CHAPITRE XY
lités que nous ne produisons pas, ou que nous produisons en trop petite quantité, telles que les laines mérinos et les laines longues , pour ne pas tarir dans sa source l’industrie qui s’exerce sur elles.
Le manufacturier sollicite la libre introduction des matières premières, et la prohibition des produits fabriqués : si ces demandes étoient accueillies , les fers du nord et de l’Angleterre seroient les seuls qu’on travaillât dans nos ateliers , et la France perdroit une industrie qui fait vivre cent mille de ses habitans , donne de la valeur à ses forêts, et emploie des usines immenses qui cesseroient d’être productives. Nous possédons déjà plusieurs établissefnens de divers produits métalliques, dont la fabrication n’est connue que depuis peu de temps , et qui ne fournissent pas encore à tous les besoins de la consommation : prohiber l’entrée des produits étrangers, ce seroit donc compromettre le service public ; tout ce que doit faire la législation se borne à établir des droits modérés pour favoriser cette industrie naissante, et à l’encourager par des primes, pour la mettre dans le cas de supporter la concurrence ; c’est là le seul
moyen de concilier tous les intérêts. Comme le principal but de l’institution des douanes est de protéger l’industrie, une partie des recettes devroit être consacrée à l’encourager.
Il n’y a pas de principes généraux en fait de douanes ; tout est relatif aux circonstances , à l’état comparé de l’industrie, aux besoins du consommateur ; une sage administration ne doit se conduire que d’après l’étude approfondie de tous ces objets.
2°. On dit généralement que les matières premières doivent être admises sans payer aucun droit, et on fait, de ce principe, la base fondamentale de la législation des douanes : commençons par nous fixer sur la valeur du mot : entend-on par matière première celle qui n’a reçu aucune main d’œuvre? Il n’en existe point de cette nature : le chanvre , le lin , le coton , les métaux , ont subi bien des opérations avant de pouvoir être livrés au commerce ; et l’acier fondu , qu’on doit regarder comme une matière première , puisque dans cet état il forme l’aliment d’une nouvelle industrie, en a reçu bien davantage. Ainsi, depuis la laine et les cuirs qui ont reçu une main d’œuvre,
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jusqu’au fil de dentelles et à l’acier fondu, tout doit être compris dans la classe des matières premières; la seule différence qu’on puisse établir entre ces substances est fondée sur le plus ou le moins de main d’œuvre qu’elles ont reçue.
Quelle que soit la main d’œuvre qu’ait reçue une matière , elle ne cesse pas d’être matière première , si elle ne peut servir au consommateur qu’après avoir passé par un nouveau genre d’industrie qui l’approprie à son dernier usage : en s’écartant de ce principe , on ne sait plus ni par où commencer , ni où s’arrêter. Je n’ignore pas que les divers degrés de main d’œuvre qu’on a donnés à une substance doivent être pris en considération , parce que la main d’œuvre est une richesse qu’il faut tâcher de s’approprier; mais, lorsque le nouveau travail qui s’applique à cette matière déjà préparée lui donne une valeur énorme en comparaison de ce quelle coûte , n’y a-t-il pas là des considérations suffisantes pour la faire entrer dans nos ateliers , de préférence à d’autres substances moins élaborées , et qui , cependant, ne peuvent presque plus recevoir aucune main d’œuvre? Les fils qui servent à former
la dentelle, l’acier fondu qui est converti en bijoux, quoiqu’ils aient déjà reçu beaucoup de main d’œuvre, ne sont-ils pas d’un autre intérêt, n’exigent - ils pas plus de nouvelle main d’œuvre , que les laines de Barbarie, qui n’en ont reçu presque aucune?
En s’écartant du principe, que la législation des douanes ne peut s’établir que sur la connoissance parfaite de l’état comparé de notre industrie avec celle des étrangers , on ne peut que divaguer.
Supposons, pour un moment, que les partisans de la libre entrée des matières premières la bornent à celles qui ont reçu le moins de main d’œuvre , et faisons l’application de leurs principes pour en juger les conséquences.
Le fil de coton forme la matière première dans nos nombreuses fabriques de tissus et d’impression sur toile ; ouvrez la porte à ce produit d’une première opération , en voici les résultats infaillibles: plus de cent millions aujourd’hui productifs, vont être anéantis pour le fileur, le fabricant et la France , parce qu’ils ne consistent qu’en bâtimens , usines et machines appropriés à ce seul usage; une population de deux cent mille ouvriers va