‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 174 sur 238 · CHAPITRE IX. 33y · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 33y

par l’émulation, et l’émulation n’existe que là où il y a concurrence, parce que ce n’est que là qu’il y a intérêt et besoin de mieux faire. En effet, lé nombre des maîtres étant très-borné, l’ouvrier est sûr du débit de sa marchandise telle qu’il l’a fabriquée jusqu’alors; il n’a pas d’intérêt réel à changer de méthode ; il repousse ou ajourne les perfectionnemens , parce qu’ils nécessiteroient des dépenses; il traite d’innovations dangereuses tout ce qu’ou lui propose : content de ce qu’il fait, parce qu’il le vend avec bénéfice , il se refuse à faire mieux , et l’art se perpétue dans l’état de médiocrité où il l’a trouvé. Ce sont ces hommes qui ont crié contre la suppression des jurandes et des maîtrises, parce que, au lieu de suivre les progrès de l’industrie et les améliorations qu’on y apportoit, ils se sont obstinés à conserver leurs vieilles méthodes, et ont laissé peu à peu s’échapper de leurs mains un art qu’ils avoient pratiqué long-temps avec profit.

3°. Les divisions et les subdivisions des corporations portoient avec elles un autre vice, dont on ressentoit chaque jour les mauvais effets. Nous voyons très -souvent

338 DE l’industrie FRANÇOISE, une branche d’industrie qui prospère , tandis qu’une autre languit ; les bras manquent à la* première, ils sont oisifs dans la seconde: sous le régime des corporations , les mêmes ouvriers ne pouvoient travailler que dans un genre , leur existence étoit attachée à une seule fabrication ; et ceux dont l’industrie se trouvoit frappée de stagnation n’avoient pas la faculté d’offrir leurs bras , pour d’autres parties , parce qu’ils n’appartenoient pas au corps. Cependant, dans un grand nombre d’arts et métiers, les opérations ont une grande analogie entre elles : le tisserand peut passer aisément d’un tissage à un autre, le charpentier peut être utile au menuisier, le maréchal au serrurier; il est peu d’arts , s’exerçant sur les mêmes matières, qui ne présentent de la conformité, et dans lesquels un artiste, habitué à des travaux analogues , ne puisse se promettre des succès en bien peu de temps : mais les règlemens ■ avoient classé les ouvriers , et leur sort dépendoit des chances très-variables du métier qu’ils avoient embrassé.

Qu’arrivoit-il de cet état des choses? Lorsqu’un genre d’industrie prospéroit , les

Page 1