits qui précèdent, nous avons vu l'hypnose hémicérébrale se manifester par des modifications unilatérales de la motilité.

Les modifications unilatérales de la sensibilité succèdent comme celles de la motilité aux frictions et à la pression exercée sur l’un des côtés du vertex ou du front, elles intéressent probablement tous les sens, mais on les a surtout étudiées sur le sens de la vue.

C’est à Cohn qu'on doit de connaître avec une précision extrême les troubles qui surviennent dans l'œil situé du côté cataleptique.

Il avait d’ailleurs à sa disposition un sujet capable d’analyser facilement ses propres impressions. Ce sujet n'était autre que M. Auguste Heidenhain, frère du professeur de Breslau, qui voulut se prêter à toutes les expériences possibles.

Ladame a fait, en Suisse, quelques expériences d’hypnotisme unilatéral. En voici une des plus concluantes que nous empruntons à son livre sur la névrose hypnotique.

« En plaçant la main (qu'il faut agiter d’un léger tremblement) sur le côté gauche de la tête, les extrémités droites se contracturent bientôt d'une seule pièce, avec tant de violence et

(1) 0. Berger. Hypnot. Zustände. Breslauer ärtzl Zeitschr., 1880- 1881 et Deutsch med. Wochenschr., 1880.

soudaineté, que le sujet, assis sur une chaise, serait renversé si on ne le maintenait pas; la jambe et Îe bras correspondant s'étendent brusquement et deviennent raides comme du bois, tandis que les extrémités gauches deviennent, souples et inertes. »

L'œil gauche est alors daltonique ow uchromatopsique, l'œl droit reconnaît très bien les couleurs.

Il se produit en même temps un trouble dans le langage, qui n’est pas l’aphonie complète, mais se montre sous cette forme assez fréquente qui consiste dans la confusion des mots. Si on montre au sujet un couteau, il dira que c'est « une lampe »; si on lui présente une boîte, il répondra «un fourneau » et désignera un mouchoir de poche par le mot « caisse », etc. En agissant avec la main, comme nous venons de le dire, sur le côté droit de la tête, on produira bien dans l'œil droit l’achromatopsie et les contratures des membres gauches, mais le langage reste alors intact et n'offre aucun trouble (1). »

M. Strohl, cité par Ladame, qui s’est livré à de nombreux essais d’'hypnotisme unilatéral, est arrivé à formuler un certain nombre de règles, variables selon l’impressionnabilité du sujet, règles qui permettent d'arriver à un résultat à peu près certain. Il à notamment reconnu que pour défaire les contractures d’une moitié du corps, on pouvait agir seulement sur l’autre moitié de la tête et, depuis ce moment, il faut, à volonté, relâcher les membres contracturés d'une jambe ou d’un bras seulement, ou bien les deux à la fois.

A côté de ces faits, on peut citer les expériences de M. Dumontpallier (2). Cet observateur a montré devant la Société de biologie les mouvements variés des membres qu'il était possible de provoquer chez l’hystéro-épileptique hypnotique par action sur telle ou telle région du cuir chévelu.

Ces mouvements, et ceci n’est pas sans devenir à l'appui de notre thèse, étaient bilatéraux lorsqu'on agissait sur la ligne

(4) Ladame: La névrose hypnotique. Neufchatel, 4881, p. 124 et suiv, (2) Dumontpallier. Compt. rend, de la Soc, de biologie, 1882.

=— 155 — médiane, unilatéraux au contraire lorsque l'excitation était elle-même unilatérale.

Dans ce cas, ils étaient directs, croisés ou alternes, croisés suivant le point sur lequel on agissait.

Heidenhain, Grützner, Berger et les expérimentateurs qui ont pu déterminer l'hypnose hémi-cérébrale, s'étaient avant tout préoccupés de la constatation des troubles de la motilité et de la sensibilité qui surviennent dans le côté hypnotisé.

Il était cependant résulté de leurs expériences le fait qu’un seul hémisphère cérébral peut suffir à la vie de relation etque dessujets, dont un deshémisphères aété paralysé par l'hypnose, continue à exercer les fonctions de relation par une des moitiés de son corps et conserve la conscience de son existence, son intelligence, ses fonctions sensorielles du côté correspondant et ses fonctions musculaires du côté opposé.

Une analyse plus étroite des faits relatifs à l'hypnose hémicérébrale a cependant montré à M.Chambard(1) que,si un hémisphère est à la rigueur suffisant pour l'exercice des fonctions multiples qui mettent l’homme en relations avec le monde extérieur et avec lui-même, la privation de l’autre ne s'en fait pas moins sentir dans une certaine mesure.

Les faits suivants, signalés par Chambard, justifient, selon lui, cette restriction à la loi d'indépendance fonctionnelle des deux moitiés du cerveau :

« On peut déjà remarquer que, dans l’hypnotisme unilatérale, les mouvements exécutés sous l’influence de l'hémisphère resté indemme sont empreints d’un certain caractère d'irrégularité et d’indécision qui n'avait pas échappé à Heidenhain.

« Hypnose-t-on l'hémisphère droit et met-on une plume dans la main droite du sujet, on observe, bien que l’hémisphère gauche, dont l’action croisée s’exerce sur les membres du côté droit ait conservé son intégrité fonctionnelle, divers troubles de l'écriture qui sont caractéristiques : les lettres se

(1) Chambard. Revue générale. Hypnose hémi-cérébrale. Encéphale. T. 1, 1881.

rapprochent.etl'on voit souvent quelques:unes $’incliner dans une direction opposée à la normale. Ce renversement de l’écriture est sans doute dû à une certaine difficulté, pour la main qui tient la plume, de se transporter de gauche à droite. »

D'autres expériences, toujours suivant Chambard, montrent que l'insuffisance d'un hémisphère ne se fait pas seulement sentir dans l’exécution des mouvements musculaires, mais que l'intelligence elle-même est atteinte et fonctionne, sinon d’unemanière puissante, du moins d’une manière moins active qu'à l’état normal. Ces expériences nous font assister à une sorte d’ébauche de cet automatisme imitatif que l’on trouve plus complet dans le rêve somnambulique et qui domine dans la forme automatique du somnambulisme artificiel.

C’est ce qui semble ressortir de l’expérience suivante due à Heïdenhain :

« On met le côté gauche du corps en catalepsie et l’on dispose le bras catalepsié de telle façon que le creux de la maïn repose sur l'estomac, la face dorsale tournée en dehors et le pouce faisant un angle avec les autres doigts. L'observateur se place devant le patient dans la même attitude, il imprime au pouce de sa main gauche avec le pouce de sa main droite un mouvement de circumduction toujours dirigé dans le même sens mouvementé, que lepatient doit fidèlement imiter, quoi qu'il puisse arriver. Ce dernier reproduit d’abord fidèlement ce qu’il a sous les yeux, mais s? l'observateur s'arrête et renverse le mouvement, il s'arrête et renverse lui-même le sien, malgré lui réfléchit un moment et repart dans la bonne direction. »

Cette expérience montre bien chez les sujets privés d’un hémisphère une tendance à l’imitation automatique, combattue à temps par la réflexion et la volonté. Mais l'expérience suivante est encore plus démonstrative :

« Une personne dont l'hémisphère droit est paralysé par l'hypnose doit battre des trilles avec deux doigts de sa main droite sur le dos de sa main gauche, toujours à la même place et en suivant le même rythme. L'observateur se livre de sont côté au même exercice. Tout à coup, il s'arrête. Le sujet fait

co do7 de même; il change de doigt, le sujet l’imite ; il modifie la mesure, le sujet la modifie également : puis, après dans une de ces erreurs qu’il ne peut s'empêcher de commettre, ce dernier réfléchit un moment et les répare aussilôt. »

Ce qui indique nettement que la force de sa volonté est amoindrie, sans doute, mais qu’elle existe toujours.

Mais que la conscience, l'intelligence et la volonté sojent plus ou moins conservées dans l'hémisphère éveillé, du moment où le sujet en conserve une notion assez grande pour réagir contre les impulsions qu’on cherche à lui donner, il n'en est pas moins vrai qu’il se dégage de l’hypnotisme hémicérébral une preuve frappante de l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères.

Il a été fait depuis, en France, des expériences bien autrement convaincantes sur la possibilité del’hypnose unilatérale; ces expériences sont dues à M. Dumontpallier. Avant d’exposer la méthode et les procédés absolument nouveaux dont il s'est servi, nous ne devons pas oublier les singuliers phénomènes d'hémiopie obtenus expérimentalement dans l'hypnotisme et qui n’ont encore été signalés que dans le livre si intéressant de M. Ladame, livre dont la lecture nous a été des plus instructives.

D'ailleurs, M. Ladame attribue à M. Charles Willy, médecin-oculiste, à Chaux-de-Fonds (Suisse), le mérite d'avoir appelé le premier l'attention sur ce symptôme qui n’avait encore été obtenu expérimentalement.

Diderot (1) qui a observé tant de faits curieux a décrit un cas d’hémiopie survenant dans le cours de l’hypnotisme :

« Madame la duchesse de Portland, actuellement vivante, dit-il quelque part, perd la vue de la moitié des objets pendant un temps assez considérable par toute sensation douloureuse et violente. »

Pour M. Ladame, « cette hémiopie est caractérisée par la suppression de la vision à droite ou à gauche de la ligne médiane, de telle sorte que le malade ne distingue plus que la

{1) Diderot. Eléments de physiologie. Edit. Assezat, 1875, T, IX, p. 357.

moitié des objets placés exactement devant lui. Si la vision est abolie à droite, l’hémiopie est dite latérale droite; si c’est à gauche l’hémiopie latérale est gauche. »

Nous croyons qu'une analyse délicate et approfondie permettrait d'interpréter ces faits en faveur de l’indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux.

Nous arrivons maintenant aux expériences les plus récentes, faites par M. Dumontpallier à l'hôpital de la Pitié :

Une jeune malade de son service, la nommée Maria C..., offrit un jour, spontanément, une observation de léthargie remarquable à plusieurs point de vue (1).

La malade, placée dans le décubitus dorsal, restait insensible aux piqüres. De plus, l’état léthargique était démontré /par l'existence du réflexe cutano-musculaire (hyperexcitabilité neuro-musculaire de M. le professeur Charcot).

Cet état nerveux avait été déterminé pendant la nuit, à la suite d'une vive frayeur, et bien qu'il présentàt tous les caractères de la léthargie expérimentale, il en différait par ce fait singulier que l’ouïe était conservée, en même temps que la mémoire.

La malade ne pouvait remuer ni les lèvres, ni la langue; elle ne pouvait ouvrir les yeux, ses membres retombaient inertés quand on les soulevait, et elle entendait tout ce qu’on disait aütour d'elle.

Cette crise de léthargie incomplête n'eut pas outre mesure attiré l’attention, si, dans les jours qui suivirent, la malade n'eüt présenté plusieurs phénomènes nerveux qui ont été le point de départ des expériences d’hypnotisme hémi-cérébral que nous allons relater.

Un matin que M. Dumontpallier avait demandé à la imhtäde de fixer ses yeux Sur les siens, dans le but de provoquer l’hypnotisme total, ilremarqua que la malade portait sa tête de droite à gauche, comme si elle cherchait à suivre un objet

(2) Dumontpallier. Léthargie incomplète avec conservation de l'ouïe et de la mémoire. De l'indépendance fonclionnelle de chaque hémisphère cérébral. Bull. de la Soc. de biologie, 3 juin 1884, p. 393.

avec l'œil droit. L'état léthargique étant produit, M. Dumontpallier nous fit constater que la léthargie n'existait que pour le membre supérieur droit et le membre inférieur gauche {1}.

Lorsqu'on voulut provoquer l’état cataleptique et l’état somnambulique on ne put les obtenir qu’en agissant, dans le premier cas, par la lumière sur l’œil droit, et dans le second, par la pression sur le côté du crâne. Le

L'action de la lumière sur l’œil gauche et la pression sur le côté gauche du vertex restaient sans résultat.

Le réveil étant obtenu par un procédé rationnel, si on recherchait l’état de la sensibilité générale et sensorielle, on reconnaissait que la malade ne distinguait aucun objet de l'œil gauche et qu’elle ne sentait pas la pression sur le membre supérieur gauche.

La vue distincte, bien qu'affaiblie, était conservée pour l'œil droit et la pression était sentie sur le bras droit.

Il ressortait déjà de cette expérience que la rétine de l’œil droit seulement transmettait au cerveau l'impression de la lumière. de même que la pression sur le côté droit du vertex était transmise au cerveau. De plus, étant admis l’entre-croisement des fibres nerveuses de la sensibilité générale et spéciale, on était conduit à Supposer que le cerveau gauche avait conservé son activité fonctionnelle.

M. Dumontpallier trouva dans la métalloscopie un procédé ingénieux pour faire une contre-expérience. L'application du métal auquel le malade était sensible amena rapidement le transfert de l’anesthésie sensorielle et spéciale et on put constater qu’il avait obtenu en même temps le transfert de la léthargie au côté opposé à celui où elle était auparavant.

En effet, l’action d’un rayon de lumière, dirigé sur les yeux de la malade pour déterminer l’hypnotisme, au lieu de déterminer la rotation de la tête de droite à gauche comme dans la

(1) Chez cette malade, en particulier, la sensibilité était répartie d’une façon opposée pour les régions sus etsous-ombilicale du corps; il en résultait que tous les phénomènes des différentes périodes de l'hypnotisme étaient opposés pour les régions sus et sous-ombilicales.

première expérience, la ee nas Re de gauche à droite. î

Concurremment, les états cataleptique et somnambulique des membres supérieur et inférieur gauche ne pouvaient être produits qu’en agissant sur l’œil gauche seulement, dont la rétine était seule impressionnable, et sur la région gauche du vertex, seule sensible à la pression.

Dans cette seconde expérience, les résultats obtenus indiquaient donc que le cerveau droit se trouvait dans le même état que l'avait été le cerveau gauche dans l'expérience précédente.

L'action des plaques métalliques avait transféré d’un côté à l’autre l’activité cérébrale, et l'hypnotisme avait rendu manifeste cette activité cérébrale unilatérale.

De plus, la malade étant éveillée, on pouvait constater que l'œil gauche seul distinguait les objets, de même que la sensibilité à la pression existait seulement du côté gauche du vertex.

Il résultait donc de ces expériences :

1° Que l’anesthésie et l'amyosthénie étaient la conséquence de lhémi-paralysie cérébrale ;

2° Que l’hémi-activite cérébrale pourait être transférée d'un côté à l’autre par l'application des plaques métalliques d’un seul coté, ce qui montre l'action croisée des actions périphériques (1).

D'ailleurs, des procédés différents ont permis à M. Dumontpallier d'agir isolément sur chaque hémisphère cérébral et de provoquer de nouveau l'hypnose hémi-cérébrale,

Voici résumées les expériences qu'il a exécutées :

1° On place un bandeau sur l'œil gauche du sujet et l'expérimentateur obtient la fixation de l'œil resté libre et ouvert. Bientôt l’hypnotisme est produit, mais le côté droit seulement du sujet présente les diverses manifestations des périodes léthargique, cataleptique, somnambulique. Le côté gauche est en résolution complète et reste indifférent aux divres procédés qui rendent manifestes les périodes de l’hypnotisme,

(1) Dumontpallier, Bull. de la Soc. de biologie, 1882, Passim,

2° Le sujet étant réveillé, on répète la même expérience après avoir transporté le bandeau sur l'œil droit; alors le côté gauche du corps répond seul aux différents procédés qui font la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme, le côté droit ne répond à aucune excitation.

La cause excitante, en agissant sur la rétine d’un seul œil, droit ou gauche, a déterminé une activité cérébrale limitée à l'hémisphère opposé, et cette activité s’est manifestée par des actes croisés, l’autre hémisphère restant au repos.

C. et D. Dans une troisième et dans une quatrième expépérience, le bandeau est placé successivement sur l’œil droit et sur l’œil gauche, mais l’action de la lumière est portée sur les deux yeux, aussi bien sur celui qui est couvert par le bandeau que sur l’autre.

Le bandeau modérant l’action de l’excitant employé, on constate que si cette action est entière sur l’œil libre et ouvert, elle est amoindrie, affaiblie, sur l’œil protégé par le bandeau.

Il est facile de reconnaître alors que l’excitation cérébrale croisée est en rapport avec le degré de la cause excitante rétinienne. ce quiest démontré par les différents dégrés des manifestations léthargique, cataleptique et somnambulique observées de chaque côté du corps.

C’est ainsi que les divers phénomènes, produits dans chacune des périodes de l’hypnotisme, sont en rapport avec le dégré d'activité de chaque hémisphère cérébral, laquelle activité est elle-même en rapport avec le dégré d’excitation rétinienne du côté opposé.

E. Dans une seconde série d'expériences du même ordre, M. Dumontpallier a constaté, en agissant sur la membrane du tympan, des résultats comparables à ceux qu'il avait obtenus sur chaque hémisphère cérébral par l'excitation rétitienne.

De tous ces faits, M. Dumontpallier, pouvait logiquement déduire cette conclusion importante :

« En agissant isolément, dans l'hypnotisme; sur un seul hémisphère cérébral, on rend manifeste l'indépendance fonctionnelle de chaque moitié du cerveau.

Bérillon. 11

La métalloscopie pouvait d’ailleurs fournir encore un moyen de contrôle des expériences précédentes :

Pour cela, il suffisait de rechercher ce qu’on obtiendraït en répartissant la sensibilité sensorielle et générale également de chaque côté du corps.

Deux--plaques métalliques, placées symétriquement de chaque côté du front, permettaient d'arriver promptement à ce résultat.

Dans ces conditions, M. Dumontpallier constata, et nous fit constater, que les états léthargique, cataleptique et somnambulique pouvaient ainsi être déterminés pour les deux côtés du corps, mais à un degré moins accusé que lorsqu'il faisait une expérience hémi-latérale [1).

L'interprétation naturelle de ce fait était la suivante : « à savoir, que, lorsque la somme d'activité du système nerveux est répartie entre les deux hémisphères, celte activité doit étre moindre que dans le cas ouun seul hémisphère est le siège de l'activité nerveuse, »

Ainsi qu’on le voit, cette conclusion est différente de celle que M. Chambard (2) avait tiré de l’étude des expériences allemandes. |

M. Chambard, en effet, pensait que l'hypnose hémi-cérébrale était accompagnée d’un affaiblissement des actions susceptibles d’être provoquées dans l’hémisphère éveillé, tandis que

. M. Dumontpallier pense que cette action est sinon plus grande ou au moins aussi grande, quand l'hémisphère est impressionné isolément.

En un mot, il résultait de ces expériences d’hypnotisme unilatéral, que l’indépendance des deux hémisphères, au lieu d’être relative, comme le pensait M. Chambard, est absolue.

(1) Dumontpallier. De l'indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral et de l'influence du degré des excitations périphériques sur le degré des manifestations fonctionnelles chez l'hystérique hypnotisable Bull. de la Soc. de biologie, juillet 4882, p. 519.

(2) Chambard. Loc. cit.

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Cette différence d'interprétation découle nécessairement de l'examen des résultats obtenus par les expérimentateurs :

Alors que les auteurs allemands avaient recours à des procédés d’une précision douteuse, procédés dans lesquels lhabileté propre de l'opérateur entre pour une grande part, M. Dumontpallier avait trouvé dans l’emploi de la métalloscopie un moyen à la tois commode et sûr, qui permet de reproduire facilement les expériences (1£.

D'autant plus que les applications métalliques, peuvent être avantageusement remplacées, comme il eut occasion de le constater à plusieurs reprises, par l'application de courants continus faibles (éléments de Trouvé).

La possibilité du transfert de l'hypnose hémi-cérébrale, à l’aide des agents physiques, apportait aux expériences un moyen de contrôle qui manquait à Heidenhain,

Nous en trouvons la preuve dans l'expérience suivante :

La malade, M. C..., sur laquelle elle fut faite, présentait les particularités suivantes :

Hémianesthésique gauche, elle était achromatopsique du même côté; à droite, elle était a D ie ne voyant que le bleu et le vert.

L’ouie, l’odorat et le goût étaient conservés à droite.

Dans cet état, si on lui applique une plaque métallique sur la région frontale gauche, après trois minutes de contact âe cette plaque, le transfert obtenu et la sensibilité générale et spéciale est passée à gauche. La malade possède alors la perception des couleurs verte et bleue de ce côté, de plus, elle sent les odeurs, perçoit les saveurs, et entend le son à gauche. Le transfert est complet.

A ce moment, la malade est soumise à l'emploi des divers procédés hypnogéniques et la catalepsie, la léthargie, le somnanbulisme sont successivement produites, pour la partie gauche du corps, tandis que le côté droit reste inerte.

(1) Dumontpallier. Indépendance fonelionnelle de chaque hémisphère cérébral. Bull. de la Soc. de biologie, 1882, p. 786.

Tous les phénomènes ont donc été transférés du côté droit au côté gauche du corps, et sont unilatéraux.

De cette expérience, il ressort que l’hypnotisme n’a manifesté ses effets, que du côté du corps où existe la sensibilité générale et sensorielle.

Or, l'intégrité de la sensibilité témoigne de l’activité de l'hémisphère cérébral du côté opposé. Dès lors, l'excitation cutanée du frontal qui a ramené la sensibilité et la motilité à gauche, a reveillé l’activité de l'hémisphère droit.

En un mot, le transfert de l’activité cérébrale a eu lieu de l'hémisphère gauche à l'hémisphère droit.

Si, au lieu d'appliquer une plaque métallique d’un seul côté du front, on en aprlique une de chaque côté, la sensibilité se trouve promptement répartie des deux côtés du corps ; la malade a la perception des couleurs bleue et verte pour les deux yeux.

Cela étant, on provoque expérimentalement les trois périodes de l'hypnotisme chez le sujet, et on constate que les symptômes sont égaux des deux côtés.

Ainsi, en fixant la sensibilité des deux côtés du corps, par l’application des plaques sur les régions frontales droite et gauche, on a déterminé et on a maintenu lexcitation périphérique nécessaire à l’activité de chaque hémisphère cérébral, et la conséquenre de cette activité simultanée s'est manifestée par tous les phénomènes des trois périodes de l’hypnotisme pour les côtés du corps.

Cependant ces recherches étaient trop fructeuses et trop intéressantes pour ne point en provoquer de nouvelles.

Le côté psycho-physiologique de l’hypnotisme expérimenté n'avait point encore été abordé. .

En faisant l'honneur de m'’associer comme collaborateur à ses dernières recherches, M. Dumontpallier m'en réservait un second, celui de publier l'ensemble de toutes les preuves fournies par l’hypnotisme expérimental à la théorie de l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères.

Aussi ai-je réservé pour un dernier chapitre les preuves tirées l’hypnotis me bilatéral, car, outre qu’elles sont celles

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auxquelles j'ai le plus directement collaboré, elles sont aussi les plus saisissantes.

Hypnose cérébrale bilatérale.

A la suite des expériences d'hypnose unilatérale ou hémicérébrale, se placent naturellement celles dans lesquelles on provoque simultanément, chez un sujet, deux périodes de l'hypnotisme, chaque moitié du corps étant dans une phase différente.

Ces expériences sont toutes d’une date très récente. Les auteurs qui se sont occupés de l’hystérie n'avaient jamais observé cette dissociation chez les malades exposées à tomber spontanément dans l’un ou l’autre des états de l’hypnotisme.

Pour en trouver une seule observation, il nous a fallu remonter au siècle passé, jusqu’en 1737, époque à laquelle de Lamettrie, décrivant une attaque de catalepsie, disait,en parlant de la malade :

« Elle commençait toujours par tomber en faiblesse et quelquefois syncope. Lorsque, dans cet état, on s’avisait de la piquer pour la faire revenir ou de lui faire sentir quelque odeur puante, elle devenait cataleptique, mais pour l’ordinaire de la moitié du corps seulement. »

« On l’a vue aussi tomber d'elle-même dans cette demi-catalepsie qui était plus ou moins parfaite (1). »

Il est à peu près certain, d’après ce récit, que Lamettrie s'était trouvé en présence d’une hystérique hypnotisable présentant simultanément les phénomènes d’hémi-catalepsie et d'hémi-léthargie.

Bien que Lamettrie ait pu reproduire ces effets singuliers en mettant en œuvre l’action de la piqüre ou d’une odeur forte, il a oublié de donner une description complète de l’état de chacun des deux côtés.

(1) De Lamettrie. Traité du vertige, avec la description d’une catalepsie hystérique. Rennes, 1837, p. 223.

Cé n'est donc que tout récéèmment, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu’on est arrivé, à l’aide de pratiques spécialés, à partager expérimentalement l'individu en deux moitiés, dont chacune présente les symptômes d’un état particulier de l’hypnotisme.

En variant toutes les modalités, on ne obtenir trois Cas différents :

1° L'hémi-léthargie et l’hémi-catalepsie ;

20 L’hémi-léthargie et l’'hémi-somnambulisme ;

3 L’hémi-somnambulisme et l’hémi-catalepsie ;

4 M. le docteur Descourtis, alors externedeM. Charcot, à la Salpôtrière, a pu réaliser le premier, en 1878, dans le service de son maître, le curieux phénomène de l’hémi-léthargie et de l’hémi-catalepsie.

Il obtenait ce résultat, lorsque, le sujet étant en état provoquée, il soulevait une des paupières de façon à donner accès à la lumiére, ou bien, lorsque le sujet étant en catalepsie il abaïssait une dés paupières (1).

C'’est-à-direque les membres d’un côté {le côté léthargique) étaientdans la résolutionetprésentaient leréflexe cutano-musculaire, caractéristique de la léthargie, pendant que les membres de l’autre côté avaient la propriété de conserver les attitudes qu’on leur communiquait.

M. Descourtis n’insista pas tout d'abord sur l'intérêt qui pouvait se dégager de cette expérience ; mais, plus tard dans sa thèse, il en tira la conclusion que, dans ce cas, les deux hémisphères exerçaient leur activité d'une manière indépendante et opposée (2).

Le procédé de M. Descourtis, pour faire l’hémi-catalepsie, consistait à faire tomber sur une des rétines du sujet un rayon lumineux.

Dans le service de M. Dumontpallier on chercha ce qu'on obtiendrait en impressionnant seulement, à l'aide des divers

(1) Descourtis. Du fractionnement des opérations cérébrales, Thèse dé Paris, 1882, p. 45.

(2) Progrès médical, 21 décembre 1878.

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agents physiques appropriés, un des organes de l’ouïe, de l’odorat.

C’est ainsi qu'en approchant une montre de l'oreille droite d’une hystérique hypnotisable à l’état de veille, on voit l’action faible du bruit de montre déterminer del’ hémi-catalepsie à droite et de l’hémi-léthargie à gauche (léthargie avec le réflexe cutano musculaire.

En l'approchant de l'oreille gauche, on produisit les mêmes phénomènes, mais en sens inverse, c’est-à-dire cette fois, lhérmi-catalepsie à gauche et de l'hémi-léthargie à droite.

En faisant respirer à la malade un peu d’éther par la narine droite, la narine gauche étant fermée, on détermine de l’hémiléthareie à droite. En faisant respirer l'éther à gauche, on obtient les mêmes phénomènes, mais en sens inverse.

Dans l’un et l'autre des cas précédents, il est évident que Paction portait sur un seul hémisphère, car deux montres mises de chaque côté déterminaient de la catalepsie totale, de même que l’éther respiré par les deux narines.

Il est aussi à remarquer que l’hémi-catalepsie n'avait pas été produite du même côté par l'odeur et par le son.

Peut-être ne faudrait-il voir là que l'effet d’une différence d'intensité dans l'agent employé. Car ainsi que l'ont si bien observé Dumontpallier, Tamburini et Seppilli (1), les divers états de l’hypnotisme s’obtiennent à l’aide du même excitant

(mécanique, acoustique, odeur) dont il suffit d'augmenter x graduellement l'intensité et la durée.

2o Dans son livre sur l'hyptéro-épilepsie, H. Paul Richer (2) a relaté le phénomène de l’hémi-léthargie et de l’hémi-somnambulisme.

Nous renvoyons le lecteur à la description qu'il en donne dans son beau livre, si intéressant à tous égards.

M. Dumontpallier a réalisé les mêmes phénomènes d’hémi-

(1) Tamburini et Sepilli. Contribution à l'étude expérimentale de l’hypnotisme. Rivista experimentale. di frenet. et di med. legal., fase. 4,

(2) P. Richer. Études cliniques sur l’hystéro-épilepsie, 1884, p. 4208

léthargie et d'hémi-catalepsie par un autre procédé; basé sur la loi : «l’agent qui fait, défait » (1). Mettant d'emblée la nommée L. C..., âgée de 20 ans, en somnambulisme par la pression sur le vertex, il lui commande de prendre tous les objets nécessaires pour tricoter, aussitôt elle se met à tricoter régulièrement des deux mains. Une pression sur la partie latérale gauche du vertex arrête les mouvements de la main gauche, et la main droite seule continue à tricoter; — une nouvelle pression sur le même point latéral gauche rend à la main du même côté ses mouvements et les deux mains se remettent à tricoter.

De même la pression sur le côté droit du vertex arrête les mouvements de la main droite, tandis que la main gauche continue à agir ; une nouvelle pression sur le même point latéral droit du vertex rend à la main droite ses mouvements, et la malade, comme précédemment, se remet à tricoter des deux mains.

Cela étant bien constaté, une pression sur la région médiane du vertexest faite.,et la malade se réveille.

Nous avons cité cette expérience parce qe’elle apporte une nouvelle preuve à la théorie de l'indépendance fontionnelle des deux hémisphères.

Ainsi, tandis qu’une pression sur la ligne médiane du vertex fait le somnambulisme total, ou le défait quandilexiste, la pression portant seulement sur une des régions latérales droite ou gauche fait ou défait le somnambulisme du côté correspondant au point pressé.

En un mot, la pression médiane a eu une action réflexe simultanée sur les deux hémisphères cérébraux, tandis que la pression unilatérale n’a qu'une action réflexe unilatérale croisée sur l'hémisphère du côté opposé à la pression.

3° Enfin, restait à produire l’hémi-somnambulisme et l’hémicatalepsie. MM. Dumontpallier et Magnin ont été les premiers à réaliser cet état. Ils ont même produit sur une malade

(1) Dumontpallier, Indépendance fonctionnelle de chaque hémisphère cérébral. Bull. de la Soc. de bio]. Déc. 1882, p. 788.

la catalepsie alterne croisée avec le somnambulisme alterne croisé.

Dans chacune des expériences qui viennent d’être énumérées, il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point, les symptômes caractéristiques propres à chacun des états de l’hypnotisme ont été constatés de la manière la plus évidente.

Il faut surtout voir dans ces expériences un procédé des plus commodes pour faire démontrer la différence des symptômes qui varient selon le côté.

Tous ces faits sont aujourd’hui très connus. Nous les avons relatés parce qu'ils servent de lien entre les phénomènes d'hypnose bilatérale simultanée, phénomènes absolument nouveaux, provoqués récemment dans le service de M. Due montpallier à la Pitié.

1ls n’ont encore été décrits nulle part, soit en France, soit à l'étranger, et à l’intérêt qu’ils présentent par eux-mêmes se joint celui de la priorité de leur description.

En effet, personne n’avait encore eu l’idée de rechercher s’il serait possible de déterminer dans la même période de l’'hypnotisme des phénomènes différents pour le côté droit du corps: soit, de provoquer pour chaque hémisphère cérébral :

1° Dans la période cataleptique, des phénomènes de suggestion différents d’un côté à l’autre ;

2° Dans la période somnambulique des illusions et des hallucinations de nature variée.

Naturellement, dans ces expériences, il faut laisser de côté la léthargie. Dans cet état, la réaction cérébrale ne se manifeste pas autrement que par des contractions qui n’offrent d'un côté à l’autre que des différences dans le degré.

Âu contraire, les suggestions provoquées dans l’état cataleptique, les hallucinations et les illusions provoquées dans l’état somnambulique, se manifestent extérieurement par des phénomènes psycho-moteurs, dont il est facile d'apprécier la signification.

C'est ce qui a pu permettre de rechercher si l’onpourrait, en obtenant un fonctionnement différent de chaque hémisphère,

voir cet action double se traduire au dehors par des manifestations physiques différentes pour chaque côté du corps.

D'autant plus que le caractère anatomo-physiologique de ces manifestations, défiant absolument toute intervention active de la part du sujet, en un mot toute simulation, l’expérimentateur se trouve placé dans des conditions de précision exceptionnelles.

MM. Dumontpallier et ses élèves dans le cours d'expériences

précédentes avaient constaté que les phénoménes de l’hypnotisme, quelle que soit la période considérée, sont pour chaque côté du corps proportionnels à la sensibilité existant de ce même côlé.

Cette proposition ayantacquis par sa constatation fréquente, le caractère d’une loi, il fallait pour obtenir de chaque côté une manifestation physique de même intensité, s'assurer que la sensibilité cutanée était également répartie chez le sujet en expérience.

Si la sensibilité n’eüt existé que d'un seul côté par exemple, si l’on n’eùüt pris soin de la fixer également des deux côtés au moyen des plaques métalliques, le côté sensible ayant seul répondu àl’excitation, l'expérience d’hypnose bi latérale simultanée n’eût pas été réalisable.

Aussi, dans toutes les expériences dont nous allons donner la description, il faut considérer le sujet, comme pourvu de sa sensibilité totale.

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