CHAPITRE PREMIER
De l'Influence du Gouvernement sur V Industrie.
Aujourd’hui qu’il est généralement reconnu que le commerce , l’agriculture et l’industrie manufacturière font la force et la richesse d’une nation, les gouvernemens ne peuvent plus avoir qu’un but, celui de les protéger et de les encourager.
Presque tous les gouvernemens paroissent pénétrés de cette vérité, et sont animés du même désir ; mais l’expérience nous apprend chaque jour qu’il ne suffit pas de vouloir pour parvenir au but, et il arrive souvent que l’administration tarit en un moment , par un acte peu réfléchi , une source féconde de prospérité publique.
Un gouvernement ne doit jamais perdre de vue que les funestes effets d’une erreur, en fait d’industrie, s’étendent jusqu’aux
206 DE l’industrie FRANÇOISE, dernières ramifications de la société : lorsqu’on ne croit atteindre que quelques chefs de fabrique , on s’expose à frapper toute la nation : le manufacturier calcule ses entreprises sur la législation du moment; le moindre changement qu’on y apporte peut compromettre le sort de son industrie, et paralyser les bras qu’il emploie.
Dans un genre d’industrie qui prospère, toutes les parties qui concourent se sont placées dans un tel état de besoin et d’harmonie, qu’il est difficile d’y toucher sans faire crouler l’édifice. L’impôt le plus léger peut rompre l’équilibre, et produire une secousse qui se fasse sentir depuis le premier producteur jusqu’au consommateur.
Un foibîe droit sur la matière première prive le fabricant d’une portion de ses capitaux , et peut faire augmenter le prix des produits de manière à ne plus permettre de concourir sur les marchés de l’Europe.
L’action du gouvernement sur l’industrie doit être éclairée, pour être utile ; elle doit être constamment dirigée par les seuls principes de l’intérêt général, pour qu’elle ne soit ni partiale ni versatile.
L’action du gouvernement doit se borner