‹ De L'Industrie Chimique PharmaceutiqueChapitre 100 sur 113 · OTTO N. WITT · texte numérisé non relu

OTTO N. WITT

Professeur à l'Ecole Polytechnique de Charlottemburg.

Nous avons extrait de la préface de son rapport sur PExposition Collective de l'Industrie chimique de l’Allemagne à l'Exposition Universelle de Paris en 1900, des arguments un peu différents de ceux du rapporteur français.

La science chimique et surtout la chimie industrielle comme l’industrie en général, a lentement progressé en Allemagne ; dans la première moitié du xrv® siècle, son développement était moins rapide que dans les autres pays civilisés, mais après, ce mouvement s’est effectué avec une plus grande rapidité qu'ailleurs.

L'empire allemand ne dispose pas, en dehors de quelques exceptions, de conditions exceptionnellement favorables pour l'établissement de l’industrie en général et de l’industrie chimique en particulier, mais d’autre par il n’existe aussi aucune difficulté qui puisse l’enraver.

L'empire possède des côtes avec de vieux ports de mer et des villes commerçantes, de grandes voies fluviales, une quantité de sources, de ruisseaux, de fleuves et de lacs, qui réalisent une des conditions principales de l’industrie chimique, l’eau en abondance.

La houille existe aussi en quantité et est favorablement répartie. :

La fondation de nombreuses pharmacies ét l'impor-

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tance qu’elles prirent fut une des causes du développement de l’industrie chimique en Allemagne. On peut féliciter les pharmaciens allemands d’avoir compris dans le sens le plus vaste les devoirs qui incombaient à leur profession et d’avoir exercé celle-ci avec tant de zèle. Leur instruction les mit à même de suivre les progrès intellectuels de leur temps et d’y collaborer ; beaucoup se vouérent au service de la chimie naissante et transformèrent peu à peu leurs officines en fabriques, avec la coliaboration des professeurs.

Le mouvement fut donné par Liebig en 1827 par son organisation de l’enseignement systématique de la Chimie.

La création de la synthèse organique par Wohler en 1828 fut une révélation.

Le développement de la chimie organique prit un vol rapide.

L'industrie des matières colorantes prit naissance et elle mena rapidement l’industrie allemande au succès actuel.

Causes de ses succès : Développement de la culture intellectuelle du peuple allemand.

Epanouissement du cercle des recherches chimiques et scientifiques.

Association des travaux scientifiques et industriels.

Organisation heureuse et hâtive de l’industrie chimique en Allemagne.

Association pour le soutien des intérêts de l’industrie chimique. :

Fondation de la Société chimique allemande.

Protection des procédés de fabrication par la loi sur les brevets. Plus de 100.000 brevets ont été délivrés de 1878 à 1900. ;

Institutions philanthropiques pour le bien-être des ouvriers.

Le rapporteur allemand insiste sur la part prépondérante du pharmacien ; il n’y à aucune raison qu'il n’en devienne pas de même en France.

— RTE —

FISCHER, interviewé par Jules Huret sur les causes de la prospérité de l’industrie chimique allemande, lui répondit :

« Ce qui a fait le succès de l’industrie chimique allemande, c’est le genre d’organisation des Prussiens, leur ordre et surtout leur persévérance. Ensuite viendrait leur science qui est grande parce qu’elle est spécialisée. Dans les usines allemandes, parmi des milliers de chimistes, il s’en trouve qui mériteraient de prendre un siège de professeur à l’Université. Inversement vous voyez des privat-docent des agrégés allant dans les usines travailler, gagner leur vie et en même temps étudier. Nous appelons dans les écoles de chimie industrielle de l'Etat des chimistes d’usines qui viennent y faire des cours de technique. Ainsi se créent ces liens étroits et si puissants entre les savants et les industriels qui vous expliquent aussi, en partie, notre succès » (1).

HURET, ajoute: un des plus grands obstacles au développement de l’industrie française, c’est le système des octrois sur l’alcool, le charbon, le fer et tous les matériaux à construire.

TRILLAT. dans son rapport sur l'Exposition de Bruxelles de 1910, attribue notre infériorité :

Au prix de revient trop élevé de l’alcool industriel ;

A la loi française sur les brevets ;

À l'absence de renseignements bibliographiques dans beaucoup de fabriques de produits chimiques.

LAUTEH en 1878, dans son rapport sur l’ensemble de l'exposition de la classe 47, fait remarquer que nos droits de douane et de régie constituent une véritable protection de la production étrangère.

ADRIAN disait dans son rapport sur l'Exposition de Chicago de 18983 :

€ I n’y a que pour les couleurs artificielles et les produits pharmaceutiques où nous soyons déchus du rang que nous occupions pour ces industries ; ce sont justement celles où nous avons contre nous une réglementation défavorable à leur essor en raison des droits qui pèsent sur les alcools ». ;

(1) Jules Hurer. Rhin et Westphalie, page 149.

V. AUGER (1) ‘indique comme une des causes de notre décadence chimique la loi française qui interdit le brevet des produits pharmaceutiques ; elle a écarté les recherches de cette voie qui devenait pour eux infructueuse et en conséquence sans intérêt.

Gay Lussac, rapporteur d’un projet de loi favorable au brevet des produits pharmaceutiques, prévoyant les conséquences déplorables que nous constatons, disait à l’appui de sa thèse « vouloir supprimer l’appât légitime d’un gain mérité, c’est vouloir tuer l'industrie elle-même, la pharmacie ne saurait échapper à cette loi économique ». : =

RICHE attribuait à l'outillage, notre infériorité (2), « les usines françaises que j'ai visitées sont mal outillées, il en est dans lesquelles la plupart des opérations se font à feu nu, même des distillations de matières organiques. Elles sont situées dans les grandes villes ou à leur porte, à Paris même, conditions fâcheuses pour les salaires, les loyers, le charbon, l’hygiène.

Combien serait avantageux l’établissement d’une usine munie de tous les perfectionnements modernes près d’un port dans lequel arrivent les matières à traiter et les charbons d'Angleterre ou de Belgique ».

Henri LE WITA (?) attribue la situation actuelle des matières colorantes à l'indifférence de nos grands établissements de produits chimiques qui envisagent exclusivement les intérêts du moment, la limitation de l'effort aux intérêts personnels sans penser à l’avenir de la nation, la dispersion des efforts.

FLEURY RAVARIN, ancien sénateur du Rhône dit dans le Réveil National de Lyon, (*) queles Allemands produisent à meilleur marché que nous parce que

Les matières premières, fer et houille sont à bas prix chez eux ;

Les transports, fer et eau sont à prix réduits ;

(4) V. Aucer. Rapport général sur l'Industrie des Matières Colorantes, pages 17 et 18.

(2) Rrcue. Rapport sur l'Exposition Universelle de 1889. (3) Henri Le Wira. Matières Colorantes. Mercure, mars 1916. )

(4) L'Industrie mécanique et le Commerce Allemands. Mercure, juin 1916, page 12. ;

— RTE —

La main-d'œuvre est 1/3 meilleur marché que chez nous et produit 1/3 en plus ;

L'appui gouvernemental permet le dumping ;

Le régime bancaire permet l'installation d'usines et le crédit à long terme aux clients.

DE RIBES CHRISTOFLE, membre de la Chambre de Commerce de Paris (!), écrit que les Allemands » savent se résigner à vendre à très petit bénéfice ; ils vont plus loin, ils font souvent sacrifice de tout bénéfice pour s'implanter sur un marché et continuent ce sacrifice jusqu'à ce qu'ils aient évincé leurs concurrents.

Quoi que veuille le client, ils l'exécutent textuellement sans chercher à en discuter l’opportunité. Nous voulons souvent imposer notre choix malgré les usages et les besoins ; il faut concilier les deux choses sans outrance.

. GATTEFOSSE, fabricant de parfums à Lyon s’écrie dans « Mercure, » août 1916 (Industrie française des parfums de synthèse) :

« La Chimie des Parfums se meurt en France

des règlements; que de nouveaux règlements lui rendent ja vie ».

Il reproche le statut sur l'emploi de l’alcoo!l industriel ;

L'absence de ports francs et d’usines cadenassées, pour l'extraction des principes essentiels ; les droits de douane rendent plus coûteux en France qu'en Allemagne les produits même de nos colonies.

Les exigences de la régie ont obligé les fabricants à transporter leurs usines en Suisse, pays ne produisant pas d’alcool.

. Le Musc artificiel (trinitrobutylxylène) qu’on peut faire cristalliser dans le benzol est fabriqué en grand par de Laire (20.000 kilos environ par an).

Le Terpinéol, la terpine, et ses dérivés, sont au contraire fabriqués à meilleur compte en Allemagne par suite des primes d’exportation payées en France

(1) Rapport de M. de Riges Carisrorce, à la Chambre de Commerce de Paris, « pour le développement du Commerce francais ».

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