‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 160 sur 238 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

d’argent pour se transporter dans une autre •ville , l’association venoitàson secours; s’il toniboit malade, ses camarades le soignoient comme un frère; si l’un d’entre eux étoit lésé dans ses droits , tous prenoient sa défense; si quelqu’un s’écarloit des voies de l’honneur ou de la probité , ils en faisoient justice.

Cette institution, admirable sous beaucoup de rapports , avoit de graves inconvéniens dans quelques cas : lorsqu’un compagnon avoit à se plaindre d’un maître , et que la plainte étoit admise par le corps, on damnoit la boutique du maître, et, dès ce moment, il n’étoit permis à aucun d’eux d’y travailler : le maître étoit forcé de faire des réparations, qui luiétoient dictées, pour pouvoir continuer ses travaux. Lorsqu’ils croyoient avoir à se plaindre des magistrats d’une ville, ils damnoient la ville, et tous les compagnons en sortoient à la fois; les ateliers devenoient déserts, tous les travaux étoient suspendus, les nouveaux compagnons passoient sans s’arrêter ; et les maîtres étoient forcés de se transporter dans les villes voisines pour y négocier le retour des compagnons, et faire lever l 'interdit.

3l 4 PE l’industrie FRANÇOISE.

Cette association portoit encore avec elle un vice d’organisation qui souvent compromettoit le repos public et portoit l’alarme dans nos cités : elle étoit partagée en deux sectes, dont chacune avoit ses signes, ses mots, et autres moyens de se reconnoître: ces deux sectes s’étoient vouées une guerre à mort, de sorte que, du moment que les compagnons se reconnoissoient pour ne pas appartenir à la même secte, il s’engageoit des combats , d’autant plus meurtriers , que les outils de travail étoient constamment leurs armes de guerre.

L’institution du compagnonage avoit des avantages en ce qu’elle obligeoit un jeune homme à se perfectionner dans la pratique de sa profession , et que l’usage établi de faire son tour de France lui faisoit acquérir d’autres connoissances que celles qu’on avoit pu lui donner dans l’atelier de son maître. Elle étoit viciéuse, en ce que, ne permettant pas au compagnon d’exercer sa profession pour son propre compte, elle le mettoit dans l’impossibilité de s’établir, et ouvroit la porte à tous les vices qui peuvent se développer dans le cœur d’une jeunesse fougueuse.

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