CHAPITRE V
Opinion des manufacturiers sur les règlemens
de fabrication.
Les partisans des règlemens s'appuyent constamment sur trois ou quatre motifs qu'il importe -d'apprécier.
I*. Les manufacturiers, disent-ils, en réclament le rétablissement
2**. L'intérêt du commerce et de l'industrie dépend d'une fabrication qui puisse constamment offrir de bons produits, et cette fabrication ne peut être assurée que par les règlemens.
3**. Le consommateur n'a d'autre garantie dans ses- achats, que celle que lui donne l'exécution des règlemens de fabrication. *
Analysons ces différens motifs :
Du moment que la liberté de l'industrie a été reconnue, le nombre des fabriques s'est accru dans une grande proportion ; les chefs ouvriers et les compagnons se sont établis à côté des anciens maîtres : ceux-ci, forcés de renoncer au monopole de l'industrie qu'on avoit fixé dans leurs mains ,
ï8« »E l'i^dcsthie Françoise,
n'ont [i^s vu sans regret prospérer leurs voisins; esclaves de leurs vieux procédés, ils ont repoussé les perfectionnemens qu'ils appeloient des innovations; le consoiamaleur qui Irouvoit mieux et à plus bas prix chez les nouveaux venus, a dédaigné leurs produits ; dès lors ils ont invoqué les règlemens et les corporations, sous le vain prétexte que le nouvel état des choses entralnoit la ruine de l'industrie.
Cesanciens privilégiés n'ont pas voulu voir qu'en multipliant les fabriques on établissoit une coucurreuee ïitite au consommateur; ils n'ont pas vu qu'en augmentant le nombre des fabricans , on augmenloit les chances de perfectionnement; ils n'ont pas vu qu'en variant les produits on amorroit le consommateur, et qu'en les assortissant à touTes les fortunes , on en décuploit la consommation. Si ces privilégiés avoient pu renoncer à leurs vieilles recclles, pour suivre pas à pas la marche progressive de l'industrie, ils auroient conservé , sur les nouveau^ concurrens, les avantages que leur donnoient la fortune . l'habitude des travaux en grand, des élablissemens tout formés et
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une clientèlle assurée. Mais la plupart d'entre eux, séduits par des succès antérieurs , et croyant de bonne foi qu'on ne pouvoit pas faire mieux, ont laissé échapper l'industrie de leurs mains ; plusieurs même ont compromis une fortune loyalement acquise et une réputation jusques-là méritée , par une résistance et une obstination sans exemple.
Ce sont ces hommes, et ces hommes seuls^ qui invoquent aujourd'hui des règlemens et demandent des corporations : des personnes séduites par leurs clameurs, mais étrangères à tout ce qui concerne l'industrie , s'en font les échos et publient hautement que les règlemens sont dans l'intérêt des manufactures , et que les fabricans en désirent le rétablissement. Comme cet argument, s'il étoit fondé, seroit du plus grand poids aux yeux de toutes les personnes raisonnables , j'ai cru ne devoir y répondre qu'en rapportant textuellement l'opinion des chambres de commerce ou de manufac* tures qui , comme on sait , sont composées de tout ce qu'il y a de plus respectable et de plus éclairé dans les villes de commerce et de fabrique.
a84 ^^ l'indtistbie Françoise. t
Le 1 7 décembre 1 806 , la chambre dé cooinierce de Sedan , consultée par le mînislre de l'intérieiir pour savoir si elle déstro'tt des règlemens , Itii répond que ie vice des eîraps provient de ce qiCon les fait avec des hines de diverses qualités , dont li-s unes rentrent au Jbulage plus que les autres, ce qui forme des draps ribotés oufraisés. Pour corriger ces vices, on les énerve sur la rame afin d,^ effacer In plis ; le pressage achève de les faire disparaître; mais la moindre pluie fait reparoitre ie vice^ Elle propose de saisir les draps au sortir du foulon, car il n'y a pas d'homme qui ne puisse alors juger de leurs défauts.
La chambre de commerce ajoute que U nombre de fils ne signifie rien ; car, avec les mêmes matières , deux draps peuvent dijS^érer de 3 ou l^uofls en chaîne et l'un valoir l'taitre après le foulage. Il se fabrique, dans na^ ville, des draps noirs, par exemple, de 27 francs l'aune jusqu'à ^"^ francs ; ce n'est pas la quantité de fils qui donne cette dijf'érenée de prix , mais seulement la différence des matières premières ; un drap de i-j francs peut être aussi bon que celui de ^i francs id n'a pas la même finesse ; le tact et les yeux suffisent pour en juger.