CHAPITRE XVIII
Du Commerce de la France avec les États^
Unis d'Amérique.
À Tépoque mémorable où l'Amérique sep teutrionale combattoit pour son indépendance , la France crut la circonstance favorable pour se lier avec elle par le commerce; mais notre industrie ne pouvoit pas alors remplacer celle des Anglois ; et quelques négocians françois y portèrent des produits de rebut qui compromirent nos intérêts.
Ce ne fut qu'en 1 780 que M. de La Luzerne essaya de relever dans l'opinion le mérite^de nos manufactures; il obtint, du congrès, que des négocians instruits se transporteroient en France pour y visiter nos fabriques ; il fit inspecter et surveiller les expéditions ; il protégea notre commerce et fit maintenir, avec rigueur, les mesures prohibitives qui excluoient les marchandises angloises. Notre commerce prit alors quelque accroissement, et la plupart de nos produits obtinrent de la faveur.
i64 DE l'industrie FRANÇOISE.
Mais lorsque l'indépendance de l'Amérique fut reconnue par toute l'Europe, le commerce de toutes les nations se dirigea vers les États-Unis: les marchandises y affluèrent en si grand nombre, qu'en 1784 il en entra pour plus de 100 millions dans les seuls ports de Charles-Town , Philadelphie et New-Yorck. Cet encombrement eutdes suites funestes pour les manufactures de l'Europe, et notre commerce fut un des premiers à s'exiler d'une terre qui ne lui offroit plus d'avantages.
Cependant le gouvernement françois , persuadé qu'un pays , qui n'avoit pas de fabriques et dont le sol offroit des produc-^ tions utiles à nos besoins , devoit naturellement contracter des liaisons de commerce avec nous, s'occupa du moyen de les établir:
le règlement de 1787 accorda des avantages aux Américains, tant en France que dans les colonies; mais, malgré ces encquragemens , notre commerce avec l'Amérique n'a jamais été tout ce qu'il paroissoit devoir être. Le prince de Talleyratid en a assigné les causes principales dans un très-bon ouvrage imprimé dans le recueil des Mémoires de l'Institut.
Ce peu de succès de notre commerce avec
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les États-Unis doit d'autant plus nous étonner, que nous n'avons pas cessé d'en extraire tous les objets que leur sol peut nous fournir, et que nous en avons constamment importé dans nos ports pour une valeur de i3 à i4 millions par an , sans pouvoir obtenir une réciprocité convenable d'échanges.
Aujourd'hui l'Amérique a établi chez elle tous les arts productifs ; elle a enrichi son agriculture de mérinos et de tous les genres de culture compatibles avec le sol et le climat ; elle est devenue presque l'égale des, premières nations manufacturières de l'Europe, et elle a conquis son indépendance industrielle comme elle conquit , il y a quarante ans, son indépendance politique. A la vérité son industrie éprouvera encore , pendant quelque temps, de la défaveur en raison de la cherté de la main d'oeuvre ; mais la population qui s'accroît d*une manière si rapide , l'émigration qui VQTse dans ses états le superflu des ouvriers de l'Europe, font entrevoir un terme rapproché à la pénurie des bras. Ce peuple, placé au centre du monde commerçant, riche d'un territoire immense , hardi et économe dans sa navigation , me paroît appelé aux plus granc|es destinées, et, peut-
T06 DE l'iNBUSTUIE FRA^irÇOISIt.
être , à hériter un jour des arts et du commerce de la vieille Europe.
La France ne peut donc aspirer aujourd'hui qu'à échanger les productions particulières à son sol contre celles des Etats-Unis. Nos vins doivent faire la base de ces échanges; quelques-uns de nos produits fabriqués , tels que les soieries , les verdets, les crèmes de tartre, les fruits secs, les linons et batistes , peuvent aussi entrer dans nos expéditions; mais les objets d'importation, blé , merrain , potasse, coton , poisson salé, tabacs, huile de poisson, cire, peaux et pelleteries, formeront toujours une valeur supérieure à celle des exportations.
Étai des importations en France,
En 1787 i49io5,8oofr>
178g ]3,i38,ooo
État des exportations.
En 1 787 2,o5o,6oo fr.
1788 i,338,3oo
1769. i,24â>ooo