‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 122 sur 238 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

5°. Un traité de commerce entre deux puissances de forces inégales, est un acte d’asservissement pour la plus foible.

Indépendamment de ces inconvéniens qui me paroissent inhérens à la nature des traités de commerce , on peut encore ajouter que c’est presque toujours sur de faux calculs qu’on en établit les bases.

Si on stipuloit dans un traité qu’on recevroit de part et d’autre les productions territoriales des deux pays, alors l’intérêt seroit réciproque.

Si l’on convenoit que les seuls produits , fabriqués avec les matières propres à chaque pays , formeroient la base des échanges , il seroit encore possible de concilier les intérêts.

Mais lorsque ces contrats reposent sur le commerce des produits de l’industrie d’un pays contre les productions territoriales d’un autre, dès lors il y a lésion. La nation qui échange ses produits industriels contre les productions delà terre, s’est déjà appropriée une main d’œuvre qui quadruple la valeur des objets qu’elle donne; elle a donc déjà enrichi sa population, tandis que celle qui fournit en retour des bois , des laines, du lin, 11. ï6

24» DE l’industrie FRANÇAISE, du chanvre, des métaux, des graines, n’a pas exercé son industrie sur ces productions , et se prive , en faveur de la première, d’une immense main d’œuvre : dans ce cas, il peut y avoir égalité de valeur dans les échanges, mais il n’y a pas égalité de bénéfices.

De là vient que les traités ont toujours été à l’avantage des nations manufacturières. Pendant les trois années qui ont suivi la conclusion du traité de 1786 entre la France et l’Angleterre , cette dernière a importé annuellement chez nous , pour une valeur de 60,000,000 fr. , tandis que la France n’a exporté que pour 3o, 000, 000 fr. C’eût été déjà un grand désavantage pour la France ; mais il s’accrut encore par la nature des échanges.

Il ne faut donc pas s’étonner si les nations manufacturières cherchent à se lier par des traités avec les nations agricoles, et si elles emploient tour à tour la ruse de la politique et l’ascendant de la force pour en faire contracter.

Supposons , pour un moment, qu’en vertu d’un traité de commerce, une nation agricole livre pour un million de laine et qu’elle

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