‹ De l'industrie françoiseChapitre 11 sur 138 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'Espagne Feut rendue presque étrangère aux querelles de l'Europe si son gouvernement avoit eu la sagesse de se contenir dans les belles limitesque la nature lui avoittracées. Plusieurs causes ont fait perdre àl'Espagne la prépondérance manufacturière qu'elle s'étoit , acquise sous le règne de Charles- Quint : d'un côté , le progrès des lumières a eu une marche plus rapide chez, les autres nations du continent; de l'autre, la possession de l'Amérique a dirigé peu à peu vers ses riches contrées la population , les fortunes et les spéculations : dès lors , le sol espagnol a été négligé ; et l'industrie , qui ne présentoit pas les mêmes bénéfices, a été presque abandonnée. L'Espagne s'est alors bornée à échanger en Europe les nombreuses productions du Mexique et du Pérou contre des objets manufacturés qu'elle envoyoit à ses colons. Au commencement du dix-huitième siècle, l'Espagne ne retiroit presque plus de son sol européen que quelques grossières productions Qécessaires à la consommation de ses habitans ; et elle n'offroit au commerce qu'un petit nombre de produits particuliers à son sol, tels que ses laines^ ses soudes et ses vins.

Si l'Espagne, riche des productions dvt Nouveau-Monde , avoit su conserver sa prééminence manufacturière , ^lle seroit aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ;mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'étoit élevée ; et, devenue tributaire de l'industrie de ses voisins , elle a retiré moins d'avantage de son sol et de ses colonies que les étrangers à qui elle fournissoit les matières premières qui en provenoient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

Vers la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divçrs moyens pour arriver à ce but : il prohiba d'abordpresque tous les produits étrangers , ou mit des droits énormes à leur introduction ; il éluda l'exécution des traités de commerce qui lui parurent désavantageux : mais le mal étoit fait ; l'infériorité des produits de son industrie étoit trop grande et l'intérêt dji commerce trop puissant pour que les actes de l'autorité fussent exécutés. La France et l'Angleterre continuèrent leur commerce avec l'Espagne malgré les vexationsjiet la sévérité des lois ; ou

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