CHAPITRE XVI. 45 I
mal entendu qui les isolent et réduisent chacune d’elles à ses propres ressources.
Je sais bien que les droits de la nature sont imprescriptibles, et que tôt ou tard on reviendra au genre de prospérité qu’elle a marqué à chaque nation: mais le mal est fait; et cette déviation des vrais principes aura des suites et une durée plus considérables qu’on ne le pense : une nation qui droit de l’étranger des produits fabriqués, cultivoit avec soin ceux de son sol qu’elle pouvoit donner en retour; cette culture doit être nécessairement négligée , parce que l’exportation diminue en raison du refus qu’elle fait d’admettre en échange les produits fabriqués au dehors. On n’ignore pas, d’ailleurs, combien il est difficile de contracter de nouvelles habitudes , et de se résoudre à anéantir des fabriques, à sacrifier des capitaux , etc. ; une fois qu’une nation s’est engagée dans une fausse route, on ne peut pas espérer qu’elle puisse en sortir brusquemen t, soit par la seule volonté de son gouvernement, soit même par < le sentiment de ses intérêts.
La longue guerre qui a ébranlé l’Europe jusque dans ses fondemens, n’a pas peu
45a DE l’industrie FRANÇOISE, contribué à établir le système actuel : l’interruption des communications a fait éprouver aux peuples des privations qu’ils n’avoient pas senties auparavant ; ils ont cherché les moyens de remplacer , par leur industrie, tous les objets pour lesquels ils avoient été jusque-là tributaires de l’étranger; et dès ce moment, l’équilibre commercial a été rompu. On.auroit pu croire qu’à la paix tout se rétabliroit dans l’état et dans l’ ordre primitifs. Vaine espérance ! les peuples se sont bientôt convaincus , à la vérité, que leur industrie naissante ne pouvoit pas lutter contre l’industrie plus ancienne et plus parfaite de quelques pays étrangers ; mais ils se sont bornés à demander la prohibition des produits du dehors , et les gouvernemens l’ont prononcée.
La législation des douanes en Angleterre a accrédité le régimè de la prohibition qui en fait la base; et la prospérité de tous les genres d’industrie qui y sont établis , a paru justifier son adoption aux yeux des gouvernemens.
Le principe constamment suivi par les Anglois, depuis un siècle , consiste à prohiber tout ce qu’ils peuvent fabriquer, ou