DES MOYENS DE COMMUNIQUER LA PENSÉE
puits, OU dans le sol humide, en T. Le dernier cuivre, ou le pôle positif, porte une lame métallique c,’qui est dis-
posée très prés de l’extrémité A, du fil isolé. L’autre bout du fil, à Marseille, est recouvert de soie et enroulé sur un barreau de fer doux M recourbé en fer à cheval ; enfin le fil se rend dans le sol humide, en T'".
Pour transmettre un signal, l’employé de Paris presse le bouton c, et établit le contact du pôle de la pile et du lil télégraphique. L’électricité positive, que la pile produit abondamment, se répand avec une très grande rapidité dans toute l’étendue du fil conducteur; en même temps l’électricité de nom contraire du pôle négatif se déverse dans le sol humide, en T : on sait, en effet, que les deux électricités de nom contraire sont produites toujours simultanément, en (|uantités égales. Au bout d’un temps très court, équivalant tout au plus à 2 ou 3 centièmes de seconde, l’électricité a atteint la partie du lil conducteur qui entoure à Marseille le fer à cheval M, pour se déverser dans la terre, eu T'". Le barreau de fer, aimanté par le passage de ce courant électrique, attii’e à lui une petite lame de fer doux o'/;', mobile autour du point o'. Cette
Dli l.'lNnUbinit MOUERNt.
armature de fer porte un crayon qui vient pi c^ser par »i pointe une l>ande de papier gh. La bande est d’ailleurs entraînée de g en h par un mouvement uniforme communi(|ué par un mécanisme d’iiurlogerie.
Tant que le contact de la pile et du lil subsiste, le fer reste aimanté, et le crayon trace une ligne droite sur le papier, (piise déroule avec une vitesse moyenne de 10 à 20 centimètres par seconde. Pour arrêter le tracé de la ligne, il suflit d’interrompre la communication de la pile et du iil en A. L’électricité qui est sur le fil conducteur se déverse alors dans la terre en T’", et l’aimantation du barreau cesse dés que la décharge ou la disparition de l’électricité du fil est effectuée, ce qui ne demande ordinairement pas un temps plus long que jfj de seconde. Ace moment, l’armature de fer dp s’éloigne de l’électro-aimant M, en obéissant à l’action du petit ressort antagoniste r'.
.Vu moyen de celte disposition fort simple, qui est celle de l’appareil Moi'se, l’employé de Paris trace à volonté à Mai-seille, par l’intermédiaire du courant, des lignes de
I millimètre de longueur, qu’on appelle des points, et des traits de 3 à 4 millimètres, en séparant ces signaux élémentaires par drs intervalles blancs de 2 millimètres.
II faut en moyenne 3 signaux élémentaires pour former une lettre. Exemple :
Les lettres sont séparées par des intervalles blancs égaux à un trait , et les mots par des espaces plus étendus.
Le système Morse, que nous avons réduit ici à sa plus
lUi Mü’VtNS DK COMMU.MQUKH LA l’E.NSÊE. ;')t)7
grande sini|ilicilc, esl actuellement en usage dans toute l’Europe. On transmet en moyenne t) ou 10 mots par minute ; mais on va jusqu’à 20 mots, dans certains cas d’urgence. L’appareil dont se sert l’employé qui transmet la dépèclie s’appelle Iransmettcur ou tnanipiilateiir ; l’éleetro-aimanl, qui, avec son mouvement d’horlogerie, reçoit la dépêche à Lyon, porte le nom de récepteur. Il est évident que dans chaque station il doit y avoir au moins un mauipulutcur et un récepteur, ou autrement un double appareil, afin qu’on puisse à la fois transmettre et recevoir.
Quand on veut communiquer avec des points distants de |tlus de 500 ou 600 kilomètres, on emploie avec avantage un système de relais dont l’invention est due également au docteur Morse. Veut-on, pai- exemple, à Paris, correspondre avec Marseille. On dispose une pile P, qui lance sou courant jusqu’à Lyon. L’électro-aimant L,en attirant l’armature op, établit une communication du pôle positifd’une seconde pile P', placée à Lyon, avec le fil télégraphique qui va de cette ville à Marseille; et c’est cette seconde pile qui fait marcher le récepteur M, dans celte dernière ville. L’appareil de ce genre placé à Lyon s’appelle un reluis; chacune des piles transmet le courant dans une fraction du circuit total. Ainsi quand on envoie une déjiéche de Paris à Berlin, il y a ordinairement trois relais : le premier à Nancy, le second à Coblenlz, le troisième à Francfort.
Grâce aux efforts intelligents de l’administration française, les appareils ont été tellement perfectionnes, que malgré la multiplicité des organes disséminés sur ce long
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lil, la iVansmission s’elVecliie prusiiue aussi vile ipie s’il n’y avait pas de relais.
I.es appareils tiui servent la télégrapliie sous-»uiri>ie sont, à de légères diflércnces près, semlilables à ceux de la Iclégrapliie aérienne-, seulement, dans ce dernier cas, le conducteur est placé dans des conditions toutes spéciales.
Un câble sous-niarin porte à son cenire une espèce de corde métallique de 2 ou 3 niillinièlres de diamètre, formée de cinq ou six fils de cuivre réunis. Ce conducteur est revêtu d’une enveloppe de gulta percba de 5 ou 6 millimètres d’épaisseur, et cette matière isolante est recouveile d’une armature de gros fils de fer, serrés sur sa surface, qui protègent le câble contre les tractions et les chocs extérieurs. Le conducteur sous-marin est étendu sur le fond de la mer, dont il suit toutes les sinuosités.
Pendant que le contact du fil et de la pile est établi, le câble se charge d’électricité positive sur le lil de cuivre et négative sur l’armulure de fer extérieure, comme une bouteille de Leyde (|u’on met en contact avec le conducteur de lamachine électrique. D’ajtrés les récentes recherches deM. Guillemin, à (jui on doit des travaux importants sur ce sujet (1), la charge que prend le lil conducteur du câble est environ 15 fois plus grande que celle qu’il prendrait, s’il était isolé dans l’air. 11 en résulte que le lenq)s nécessaire, soit pour charger le câble, soit pour le décbarger, est considérablement augmenté , et la transmission
(I) Comptes rendus, t. U, p. yji, tosü.
DKS MOYENS ItK COMMliNIQUEH l,A PENSfif. r»6S
rendue beaucoup plus lente. Ces inconvénients sont d’autant plus marqués, que le c;Uile est plus long;.
Le télégraphe électrique est en nsage aujourd’hui dans tous les pays civilisés. Le tableau suivant, d’après W. [ilock(l), indique la longueur des lignes télégraphiques exploitées en 1857.
Kilontèli'fi.
Kilomèiies,
Australie 19 000
Grande-Bretagne 15 ÜÜ7
Suède 4 072
Italie i 000
Suisiie 2 407
Autriche . . . . S .547
Sanlaigne 1 910
Bavière . . . 1 680
Espagne 6 330
Belgique 1 000
Les dépêches télégraphiques échangées entre Paris et les trente villes étrangères les plus importantes se divisent ainsi en moyenne, d’après leur objet ;
.ttTaii'es de bourse.. iS p. lUO.
Aiïaires privées, iiUérèls de famille 2U
Commerce général el industrie 20
Publicité, journaux 0
Dépêches du gouvernement 2
Affaires diverses I
ToUl 100
L’usage du télégraphe électrique pénétre tous les jours davantage dans les relations de la vie onliuaire : dans queltities pays il est d’un emploi général. On arrivera sans doute à multiplier les lignes, aliu d’éviter des retards
(I) Slatiiligue de la France, t. Il, p. 351,
DK l/lNDL'STRlK MODER.NK.
ijiii oui (le si graves inconvénienls, el à iiicUre le It-légraplie à la portée d’im plus grand nombre de personnes. Quelque merveilleuse, eneiïet, (juesoil la Iclégrapliie éleclri(iue, elle ii’csl cependant (|ue le conipléiiienl des autres moyens de communication. Klle n’a pas précédé nos besoins, mais ('lie y a répondu.
Nous arrêtons ici cette élude sur l’industrie moderne. Notre but aura été rempli si nous donnons au lecteur le désir d’approfondir plus avant ces (|ueslions. Nous n’avons pas cherché à satisfaire une vaine curiosité, mais bien à fournir des éléments d'appréciation pour la révolution industrielle (lui s’opère sous nos yeux.