‹ De L'industrie francoise (volume 3)Chapitre 17 sur 203 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sions civiles , a pu élever son industrie au degré où elle est parvenue. Nous devons aux siècles à venir de leur en faire connoître les causes , ne fût-ce que pour adoucir l'impression douleureuse que porteront dans le cœur de nos neveux quelques événeraens moins glorieux pour la France.

Bloquée de toutes parts, la France s'est vue réduite à ses propres ressources : toute communication au dehors lui étpit presque interdite ; ses besoins augmentaient par le désordre de l'intérieur et par la nécessité de repousser l'ennemi qui étoit à ses portes^; elle commençoit déjà à sentir la privation d'un grand nombre d'objets qu'elle avoit tirés jusque-là des pays étrangers : le gou- ' vernement fit un appel aux savaixs ; et , en un instant , le sol se couvrit d'ateliers ; des méthodes plus parfaites et plus expéditives remplacèrent partout les anciennes; le salpêtre, la poudre, les fusils, les canons, les cuirs, etc., furent préparés ou fabriqués par des procédés nouveaux ; et la France a fait voir encore une fois à l'Europe étonnée , ce que peut une grande nation éclairée^ lorsqu'on attaque son indépendance.

38^ DR l'iîTDUSTBIE FBAWÇOrSE.

A cette époque, la chimie venoît de faire lie si grands progrès, qu'elle pouvoit interroger la uature dans ses opération? et maîtriser celles des arts : son utilité a été si généralement reconnue, ses applications aux arts sont devenues si nombreuses, qu'oQ en a fait une des bases de l'instruction publique ; elle forme aujourd'hui un état pour la jeunesse studieuse; et déjà nous ne voyons plus une fabrique importante dont la direction ne soit confiée à un homme instruit dans cette science.

Le temps n'est pas bien éloigné où le fabricant se méfioit des conseils du savant, et celte méfiance n'étoit que trop fondée :

dans l'état d'imperfection où étoit alors \a chimie, elle ne pouvoit se rendre compte de presque aucun phénomène ; et les applications d'une fausse doctrine faisoient dévier l'entrepreneur au lieu de le dirigervers le but. Mais du moment que la chimie est devenue une science positive; surtout lorsqu'on a vu des chimistes à la tête des plus grandes entreprises, et faire prospère» dans leurs mains tons les genres d'industrie, le mur de séparation est tombé , la porte des

xUers leur a été ouverte, on a invoqué

leurs lumières ; la science et la pratique se sontéclairées réciproquement, etl'on a marché à grands pas vers la perfection.

C'est dans les circonstances les plus difficiles que se son t opérés tous ces changemens; le gouvernement, pressé par le besoin, a successivement tiré plusieurs savans de leur cabinet pour les placer dans les ateliers , et la plupart y ont fait des prodiges en très-peu de temps; je n'en citerai qu'un exemple:

en moins de trois mois on étoit parvenu à fabriquer, dans la poudrerie de Grenelle et par des procédés nouveaux, 35 milliers de bonne poudre par jour.

Le mouvement qui fut alors imprimé ne s^est point ralenti : plusieurs des savans qui avoient été lancés, presque malgré eux, , dans la carrière de l'industrie, sont restés à la tête de leurs établissemens , et les nombreux élèves que forme la chimie en créent de nouveaux de toutes parts.

C'est donc à la chimie et aux circonstances qui ont élevé les arts au niveau de ses connoissahces actuelles , que nous devons rapporter les progrès étonnans qu'a faits l'industrie. Aujourd'hui l'impulsion est donnée, on ne doit plus craindre de voir ralentir la

/(O DE imODSTRIE FBjUÏÇOISE.

marche des arts utiles; à peine une découJ verte est-elle faite dans unlaboratoire,qu'elle passe dans les ateliers.

Après avoir indiqué les causes principales qui onl concouru au progrès des arts depuis trente ans, on ne peut pas passer sous silence les services qui leur ont été rendus par i'École polytechnique et par la Société d'encouragement.

L'École polytechnique, créée au milieudes orages de la révolution, a fourni des hommes supérieurs pour tous les services publics:

pendant vingt années consécutives, aucun événement n'a honoré la France sans que quelqu'un des élèves de celte École n'y ait participé : les prodiges de l'arme du génie et de l'artillerie, dans les combats et les sièges; les perfectionnemens apportés dans tous les établissemens militaires et civils; les routes, les canaux, les ponts sont partout des monumeus qui attestent leur génie ; plusieurs d'entre eux dirigent aujourd'hui nos manufactures les plus importantes, et l'Académie royale des Sciences compte, parmi ses membres les plus distingués, des savans sortis de cette École.

La Société d'encouragement , organisée

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