‹ De L'industrie francoise (volume 3)Chapitre 99 sur 203 · CHAPITRE T. lai · texte numérisé non relu

CHAPITRE T. lai

un genre quelconque d'industrie, n'a pas peu contribué à arrêter les progrès de la fortune publique ; le fils d'un négociant ou d'un fabricant dédaignoit l'état de son père ; il cherchoit à cacher la source d'où provenoit une fortune honorable ; il aspiroit à wVre noblement : de cette manière, les fortunes ne se perpétuoient pas dans les familles ; les établissemens , à peine créés , disparoissoient; les traditions étoient perdues ; tout se bornoit à des essais. Ceux qui savent combien il est difficile d'accréditer une maison de commerce, et quelle est l'importance d'un nom révéré , d'une clientelie assurée et d'un crédit qui ne s'obtient qu'avec le temps et par une conduite constamment honorable , conviendront aisément qu'avec un tel système la France n'a pas pu élever très-haut sa richesse nationale.

Ce vice fondamental de nos institutions rendoit le négociant et le fabricant presque étrangers à leur gouvernement ; ils seatoient toute l'utilité dont ils étoient pour leur paysi, mais ils voyoient qu'on ne leur en tenoît aucun compte ; dès lors ils s'isolaient et se séparoient de tout intérêt national pour ne s'occuper que de leurs propres

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On paroît étonné qu'il n'y eût pas alor»

d'esprit public en France ; mais peut - on espérer de trouver un esprit public-là où il nV a pas un intérêt général et commun?

L'esprit public peut-il exister dans un pays où rhomme le plus utile est repoussé, par les institutions, du premier rang des citoyens? L^esprit public peut -il se former chez une nation où les noms , les titres et les faveurs classent les hommes, et en forment tout autant de divisions qui ont des droits et des privilèges séparés. L'esprit public pouvoit-il s'établir dans im pays où la loi n'étoit pas égale pour tous , où l'impôt ne pesoit que sur une partie des habitans , où les faveurs du gouvernement étoient l'apanage d'un petit nombre ? Aujourd'hui que nos institutions rangent tous les François sous la même loi , sans doute il y aura tm esprit public en France, parce qu'il y aura im intérêt commun; et l'agriculteur, le commerçant et le fabricant béniront à jamais le souverain qui a consacré leurs droits par un acte solennel.

Hume a dit avec raison que le commerce avoit autant besoin de dignité que de liberté; et en effet, lorsqu'un gouvernement n'at-

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