CHAPITRE J
Nous tirions de l’étranger , il y a trente ans, presque toutes les soudes que réclamoient les besoins de nos savonneries , verreries, blanchisseries, buanderies, teintureries, etc. Ce sel étoit connu sous diverses dénominations, selon le pays ou la plante qui le fournissoit, selon la qualité etla forme qui le distinguoient ; ainsi les noms d e soude, de bourde , de natrum, de cendres de Sicile , de wareck , de blanquette , etc., expriment des variétés de soude appropriées à divers usages , d’après leurs divers degrés de pureté; la consommation en est immense, et nous en importions pour environ cinq millions par an.
M. Leblanc a affranchi la France de ce tribut annuel ; il nous a appris à extrairela soude du sel marin , et il a formé, à Saint-Denis, le premier établissement de ce genre. Ses succès ont été d’abord contrariés par les habitudes et les préjugés ; les fabricans ont repoussé ses produits ; le commerce fondé sur l’importation des soudes étrangères l’a combattu de tous ses efforts ; les orages de la révolution lui ont fait perdre ses capitalistes, et le malheureux auteur de cette importante découverte , s’est vu réduit à la misère.
Peu d’années après , la guerre générale , que nous avons eue à soutenir contre l’Europe , a tari nos approvisionnemens , et l’on a été forcé de recourir au procédé de M. Leblanc pour se procurer la soude nécessaire à nos besoins. De grands établissemens ont été formés sur toute la surface de la France; on a perfectionné les opérations, on a simplifié les moyens , à un tel point, que la soude , qui se livroit au commerce dans les premiers momens de besoin , à raison de 80 à 100 fr. le quintal , est tombée à i o fr.
La chimie ne s’est point bornée à extraire la soude du sel marin : elle a formé des ateliers pour la purifier et l’approprier à tous les usages; on la vend aujourd’hui d’après le degré de pureté auquel on l’a portée , et chaque fabricant peut s’assortir de la qualité la plus convenable à son genre d’industrie.
Cette belle conquête de la chimie me paroît d’une extrême importance sous bien des rapports ; i°. Elle nous affranchit du joug de l’étranger pour un objet qui forme la matière première de plusieurs arts. 20. Elle enrichit la France d’une main d’œuvre con-