‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 216 sur 238 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

chargées de population , en déverser l’excédant dans d’autres contrées ? D’ailleurs , croira-t-on que des hommes nés dans les villes , élevés dans les ateliers de l’industrie , soient très-propres à ces travaux? L’agriculture est un état qui, comme tous les autres , a son apprentissage , demande de la pratique , exige des forces, et autres conditions qu’on ne peut guère espérer de l’ouvrier vieilli dans les fabriques. La portion de la population qui est réduite à vivre du travail , est naturellement répartie dans les campagnes et dans les ateliers des villes, en raison des besoins; changer cet ordre, c’est rompre l’équilibre , et établir une fluctuation qui produit la misère et tous ses excès.

On observera encore que le consommateur , qui est toute la nation , trouveroit de l’avantage à la libre introduction des produits de l’industrie que les étrangers peuvent nous fournir à plus bas prix ; mais je demanderai de quelle manière on solderoit l’étranger pour plus d’un milliard de produits de ce genre que nous fournissent aujourd’hui nos fabriques ? seroit-ce avec les productions de notre sol? Mais la mesure de

4l6 DE LINDUSTRIE FRANÇOISE, la consommation au dehors est déterminée depuis long-temps , et elle ne va pas à cent millions d’excédant à nos besoins. Elle augmenterait, dira-t-on; je ne le pense pas : mais si elle augmentoit , la partie réservée pour les besoins de l’intérieur prendrait plus de valeur ; le consommateur perdroit donc ce qu’il croit gagner, et la nation sacrifierait les bénéfices de la main d’oeuvre qui sont si considérables dans les produits industriels pour lesquels on emploie la plupart des productions du sol. Serait-ce avec du numéraire qu’on solderait l’excédant de la valeur des importations ? Où sont nos mines , surtout depuis que l’insurrection de l’Amérique méridionale nous prive de cinquante millions que nous tirions annuellement de l’Espagne par notre commerce ?Seroit-ce avec nos draperies fines et nos soieries- de Lyon qui sont les principaux produits d’industrie que nous puissions exporter avec avantage? Mais en doublant nos ventes à l’étranger , ce qui n’est pas probable , nous n’exporterions pas la valeur de cent cinquante millions. La France ne pourrait donc pas payer au dehors la moitié de ce qu’elle consomme aujour-

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