CHAPITRE I
sidérable. 3°. Elle conserve un peu de valeur au sel de nos nombreuses salines, qui se sont tellement multipliées , que leur produit dépasse les besoins de la consommation ordinaire, et n’auroit presque plus d’écoulement sans les fabriques de soude. 4°. L’abondance et le bas prix de l’acide muriatique qu’on extrait dans ces fabriques en a rendu l’usage plus commun.
C’est donc une industrie que le gouvernement doit continuer à protéger, en prenant toutes les précautions convenables pour que le sel dirigé vers les fabriques de l’intérieur ne soit pas détourné de sa destination. Le droit le plus léger, mis sur le sel employé dans ces établissemens, y rendroit l’exploitation impossible d’après le bas prix auquel la soude est tombée ; il paralyseroit , à pure perte pour le trésor, cette fabrication, et détruiroit tous les autres avantages qu’en retire la société , en même temps qu’il anéantiroit les capitaux productifs versés dans ces entreprises.
L’ammoniaque ( alkali volatil ) ,11’avoit aucun'emploi dans les arts; aujourd'hui on .s’en sert avec succès dans les teintures en
soie , pour aviver, nuancer et tourner quelques couleurs. M. Raymond en a tiré un parti très-avantageux pour foncer la couleur du bleu de Prusse qu’il a trouvé le secret de fixer sur la soie.
Jusqu’à ces derniers temps , l’alun , dont on fait un si grand usage dans les arts, surtout dans la teinture et la préparation des peaux , avoit été tiré des entrailles de la terre; mais la chimie a voulu le composer, de toutes pièces, par la combinaison directe de ses principes ccffistituans , et en faire un objet de manufacture ; elle y est parvenue. Je crois être le premier qui aie réalisé ce projet; mes établissemens ont fourni au commerce de l’alun ainsi fabriqué pendant longtemps. Aujourd’hui cette fabrication s’est répandue , et les produits de ces ateliers concourent avantageusement, pour la qualité et le prix, avec l’alun de mine le mieux raffiné.
Comme l’alun de mine n’a pas partout la même qualité , il importoit beaucoup de savoir à quoi tenoit cette différence; et c’est ce qui a été déterminé par les recherches de MM. Thénard et Roard. Ces deux habiles chimistes ont donné le moyen de porter, à
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peu de frais, tous les aluns au même degré de pureté : leurs travaux n’ont pas peu contribué à en améliorer la fabrication.
L’exploitation des mines de couperose dans le Soissonnois, laisse pour résidu une grande masse d’alun impur qui, dans cet état, ne peut servir à aucun usage. MM. Clément etDésormes ont formé un très-bel établissement à Berbery , pour le raffiner : les moyens qu’ils emploient ont avancé cette partie de la science ; l’alun qui sort de leurs ateliers est très-estimé dans le commerce.
Ainsi l’alun , que la France importoit de toutes les parties de l’Europe , se fabrique aujourd’hui dans son intérieur, et c’est à la chimie qu’elle doit d’ètre délivrée de ce tribut onéreux.
11 en est de la couperose comme de l’alun : autrefois on en importoit une grande quantité ; le peu de mines que nous exploitions ne fournissoient même pas une qualité égale à celle que nous tirions d’Angleterre : la chimie a fait connoître la cause de cette différence ; elle a fait plus , elle a fourni les moyens de composer ce sel de toutes pièces, et sa fabrication ne laisse presque plus rien
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à désirer. M. Bérard prépare , dans ses ateliers de Montpellier, une excellente couperose qui suffit à la consommation du midi.
Jusqu’à ces derniers temps , la fabrication du sel ammoniac n’avoit point été pratiquée en Europe : tout le sel qui étoit employé dans nos arts nous étoit apporté d'Egypte , où on le prépare par la sublimation de la suie qui provient de la combustion de la fiente des animaux nourris de plantes salées. On a tenté, à diverses époques, de le fabriquer chez nous : M. Baumé nous a même laissé, à ce sujet, une suite de travaux importans ; on a essayé de le former en brûlant des matières animales mêlées avec du sel marin ; mais tout cela n’avoit produit que de foibles résultats, lorsque M. Dizé conçut le projet de le composer par la combinaison directe de l’ammoniaquë que produit la distillation des matières animales , et des vapeurs d’acide muriatique : un établissement formé à Saint - Denis , d’après ces principes, n’a eu qu’une courte existence à cause des orages de la révolution.