CHAPITRE I
fabrication de céruse et de blanc de plomb à Clichy : les premiers produits qui sont sortis de ses établissemens, quoique plus beaux et plus blancs que ceux des fabriques étrangères , furent d'abord repoussés par une partie des consommateurs , surtout par les peintres en bâtimens qui , accoutumés à n'employer que ceux de Hollande ou d'Angleterre , trou voient que ceux de Clicby n« Jbisonnoient pas ou ne couVroien t pas autant. M. Roard a vaincu toutes ces difficultés en améliorant les procédés; et , aujourd'hui', la supériorité de son blanc de plomb et de ses céruses est incontestable.
Les céruses fabriquées par les anciennes métbodes, présentoient coifstanHnent des nuances d'un gris sale qui en bornoient les usages; ce vice étoit inbérent à la méthode suivie d'entourer de fumier les vases qui contiennent le vinaigre et les lames de plomb ; on ne connoissoit que le blanc de Kremnitz qui fût exempt de ùe défaut , parce que la vapeur du vinaigre et de l'acide carbonique est développée par la température à laquelle on porte l'intérieur de l'atelier, et que dans ce cas il n'y a plus d'émanation de gaz hydrogène sulfuré qui puisse
^8 Dï t IHDUSTRIE FRANÇOISE.
altérer la couleur; mais le prix de cette préparation en restreigQoit l'emploi à la peio* ture sur toile. Dans le nouveau procédé, le blanc de plomb et la céruse sont toujours d'une blancheur parfaite , et on peut les livrer au commerce aux mêmes conditioas que ceux des fabriques étrangères.
Il y a vingt-cinq ans qu'en décomposant le muriate de plomb par l'acide sulfurique, et le sulfate qui en provient, par le carbonate de soude, j'ai entretenu une fabrication de céruse et de blanc de plomb pendant trois ou quatre années ; je présume qu'on pourroit reprendre cet objet avec avantage, et tirer ainsi parti des résidus de sulfates de plomb qui se produisent si abondamment dans les ateliers de toile peinte, et dans les fabriques d'acide sulfurique.
La fabrication du sel de saturne dont on fait un grand usage dans les arts, surtout pour l'impression s.ur toile, étoit livrée à un procédé de routine qui se perpétuoit dans le midi depuis des siècles : la chimie s'est emparée de cette opération , et en a tellement perfectionné les procédés, qu'on ne peut plus les comparer aux anciens , ni sous le ri>pportde la simplicité, ni sous celui
de la qualité des produits. J^ai publié dans ma Chimie appliquée aux arts les méthodes que j'ai suivies dans mes ateliers ; mais , depuis la découverte du vinaigre de bois , on a lié cette fabrication à l'extraction de cet acide , et on obtient des résultats supérieurs par la facilité qu'on a d'employer un acide qui est plus concentré que n'est le vinaigre de vin.
La fabrication du minium n'étoit point pratiquée en France : aujourd'hui les fabriques de M. Roard , à Clichy ; de M. Pécard , à Tours ; de M. Dartigues , à Bacara, et de plu* sieurs autres, fournissent à tous nos usages.
Les diverses préparations de mercure que nous tirions presque en entier de la Hollande ou des mines d'Ydria, et dont quelques-unes, telles que le cinabre et le sublimé corrosif, sont employées en partie dans les arts, se fabriquent aujourd'hui en France.
M. Thénard a fait connoître une préparation de cobalt qui peut remplacer l'outremer dans la plupart de ses- usages et à bien plus bas prix. M. Dumont a perfectionné cette découverte, et fournit aujourd'hui cette belle couleur bleue à tous nos peintres sur porcelaine.
SE L INDUSTRIE FRAJirOISB.
M. Vauqiielin a découvert un nouveau métal qu'on appelle chrome; déjà les fabricans de porcelaine s'en servent pour produire ce beau vert qui orne leurs ouvrages.
La fabrication du savon ordinaire est depuis long-temps au moins aussi parfaite en France que dans aucun autre pays ; mais nous étions tributaires de l'étranger pour les savons de toilette que les Aiiglois nous vendoient sous toutes les formes et aromatisés de toutes les manières. M. Decroos a été le premier à s'occuper de cet objet, et, à l'aide des lumières de M. Darcet, il rat arrivé à un tel degré de perfection, que ses produits sont recherchés dans toute l'Europe, La réussite de cette fabrication tient <t l'emploi du suif fondu à la vapeur, ainsi qu'à la pureté de la soude , et à la parfaite saturation des deux principes.
J'ai fait connoitre , il y a plus de vingt ans , des procédés très-économiques pour fabriquer le savon mou qu'on emploie à dégraisser les draps an foulon; il suffit de saturer la potasse caustique avec des résidus ou débris de laine. Ces savons ont été d'abord employés avec avantage dans les ateliers de