DE L'OUVRAGE
Une guerre qui a duré vingt-cinq ans , et à laquelle ont pris part toutes les nations , a rompu les relations commerciales que les besoins, les convenances et le temps avoient cimentées;
Cet ëtat de crise s'est ti*op prolonge pour que les peuples ne prissent pas de nouvelles habitudes , , et ne donnassent point à leur commerce et à leur indu^.
strie une nouvelle direction.
A peine la paix a-t-elle été rétabUç, que le fabricant a redoublé d'activité dans ses ateliers 5 le commerçant a déployé ses voiles : ils ont cru , lun et l'autre , rouvrir aux produits nationaux les anciens débouchés, renouveler leurs relations avec les divers peuples , mais les temps étoient changés.
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Le monde commerçant se présente sous une face nouvelle : il s'agît moins aujourd'hui de chercher à rétablir ce qui existoît, que de bien étudier notre position actuelle pour reconstituer des relations commerciales d'après les changemens survenus.
Pour arriver à ce but, il faut savoir ce que nous étions et ce que nous sommes ; calculer nos pertes en commerce , et apprécier nos progrès en agriculture et en industrie ^ comparer nos productions agricoles et manufacturières avec celles dès pays étrangers; connoître le goût et les besoins de tous les pays pour y adapter nos produits.
Les institutions qui régissoient l'industrie ont disparu : il faut en former de nouvelles , plus appropriées à ses intérêts et aux lumières du siècle ; ne pas condamner les anciennes , par cela seul qu elles ont existé ; ne pas consacrer les nouvelles , par cela seul qu'elles existent j mais juger de tout sans passion et sans
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préjugés, et s'appuyer sur les résultats de, l'expérience.
L'agriculture, le commerce et les maw nufactures sont les principales sources de la prospérité publique : maisr chaque ^njSition n'est pas appelée par la nature a Jeur donner les mêmes degrés de développement; la position des lieux, la richesse du sol , l'état des lumières , le caractère des habitans marquent le rang que chacune d'elles doit occuper. •
L'industrie agricole est sans contredit la première de toutes : les travaux qu'elle exige forment une population robuste ; les productions qu'elle fournit sont de première nécessité -, elle donne la matière première aux manufactures, et procure des échanges au commerce. Cette indu-* strie repose sur une base aussi solide que le sol qu'elle vivifie ; elle ne craint ni les caprices de la mode ni l'inconstance des consommateurs.
L'industrie manufacturière ajoute de la valeur à ceux des produits agricoles
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qui ne sont pas employés à la nourriture des hommes et des animaux. Elle s'est long-temps bornée à fabriquer les vêtemens grossiers nécessaires aux hommes réunis en société y et à fournir les outils indispensables pour leurs travaux; mais les progrès du luxe, de la civilisation et des lumières , lui ont donné de nos jours un si grand développement, qu'elle a opéré un changement total dans nos mœurs , nos habitudes et nos relations •, elle s'est tellement accrue chez quelques nations européennes , que la population qu elle occupe est presque aussi nombreuse que celle qu'emploie l'agriculture. L'existence de cette partie de la société est étroitement liée au sort très-variable des manufactures ; et lorsque la guerre ou les prohibitions ferment des débouchés aux produits industriels , on voit avec douleur ces réunions d'hoitimes inactifs , souffrir , s'agiter et trop souvent troubler le repos public : il eût été à désirer, sans doute , qu'au lieu de former ces agglomé-
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rations d'individus pour exploiter quelques genres d'industrie ^ on les eût laissés disséminés dans les campagnes, oii la fabrication n'eût été qu'un utile auxiliaire des travaux de la terre. Comme on ne peut pas changer l'état actuel des choses, il ne s'agit plus que de porter dans la fabrication l'économie et les. perfectionnemens dont elle est susceptible, et le gouvernement doit s'occuper avec soin de faciliter l'approvisionnement des matières preinières, et d'ouvrir des débouchés à la consommation pour augmenter l'exportation des objets fabriqués.
Mais la plupart des produits de l'industrie agricole et de l'industrie manufacturière resteroient sans emploi , si le commercé n'en opéroit le transport pour en assurer le débit, et appix)visionner, par leur échange , les manufactures et l'agrirculture , de tous les articles nécessaires à leurs travaux.
Ces trois branches de la prospérité
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publique sont donc liées entre elles par des rapports intimes, et j'ai cru ne pas devoir les séparer dans un ouvrage qui a pour but principal de faire connoître notre richesse nationale.
J'ai divisé cet ouvrage en quatre parties.
Dans la première , je traite du commerce de la France en 1789, avec les nations de l'Europe, les échelles du Levant , l'Amérique septentrionale , les Indes orientales. J'ai choisi cette époque, parce qu'elle présente les plus grands développemens qu'ait jamais reçus notre industrie commerciale. J'ai tâche d'indiquer les causes qui avoient produit ce degré de prospérité , les obstacles que nous avons eu à vaincre, et les changemens qui doivent être la suite inévitable des événemens qui ont agité l'Europe pendant trente ans.
Je n'ai pas cru devoir parler séparément du commerce avec nos colonies , parce que toutes leurs productions éloient
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versées dans les magasins de la mëtropôle 5 et employées à la consommation, ou données en échange des denrées que nous tirions des autres pays j le tableau général de nos importations et exportations embrasse la totalité de notre commerce 5 quelle que soit l'origine des produits qui en sont l'objet.
En comparant l'état commercial de la France en 1789, avec celui de nos jours , on ne peut qu'éprouver des regrets sur la différence qui marque ces deux époques : la perte de nos plus belles colonies nous a privés à la fois de débouchés considérables , et de moyens d'échange pour notre commerce avec l'étranger ; nos établissemens dans les échelles du Levant et de Barbarie ont disparu; la suspension des relations commerciales entre les peuples leur a fait prendre de nouvelles habitudes j tout est donc à recréer, A la vérité , notre industrie agricole et manufacturière s'est accrue j l'aisance de l'habitant des campa-
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gnes a augmente la consoipination ; le commerce intérieur a gagné ; mais ' ces nobles et beaux rapports que nous entretenions avec tous les peuples n existent presque plus , et il n y a que le temps et une courageuse persévérance qui puissent les rétablir.
Dans la seconde Partie dé mon ouvrage 5 je parle des progrès de Fagriculture j de son état actuel , et de la richesse territoriale. En traitant des améliorations qu'a reçues l'industrie agricole , j'ai dû, sans doute , faire connoitre les bonnes méthodes de culture qui ont été adoptées ; mais mon but n'eût pas été atteint , si je n'avois indiqué les causes principales qui ont amené ces heureux résultats. Le sort de l'agriculture est étroitement lié à celui de l'agriculteur •, en améliorant la condition de l'homme des champs , en le rendant à sa dignité , et consacrant ses droits par nos institutions , on a augmenté ses ' moyens , et excité son émulation ; oit Va, attaché au gouvernement qui le protège 5
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et désormais on le ven^a dévoué à Tinté- ^ rét public par le sentiment de son propre intérêt et par celui de la recoûnoissance.
Pour apprécier le produit de nos récoltes en tout getire , j'ai d^abord consulté les travaux de statistique, qui ont été suivis avec zèle par les préfets pendant douze ans ; je les ai comparés entre eux pour prendre la moyenne des résultats ; et lorsque je les ai jugés insuffisans ou défectueux , j'ai cherché à les compléter ou A les vérifier , en m'adressant aux autorités locales 5 aux sociétés d'agriculture , et aux personnes instruites qui pouvoient me fournir d'utiles renseignemens.
L'Administration des contributions indirectes 5 qui a fait inventorier pendant plusieurs années les quantités de vin , de bière et de cidre qu'on récoltoiten France, a bien voulu nae communiquer le résultat de ses opérations,
La Direction générale des forêts m'a fourni l'état des bois qui existent en