SI
Cela posé, quand nous interrompons le courant au moment de son maximum, c’est comme si nous interrompions un courant constant, et il se produit un extra-courant dont nous avons déjà donné la courbe plus haut; nous la reproduisons ici (fig. 29).
11 semblerait que les arcs qui se coupent au point B (fig. 28) sont dans d’excellentes conditions de forme pour donner naissance à des courants induits intenses. Cela est vrai, mais il ne faut pas perdre de vue que l’unité de temps est ici représentée par une longueur très-courte, à tel point que si nous voulions représenter l’intervalle de temps AoBo avec la même unité que nous avons employée par exemple dans la figure 8 pour
croîtà partir d’un certain moment, pour croître ensuite. Or le décroissement qui s’opère réellement aux environs de Bo, si rapide qu’il soit, est encore très-lent relativement au retour à l’état naturel d’un circuit que l’on interrompt.
La figure 28 montre dans la courbe inférieure quelle doit être la véritable distribution de l’intensité des courants dans une bobine de Clarke.
Beprésentation approximative du Courant induit par le mouvement dans les bobines d'une machine de Clarke.
Représentation plus exacte.
B„ Aj
BJ
lAJ
représenter la cessation d’iin courant interrompu, ü faudrait donner à A„B„ une longueur plusieurs centaines de fois p'us grande. On voit qu’ainsi étalée la courbe du courant de la bobine n’offrirait qu’une sinuosité insensible par rapport à celle d’un courant de rupture, par exemple.
On comprend facilement d’après cela que la variation mécanique ne puisse donner que des induits peu sensibles par rapport à ceux que fournit l’interruption du courant par ruplure du circuit.
Si au contraire on met cet extra-courant en présence d’un circuit sur lequel il puisse, agir comme inducteur, il y détermine le courant induit représenté (fig. 29). Sa partie
Extra-coui'ant de ruplure.
Induil de eet extra-courant.
Fig. 29.
négative est peu marquée, mais il n’en est pas de môme de sa partie positive: celleu i pourra posséder une intensité plus grande, et surtout présenter une variation plus brusque que l’extra-courant lui-méme, etpar conséquent être différenciée de celui-ci par ses effets sur l’organisme.
45. — Cette conclusion est évidemment hors de conteste dans le cas où le circuit de la seconde hélice n’est soumis qu’à l’influence de la première. Mais en doit-il être do même quand la deuxième hélice se trouve comme la première en présence de l’aimant dont les variations d’intensité déterminent l’aimantation ?
Nous commencerons par faire remarquer que la deuxième hélice contenant dans son circuit le corps humain, dont la résistance est très-grande, l’induction due aux variations d’intensité de l’aimant, n’y développe qu’un faible courant; que ce courant n’étant d’ailleurs pas soumis aux interruptions du rhéotome, il n’y aura pas dans ce fil d’extra-courant sensible, de telle sorte que je ne puis voir aucune condition qui puisse apporter un trouble appréciable dans les effets de l’induction opérée sur la deuxième hélice par l’extra-courant de la première.
Telle est, à mon sens, la véritable manière d’envisager les phénomènes dans le cas des appareils magnéto-électriques ; l’effet inducteur de l’extra-courant de la première hélice doit être la cause prédominante de ce qui se passe dans la deuxième.
46. — Maintenant, en est-il de même dans les appareils rhéo-électriques à deux hélices, dont la bobine de Ruhmkorff est le type, et dans lesquels on a l’habitude de considérer la bobine à fd long comme induite directement par le faisceau de fer doux qui se désaimante? A mon avis, le rôle de la première hélice n’est pas seulement d’aimanter le fer doux, et l’extra-courant qui s’y développe au moment de son interruption a une action très-importante sur les effets que l’on constate dans la deuxième. Il me semble que l’action du fer doux doit s’épuiser en partie sur la première hélice comme elle s’épuiserait sur une chemise conductrice ; ce qui paraît le prouver, c’est l’influence énorme que produit, sur les effets obtenus dans la seconde hélice, la manière dont s’opère l’interruption du courant aimantant. J’ai reconnu (1) que, pour une force de courant donnée, si l’interruption est trop rapide, les étincelles de tension diminuent; d’un autre côté, elles diminuent aussi si l’interruption est trop lente : rien n’est plus facile avec un peu d’habitude que d’arriver, en faisant l’interruption à la main entrt' deux fils de platine, à faire cesser à volonté la production des étincelles, par excès de vitesse ou de lenteur de la séparation.
Si, en effet, l’interruption est trop rapide, l’extra-courant n’a pas le temps de passer, il se produit, dans la première hélice, une décharge reflexe qui neutralise son effet sur la seconde. Si, au contraire, la rupture est trop lente, l’arc voltaïque qui se forme entre les deux surfaces laisse passer, avec l’extra-courant, le courant de la pile, de telle sorte que la loi de diminution du courant de la première hélice n’accuse plus une diminution aussi rapide; le courant primitif n’éprouve pas une cessation brusque, mais une diminution d’intensité qui se trouve réglée par l’accroissement de résistance de l’étincelle h mesure que les deux conducteurs s’écartent. L’intensité de l’induction, dans la deuxième hélice, dépend de la chiite de l’extra-courant ; elle est d’autant plus grande qu’au point d’inflexion i (fig. 29) la tangente à la courbe est plus près d’étre perpendiculaire à l’axe des temps.
kT. — D’après cela, la véritable condition du succès de l’appareil de Neef, amené à un si haut degré de perfection par M. Ruhmkorff, consisterait dans une certaine congruence de la loi d’accroissement de la résistance de l’étincelle du trembleur pendant son évanouissement avec celles de la désaimantation du fer doux et de la production de l’extra-courant. C’est la seule manière de s’expliquer l’observation que j’ai faite qu’il est impossible (avec des appareils d’une certaine grandeur) d’obtenir des étincelles induites (au moins d’une force déterminée) en produisant l’interruption entre des métaux autres que le platine ; le cuivre, l’argent, le mercure, donnent des résultats d’autant plus mauvais qu’ils sont plus volatils.
C’est aussi de cette manière que je m’explique l’effet réellement merveilleux du condensateur dont l’emploi a été imaginé parM. Fizeau; en diminuant l’étincelle parce
HJ J’ai signalé c£s faits sans en rechercher l’explicalien dans mon mémoire sur la vitesse du son Annales de chvnie et de physique, 4' série, t. XII, p. 345.
qu’il donne un écoulement différent à l’électricité de l’extra-courant, il ôte toute incertitude à la loi de sa production, et en môme temps il en hâte la fin.
Fig. 30.
Extra-courant Extra-courant
sans le condensateur. avec le condensateur.
Les deux courbes de la figure 30 offrent la représentation de ce que doit être l’extracourant suivant qu’on emploie ou non le condensateur de M. Fizeau. C’est comme on sait un condensateur à très-grande surface qui est en communication permanente avec les extrémités du fil de l’hélice inductrice. Lorsque le courant est dans son plein établissement ce condensateur est chargé proportionnellement à la tension de la pile employée. Au moment où le circuit commence à être interrompu, le condensateur se décharge à travers la bobine inductrice en donnant un courant du même sens que celui de la pile, ce qui retarde la naissance de l’extra-courant. Pendant ce temps l’interrupteur a fait du chemin, l’étincelle est arrivée à sa période d’évanouissement, le courant de la pile est donc anéanti ; mais l’extra-couiant trouve cependant à s’écouler : il est en partie neutralisé par la décharge inverse du condensateur ce qui précipite sa chute ; bientôt il arrive même à charger le condensateur, passe par zéro et présente une période négative correspondant à la décharge inverse de ce condensateur. Cette décharge inverse peut ainsi que le fait remarquer M. Jamin contribuer à anéantir plus rapidement l’aimantation du fer doux, ce qui est encore une circonstance favorable.
Comme on le voit, mon explication se fonde surtout sur la loi de décroissement de l’extra-courant ; celui-ci devant tomber plus rapidement quand on utilise le condensateur de M. Fizeau induit alors dans la seconde hélice un courant d’intensité maxima plus considérable, et par conséquent d’une plus grande tension.
Il ne faut pas croire d’ailleurs que l’on puisse vraisemblablement séparer l’action inductrice de l’extra-courant de celle de la désaimantation, ces deux ordres de phénomènes doivent marcher ensemble, au moins pour un fer doux dont la force coercitive soit négligeable, ce qui paraît être le cas des paquets de fils employés par les constructeurs dans les bobines d’induction; il est bien évident aussi qu’en précipitant le décroissement de l’extra-courant on doit précipiter aussi la désaimantation, carl’extracourant est lui-même une cause d’aimantation.
En résumé, il me paraît rationnel de rechercher surtout dans la distribution de l’extra-courant, l’explication des effets produits dans la deuxième hélice de tous les appareils de ce genre.
Des appareils rhéo-électriques.
48. — Tandis que dans les appareils magnéto-électriques on dépensait de la force mécanique, dans ceux-ci on dépense de l’électricité, laquelle est fournie par une pile. Mais les deux sortes d’appareils rentrent en réalité dans un type commun, car dans les uns comme dans les autres on n’a d’autre but, soit par le mouvement, soit par une pile, que de se procurer un courant initial dont la rupture détermine ensuite un extra-courant que l’on utilise soit directement soit par la production d’un induit dans un circuit voisin. Dans les uns comme dans les autres l’action est considérablement renforcée par la présence d’un fer doux dans l’hélice inductrice.
L’induction ne pouvant prendre naissarice que par suite de l’état variable d’une certaine influence électro-dynamique ou électro-magnétique, il doit nécessairement entrer dans les appareils où le courant fourni par une pile est la source des effets d’induction, un organe spécialement destiné à produire les alternatives d’action de ce (’ourant : c’est Vintermpteur, ou rhéotome comme on l’appelle aussi.
Le mode d’interruption diffère suivant que l’on veut produire des interruptions très-rapides ou au contraire très-lentes, régulièrement espacées ou non. Nous décrirons tout à l’heure les interrupteurs adoptés dans les appareils électro-médicaux dont il sera question ci-après ; la critique que l’on pourrait adresser à la plupart c’est qu’ils offrent généralement le moyen de produire des interruptions trèsrares ou au contraire très-rapides, et ne permettent pas de passer par des vitesses moyennes. Dans le plus grand nombre en effet, les interruptions lentes se font directement à la main, ce qui permet à peine d’en faire deux par seconde, tandis que les interruptions vives qui sont automatiques se répètent au moins une vingtaine de fois par seconde. Il est cependant des appareils qui permettent de mieux graduer les interruptions ; nous aurons soin de faire ressortir pour chacun d’eux la réalisation plus ou moins parfaite de cette condition.
Nous ferons remarquer aussi à propos des interruptions rares qu’il y a à distinguer entre les interruptions tout à fait isolées et les groupes plus ou moins espacés d’interruptions très-voisines. Dans certains des appareils que nous décrirons ci-après, les interruptions rares se font par un organe spécial, et on n’a à chaque fois qu’une commotion parfaitement isolée; dans d’autres au contraire, c’est par l’intermédiaire du trembleur lui-môme que se fait l’interruption, et, pour n’avoir qu’une commotion, il faudrait que ce courant ne fût maintenu que pendant un temps plus court que la durée d’une vibration du trembleur. C’est là une condition difficile à remplir, et lors-
qu’on emploie des courants très-forts, c’est un grave inconvénient que d’être exposé à produire par quelque fausse manœuvre une série plus ou moins nombreuse de commotions au lieu de quelques-unes complètement isolées.
Les appareils magnéto-électriques semblent, au premier abord, permettre de graduer à volonté la fréquence des interruptions, puisque celle-ci est intimement liée à la rapidité du mouvement de la manivelle ; il n’est pas inutile de faire remarquer qu’ils ne réalisent cependant pas les conditions les plus convenables pour faire varier la frécjuence des interruptions en conservant une même intensité d’action. Il arrive en effet que lorsqu’on diminue la vitesse de rotation, non-seulement on diminue le nombre d’interruptions qui se produisent dans l’unité de temps, mais encore on fait décroître aussi l’intensité des effets, puisqu’on rend plus lent le mouvement qui détermine les variations de l’aimantation. Pour conserver l’intensité constante tout en faisant varier le nombre des intermittences par la vitesse de rotation, il faudrait donc avoir soin de rapprocher les armatures à mesure que celle-ci diminue, et cela suivant une certaine loi qu’il resterait à rechercher. Il est vrai de dire que la pratique médi- (fie ne paraît pas, jusqu’à présent, s’être beaucoup préoccupée de cette condition.
En résumé, les appareils rhéo-électriques l’emportent donc sur les appareils magnéto-électriques, en ce que l’on y peut faire varier la fréquence des intermittences indépendamment de l’intensité, et aussi en ce que dans le plus grand nombre des cas les interrupteurs étant automatiques, on peut soutenir les effets un temps assez long sans l’intervention directe de l’opérateur ; avantage cjui compense bien l’incommodité qui résulte de la préparation d’une pile. Au reste, les efforts des constructeurs tendent précisément à donner aux appareils rhéo-électriques le caractère d’instantanéité de mise en action dont jouissent des appareils magnéto-électriques, et cela par la disposition de piles dont la préparation n’exige aucuns soins immédiats : nous en verrons des exemples. Il est vrai de dire aussi qu’il semble que rien ne puisse, au point de vue de la commodité, l’emporter sur les appareils magnéto-électriques, toutes les fois que l’on veut employer l’électricité plutôt comme moyen d’exploration que comme agent curatif.
îiO. —Les interrupteurs séparés dont on peut faire usage, sont les suivants :
1° La roue interruptrice de Pouillet, formée d’une roue métallique portant des dents entre lesquelles sont incrustées des portions de matières isolantes, ou celle de Masson qui est une roue de verre, sur laquelle est enroulé un anneau métallique, présentant des solutions de continuité sur la moitié de sa largeur. Deux ressorts établissent la communication, l’un avec la partie métallique continue, l’autre avec la partie discontinue.
On peut faire mouvoir ces roues, soit à la main, soit par un mouvement d’horlogerie.
2" Une sorte d’étoile métallique à rayons très-aigus et très-espacés qui viennent
plonger successivement dans une i)etite coupe remplie de mercure; on met ordinairement en mouvement ce système par un rouage d’horlogerie. Malheureusement, ces communications par le mercure ne présentent pas de sûreté à cause de l'oxydation de ce métal par l’effet des étincelles, de telle sorte que sa surface se couvre rapidement d’impuretés qui finissent par empêcher la communication.
3° Pour obtenir des interruptions notablement espacées, Fabré Palaprat se servait du métronome des musiciens, auquel il adaptait un petit doigt métallique plongeant à chaque oscillation dans un godet rempli de mercure.
4° On peut employer le pendule, à l’exemple des horloges électriques, pour distribuer ou interrompre le courant. M. Duchenne a fait réaliser par M. Mathieu une horloge qui interrompt à volonté le courant une, deux, trois ou quatre fois par seconde.
5" De petits appareils d’horlogerie portatifs, tels que ceux de M. Pulvermacher, remplissent le môme but et permet!ent d’augmenter la fréquence des interruptions.
6° Les interrupteurs automatiques qui sont ceux où le courant détermine lui-même son interruption.
Le principe le plus fécond qui ait été utilisé dans leur construction est celui de l’interrupteur de Neef; qu’on appelle aussi quelquefois trembleur.
Soit (fig. 31) A la pile dont le courant traverse l’hélice B et vient passer par un levier D ; celui-ci par l’effet d’une force quelconque (son élasticité, sa pesanteur ou un ressort auxiliaire), se trouve maintenu en contact avec l’extrémité d’une vis n' qui sert à fermer le circuit. A l’extrémité du levier D, est une petite masse de fer doux E ; dans la bobine est un cylindre G de la même matière. Au moment où le courant passe, l’aimantation imprimée au fer doux de la bobine attire la petite masse E ; mais aussitôt le contact est rompu entre D et la pointe de la vis n', le courant est interrompu, la force attractive cesse aussi, le levier D revient prendre sa position initiale et ainsi de suite.
La rapidité de ces alternatives est réglée parle moment d’inertie de la masse E et en général du système mobile, par sa distance'au fer de la bobine et par la force antago-
niste qui tend à rappeler le levier; dans les divers appareils que nous aurons occasion de citer, on a rnis h profit ces diverses circonstances; dans les uns, on fait varier la distance en allongeant ou raccourcissant la vis n' ; dans d’autres, la longueur du levier D qui agit comme ressort, et qui est, par conséquent, d’autant plus énergique qu’il est plus court; dans d’autres encore, on a une masse auxiliaire que l’on déplace à volonté sur le prolongement du levier D. • '
30. — Les interrupteurs attenants aux appareils sont tous fondés sur les principes dont il vient d’étre question; nous en décrirons quelques-uns d’une manière spéciale.
Interrupteur de Foucault. — Parmi les interrupteurs dérivés du trembleur de Neef nous devons signaler l’interrupteur disposé par Foucault pour les grosses bobines de M. Ruhmkorff; il possède la faculté précieuse de pouvoir se régler depuis une extrême lenteur jusqu’à une grande vitesse. Voici en quoi il consiste : une sorte de balancier horizontal L (fig. 32) porte à l’une de ses extrémités une petite masse de fer doux attirée, par le fer central de l’hélice inductrice, et à l’autre une pointe de platine plongeant d’une petite quantité dans un verre qui contient un amalgame de platine recouvert d’une couche d’alcool ; ce balancier est supporté par une lame verticale flexible prolongée à sa partie supérieure par une tige le long de laquelle on peut faire glisser une petite masse qui règle la rapidité des oscillations du système. Une crémaillère peut faire monter ou descendre le tout, de manière à faire varier la distance du petit contact au, fer central de l’hélice. Le godet qui contient l’amalgame est lui-même porté sur un support à crémaillère qui permet d’y faire plonger la tige de platine à différentes:
prolbncleurs. Ces trois éléments permettent de faire varier, entre des limites très-éloignées, la fréquence des interruptions.
La figure 32 représente un interrupteur de Foucault adapté à une grosse bobine de Ruhmkorff, mais il s’en construit de séparés dans lesquels môme on utilise pour produire l’oscillation un courant distinct de celui qu’on veut rendre intermittent ; de (;ette façon le courant moteur peut conserver une intensité constante, tandis que le courant actif passe par toutes les intensités désirables sans troubler le rhythme de l’interrupteur.
51. — Trembleur de il/. Trouvé. — Nqqs donnons ci-contre la ligure du trembleur de M. Trouvé ; il est remarquable par l’habileté avec laquelle son auteur a su en faire tenir toutes les pièces dans un espace très-restreint. La pièce A (fig. 33) est un contact de fer doux articulé à l’une de ses extrémités, il est soulevé à l’autre par un petit ressort en platine ; la longueur active de celui-ci est réglée par une goupille entraînée par
un levier, articulé en O, et qui peut prendre les deux positions OM et CM' correspondant f\ L (lentement) et V (vite). On voit facilement, en effet, à l’inspection de la figure 34, que l’excursion du contact est d’autant plus grande, et par conséquent les oscillations d’autant plus lentes que le levier de réglage est plus dévié vers la gauche. Dans cet appareil le courant passe par la goupille et par la petite lame de platine faisant fonctions de ressort.
52. — Interrupteur de M. Duchenne. — La nécessité de disposer, d’une façon absolue, du nombre des interruptions a été bien sentie par M. Duchenne, qui a eu soin de munir son appareil volta-faradique d’un trembleur dont les battements peuvent être ralentis ou accélérés à volonté ; ainsi il peut né donner que quatre intermittences par seconde, ou bien en produire un nombre extrêmement considérable dans le même temps, en passant par tous les degrés de vitesse intermédiaires.
\oici la figure de ce trembleur (fig. 35) que nous empruntons, ainsi que sa description presque textuelle, au traité de M. Duchenne (1). Les extrémités du fil de la première hélice communiquent, l’une avec le bouton E, l’autre avec la vis G; la pièce mobile de cuivre A, qui est repoussée contre la vis G par un ressort placé au devant d’elle, communique avec le bouton F. On comprend qu’à l’instant où les boutons E et F sont mis en rapport avec les pôles d’une pile, le courant passel dans le fil de la première hélice, et aimante le fer doux central de cellerci, qui attire alors le fer doux mobile G. Ge fer doux entraîne avec lui la pièce mobile de cuivre A qui était appliquée contre la vis G. Il en résulte une solution de continuité, et conséquemment la cessation de l’aimantation et le retour de la pièce A contre la vis G. Alors le courant passe de nouveau dans l’hélice, produit les phénomènes ci-dessus décrits, et ainsi de suite.
Le fer doux mobile G est assez éloigné du fer doux placé au centre de l’hélice pour avoir une course notable à parcourir quand il est attiré par l’aimant temporaire de la première hélice. Dans cet état, il ne bat que quatre fois par seconde. Mais e,n tournant graduellement de droite à gauche la vis G, l’étendue de la course du fer mobile G diminue de plus en plus ; conséquemment la rapidité du trembleur croît progressivement au gré de l’opérateur. Pour que l’action magnétique pût s’exercer avec assez de force à de grandes distances entre l’aimant temporaire de l’hélice et le fer doux mobile G, M. Duchenne a augmenté la masse de ce dernier en l’articulant avec un barreau de fer doux de 14 centimètres de longueur qui s’étend sur la face supérieure de la bobine.
53. — M. Duchenne établit une distinction entre les trembleurs avec ou sans vibrations. Les trembleurs à vibrations sont ceux qui entre chaque intermittence sont agités par plusieurs ressauts et rebondissements très-rapides qui rendent l’électrisation trèsdésagréable. Sauf certains cas particuliers, on doit éviter les dispositions de trembleurs donnant lieu à ces effets, car elles rendent plus difficiles certaines expériences électro-musculaires.
On sait que les secousses électriques très-rapprochées déterminent au lieu de commotions isolées un état tétanique ; des vibrations se produisant dans le trembleur donnent donc lieu en réalité à des séries plus ou moins courtes et plus ou moins (îspacées de convulsions tétaniques.
(1) Duchenne, Traité de VMeclrisalion localisée, 2' édition, Paris, J. B. Baillière, î861.
54. — Des faits d’ordre purement physique que j’ai observés viennent à l’appui de ceux d’ordre physiologique cités par M. Duchenne. J’ai eu en effet l’occasion de reconnaître que la manière dont s’opère la rupture de l’extra-courant peut donner lieu à une division de l’étincelle induite dont le fait suivant pourra donner, une idée. Dans des expériences relatives à la vitesse du son (l)jeme servais comme moyen chronoscopique de la trace laissée sur une plaque d’argent iodurée par une étincelle d’induction provenant d’une bobine de Ruhmkorff. L’interruption du courant inducteur était produite mécaniquement ; or, dans certaines circonstances, au lieu d’une trace unique j’ai observé jusqu’à 13 traces,'correspondantà autant de petites étincelles dans lesquelles s’était subdivisée une seule décharge. On pouvait les distinguer les unes des autres parce que !a plaque était animée d’un mouvement rapide, et que les petites étincelles étant successives laissaient leur trace en des points différents ; or ces quinze traces étaient réparties sur une longueur de 1 millimètre, correspondant à un temps notablement inférieur à de seconde. Ces étincelles étaient d’ailleurs certainement successives car elles s’alignaient toutes dans le sens du mouvement de la plaque.
Il n’y a pas lieu de croire que chacune de ces étincelles partielles correspondît à une vibration produite dans l’interrupteur, mais il est manifeste que suivant la loi du mouvement de l’interruption, la décharge induite qui se manifeste le plus ordinairement par une seule étincelle peut se diviser en un certain nombre de décharges partielles. Ces phénomènes ont été observés avec une bobine de Ruhmkorff de moyen modèle.
35. — Des moyens de graduation. — Il en existe un grand nombre, mais il ne faut pas croire c[u’ils soient tous physiquement équivalents, car ce n’est pas seulement l’intensité absolue des effets qu’ils font varier, la plupart modifient en môme temps la loi des décharges, et on ne peut dire à priori que cette circonstance soit insignifiante, quoique jusques à présent aucun fait n’ait été signalé qui manifeste d’une manière irrécusable son influence sur l’organisme; le physicien doit cependant en prévoir la possibilité.
1® Variation d’intensité du courant inducteur. —11 n’y a qu’un très-petit nom'bre d’appareils où ce mode de graduation soit mis à la disposition de l’opérateur; il est cependant d’autant plus précieux que c’est sans doute celui qui doit le moins influer sur le mécanisme des décharges,
2° Introduction d’une plus ou moins grande masse de fer doux dans la bobine inductrice. — Ce moyen imité des expériences faites par àl. Dove avec son inducteur différentiel est employé dans quelques appareils où l’on varie le nombre des fils de fer qu’on place dans les bobines, mais il est peu employé à cause de son incommodité.
(i) Détermination expérimentale de la vitesse de propagation d’un ébrcnlemml sonore dans un tuyau cylindrique, Annales de Chimie et de Physique, 4» série, tome XII, page 345.
3“ Introduction d’une longueur plus ou moins grande de l’hélice inductrice dans l’hélice induite. — Ce moyen est le plus parfait de tous. M. Duchenne en attribue l’invention au docteur Rognetta ; il a été adopté par M. Duboys-Reymond (de Rerlin) dans l’appareil plus connu sous le nom de Siemens et Halske, etc. La critique que M. Duchenne fait de ce système au point de vue de la soi-disant nécessité de contacts mobiles n’est pas fondée.
4° Introduction d’une résistance variable dans le circuit induit ; on emploie souvent dans ce but une colonne d’eau de longueur variable.
S° Affaiblissement des courants induits par l’influence d’une masse métallique continue placée dans le voisinage. — Nous avons analysé plus haut cette influence mise en évidence par M. Dove, et dont M. Duchenne paraît avoir introduit l’usage dans la ct)nstruction des appareils électro-médicaux. On emploie à cet effet un tube de cuivre mobile dans le sens de son axe de manière à recouvrir plus ou moins la bobine induite ou la bobine inductrice, ou même simplement le fer doux placé dans l’intérieur de celle-ci.
6“ Utilisation d’une longueur plus ou moins grande du circuit induit. — Ce moyen de graduation permet de fractionner les effets suivant deux ou trois rapports seulement; il n’est pas fréquemment employé. On en a un exemple dans l’appareil de M. Trouvé.
36. — Des divers types d’appareils au point de vue de l’utilisation des courants. — Reprenons la ligure schématique d’un appareil formé d’une pile et d’une bobine inductrice renfermant un noyau de fer doux.
Si le corps humain se trouve placé (fig. 36) dans un circuit PN (dans la partie re-
Fig. 36.
présentée en traits interrompus) , il est facile de voir que pendant tout le temps que le circuit de la pile est fermé par l’interrupteur, une très-faible portion seulement du courant de cette pile passe dans le circuit dérivé qui contient le corps humain, car la résistance de celui-ci est très-grande par rapport à celle de la bobine. Mais quand le circuit de la pile est interrompu en D par l’effet du mouvement du trembleur, l’extrac,ourant, trouvant dans l’étincelle une résistance qui devient bientôt beaucoup plus (îonsidérable que celle du corps humain, passe en grande partie par le circuit n" P N.
L’extra-courant direct ou de rupture est d’ailleurs le seul sensible ; nous savons en effet qu’il a beaucoup plus de tension que l'inverse ou d’établissement, et que sa durée est notablement moindre, circonstances toutes deux favorables à la production de l’effet physiologique douloureux que l’on paraît rechercher.
57. — On ne construit plus aujourd’hui d’appareil qui n’utilise que l’extra-courant. Tous ceux en usage comportent une seconde hélice d’un fü beaucoup plus fip et beaucoup plus long que celui qui forme la première.; c’est l’hélice induite proprement dite ou deuxième hélice. On peut à volonté recueillir soit l’extra-courant en plaçant le corps (fig. 37) dans le circuit PN, soit le courant induit en le plaçant dans le circuit P'N'
Fig. 37.
qui ferme la deuxième hélice. L’induit de rupture, qui est de même sens que l’extracourant, est pour les mômes raisons que ci-dessus le seul perceptible ; cependant l’induit inverse agit sans doute en prédisposant le trajet qu’il parcourt dans le corps îi ressentir plus vivement l’induit direct qui lui succède.
58. — Un certain nombre de constructeurs établissent une communication permanente entre une des extrémités du fil de la première hélice et uiie extrémité du fil de la seconde (sur la figure 38 entre P' et N) en ayant soin d’observer la condition que les
Fig. 38.
courants marchent dans le môme sens de façon à s’ajouter ; cela revient à mettre le fil gros et le fil fin l’un au bout de l’autre.
Dans cette disposition, en attachant les conducteurs manipules en P et en N on a l’extra-courant, en P' et N' le courant induit; en P et N' la superposition des deux courants.
La pratique montre que cette dernière combinaison l’emporte sur chacune des deux premières. Il me paraît probable que dans ce cas ce n’est pas précisément par l’addition des deux sortes de courant que le renforcement a lieu, mais sans doute en permettant à l’extra-courant de se décharger plus rapidement et plus complètement que lorsque le circuit est simplement interrompu, de telle sorte que l’effet serait en partie analogue à celui que produit le condensateur de M. Fizeau.
Bobine d’induction de M. Ruhmkorff.
39. — Dans les cas, qui sont du reste assez rares, où l’on a besoin d’étincelles d’une forte tension, on ne saurait trouver mieux que l’appareil qui a conquis à M. Ruhmkorff une célébrité si méritée. Nous donnons ici la figure d’un petit modèle (fig. 39) qui produit
Fig. 39.
des étincelles de 1 à 10 millimètres, lesquelles peuvent être supportées lorsqu’elles ne se succèdent pas trop rapidement. Ces bobines à tension relativement forte peuvent remplacer l’électricité des machines ordinaires à frottement, surtout lorsqu’elles sont munies d’un interrupteur donnant à la volonté de l’opérateur des décharges isolées les unes des autres.
Appareil pour' le service des hôpitaux, par M. Ruhmkorff.
60. — M. Ruhmkorff a disposé récemment un appareil transportable, spécialement destiné à la pratique des hôpitaux, et dans lequel sont réunies les conditions les plus essentielles pour assurer la régularité de l’emploi des courants d’induction. Cet appareil
est représenté ci-contre (fig. 4.0). Il contient deux éléments ziiic-cKarbon et bisulfate de mercure; le zinc peut être immergé plus ou moins dans le liquide, ce qui permet
Fig. 40.
de graduer l’effet inducteur. Un seul des éléments suffit dans les cas ordinaires ; le second est surtout un élément de rechange. Le mode de graduation est l’enfoncement des deux hélices l’une dans l’autre, ce qui permet de réduire l’effet presque à zéro, s’il en est besoin. Le trembleur est celui deNeef; la fréquence des interruptions se règle au moyen d’une vis. Une étoile mue par une petite manivelle dont dispose l’opérateur permet de produire des effets intermittents.
Cet appareil donne à volonté l’extra-courant et l’induit du premier ordre.
Appareil portatif par M. Ruhmkorff,
61. — Ce constructeur fabrique depuis longtemps un appareil portatif spécialement destiné à la pratique civile, et qui est d’un beaucoup plus petit volume que le précédent. Il contient deux éléments zinc-charbon et bisulfate de mercure ; ces éléments sont très-simples : ce sont de petits godets en charbon des cornues à gaz dans lesquels plongent des disques épais de zinc. Le montage de cette pile est très-facile, et ses effets durent assez longtemps pour la plupart des applications. Il faut, il est vrai, monter et démonter la pile h chaque fois.
Il y a deux bobines qui fonctionnent identiquement de la môme manière ; c’est une môme bobine coupée en deux. Le graduateur est une chemise en cuivre extérieure aux bobines.
L’interrupteur est le treinbleur de Neef ; une étoile placée extérieurement à la boîte permet de produire les intermittences.
Fig. 41.
Cet appareil donne à volonté Textra-courant et le courant induit.
Il est représenté ci-contre (fig. ki) au tiers de la grandeur naturelle.
Appareil de M. le docteur Tripier.
62. — C’est un appareil non portatif i\ pile indépendante. Nous en empruntons la (igure et une partie de la description au traité de cet auteur (1).
Dans cette figure, le circuit inducteur est celui de la bobine à fil fin, B; le commutateur C et la manette D sont disposés de manière à y amener le courant de la pile dont les électrodes aboutissent en a et a'. Des rhéophores insérés sur les extrémités polaires du circuit B permettent de recueillir par deux manipules les extra-courants de haute tension développés dans le circuit. Les rhéophores attachés à la bobine B' conduisent chacun à l’une des branches d’une pince à expérience et donnent des courants induits de faible tension.
Voici d’après M. Tripier les djvers effets qui peuvent s’obtenir par la cornbinaison des divers organes de son appareil :
« Les trois cylindres étant superposés et le courant de la pile traversant l’hélice du « fil gros et court, on obtient (1°) les extra-courants de ce fil, (2") les courants induits « du fil fin. Dans ces deux cas, les actions inductrices réciproques des deux circuits « s’ajoutent è celle du faisceau de fer doux agissant comme électro-aimant.
( 1 ) Manuel li’éleclrothérapie, par le docteur A. Tripier. Paris, J. B. Baillière, 1861. .Te dois la figure 42 à l’obligeance de M. Tripier.
« Les trois cylindres étant toujours superposés et e courant de la pile traversant « l’hélice du hl long et lin, on a 3" les extra-courants de grande tension de ce fd, et (4”)
Fig. 42.
A, A', bornes destinées à recevoir les électrodes de l’une des piles; — a, a', bornes recevant les électrodes de l'autre pile. — B, bobine sur laquelle est enroulé le fil fin; — b, petite bobine à fil fin' contenant dans son intérieur l’électro-aimant qui règle les interruptions du circuit de la bobine précédente.— B', bobine sur laquelle esfenroiilé le gros fil;— V, petite,bobine à gros fil, contenant l'éleotronimant qui règle les interruptions du circuit do la bobine B' quand ce dernier circuit est parcouru par le courant de la pile. — E, tête de la tige qui continue l'électro-aimant central et lui sert de manche. — G, commutateur. — D, manette mettant l'ap])areil en communication avec l'une ou l'autre des piles.
« dos courants induits de faible tension développés dans le gros fil. Dans ce cas ente core les actions réciproques des deux bobines s’ajoutent à celle de l’électro-aimant.
« La bobine â fil gros et court étant seule retirée, et le courant de la pile étant « dirigé à travers la bobine à fd fin, on obtient (5°) les extra-courants de haute ten- (( siondufd fin, avec conservation de l’influence de l’électro-aimant et suppression « de l’action inductrice de la bobine à gros fil.
« La bobine à fil fin étant seule retirée, et le courant de la pile traversant la bobine « à gros fil, on a (6°) les extra-courants de faible tension de celle-ci avec conservation « de l’action inductrice de l’électro-aimant et suppression de celle de la bobine à « fil fin.
« Le faisceau central de fer doux étant seul retiré, on obtient (7° et 8“) des extra- « (fourants d’origine exclusivement voltaïque dans le fil fin ou dans le gros fil suivant' « que l’un ou l’autre est traversé par le courant de la pile ; — en même temps que « (9“ et 10°) les courants d’induction voltaïque du gros fil et du fil fin dans les mêmes f< circonstances.
« Enfin, lorsqu’une bobine et le faisceau de fer doux sont retirés, on a les extra-
« courants produits par la rupture du courant de la pile, extra-courants de haute tente sion (11°), si la bobine conservée est celle à fd long et lin, et (12°) de faible tension « si l’on a gardé seulement la bobine à fd gros et court. »
63. — La tentative de M. Tripier est certainement louable, et il y a le plus grand intérêt à pouvoir comparer les effets produits dans des circonstances bien différentes et surtout bien déterminées. Mais nous ne croyons pas qu’il soit prudent de chercher les moyens de cette étude comparative dans un appareil complexe, où l’échafaudage de divers organes les uns sur les autres vient créer des conditions multiples auxquelles il est difficile d’avoir égard, telles que des différences de distance, d’intensité, etc. Du moment qu’il s’agit d’expériences de cabinet, il devient beaucoup plus simple, tout il fait rigoureux et presque aussi économique d’avoir un certain nombre de bobines dans lesquelles une seule condition varie de l’une à l’autre, toutes desservies par un seul interrupteur dans lequel le courant moteur soit indépendant du courant actif, comme cela a lieu dans certains modèles de l’interrupteur de Foucault.
Appareil de Dubois-Reymond, ou de Siemens et Halske.
G!». — Le courant de la pile arrive (fig. 43) par les deux bornes A et A% traverse l’électro-aimant D et la bobine inductrice B ; les pièces E, r, a constituent un trembleur de Neef. On peut recueillir l’extra-courant.
Fig. 43.
Une seconde bobine B' recouverte d’un fil fin peut recouvrir complètement la première ou s’en éloigner à une assez grande distance ; elle est le siège de l’induit.
La bobine inductrice renferme des fils de fer doux dont on peut faire varier le nombre pour graduer encore d’une autre manière les effets.
Cet appareil est très-simple et très-bien conçu au point de vue de l’expérimentation en ce qui regarde la graduation des courants induits.
Appareils de AI. le docteur Duchenne.
65. —On doit reconnaître que M. Duchenne a été, sinon toujours l’inventeur, au moins le promoteur du plus grand nombre des perfectionnements apportés aux appareils d’induction destinés aux usages médicaux. On pourrait être tenté de lui reprocher de ne pas accepter assez vite les perfectionnements apportés chaque jour par les progrès de l’art de la construction, mais il faut bien reconnaître que pour l’expérimentateur qui cherche à établir entre les phénomènes observés des comparaisons souvent fugaces, la prudence oblige à changer le moins possible les conditions de l’instrument explorateur.
Quant à moi, si j’avais le droit de formuler une opinion, je trouverais les grands appareils de M. Duchenne peut-être un peu trop riches en effets multiples pour qu’on puisse facilements’y reconnaître avant de les avoir longtemps pratiqués, et les conditions variables assez difficiles à démêler les unes des autres pour qu’il soit difficile de donner aux résultats de sa pratique individuelle une valeur absolue et indépendante de l’appareil qui a servi à les obtenir.
Nous décrirons les deux derniers modèles adoptés par l’auteur, l’un est un appareil de cabinet, l’autre est portatif.
66. — Grand appareil volta-faradique découvert. — Les hélices superposées con stituant le système d’induction se composent de deux fils de cuivre rouge, différant en diamètre et en longueur, et recouverts par de la soie.
Le fil de cuivre le plus gros (i millimètre de diamètre) et le plus court (100 mètres de longueur) est enroulé sur une botte de fils de fer doux. Les extrémités de ce fil aboutissent à la pile.
Lo lil le plus lin ( ,Vcle uillliniètro de diamfitre) et le plus long (1 000 mètres) est enroulé sur le fd précédent. Les extrémités se rendent aux deux ressorts du commutateur des hélices. Cet organe, que l’on voit en E, est destiné à faire passer rapidement et alternativement le courant de l’une ou de l’autre des hélices dans les conducteurs qui portent l’électricité sur le sujet en expérience.
Il y a deux tubes graduateurs ; l’un B qui agit sur la deuxième hélice, et l’autre C •sur la première.
Le fer doux D est mobile, on peut même le retirer complètement. D' représente sa section.
Le trembleur est celui que nous avons décrit plus haut (page iO).
Outre le commutateur des hélices E, il y a un commutateur des piles H qui permet de changer rapidement la direction des courants sans déplacer les rhéophores.
A ces parties principales, M. Duchenne joint un modérateur à eau, une pédale destinée à faire avec le pied les intermittences éloignées, et une boussole pour mesurer l’intensité du courant. Cette boussole doit être très-éloignée de l’appareil afin que l’aimantation du fer doux ne cause pas de perturbation dans ses indications.
67. —Appareil portatif. — M. Duchenne lui a donné la forme d’un volume in- 8 ; il .se compose (fig. V5) ; d’une bobine longue de 6 centimètres, formée par deux hélices
Fig. 45.
superposées, l’une à fil gros (7 millimètre de diamètre) et court (GO mètres), l’autre à fil fin (7 de millimètre de diamètre) et long (300 mètres); d’un fer doux çonstitué.
par une plaque de fer-blanc roulée en hélice et placée dans l’axe de la bobine (1) ; d’un tube graduateur D ; d’un commutateur des hélices C ; d’un trembleur E et d’un rhéotome L pour les intermittences lentes.
Un couple au bisulfate de mercure (représenté en Z) se loge dans le compartiment A.
Cet appareil donne à volonté l’extra-courant ou le courant induit.
G est une pédale rhéotome indépendante qu’on emploie dans le cas où l’on veut produire des intermittences isolées; on la fait mouvoir avec le pied.
M. Duchenne a reconnu que cet appareil était suffisant dans la grande majorité des cas.
Appareil de M. Morin.
68 .—Cet appareil a été l’un des premiers qui aient réalisé les conditions de commodité exigées par la pratique civile de l’électro-thérapie, et parmi les plus utiles des dispositions dues à M. Morin il faut compter la solidarité de la pile et de l’appareil d’induc-
Pig. 46.
tion. La difficulté était d’autant plus grande que ce constructeur s’était imposé la condition d’employer leuouple de Bunsen, légèrement modifié il est vrai.
La figure 46 donne la vue d’ensemble de l’appareil de M. Morin. Dans le coin de
(1) L’une des faces de la feuille de fer-blanc est recouverle de papier afin d’isoler les spires les unes des autres.
droite se trouve la pile, à côté les accessoires; A est une planchette sur laquelle est fixé l’appareil d’induction proprement dit ; on voit en A' ce système à découvert.
Les figures 4-7 et 4-8 montrent le système de la bobine : la première en vue extérieure de face, la seconde en coupe. D est un tube de fer-blanc qu’on peut mettre ou
Fig. 47. Fig. 48.
retirer à volonté ainsi que diverses tiges de fil de fer ; G est une chemise mobile de cuivre qui sert de graduateur ; vient ensuite le fil fin ou fil induit; le fil gros ou fil inducteur est placé extérieurement. En e est une petite masse de fer taraudée dans le bois de la bobine : elle s’aimante sous l’influence du courant et attire le contact d ; <;elui-ci est formé par une lame de fer doux articulée à l’extrémité d’une autre lame du môme métal a placée latéralement à la bobine de manière à s’aimanter sous l’influence du courant inducteur et accroître ainsi l’attraction. Il n’y a pas de ressort antagoniste ; c’est la pesanteur qui en remplit l’office. Le contact d porte une petite lame de platine qui vient frapper sur une pointe de môme métal dont la distance se règle au moyen de la tige terminée parle bouton h. Le môme bouton, après qu’on loi a fait faire un certain nombre de tours, sert à produire des interruptions espacées au gré de l’opérateur.
En L est un levier mobile et flexible qui sert à établir ,1a communication de la
bobine avec la pile : à cet effet il vient porter sur une tige de platine I fixée dans le charbon de celle-ci.
La pile (fig. 49) se compose d’une enveloppe de cuivre A doublée d’un zinc épais E, puis d’un vase poreux G dans lequel se trouve un charbon de cornues H.
On met de l’acide azotique ou du bichromate de potasse en dedans du vase poreux et de l’eau pure en dehors. Un couvercle de gutta-percha B ferme à peu près hermétiquement tout ce système.
Cette pile offre les inconvénients inhérents à l’emploi de l’acide nitrique, mais elle a l’avantage de donner une quantité nbtable d^’électricité, de pouvoir être montée à l’avance, rester plusieurs hèures en action et enfin être démontée à loisir, tandis que les petites piles à bisulfate de mercure doivent être préparées au chevet du malade.
L’appareil de M. Morin peut être regardé comme disposé de manière à donner des courants où la quantité est un des éléments de la question, tandis que dans les petits appareils portatifs c’est surtout vers la tension que se portent les efforts des constructeurs, dans le but d’atteindre la limite moyenne d’effet fixée par la sensibilité de nos organes; son auteur s’est efforcé, suivant son expression, de construire non pas seulement un appareil à secousses, mais un instrument vraiment physiologique.
Cet appareil donne l’extra-courant, le courant induit et la somme des deux: M. Morin paraît avoir été le premier à employer cette combinaison.
Fig. 49.
Appareils de M. Gaiffe.
69. — Cet ingénieux constructeur fabrique depuis longtemps déjà un petit appareil très-portatif représenté au quart de la grandeur naturelle par la figure 50.
La pile et la bobine d’induction occupent deux compartiments séparés, s’ouvrant indépendamment l’un de l’autre. La pile se compose de deux éléments zinc et bisulfate de mercure renfermés dans un bac en caoutchouc diirci dans le fond duquel sont incrustées deux plaques de charbon de cornues. Des fils de platine destinés à établir la communication sont noyés dans la masse et font saillie au dehors ; les deux zincs se posent à plat sur des repos ménagés à cet effet, et il n’y a pas à se préoccuper autrement de l’établissement des communications ; rien de plus commode que la manœuvre de cette pile.
L’appareil donne l’extra-courant, le courant induit et si l’on veut la somme des deux ; les communications sont d’autant plus faciles à établir- convenablement que M. Gaiffe a l’utile précaution de marquer de signes indiquant le sens du courant les trous où s’enfoncent les extrémités des rhéophores.
Fig. 50.
L, petit bac de caoutchouc durci contenant les deux éléments de la pile.
K, tube contenant une provision de bisulfate de mercure.
M, bobine d’induction. — R, bouton du tube graduateur.
O, Q, pièces du trembleur.
P, bouton sur lequel on appuie pour produire les interruptions isolées.
N, cylindres manipules, — T, excitateurs divers.
70.— Nouveau modèle .— Pile au chlorure d’argent. —M. Gaiffe vient de disposer un nouveau modèle dont les praticiens ne manqueront pas d’apprécier l’heureuse combinaison. Il s’est inspiré de l’exemple de M. Trouvé dont nous décrirons ci-après la pile hermétiquement fermée, mais il a su utiliser les qualités précieuses de la pile au chlorure d’argent fondu (1) sur laquelle M. Warren de la Rue a récemment appelé l’attention. Chacun des deux éléments de pile renfermés dans l’appareil de M. Gaiffe
(1) L’élément eau salée, chlorure d’argent et for ou zinc a été utilisé il y a près de trente ans par M. Becquerel dans ses recherches sur le traitement électro-chimique des minerais d’argent. (Voir le tome II du Traité d’électricité, par MM. Becquerel et Edm. Becquerel. Paris, Didot, 1858.)
M. Marié-Davy a construit une pile zinc, eau pure et chlorure d’argent fondu. {Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XLIX, 1859.)
M. Edm. Becquerel dans son mémoire sur la pile voltaïque {Annales du Conservatoire des arts et métiers, tome page 295, année 1861) a déterminé la force électro-motrice d’un couple dans lequel la dépolarisation de l’électrode négative était obtenue par le chlorure d’argent précipité placé dans un diaphragme de pile; il l’a trouvée un peu inférieure à celle du couple à sulfate de cuivre, c’est-à-dire très-peu plus grande que la moitié de celle du couple à acide azotique.
— Oi¬
se compose (fig. 51 et 52) d’une lame de zinc Z et d’une lame d’argent Y sur laquelle se trouve fondue une certaine quantité de chlorure d’argent ; elle est enveloppée d’une étoffe
Fig. 51.
Fig. 52.
mince destinée à empêcher l’argent réduit de se précipiter au fond du vase. Le tout est contenu dans une sorte d’étui en caoutchouc durci fermé par un bouchon à vis et rempli d’eau contenant 5 pour 100 environ de sel marin. Des crampons en argent fin V, V' auxquels s’accrochent les lames Z et Y portent le courant au dehors. JK est un lien en caoutchouc qui rappelle celles-ci l’une contre l’autre, tandis que deux coussins I, I' en caoutchouc les maintiennent à une distance constante.
La quantité de chlorure d’argent est telle que cette pile peut fonctionner d’une manière continue, pendant dix heures avec une intensité constante, le circuit étant fermé par la bobine d’induction.
Lorsque l’élément est épuisé, il suffit de dévisser le couvercle et d’accrocher une nouvelle lame Y de chlorure d’argent, dont on peut se munir à l’avance. L’argent réduit étant recueilli intégralement, la dépense se réduit en définitive è la manipulation de sa transformation en chlorure.
Cette pile offre l’avantage Inappréciable de pouvoir rester montée et en place dans l’appareil, pendant un temps quelconque sans s’altérer, les actions chimiques qui déterminent la réduction du chlorure d’argent ne s’opérant que lorsque le circuit est fermé.
D’après les évaluations que nous avons relatées dans la note ci-dessus, on voit que les deux éléments du chlorure (fargent qu’emploie M. Gaiffe équivalent, au point de vue de la force électro-motrice, un élément de Bunsen.
Enfin c’est une ressource précieuse au point de vue de la graduation des effets que de pouvoir employer à volonté un ou deux éléments, car ils sont indépendants l’un de l’autre.
71.—La figure 53 montre l’ensemble de l’appareil ; il est tout entier contenu dans la boîte AB CD qu’une traverse saillante partage en deux parties : le premier com¬
partiment renferme deux des éléments qui viennent d’ôtre décrits L, L' serrés entre les parois do la boîte par des ressorts qui servent à établir les communications. Le second compartiment renferme la bobine M et les accessoires. A un bout de la bobine, se trouve le bouton R du tube graduateur, à l’autre le trembleur auquel M. Gaiffe a apporté une heureuse modification. Au lieu de faire le réglage par une vis, qui maniée par des mains inexpérimentées venait souvent forcer le ressort, on le réalise par l’intermédiaire d’un levier coudé P pouvant s’abaisser jusqu’en P' ; dans cette dernière position, il sert de pédale pour la production des interruptions espacées, lorsqu’on vient avec le doigt à le faire porter momentanément sur la petite vis 0.
Fig. 53.
Trousse électrique de M. Trouvé.
72. — Les petites bobines d’induction construites par cet habile mécanicien sont de petits chefs-d’œuvre d’ingéniosité et de précision. L’une de ces bobines est représentée en B dans la figure 54, en demi-grandeur.
Nous avons décrit plus haut l’interrupteur employé par M. Trouvé.
Sa bobine se compose d’un fer doux formé par une feuille de tôle excessivement mince roulée en hélice, et entourée d’un tube de cuivre graduateur dont on voit la tête en O : le fil inducteur et le fil induit sont bout à bout; le premier forme 6 couches, le second 18.
En plaçant les boutons des rhéophores En I' et J' on obtient l’extra-courant de deux couches.
En P et I l’extra-courant complet.
En I et J le courant induit seul.
En r et J l’ensemble des deux courants.
Les interruptions isolées se font en interrompant à la main le contact entre la pile et un petit bouton que porte la bobine dans ce but.
La pile est en A, c’est un étui de caoutchouc durci fermé par un couvercle à vis qui porte un cylindre de zinc un peu plus court cjue la moitié de la longueur de l’étui. Celui-ci est rempli jusqu’à la moitié d’eau, on charge avec 3 ou k grammes de bisulfate de mercure. En raison de cette disposition la pile ne fonctionne que lorsqu’on la renverse de façon que le couvercle soit en bas. Ainsi chargée elle peut fonctionner pendant près d’une heifre et demie.
Les effets de ce charmant petit appareil sont relativement remarquables, ils s’expliquent d’ailleurs par les soins apportés à sa construction, l’isolement parfait de toutes ses parties et une parfaite entente des conditions les plus favorables au développement des effets que l’on se propose de produire dans ces appareils.
Pour être juste, il faut rappeler que M, Gaiffe a depuis longtemps ouvert la voie de la construction des petites bobines d’induction, mais M. Trouvé paraît avoir atteint les dernières limites du possible en ce genre.
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