CHAPITRE IV
tion , forment le meilleur traité de teinture qui fût alors connu; et, sous ce rapport, on ne doit que de la reconnaissance au ministre qui les a rendus publics. La seconde partie comprend les règlemens qui astreignent les teinturiers à suivre invariablement les méthodes prescrites : ici se présente une considération qui , sans justifier le mode exclusif des règlemens , peut néanmoins légitimer, jusqu’à un certain point, ceux qu’on a cru devoir donner aux teintures : il n’en est pas de l’art du teinturier comme de celui d’un fabricant de tissus; les produits de ce dernier peuvent être appréciés à l’œil et à la main ; le consommateur en juge la qualité et il ne sauroit être trompé par le fabricant ; ainsi . lorsqu’il se détermine à acheter, il contracte avec connoissance de cause. Mais il en est autrement des couleurs ; l’œil le plus exercé, le tact le plus fin, ne peuvent point distinguer une teinture bon teint d’une teinture faux teint : le consommateur peut donc être trompé ; et il peut l’être avec d’autant plus de facilité, que les couleurs fausses sont assez généralement plus brillantes et séduisent l’acheteur. Il faut donc une sorte de garantie au consomma-
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teur, pour n’êire pas trompé, et Colbert a cru la lui donner par ses règlemens.
Mais pour donner cette garantie au consommateur, est-il donc nécessaire de recourir aux règlemens ? de prescrire des procédés uniformes et invariables? d’arrêter les progrès de l’art, et d’interdire les perfectionnemens? Je crois qu’on peut arriver au même but par d’autres moyens.
En convenant que tout homme a le droit d’exercer son industrie comme il l’entend, de fabriquer comme il lui plaît , de teindre par les procédés et avec les matières qui lui conviennent, il me paroit nécessaire que le gouvernement interpose son autorité et stipule pour l’intérêt du consommateur , toutes les fois que, malgré lui , la bonne foi de ce dernier peut être trompée et sa fortune compromise. J’ajouterai même que cette garantie est toute dans l’intérêt de l’industrie, car nous parviendrions bientôt à l’exiler des marchés de l’Europe , si elle y présentait des couleurs fausses , au lieu de ces couleurs solides qui y ont établi sa réputation.
Pour arriver à ce but , je n’irai pas prescrire de nouveau des procédés de teinture uniformes, invariables; ni rétablir des ju-