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de draps au Levant. C'est donc sous ce seul rapport que nous nous permettrons de la discuter.
Lorsqu'une manufacture s'est ouvert des débouchés dans un pays lointain, la bonne foi dans les relations , l'uniformité dans la qualité des produits, peuvent seules consolider et perpétuer les rapports commerciaux : l'intérêt bien entendu du fabricant exigeroit sans doute que ces conditions fussent constamment observées; mais trop souvent, l'appât d'un gain momentané ou l'envie de donner cours à des étoffes défectueuses, prévalent sur ces considérations majeures, et en trompant le consommateur une fois , on. décrédite pour toujours la fabrique. La fraude est d'autant plus criminelle que le consommateur a plus de confiance : cette confiance étoit si bien établie dans le Levant, que notre draperie du midi y étoit achetée sans rompre balle. Pendant près d'un siècle notre commerce a fait passer dans les échelles, par année, pour 112 à i5 millions de nos draps.
On attribue généralement la perte de ce beau commerce à la suppression des règlemens, qui, dit-on , eussent maintenu une
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meaux et ils sont expédiés à Constantinople.
Il ne faut pas croire que les Levantins tiennent tellement à leurs usages qu'ils ferment les yeux sur leur intérêt, et qu'il n*y ait pas 9 chez eux comme ailleurs , des changemens de goût et même des fantaisies*; ils sont , en général , aussi difficiles pour accorder leur confiance que persévérans lorsqu'on n'en abuse pas ; mais l'intérêt agit sur eux comme sur les autres peuples ; et quoique les changemens de mode et les progrès du luxe y soient moins sensibles , ils y exercent néanmoins leur empire. Autrefois les femmes de qualité de la Crimée ne connoissoient que les damasquettes , et surtout les dibas de Venise, pour leurs vêtemens; nos soieries de Lyon parurent à la cour de Batcheseraï , et les premières étoffes furent, dans le moment , abandonnées à la classe des femmes du peuple.
On voit donc que c'est moins à la suppression des règlemens qu'aux progrès et à la variété de l'industrie, chez nos voisins, que nous devons attribuer la perte de notre commerce dans le Levant. Peut-être même serions-nous parvenus à conserver toute l'étendue de nos relations , si notre fabricU'
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tion avoit été libre, et que nos inanufactiires eussent pu suivre les progrès de l'industrie étrangère, et se conformer partout au goût du consommateur.
Le commerce des draps dans le Levant, A des formes et des usages qui lui sont particuliers; il faut se plier à ces formes pour l'y établir avec succès. Les dimensions qu'on donnoit à nos draps étoient conformes aux besoins deshabitans qui en confection noient leurs vètemens sans aucune perte d'étoffe; et comme la forme de ces vètemens est invariable , il faut qu'on n'introduise aucun changement ni dans la longueur ni dans la largeur des draps, qui jusqu'ici y ont été reçus favorablement.
On doit observer encore que la qualité des draps doit être constamment bonne et uniforme, parce que la vente ne s'en fait pas au détail, mais par ballots, pour être expédiés par les caravanes, et qu'il est presqu'impossible de visiter chaque pièce, pour juger du mérite de l'étoffe et de ses di mensions.
C'est donc un comnaerce de confiance un commerce qui a un caractère à lui; et je pense que pour le reconquérir, il faut don-
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ner un titre au fabricant, d'après lequel il puisse constater, aux yeux du Levantin, que les draps qu'il expédie sont conformes aux anciens dans la qualité et dimensions. Par ce moyen , le fabricant , persuadé que notre commerce a été perdu dans le Levant, parce, qu'on s'est écarté des règlemens de fabrication , pourra rentrer dans ses anciens procédés, tandis que celui qui n'aura pas la même opinion variera sa fabrication et fera ses expéditions d'étoffes nouvelles, sans garantie de la part du gouvernement.
Pour remplir cet objet il suffiroit , je pense , que les chambres de commerce ou de manufactures , dans les villes où sont situées les fabriques, fussent autorisées à nommer trois anciens fabricant qui , après avoir constaté que la qualité et les dimensions des draps sont conformes à celles de la fabrication ancienne, apposeroient un sceau de garantie sur chaque pièce et sur chaque ballot. Les vérificateurs inscriroient sur un registre les noms des fabricans , le nombre de pièces qu'ils auroient marquées, et de celles qu'ils auroient rejetées.
Le gouvernement feroit connoître , par son ambassadeur et les consuls dans les