‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 220 sur 238 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

être déshéritée de son travail ; environ quatrevingt millions de main d’œuvre vont être perdus pour la France ; le commerce sera privé d’une de ses principales ressources, qui consistent dans le transport des cotons de l’Asie et de l’Amérique en France. Et qu’on ne croie pas que je me fasse illusion ; je connois l’état comparé de nos filatures et de celles de deux pays voisins : ici une main d’œuvre plus économique; là, des établissemens plus considérables alimentés par de grands capitaux, forment des avantages contre lesquels nous ne pouvons pas lutter encore. Ajoutez à cela que les filatures anglaises par mécanique existent depuis soixante ans , que les frais de premier établissement sont rentrés, que les bénéfices ont créé de nouvearfx capitaux , tandis que les filatures françoises ont été formées de nos jours , et que les intérêts de la première mise de fonds doivent être compris, pour long-temps , dans les bénéfices de la fabrication. Le fabricant anglois, couvert de ses avances , riche de ses capitaux , peut faire des sacrifices pour étouffer une industrie rivale; le fabricant françois n’a rien à lui opposer, si la législation ne le protège. Pour que l’in-

4a6 de l’industrie Françoise.

dustrie d'une nation puisse concourir avec celle d’une autre , il ne suffit pas que les produits soient de même qualité, il faut encore que les moyens d’exécution présentent, des deux côtés , les mêmes avantages.

Le charbon de terre est certainement une matière première ; eh bien ! qu’on en admette la libre importation sans payer aucun droit à l’entrée , nous verrons bientôt se fermer ces riches houillères du nord et du midi de la France, où l’on a dépensé des sommes immenses pour pénétrer jusqu’aux filons , pour extraire l’eau et le charbon par des pompes à feu. Le bas prix auquel les Anglois peuvent verser le charbon de terre dans nos ports, à cause de la facilité d’extraction , et de la proximité où sont leurs mines de Ja mer, leur donne un avantage que nous ne pouvons compenser d’aucune manière. On me dira que les fabriques qui sont situées sur les côtes de l’Océan en profiteroient , et qu’elles pourroient livrer leurs produits à meilleur marché , j’en conviens ; mais n’est - ce pas une industrie que celle de l’exploitation des mines? Les entrepreneurs ne méritent-ils pas quelque considération? Doit-on annuller les

Page 1