‹ De l'industrie françoiseChapitre 59 sur 138 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Nous avons donc reçu de l'Angleterre pour une valeur double de ce que nous lui avons envoyé ; la balance du commerce paroitra bien plus défavorable , si , en examinant la nature des objets qui composoient les exportations et les importations , ou observe que les importations comprennent pour plus de trente millions de produits manufacturés, tandis que nos exportations n*en présentent que pour environ cinq millions.

La position de la France n'est plus la même aujourd'hui : non - seulement elle a conservé et amélioré tous les genres de fabrication qui lui avoient mérité la première réputation en Europe, mais encore elle a importé et s'est approprié ceux qui appartenoient presque exclusivement à l'Angleterre; elle en a même créé plusieurs pour lesquels elle ne connoît pas encore de concurrens.

La* filature du coton et la fabrication des tissus ont pris une telle importance, l'impression des toiles s'est tellement perfectionnée, que cette industrie est devenue une des principales branches de notre commerce : elle fournit , à bas prix , ^ l'immense consommation de la France, et

98 DE l'iNDUSTBIE FRANÇOISE.

elle exporte une partie de ses produits avec avantage.

La draperie fine et légère , pour laquelle nous étions tributaires de l'étranger , se fabrique aujourd'hui dans nos ateliers ; on j varie les tissus de mille manières , et l'industrie remonte , par des nuances presque insensibles , depuis la serge grossière jus- :qu*au cachemire le plus fin.

Les nombreux objets de quincaillerie, que nous tirions de l'Angleterre ou de l'Allemagne, sont en ce moment un nouveau produit de notre industrie : les faux et faucilles, les limes et râpes nous sont fournies par des établissemens françois; et des fabriques d'acier naturel et d'acier cémenté , versent dans le commerce des produits d'une excellente qualité.

Nos besoins domestiques se sont affranchis de l'importation de cette énorme quantité de poterie angloise qui, pendant plusieurs années, a couvert en France la table du pauvre et celle du riche.

L'importation du minium et de la céruse est restreinte depuis que nous fabriquons ces objets.

Ainsi, sous le rapport des produits de

Univereity u:

GHAPITBJB XYII« 99

l'industrie, nos relations avec l'Angleterre ne peuvent plus être ce qu'elles ont été; la France n'éprouve plus le besoin de se pourvoir au dehors pour Stg, consommation ; et elle peut concourir avec l'Angleterre, pour une infinité de ces objets, sur tous les marchés de l'Europe.

Que reste-t-il donc aux deux nations pour établir des liaisons de commerce ? Je ne vois que les productions de leur jsol , et quelques objets d'industrie propres à chacune d'elles. Le sol de la Grande-Bretagne noiis offre des productions que la France peut importer chez elle avec avantage.

Les belles races de chevaux ont été croisées en Angleterre avec autant de soin que de constance, et on y est parvenu à en former de très-bons pour' chaque service :

comme on ne peut extraire que des chevaux de luxe, l'introduction doit en être permise moyennant un droit ; cet objet de commerce ne peut pas être considérable ; nos belles races du Limousin et de la Normandie rendront sans doute cette importation très-bornée. La France fournissoit autrefois à l'Europe les plus beaux chevaux de race arabe ; ^ les nombreux haras qui s'étoient perpétués

lOO DE L INDUSTRIE FRANÇOISE.

depuis les croisades, formoient des élève»

qni étoient recherchés par toutes les nations ; mais lorsque la politique du car* dinal de Richq^ieu crut devoir fixer à la cour tous les grands seigneurs , ces établissemens furent négligés, et l'Angleterre hérita de cette branche d'industrie.

L'Angleterre possède des mines de charbon dont les produits sont nécessaires à nos usines : ses houillières nombreuses lui fournissent, presque partout, le combustible à bas prix, et leur richesse permet d'en exporter une quantité presque indéfinie; la France doit en autoriser l'importation , moyennant un droit, pour approvisionner ses nombreuses fabriques : elle en retirera le double avantage de diminuer le prix de presque tous les articles de fonte , de forge et de chaudière , et d'attirer , dans nos ports , un plus grand commerce.

Les riches mines d'étain de Cornouailles peuvent continuer à nous approvisionner d'un métal qui, jusqu'ici, a paru étranger à notre sol , quoiqu'on en ait trouvé des indices près de Limoges et de Nantes.

Le plomb d'Angleterre est le plus doux et le plus propre au laminage que l'on con-

Page 1