‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 159 sur 238 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du Compagnonage.

Le jeune homme qui avoit terminé son apprentissage sous un maître, étoit tenu de justifier de son instruction et de sa capacité, en exécutant une des opérations de sa profession qu’on lui prescrivoit , devant les jurés du corps ou au bureau de la communauté. On le recevoit alors compagnon ; mais il ne pouvoit ni monter un atelier , ni ouvrir boutique , ni travailler pour son propre compte, sans avoir exercé et pratiquéchez des maîtres, pendant un temps déterminé qui, quelquefois, étoit de trois à quatre ans, comme nous l’avons dit dans le chapitre des règlemens.

Plusieurs d’entre eux; impatiens de se former un établissement , portoient leur industrie dans quelques lieux privilégiés , où à la faveur de la franchise , ils pouvoient exercer librement et travailler pour leur compte. La franchise du faubourg Saint- Antoine y a créé une population de 70,000 habitans, et a formé une pépinière d’artistes habiles, dont l’industrie s’exerce sur tous

CITAPTTJIE VII.

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les genres; l’enceinte privilégiée du Temple s’é toit couverte d’ateliers : etc’est de cesdeux sources principales que sont sorties, pendant long-temps, les créations et les améliorations des arts ; exemple mémorable de ce que peut l’industrie lorsqu’on la laisse sans contrainte.

Le plus grand nombre des compagnons employait à parcourir la France , les années prescrites pour le compagïionage : ils s’arrètoient dans les principales villes qui pouvoient leur fournir du travail ; et après trois ou quatre ans d’absence , la plupart rentroientdans leur ville natale, pour s’y faire recevoir maîtres , ety former un établissement.

Ces voyages, qu’on appeloit tour de France, avoient un grand avantage pour l’instruction du compagnon et pour les progrès de l’industrie : chaque ville, chaque atelier présentent quelque chose de nouveau et d’utile : ici , c’est une machine plus parfaite ; là, un procédé plus simple. Les matières premières offrent aussi de grandes variétés, selon les lieux, et elles exigent des modifications dans leur emploi ; de sorte que le compagnon rapportoit dans ses foyers toutes les découvertes et tous les perfectionne-

3l2 DE l’industrie FRANÇOISE, mens qui s’étoient faits dans l’art de sa profession.

Cette habitude des voyages étoit encore extrêmement utile à l’industrie : eux seuls peuvent établir promptement la communication des lumières, et former de toutes les découvertes un patrimoine commun. Dans les professions de maçon, de serrurier, de charpentier, de menuisier, de teinturier, etc., il faut voir pour pouvoir imiter; les livres, les instructions, les rapports, sont des moyens bien lents pour propager les découvertes en ce genre.

Les compagnons avoient formé entre eux une association qui étoit connue sous le nom de garçons du devoir ; ils se lioient par des serai e, ns , se reconnoissoient à des signes, et contractoient des obligations réciproques de fraternité et de bienfaisance , qui assuraient à tous des soins , du travail et des secours dans le besoin.

Lorsqu’un compagnon arrivoit dans une ville, il n’avoit qu’à se faire reconnoître pour avoir du travail; et si, par hasard, toutes les places étoient occupées, le plus ancien lui cédoit la sienne.

Si un compagnon se trouvoit dépourvu

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