CHAPITRE PREMIER
Des Progrès de l’Industrie manufacturière , depuis trente ans.
L’industrie manufacturière n’a pas fait moins de progrès que l’agriculture : je crois même qu’en comparant ces deux branches de la prospérité publique, l’avantage resteroit à la première : on peut facilement assigner les causes de cette différence.
Les règlemens de fabrication avoient re~ tenu notre industrie captive pendant plus d’un siècle; elle étoit restée stationnaire, tandis que celle de nos voisins , dégagée de il i
% DE LINDÜSTRIE FRANÇOISE.
toute entrave , marchoit à grands pas vers la perfection. Du moment que la liberté a été rendue à notre industrie , elle n’a eu qu’à imiter pour se placer au niveau de celle qui l’avoit devancée.
Les progrès étonnans de la chimie moderne, qui ne datent que du milieu du dernier siècle , ont pu diriger l’industrie dans toutes ses applications , et créer des arts inconnus jusqu’alors.
Il y a encore cette différence entre l’industrie manufacturière et l’agriculture, c’est que la première s’exerce principalement dans les villes où les connoissances sont plus répandues , l’émulation plus active, les ressources plus grandes , les encouragemens plus nombreux, et les communications plus faciles ; tandis que l’agriculteur vit isolé dans les champs, où il n’est entouré que de gens qui pratiquent ce qu’ils ont vu pratiquer ; esclave des méthodes que ses pères lui ont transmises , il ne se doute même pas qu’on puisse les améliorer, et il ne se détermine à opérer des changemens que lorsque des hasards heureux amènent près de lui des hommes éclairés qui lui donnent l’exemple d’une culture plus avantageuse.