LA JUMENT BRETONNE EN POITOU
La jument de Bretagne n'est amenée dans les foires qu'à l'âge de trois et quatre ans. Issue d'un pays moins riche , elle apporte en Poitou sa sobriété naturelle. Elle aussi est immédiatement livrée au baudet, elle aussi est surprise par la gourme; mais elle résiste mieux aux atteintes du mal. Sa fibre d'adulte est plus ferme et ses aplombs ne sont pas changés si par hasard la maladie dure très longtemps. Ses os, ses muscles denses, tousses organes enfin opposent une plus grande résistance aux influences hygiéniques et climatériques qui agissent sur son organisation dans le nouveau milieu où elle se trouve placée. Nourrie dès son enfance avec sobriété , elle trouve moins de changement en Poitou. Habituée à une nourriture dure et sèche, elle accepte sans difficulté celle qu'on lui donne. Cette transplantation n'a pour elle rien de pénible. Plus âgée que la pouliche poitevine, elle peut sans inconvénient être livrée tout de suite au baudet ou au cheval. Aussi a-t-elle aujourd'hui la réputation justement méritée de réussir mieux que les autres juments. Souvent elle grandit de 2 à 3 centimètres, et l'augmentation de sa taille est encore en harmonie avec l'ampleur de ses formes. Contrairement aux pouliches du Marais dont les membres se dégarnissent de crins, elle conserve les siens, qui quelquefois même deviennent plus abondants.
La jument bretonne est surtout recherchée par les fermiers qui produisent la mule, mais qui ne l'élôvent pas. Les produits sont plus petits, bien proportionnés, trapus, manquant un peu de figure. Ces motifs les font vendre au sevrage, époque à laquelle la grosseur des membres et le volume du corps constituent les principaux mérites des
mules , dont la valeur à quatre ans est rarement en rapport avec le prix qu'elles ont coûté à la mamelle.
Cependant, c'est encore la jument du Marais qui fait les plus remarquables mulasses ; et les contrées qui produisent les mules du plus grand prix continuent d'entretenir leur cheptel avec des pouliches originaires des prairies basses de la Sèvre et de la Vendée. Il est une chose digne de remarque et qui prouve l'influence de l'origine des ascendants sur les produits, c'est que des juments poitevines légères ayant perdu, parleur séjour dans les plaines depuis plusieurs générations , les crins , les poils et la grosseur des membres , qui font l'ornement de la mulassière , donnent souvent naissance à des mulets plus forts, plus velus, mieux talonnés (l) } comme on dit en Poitou, que ceux nés de la jument bretonne pure. Ces faits démontrent que la jument issue du Marais a plus d'affinité pour le baudet que les autres races. Ceci ferait supposer que ce n'est pas le hasard seul qui a conduit le baudet en Poitou. Lors de son introduction en France, on l'essaya peut-être avec d'autres races chevalines, et les tentatives ayant donné des résultats meilleurs avec celles-ci, l'industrie s'est localisée en Poitou plutôt qu'en Normandie, en Bretagne, ou dans le Midi surtout, qui aurait été plus rapproché des consommateurs des produits mulassiers.
L'ÉTALON POITEVIN MULASSIER.
Autrefois, dans les Marais, on comptait un grand nombre de juments exclusivement destinées à la reproduction du che-
(1) Crins de la partie postérieure du boulet.
L'ÉTALON POITEVIN MULASSIER.
val mulassier. Aujourd'hui les Cabaniers (1) préfèrent acheter des poulains nés dans le Haut-Poitou pour les élever dans leurs Marais, plutôt que de les y faire naître. Aussi ne compte-t-on guère plus de 5 à 600 poulinières mulassières dans les fermes des marais. Cette donnée statistique, établie par des auteurs très-compétents, est justifiée en partie par la très-petite quantité de pouliches qu'on rencontre depuis quinze ans dans les foires du Poitou. C'est donc la Plaine et le Bocage qui fournissent la presque totalité de la population dont se compose la race chevaline mulassière. Le Marais a conservé néanmoins un rôle très important dans l'entretien de la race que nous examinerons plus loin.
Le fermier du Poitou ne fait naître de chevaux que quand ses juments ne peuvent pas produire de mules. C'est pourquoi dans les haras privés on rencontre un cheval étalon pour 4 ou 5 baudets, c'est-à-dire que les 4/5 des juments sont saillies par le baudet et le reste par le cheval.
Le plus souvent on ne livre au cheval que les juments qui ne sont pas fécondées après avoir été accouplées pendant un ou deux mois avec le baudet. Cependant , les juments qui réussissent bien et qui commencent à vieillir sont données au cheval, afin d'en conserver la souche, l'origine. Quelques propriétaires de haras font de grands sacrifices pour se procurer de bons étalons. Autrefois , avant les croisements exécutés dans la Vendée , le Marais était une véritable pépinière d'étalons mulassiers. Malgré les dessèchements , les qualités si appréciées et si recherchées se retrouvent encore , quoique affaiblies , chez les poulains (1) Fermiers du Marais.
achetés aux foires de Fontenay, en Vendée ; mais ils sont si peu nombreux que leur prix est excessivement élevé. Les sociétés d'agriculture , les conseils généraux ont , à plurieurs reprises et pendant de longues années, fait de grands sacrifices pour l'acquisition d'étalons de la race primitive. Du reste les encouragements ne font point défaut à cette précieuse race, dans les contrées qui s'occupent de la production du mulet.
L'étalon Poitevin qui n'a pas eu à subir toutes les vicissitudes que nous avons signalées pour les juments , qui reçoit en arrivant au haras une nourriture abondante et nutritive , peut rivaliser avec nos plus belles races de chevaux de gros trait. Il en diffère par sa tête plus longue et mieux attachée , par son encolure plus allongée , par son corps plus développé , par l'abondance des crins aux membres, par le pied plus large et peut-être aussi par plus de légèreté dans ses allures. Est-ce à dire que cette description, par voie de comparaison, s'applique à tous les étalons? Non, malheureusement. Les traditions quoique sensiblement affaiblies ne sont pas détruites, et les agriculteurs intelligents seuls savent apprécier le beau cheval mulassier. Les autres persistent encore à considérer comme le sublime du type l'étalon ayant de gros membres ronds , dont la peau épaisse est garnie de crins et dont les sabots sont larges. Quant aux autres qualités , elles ne sont qu'accessoires , et ils préfèrent un vilain cheval avec ces dernières , qu'un très beau cheval de même origine qui ne les aurait pas. Cependant, dans cette question comme dans tant d'autres, la lumière se fait et la vérité finira par triompher de certaines préventions aussi ridicules que nuisibles aux intérêts de la race.
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L'étalon est acheté à tout âge, mais le plus ordinairement il a deux ou trois ans. Nourri avec le meilleur foin de la ferme et avec de l'avoine en assez grande quantité, il commence la monte en mars et ne l'ait guère qu'une ou deux saillies par jour. Accouplé avec les juments que nous avons décrites, il donne naissance à de fort beaux produits. Les défectuosités nées chez les mères, par suite de leur mauvaise hygiène, ne peuvent se transmettre aux descendants. Les femelles sont conservées dans les fermes, et les mâles sont vendus après le sevrage.
Si l'étalonnier employait après la monte ses chevaux aux travaux agricoles, ce qui lui permettrait de continuer la ration d'avoine qu'il a le tort de supprimer à cette époque, il les conserverait plus longtemps, et ne les verrait pas périr de cette hideuse maladie des membres qui se développe chez presque tous les étalons, par suite des conditions anormales dans lesquelles ils sont placés, et dont la slabulation permanente est la plus nuisible. L'étalon devrait être libre dans sa case, pour qu'il pût au moins exercer ses membres, dont l'immobilité amène souvent des Courbures légères qui en se renouvelant entraînent la déformation du sabot. Mais le meilleur remède à tous ces inconvénients est sans contredit le travail qui venant remplacer l'activité fiévreuse de la monte, conserve] ail à ces animaux leur force, leur vigueur et leur santé.