ÉVOLUTION DE LA MÉDECINE ET DE LA PHARMACIE
Pendant les longs siècles où l’on ignorait totalement les véritables causes des maladies, les traitements étaient de la plus haute fantaisie et les remèdes de la plus grande complexité.
La pharmacopée de l'Antiquité, celle du Moyen Age et des temps qui le suivirent étaient remplies de formules les plus extravagantes : macérations et décoctions de plantes, mixtures composées de matières animales, d'herbes et de résines, servaient à composer des cataplasmes ou des tisanes qu’on appliquait aux blessés et aux malades.
Un temps fort long sépare l'emploi de la fameuse « thériaque » — qui réunissait l’opium, le vin d’Espagne, la chair de vipère et soixante-dix sortes de plantes et de gommes — de l’usage de la droguerie simple telle que le quinquina, la rhubarbe, l’ipécacuanha, la salsepareille, importés dès le xvi® siècle.
Dès la première moitié du siècle dernier, la clinique, qui permet de distinguer les maladies les unes des autres fournit le moyen d'appliquer à chacune d’elles la médication et le traitement appropriés.
Elle use de remèdes simples, éprouvés par l’expé” rience, mais c’est le hasard seul qui montre leur efficacité.
Ainsi la clinique forme la base de la médecine dés le commencement du xix® siècle. La matière médicale est devenue en même temps moins compliquée. De plus, les premiers alcaloïdes sont découverts.
Enfin après cette longue période d’empirisme, une transformation complète en thérapeutique s'opère. Après Laennec qui crée les bases de la méthode en médecine, c'est l'introduction des sciences expérimentales, l’apparition de la physiologie, à la suite des découvertes et des travaux de Pasteur et de Claude Bernard.
LR TR
Ce ne sera plus la Clinique qui, seule, interviendra : l'expérience s’y ajoute et la médecine comme la pharmacie vont subir une évolution profonde et progresser rapidement.
La physique, la chimie suivent une marche parallèle. C’est une période de recherches et de découvertes qui bouleversent les vieilles théories, ouvre une voie toute nouvelle, féconde en résultats, à la thérapeutique et à la pharmacologie.
La nouvelle organisation de l’école de pharmacie sous l'impulsion de Fourcroy avait créé une émulation heureuse parmi les élèves.
« La préparation des médicaments a été l’une des principales sources de la Chimie philosophique, elle sera un des principaux ateliers de cette découverte » (Fourcroy, premier numéro du Bulletin de Pharmacie).
Le grand maître prévoyait l’évolution scientifique de la pharmacie toute proche. Les grands noms de la pharmacie qui se révèlent : Robiquet, Pelletier, Caventou, Bressy, Braconnot, Ballard, Courtois, justifièrent bientôt cette prévision.
Les découvertes succèdent aux découvertes ; les alcaloïdes et les glucosides sont connus les uns après les autres dès le commencement du siècle dernier :
1803 Narcotine par Derosne ;
1816 Morphine par Sertuerner ;
1817 Emétine par Pelletier et Magendie ;
1818 Strychnine et Brucine par Pelletier et Caventou.
1820 Quinine par Pelletier et Caventou (!).
1832 Codéine par Robiquet ;
1832 Narcéine par Pelletier;
1845 Digitaline par Homolle et Quévenne (Nativelle en 1872 en complétait l'étude).
1851 Spartéine par Stenhouse. — L'action physiologique n’en fut reconnue qu’en 1885 par Germain Sée.
1860 Cocaïne par Neumann ;
(1) Ceïte dernière découverte illustre la PAS française par l'importance
des services rendus aux paludéens sur le globe ; la France reconnaissante a élevé une statue à Paris, boulevard Saint-Michel, à Pelletier et Caventou.
Hope
1865 Esérine par Vée ;
1871 Aconitine par Duquesnel ;
1872 Boldine par Verne et Bourgoin ;
1872 Atropine par Lefort ;
1878-79 Ergotinine et Pelletiérine par Tanret.
Dans cette première partie du siècle, Vauquelin trouvait aussi la Daphnine, Boulay la Picrotoxine, Robiquet la Cantharidine, Pelletier et Caventou la Vératrine.
En 1825, Liébig créait en Allemagne l’enseignement de la Chimie analytique à l’Université de Giessen ; il débutait avec 9 élèves. — Seize ans plus tard, il en avait 50 et son exemple était suivi dans toutes les universités.
C’est l’origine de l’organisation colossale qui a fait le succès considérable de l’Allemagne, tant industriel que commercial et qui lui a permis de résister aussi longtemps à ses nombreux et puissants adversaires.
Le développement de la chimie organique permit d'établir la composition exacte des alcaloïdes, des glucosides et leurs fonctions chimiques.
Partant de ces connaissances, s'appuyant sur les propriétés curatives de quelques corps organiques de constitution bien établie, les chimistes pensèrent pouvoir obtenir dans leur laboratoire toute une série de produits chimiques susceptibles de remplacer les principes actifs des végétaux et créèrent d’après cette théorie les premiers médicaments synthétiques employés actuellement.
Depuis, il en a été découvert une multitude, mais à côté de ceux qui ont acquis le droit de cité dans la thérapeutique par des vertus curatives éprouvées, nombreux sont ceux qui n’ont fait que passer.
Les travaux de Runge et d’Anderson furent le point de départ de la synthèse des premiers alcaloïdes : ils trouvèrent, le premier la Quinoléine et le second la Pyridine (distillation des os). Ces découvertes conduisirent à la synthèse de la Conicine et à la création de la Kairoline, de la Kairine et de la Thalline ; aujourd’hui, ces produits ne sont plus utilisés en thérapeutique, mais ils ont APE la voie à la création de nouveaux médicaments.
Se
Jusqu'en 1856, les goudrons issus de la fabrication du gaz étaient considérés comme déchets encombrants ; la découverte des nombreux produits volatils qu'ils renferment allait amener une révolution dans la chimie pharmaceutique et la création de l’industrie des matières colorantes. Nous verrons que ces deux industries sont sœurs, souvent inséparables, et que les usines de matières colorantes sont forcément productrices de produits chimiques médicamenteux. Mieux encore, certains produits servant d’intermédiaires dans l’industrie des matières colorantes sont employés en nature comme médicaments: Phénol, Résorcine, Naphtol ; cela nous conduira forcément à nous occuper latéralement de cette question dans ce travail.
Pendant que les chimistes retiraient le phénol du goudron de houille, Pasteur faisait ses magnifiques travaux sur les microbes, détruisant ainsi les théories de la génération spontanée. Lister, d’autre part, reconnaissait au phénol des propriétés microbicides et créait la méthode antiseptique qui porte son nom, et que Just-Lucas- Championnière propageait en France.
Les émulsions de coaltar qui n’agissent du reste que par le phénol qu’elles renferment, avaient vécu ; l’anti- sepsie était née et la consommation du phénol devenait considérable.
La causticité de cet antiseptique amena à en rechercher les dérivés moins corrosifs. Kolb et Lautermann, en 1860 parvinrent à le combiner à l’acide carbonique pour en faire de l’acide salycilique (acide phénolcarbonique) dont la consommation mondiale se chiffre actuellement par milliers de quintaux. :
En 1866, Nencki crée les salols, éthers salicyliques des phénols, le salol proprement dit étant l’éther salicylique du phénol et le bêtol l’éther correspondant du naphtol.
En 1831, Soubeiran trouvait le chloral en France en même temps que Liébig en Allemagne, mais les propriétés de ce produit n’étaient reconnues qu’en 1871 par Licbreich.
Le chloroforme était découvert à la même époque, ct plus tard, c'étaient successivement : l’acétanilide, l’'exalgine (Brigonnet), la phénacétine (Bayer).
PSE
Knorr, en partant de l’éther acétylacétique et de la phénylhydrazine, arrivait à l’antipyrine, antipyrétique qui eut une vogue énorme vers 1900, ce qui permit à Otto Witt de dire : « les remèdes synthétiques, surtout les fébrifuges, ont acquis un champ d’action spécial ; ils ne peuvent remplacer la quinine, mais ils agissent parfois où elle échoue » ! (1).
La thérapeutique introduisait vers 1840 un médicament important, devenu très populaire, l'huile de foie de morue. Longtemps considérée comme sous-produit de la pêche à la morue, mal soignée et utilisée seulement pour la corroirie, elle fut préparée avec les foies frais, par. la vapeur, après les travaux de Peter Moller, de Christiania, et de Hogg, à Paris, et de nauséabonde qu’elle était, elle devint très acceptable.
À l'exposition de 1878, Chesebrough montrait un produit obtenu dans la purification des goudrons de pétroles d'Amérique, par simples filtrations sur l’argile, qu'il appelait vaseline. Lancelot prenait une licence du brevet et fabriquait en France la Pétréoline. L’axonge trouva là un remplaçant presque absolu dans la composition des pommades.
Depuis quelques années, la lanoline, après les travaux de Liebrech, vient partager la vogue de la vaseline. En pharmacie galénique, Adrian et Vée essaient de la congélation pour la fabrication des extraits ; le produit est plus parfumé mais le procédé trop difficilement applicable est abandonné. Duboé, Dausse, Grandval
préparent ces produits sous pression réduite et leur méthode est définitivement adoptée.
Les Parke Davis de New-York, créaient les extraits fluides introduits et connus en France sous le nom d’extraits fluides américains.
Burroughs Welcome, en Angleterre, Haussmann en Suisse et Warnier aux Etats-Unis présentaient les comprimés.
Ferrand, rapporteur de la classe 87, à l'exposition universelle de 1878, qui les voyait pour la première fois, prétendait que cette forme n'aurait aucun succès en
.(L) Otto Witt, préface de son rapport sur l'Exposition collective de l'industrie . chimique allemande à l'Exposition universelle de Paris, 1900.
France. Que dirait-il s’il voyait expédier par la Pharmacie Centrale des Hôpitaux Militaires de Paris, les comprimés de chlorhydrate de quinine à 0,25 par cinq mille kilos! (1).
Le pharmacien imaginait de son côté de nouvelles formes de médicaments : les granules, les perles, les capsules, les pastilles, les ovules, les cachets, les tissus emplastiques (sparadraps, taffetas), les sinapismes.
Les pansements se développaient et amenaient la création des gazes et cotons médicamenteux à l'acide phénique, à l’iodoforme, au sublimé, au salol, à l’acide borique.
Grâce à l’asepsie, la chirurgie fit de grands progrès » cette méthode conduisit aux pansements stérilisés, créés en France par Leclerc.
Nos aînés ne pouvant plus assurer par eux-mêmes la fabrication de tous les produits employés en médecine, il leur fallut avoir recours à l'Industrie.
(1) La consommation du Service de santé fut de 14 000 kil. de chlorhydrate basique de quinine par trimestre pour assurer les besoins du corps d'occupation de Salonique, français et alliés compris:
Que trouvions-nous comme matériel dans le laboratoire des pharmaciens du siècle dernier?
Un alambic pour la distillation des eaux aromatiques, des alcoolats et de certaines colatures.
Des bassines pour faire les sirops.
Des bains-marie pour les extraits et des plateaux pour finir l’évaporation des liqueurs ; des conges et des appareils à déplacement pour macération ou lixiviation des plantes pour extraits et teintures.
D'énormes mortiers-en fonte munis de pilons géants, guidés par des colliers fixés au mur, pour faire les poudres d’ipéca, de quinquina, la subérine (la pulvérisation des mauvais bouchons est restée légendaire parmi les stagiaires de ce temps-là).
Des jeux de tamis nombreux, en soie, en crin, ouverts et à tambour, pendus en ligne le long du mur.
De lourds mortiers de marbre posés sur socle de bois où les apprentis apprenaient à faire le trèfle en battant le cérat ou l’onguent mercuriel.
Le moulin pour farines de lin et de moutarde, le coupe-racines.
A l’officine, les mortiers de porcelaine ou de bronze et les piluliers jouaient le plus grand rôle ; des entonnoirs, des porphyres, des spatules à grain ou flexibles de toutes dimensions complétaient l'outillage nécessaire aux préparations magistrales.
Le matériel scientifique était restreint : une balance de précision, un microscope, quelques burettes graduées, des verres et des tubes à essai.
Les analyses biologiques étaient peu développées, les essais de médicaments se bornaient à l'examen organoleptique ; les simples formant la plus grande partie des matières premières.
SU Ne
« Jusque dans le premier tiers du siècle dernier, le pharmacien préparait lui-même presque tous ses médicaments et ne demandait au droguiste que les matières premières nécessaires à leur obtention : racines, feuilles, fleurs, écorces pour les transformer en médicaments composés, teintures, alcoolatures, extraits, pilules. Pendant cette période, le pharmacien praticien se contentait de reconnaître les drogues par leurs caractères organoleptiques ou botaniques et à les transformer en médicaments » (f).
Au fur et à mesure que la thérapeutique s’enrichissait de nouveaux médicaments le rôle du pharmacien changeait et devenait plus complexe.
Bien que les drogues d’autrefois n’aient pas encore disparu, les médecins cherchèrent de plus en plus à les remplacer par des produits bien déterminés et dosés ; il s’en suivit la préparation des extraits concentrés puis des principes actifs à l’état pur.
La découverte des alcaloïdes avait pour conséquence fatale la création d'usines pour les fabriquer, elle ouvrait la porte à l’industrie pharmaceutique.
Celle-ci était créée par Delondre qui fabriquait les sels de quinine. C’est l’origine de la marque des trois cachets « Pelletier, Delondre et Levaillant » toujours réputée,
Les nombreuses découvertes d'ordre chimique s’ajoutant à celles des alcaloïdes, les nouvelles formes de médicaments introduites en thérapeutique, mettaient le pharmacien dans l’impossibilité absolue de les préparer tous, il devait s'adresser à l’industrie. Celle-ci ayant des besoins plus grands à satisfaire, se développa rapidement et suivit une progression parallèle aux besoins médicaux.
Frappé de cette situation et voulant que le pharmacien restât sinon son fabricant, mais au moins l'associé du fabricant et le propriétaire de son usine, Dorvault fonda en 1852, la Pharmacie Centrale des Pharmaciens, qui, en 1855 changea ce titre pour celui de Pharmacie Centrale de France. Il réalisait les idées émises par Fourcroy, Vauquelin, Chevalier, Soubeiran et Boudet.
Les raisons de l’économie du projet n’ont fait que J
(1) Favre et GirarDoT: Rapport,
ie
croître depuis cette époque et elles atteindront une acuité extrême après la guerre, surtout en main-d'œuvre; nous en citons un passage :
« Le manque d'élèves et des obstacles matériels de toute nature ne permettent qu'à un petit nombre de pharmaciens de faire toutes leurs préparations euxmêmes. Sans doute il serait désirable de voir suivre les habitudes de l’ancienne pharmacie, savoir : que tous les médicaments sortant d’une officine y eussent été préparés. Mais on voit de plus en plus les pharmaciens demander les produits pharmaceutiques d’une préparation pénible ou difficile à la droguerie en gros.
Les produits chimiques prennent de jour en jour une plus grande place dans la matière médicale comme les préparations pharmaceutiques et bien plus généralement encore que celles-ci, les pharmaciens vont les prendre à des sources étrangères » ({).
Dans le but de conserver l’unité d’aspect et de com” position des produits, Dorvault désirait fonder une mai” son qui serait celle de tous les pharmaciens, qui leur préparerait tout ce dont ils auraient besoin et qu'ils ne pourraient fabriquer eux-mêmes ; maïs le problème était trop vaste et irréalisable en pratique.
Une usine est obligée de se spécialiser dans un certain nombre de fabrications pour arriver à un rendement intéressant par la quantité et le prix de revient. D’autres maisons dont nous parlerons plus loin se créèrent, mais des établissements comme la Pharmacie Centrale servent de régulateurs du marché et par là rendent de grands services aux pharmaciens.
Les expositions nous permettent de voir l’évolution de la Pharmacie et nous en suivons la marche régulière dans les rapports faits sur la classe 87 dans ces tournois pacifiques de la science et de l’industrie.
Certains de nos maîtres y trouvent l’occasion de manifester des sentiments de regrets. Riche dit ainsi « Il est de notoriété vulgaire que beaucoup de pharmaciens dans les villes surtout où la place est exiguë et l'habitation chère, ont cessé de préparer un grand nombre de médicaments que leurs anciens tenaient à honneur d'exécuter. Ce n’est pas ici le lieu de discuter les causes
(4) Pharmacie Centrale de France, 2e édition, par Charles Sezuier.
Mo ues
de cette transformation qui, rationnelle pour diverses formes médicamenteuses, mieux préparées en grand et à la machine qu’en petit et à la main, devient, au contraire, extrêmement regrettable lorsque, dépassant toute mesure, elle a pour conséquence de changer l’officine du pharmacien en un magasin où l’on débite, sans essai préalable, les produits des autres et où l’on se - contente d’exécuter les ordonnances du médecin.
Quoi qu’il en soit, c’est un fait et un fait irrémédiable, il existe aujourd’hui un groupe de pharmaciens : Les fabricants de Produits pharmaceutiques » (®).
Le rapporteur est quand même obligé de constater que, depuis l'Exposition de 1878, la pharmacie s’est beaucoup transformée. Le travail manuel est remplacé par celui de la machine ; les mélanges complexes font place aux substances simples, bien dosées, d'effet constant ; l'emploi des alcaloïdes et des glucosides se généralise et la chimie organique fournit aussi sa part de médicaments synthétiques.
Notre industrie semblait se réveiller et vouloir remplacer en France les produits dont l’Allemagne nous inondait déjà.
Le mouvement était donné, il fallait le suivre. Il était propagé par les écoles de Pharmacie qui élargissaient leur programme et augmentaient leurs chaires,
L'enseignement comprenait à l’origine : chimie, pharmacie, histoire naturelle des médicaments, botanique ; en 1834, deux nouveaux cours furent institués : physique élémentaire et toxicologie.
La chimie fut divisée en chimie générale et chimie organique ; la pharmacie en pharmacie chimique et pharmacie galénique.
En 1856, nouvelle chaire : celle de Zoologie.
En 1879, trois nouveaux cours sont transformés en chaire : Cryptogamie, Analyse chimique, Minéralogie et Hydrologie.
Des travaux pratiques de chimie, d'analyse chimique, de physique, de micrographie et de bactériologie furent institués sous la direction des professeurs et des
(1) Ricue. Rapport sur l'Exposition de 1889, page 17,
RAA
maîtres de conférences ; des herborisations furent organisées,
En 1840, Cousin, ministre de l’Instruction publique rattacha les Ecoles de Pharmacie aux Universités, institua les agrégés et exigea le diplôme de bachelier èslettres.
Le niveau scientifique des pharmaciens s’élève parallèlement au développement de l’industrie pharmaceutique.
Les sociétés professionnelles qui sont des cercles actifs de production scientifique : l’Académie de Médecine (dont la section de pharmacie comprend 10 membres), la Société de Pharmacie de Paris ({) s'associent à ce mouvement.
Les praticiens se réunissent en congrès pour discuter des intérêts moraux et matériels de la profession. L’un d’eux en 1849, Soubeiran, s’écriait : « Pourquoi les pharmaciens qui attendent placidement leurs rares clients, ne feraient-ils pas un effort dans les voies communes de l’industrie ? » (?).
Des concours entre pharmaciens, se rattachant à la pharmacie ou aux sciences auxiliaires, sont organisés par ces congrès. Les premiers lauréats en 1863 furent Méhu, pharmacien-chef à Necker, pour ses travaux sur la centaurée, et Disse, à Moissac, pour ses observations pratiques sur les extraits.
En 1876, Bussy, directeur honoraire de l'Ecole de Pharmacie fonda l’Union scientifique des Pharmaciens de France pour stimuler l’ardeur scientifique des pharmaciens de Paris et de province ; malheureusement elle ne survécut pas à la mort de son fondateur et ne dura que sept ans. \
De nationaux, les congrès devinrent internationaux ; le premier eut lieu à Brunswick et de suite, on chercha à réaliser l'unification des préparations galéniques dites héroïques ; cette question fut rappelée aux Congrès de Paris 1867, Vienne 1869, Pétrograd 1874, Genève 1877, Londres 1881, Bruxelles 1885 pour être enfin résolue au Congrès de Bruxelles en 1902.
(1) En voir les origines, par Émile BourqueLor, dans le Journal de Chimie et de Pharmacie, en 1903, tome 18, page 443. /
(2) André Poxmier. Histoire de la Pharmacie, page 338.
2 fo
Dans toute la France, par département, par région, les pharmaciens se groupèrent en associations scientifiques ou syndicales et commencèrent à publier des journaux et des revues qui eurent pour résultat de propager les découvertes, les inventions et de créer un courant permanent d’émulation.
Actuellement, la presse pharmaceutique compte comme organes principaux : le Journal de Pharmacie et de Chimie, le Bulletin des Sciences pharmacologiques, l'Union pharmaceutique, le Répertoire de Pharmacie, le Bulletin de la Société de Pharmacie de Bordeaux, le Bulletin de la Société de Pharmacie de Lyon, la Pharmacie française, journal de l’Association amicale des Etudiant en Pharmacie de France, créé vers 1895.
Tous les progrès réalisés, toutes les découvertes stabilisées par la pratique sont enregistrés dans les différentes éditions du Codex devenu depuis obligatoire. Celui-ci ne fut qu’une reproduction revue et augmentée de l’ancien Codex parisien de 1748 dont l'édition était épuisée depuis longtemps.
La première édition du Codex est en latin; des traductions en français en ont été faites en 1818-1821 et 1827 (1).
La deuxième édition est de 1837 ; celle-ci est en français et comprend 634 formules numérotées.
En 1866, nous avons une troisième édition comprenant 862 formules encore numérotées avec une préface de J.-B. Dumas, président de la Commission du Codex.
La quatrième édition date de 1884 ; le numérotage des formules a disparu ; l'ouvrage est divisé en quatre parties, chacune dans l’ordre alphabétique : 1° substances tirées des animaux ou des végétaux ; 20 Pharmacie chimique ; 3° Pharmacie galénique ; 4° Pharmacie vétérinaire. En 1895, un supplément a été publié. Depuis 1908, la Pharmacopée française est régie par la cinquième édition. Celle-ci ne présente plus de division ; formules et substances sont toutes classées par ordre alphabétique.
D'une édition à l’autre, on suit la marche de la thérapeutique par les suppressions et les additions. Les
. (4) M. P. Dorveaux. Les éditions du Codex, Bulletin des Sciences Pharmacologiques, n° 6, juin 1909. |
re
formules complexes disparaissent peu à peu et sont remplacées par les essais des médicaments qu’on doit demander au commerce.
A côté du Codex, on peut mentionner le Formulaire des hôpitaux militaires très bien rédigé et fréquemment remis à jour. Nos confrères auraient intérêt à le posséder, nous sommés certains qu'ils y puiseraient des renseignements très intéressants,
La monarchie de Juillet vit naître les spécialités pharmaceutiques ; elles se développèrent avec les découvertes d’alcaloïdes et peu à peu elles acquirent une grande vogue près du public et prirent une grande place dans le commerce pharmaceutique ; nous verrons plus loin que cette industrie tient une grande place dans notre exportation de médicaments,
Dans un rapport sur l'Exposition de 1889, Riche en parle dans les termes suivants :
« Les spécialités, sauf celles en nombre très minime inscrites au Codex ou approuvées par l’Académie de Médecine n’ont pas d'existence légale et c’est en partie ce qui constitue leur succès. Leur objectif est d’atténuer les inconvénients d’odeur ou de saveur que présentent beaucoup de médicaments.
Plusieurs spécialités constituent de véritables découvertes utiles à l'hygiène et à l’art de guérir, un très grand nombre sont sans valeur et ne réussissent qu’en raison de la crédulité humaine et par la toute puissance de l’annonce.
L'administration a lutté quelque temps contre cette invasion, dans l'attente d’une vaine loi qui remplace celle de Germinal, elle a rendu les armes. Quel est le magistrat, le fonctionnaire qui n’achète aujourd’hui quelque spécialité? » aè
On croirait cette opinion d'hier, rien n’est encore
‘changé, si ce n’est l'application d’une taxe, en attendant qu’une loi en règle l'exploitation.