PREMIÈRE PARTIE
DU COMMERCE FRAirÇOIS EBT I789,
JL ouR bien connoître îe commerce d'une nation , il ne faut choisir ni ces époques désastreuses où la guerre ferme la plupart des débouchés à la consommation, ni ces temps malheureux de crises politiques qui rompant les liens sociaux, établissent la défiance, menacent les propriétés et paralysent l'industrie.
Ainsi, pour apprécier le commerce françois, j(è n'irai point <:onsulter ces années, où le fabricant ne travailloit que par contrainte, où nos vaisseaux étoient repoussés de toutes les mers ; ni cette époque plus récente où la victoire nous avoit asservi des nations nombreuses qui recevoient nos lois :
j^ ]>E LTirDUSTRIE FRAlfÇOISE.
durant les deux crises , toute toit forcé. Il faut remonter à ces temps antérieurs à 1789^011, en paix avec l'Europe pendant quelques années, la France a pu développer tous ses moyens, et établir des relations commerciales avec tous les peuples : je bornerai mes recherches à une courte période de trois années, et je prendrai les dernières de cette époque, parce que le commerce avoit pu!^ alors se former, s'étendre , et se consolider;
Mais pour donner une juste idée du com-^ merce françois, il ne suffit pas de présenter des calculs qui en offrent le résultat général pour chaque année , ni d'évaluer , en masse , les produits des importations et des exportations : il faut encore rechercher les causes qui pnt pu empêcher ou favoriser nos relations avec les divers peuples , indiquer la nature des productions et celle des besoins de chaque pays ; car c'est surtout sur ces bases qu'on peut calculer et établir les échanges.
Pour atteindre ce but, nous considérerons le commerce dé la France avec chaque nation , et nous nous bornerons à en donner ici un précis très-sommaire , nous réservant de plus grands développemens dans un ouvrage qui comprendra, à peu de chose
T>E ^'industrie frâkçoisx. 3
près, la statistique commerciale et indus* trielle de toutes les nations^
J'aurois désiré pouvoir comparer l'état actuel de notre commerce avec celui de i789;~mais les événemens ont déplacé tous les intérêts : là perte de nos principales colonies nous prive de débouchés pour nos produits et de moyens d'échange avec les autres nations ; le système de prohibition , qui a été adopté par presque toutes les puissances du continent, restreint, chaque jour de plus en plus, nos relations commerciales.
Aujourd'hui, comme aux premiers jours de son enfance, le commerce est réduit à des essais, à des entreprises plus ou moins hasardeuses : il est forcé de s'ouvrir de nouvelles routes , de chercher de nouveaux débouchés; on ne pourra en présenter le tableau qu'au moment où ses opérations seront calculées sur les résultats de l'expérience , et ses relations solidement établies.
C'est surtout dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons qu'on peut juger de l'activité et de l'intelligence du commerçant firançois ; on le voit lutter avec persévérance contre les difficultés , se porter dans tous les climats , sonder toutes leis
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ressources des pays qui lui sont ouverts , étudier les goûts de tous les peuples, et s'efforcer d'établir des relations avec tous les consommateurs et tous les producteurs du globe ; espérons que ses efforts seront couronnés de succès, et que, par ce noble dévouement et cette arrfeur à laquelle on ne sauroit donner trop d'éloges , il parviendra à reprendre le, rang qu'une longue suit« d'événemens funestes lui a fait perdre.