‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 163 sur 238 · CHAPITRE VIII. 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 3l

leur portoit aucun ombrage étoit reçu , tandis que celui qui s’annonçoit avec un talent supérieur, étoit éconduit, et, par conséquent, obligé de promener son industrie sur tous les points de la France sans pouvoir s’établir nulle part.

La législation sur les maîtrises a été portée à un tel point d’extravagance, qu’elle défendoit au compagnon de s’établir ailleurs que dans la ville où il avoit fait son apprentissage ; toutes les grandes villes lui étoient fermées , à moins que , pour être reçu maître, il ne s’assujettît à remplir toutes les conditions des règlemens pour y faire un nouvel apprentissage. En 1755, on chercha à corriger cet abus, mais l’arrêt du conseil excepta encore les villes de Paris , Lyon , Lille et Rouen , et maintint leurs anciens privilèges. Les étrangers ne pouvoient pas être admis à la maîtrise ; on se privoit gratuitement par-là des lumières qu’ils auroient pu apporter , et des perfectionnemens dont ils auroient enrichi notre industrie: ce n’est qu’en 1767 qu’on leur a permis, par un édit, de s’établir en France.

Il est difficile de concevoir des mesures plus funestes aux progrès de l’industrie, et

3 I 8 UE l’industrie FRANÇOISE, en même temps plus contraires aux bonnes mœurs : en forçant un jeune homme instruit, qui peut manquer de protection ou exciter la jalousie de ses juges , à errer toute sa vie en qualité de compagnon , on encourage le vagabondage et la débauche , on déshérite un bon François de son droit de domicile et de patrie , on le rend étranger à tout intérêt national ; car celui-là ne sera jamais bon citoyen à qui il est défendu d’avoir un domicile , et de se créer une famille.

Sous l’empire de ces lois , l’exploitation de l’industrie étoit un privilège accordé à un petit nombre, et les maîtrises étoient devenues un héritage dont les maîtres dotoient presque exclusivement leurs enfans, leurs parens et leurs amis. Ces prétendus chef s-d’ œuvre , qu’on exigeoit pour admettre un compagnon à la maîtrise , n’étoient plus qu’un prétexte pour écarter, sous des formes légales , le talent et les étrangers.

Il arrivoit souvent que des compagnons, fatigués de parcourir la France sans qu’il leur fût permis de s’y former un domicile , se retiroient dans leur ville natale où des maîtres avides, moyennant une rétribution convenue,leur permettoient de travaillersous leur

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