‹ De L'industrie francoise (volume 3)Chapitre 134 sur 203 · CHAPITRE VII. 3 1 r · texte numérisé non relu

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les genres; l'enceinte privilégiée du Temple s'étoit couverte d'ateliers : et c'est de ces deuxsources principales que sont sorties, pendant long-temps, les créations et les amé-' liorations des arts ; exemple mémorable de ce que peut l'industrie lorsqu'on la laisse sans contrainte.

Le plus grand nombre des compagnons employoit à parcourir la France , les années prescrites pour le compagnonage : ils^ s'arrêtoient dans les principales villes qui pouvoient leur fournir du travail ; et après trois ou quatre ans d'absence, la plupart rentroientdans leur villenatale,pour s'y faire recevoir maîtres j et y former un établissement»

Ces voyages, qu'on dii^^e\6\Uour de France^ avoient un grand avantage pour l'instruc^ tion du compagnon et pour lés progrès de l'industrie : chaque ville, chaque atelier présentent quelque chose de nouveau et d'utile : ici , c'est une machine plus parfaite ; là, un procédé plus simple. Lès matières premières offrent aussi de grandes variétés, selon le$ lieux , et elles exigent des modifi- . cations dans leur emploi ; de sorte que le compagnon rapportoit dans ses foyers toutes les découvertes et tous les perfectionne-

3ii DK l'ivdustrie rn\:<roisF.

mens qui s'étoieiit faits dans l'art de sa profession.

Cette 'habitude des voyages étoit encore extrêmement utile à l'industrie ; eux seuls peuvent établir promptement la communication des lumières , et former de toutes les découvertes un patrimoine commun. Dans les professions de maçon, de serrurier, lie charpentier,de menuisier,de teinturier, etc., il faut voir pour pouvoir imiter; les livres, les instructions, les mpports, sont des mojens bien lents pour propager les découvertes en ce genre.

Les compagnons avoient formé entre eux ime association qui éloit connue sous le nom de garrons du devoir ; ils se lîoient par des sermcns, serecnnnoissoteni à des signes, et conIr;ictoient des obligalions réciproques de fraternité et de bienfaisance , qiri assnroient à tous des soins, du travail et des secours dans le besoin.

I-orsqu'un compagnon arrivoit dans one ville, il ii'avoit qu'à se faire reconnoître pour avoir du travail; et si, par hasard, toulM les places étoient occupées, le plus aseted . lui cédoit ta sienne.

Si un compagnon se trouvoit dépourvu

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d'argent pour se transporter dans une autre -ville, l'association venoitàson secours; s'il tomboitinalade, ses camarades le soignoient conrime un frère; si l'un d'entre eux étoit lésé dans ses droits , tous prenoient sa défense; si quelqu'un fe'écartoit des voies de l'honneur ou de la probité , ils en faisoient justice.

Cette institution, admirable sous beau* coup de rapports, avoit de graves inconvéniens dans quelques cas : lorsqu'un corn* pagnon avoit à se plaindre d'un maître , et que la plainte étoit admise par le corps, on damnoit la boutique du maître, et, dès ce moment , il n'étoit permis à aucun d'eux d'y travailler : le maître étoit forcé de faire des réparations, qui luiétoient dictées, pour pouvoir continuer ses travaux. Lorsqu'ils croyoient avoir à se plaindre des magistrats d'une ville, ils damnoient la ville", et tous les compagnons en sortoient à la fois; les ateliers devenoient déserts, tous les travaux étoient suspendus , les nouveaux compa* gnons passoient sans s'arrêter; et les maîtres étoient forcés de se transporter dans les villes voisines pour y négocier le retour des compagnons , et faire lever Yinterdit.

3l4 DF L'l!ÏOnSTRIE FBATrÇOlSE.

Cette association portoit encore avec elle un vice d'organisatioQ qui souvent compromettoit le repos public et portoit l'alarme dans nos cités : elle étoit partagée en deux sectes, dont chacune avoit ses signes, se»

mots, et autres moyens de se reconuoîlre:

ces deux sectes séloient vouées une guerre à mort, de sorte que, du moment que les compagnons se reconnoîssoient pour ne pas appartenir à la même secte, il s'engageoit des combats , d'autant plus meurtriers, que les outils de travail éloient constammeot leurs armes de guerre^

L'institution du compagnonage avoît des avantages en ce qu'elle obligeoit un jeune homme à se perfectionner dans la pratique de sa profession, et que l'usage établi àe faire son tour de France lui faisoit acquérir d'autres conuoissances que celles qu'on aToit pu lui donner dans l'atelier de son m&ltre. Elle étoit vicieuse, en ce que, ne permettant pas an compagnon d'exercer sa professioa pour son propre compte, elle Je metloit dans rirapossibilité de s'établir, et ouvrwt la porte à tous les vices qui peuvent setttvelopper dans le cœur d'une jeunesse .fiMH'v gueuse.

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