CHAPITRE XVII
avantageux , parce qu'ils stipuloient rechange de ses nombreux produits manufacturés contre des subsistances ou des objets nécessaires à son industrie.
7*^. Le gouvernement anglois , bien con' vaincu que la prospérité de sa nation ne reposoit que sur le commerce et l'industrie^ ne s'occupoit que des moyens de les accroître ; les encouragemens étoient prodigués pour leur ouvrir des débouchés , pour étouffer dans son berceau l'industrie naissante d'une autre nation , pour faire protéger les personnes et les propriétés partout où pénétroit son pavillon , pour obtenir des faveurs ou des privilèges dans tous les pays de consommation. Identifié et presque incorporé avec le commerce , le gouvernement le suivoit et le protégeoit sur tous les points de la terre ; il envoyoit à grands frais des ambassades pour apporter des présens aux souverains, faire goûter ses productions, et établir des relations commerciales avec le pays; en un mot, il sembloit ne penser et n'agir que pour améliorer et agrandir sou commerce et son industrie.
Avec de tels moyens , comment l'Angleterre ne se seroit-elle pas élevée au premier
g/|' DE L INDUSTRIE FRANÇOISE.
rang des nations commerçantes et manufacturières ? Sans doute il seroit absurde d'aspirer, à son tour, à cette suprématie ; mais à côté de cette puissance colossale , on peut trouver encore une place honorable, et la France y a des droits incontestables : Tétendue de son territoire , la variété de ses productions et l'amélioration de son industrie, lui font même un devoir d'y prétendre.
A l'époque de la plus grande prospérité de l'Angleterre, la France rivalisoit déjà avec elle par l'étendue de son commerce, et marchoit son égale pour quelques produits «d'industrie : nos possessions de l'Inde, des Iles-de-France et de Bourbon , de la Guiane , du Sénégal, de Terre-Neuve et des Antilles, remplissoient nos ports des productions de leur toi et du résultat de nos pêcheries ; notre marine exportoit dans toute l'Europe les denrées du territoire et les produits de nos fabriques ; les draps fins de Sedan et de Louviers , les tissus de Lyon, la bonneterie en soie du midi , les bronzes dorés et les meubles de Paris , la porcelaine de Sévre , les glaces de Saint - Gobin ne trouvoient qu'une foible concurrence dans les produits ^nalogueA de l'Angleterre ; mais, il faut en
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convenir, dans tous les objets fabriqués, de même nature et de même qualité, nous éprouvions une grande défaveur sous le rapport du prix, et l'industrie angloise présentoit alors au commerce une variété de tissus en laine , fil et coton que nous étions bien loin d'égaler ; il en étoit même un grand nombre dont la fabrication lious étoit inconnue. Si l'on ajoute à cela que le travail des métaux , surtout celui du fer et de l'acier qui forment la base de plusieurs arts importans , étoit bien plus parfait en Angleterre qu'en France , on restera convaincu qu'à cette époque notre industrie ne pou-* voit pas lutter sur les marchés de l'Europe avec celle des Anglois.
C'est cependant dans des circonstances aussi difficiles, qu'on concluoit des traités de commerce, et qu'on ouvroit la concurrence à l'industrie des deux nations :
comme le combat n'étoit pas égal, l'issue ne pouvoit pas en être douteuse ; on en jugera par le tableau comparé du commerce entre les deux nations , après le traité de 1786. D'après les dispositions du traité on auroit pu en prévoir le résultat ; la France s'engageoit à recevoir les produits fabriqués
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d'Angleterre moyennant un droit léger de douanes, et l'Angleterre excluoit nos soieries, et n'admettoit nos draps et nos tissus de lin que d'après un tarif qui en frappoit l'importation de plus de la moitié de la valeur ; nos vins n'y ont été reçus, peu de temps après l'époque du traité , qu'en payant à peu près le triple de ceux de Portugal. Ainsi les objets de notre industrie, pour lesquels nous avons une supériorité reconnue, étoient prohibés ; et les seules productions de notre sol que nous pouvions exporter, étoient repoussées par le droit énorme auquel on les avoit assujetties, et surtout par la faveur qu'on ne tarda point d'accorder aux vins de Portugal.
Le commerce entre l'Angleterre et la France, pendant les trois années qui ont suivi le traité de 1786, nous présente le résultat suivant :
Importations en France i
En 1787 53,227,700 fr.
Exportations de France,
En 1787 34.200,500 fr.
1788;, 3i,i54,5oo
1 789 35, io4)0oo