‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 23 sur 41 · TRAVAIL · texte numérisé non relu

TRAVAIL

notamment dans colles de Souche , Sainte-Pezenne Saint- HemyetVilliers-en-Plaine, où les juments sont employées aux travaux agricoles. Les unes sont en même temps livrées à la reproduction, les autres, et c'est le plus grand nombre achetées à l'âge de 2 et 3 ans, travaillent jusqu'à 4 et 5 ans el sonl vendues à cet âge.

Ces quelques communes devraient servir d'exemple à tout le Poitou. Là les juments sont véritablement soignées comme elles devraient l'être partout, dans l'intérêt de l'espèce et dans celui du cultivateur.

Le fermier de ces contrées achète, soit dans la Plaine soit aux foires de Luçon, de Fontenay, en Vendée, ou à celles de Champdeniers, en Gàtine , des pouliches de 2 à 3 ans. Elles sont, à leur arrivée, nourries de très-bon foin. L'hygiène est réglée avec une telle ponctualité, une telle méthode, elles sont entourées de tant de soins qu'elles engraissent en travaillant. Là, tous les fermiers sont connaisseurs en chevaux; ils jugent parfaitement les tares qui peuvent diminuer la valeur commerciale des animaux. Pendant le travail, un manteau de toile appelé balin garait les juments du garrot à la queue. A l'écurie, elles portent une couverture de laine et sont étrillées, bouchonnées, ce qui » arrive jamais aux poulinières. Si le maître est absent, la femme ou l'enfant de la maison ne négligent pas la bête ■ de temps en temps, c'est une petite quantité de foin alternée avec des pailles ou des balles, qu'on appelle données qui leur est distribuée; toujours la même ration, dans le même ordre el aux mêmes heures. Cette régularité dans la distribution et cette variété dans l'alimentation activent el facilitent l'engraissement. Vers la lin, un mois avant la

vente, on ajoute du son frisé et mélangé avec de l'orge ou de l'avoine qu'on a fait gonfler dans l'eau chaude.

La très-grande expérience des fermiers leur fait apprécier sûrement l'avenir des jeunes bêtes qu'ils achètent à 2 ou 3 ans. Ils savent très- bien si, à 4 ans, elles seront aptes à la cavalerie légère ou de ligne, ou à l'artillerie, ou bien si, refusées par les remontes, elles seront achetées par les marchands de Bordeaux ou des autres contrées méridionales. Ces communes formant une imperceptible minorité, on peut dire qu'en Poitou les juments de ferme ne travaillent point. Mais les douceurs de leur élevage, les rapports journaliers des gens de la ferme avec elles, rendent leur dressage facile et leur caractère excessivement doux.

Les poulains ne restant en Poitou que jusqu'à l'âge de 2 ans, n'y sont, par conséquent, soumis à aucun travail. Le petit nombre de ceux qui sont destinés à la remonte ne sont pas plus utilisés que les autres. Depuis que les dépôts de remonte font subir aux chevaux l'épreuve du cavalier; chez quelques éleveurs, et un mois environ avant la présentation au comité d'achat, on fait monter les chevaux par les jeunes garçons de la ferme.

COMMERCE

Ici , comme dans l'élevage, il faut séparer le commerce des femelles de celui des mâles.

Les meilleures pouliches, c'est-à-dire les plus fortes, celles qui doivent être de bonnes mulassières , restent à la

COMMERCE- Si

ferme où elles entretiennent le cheptel employé à cetle production.

S'il naît au fermier plus de femelles qu'il n'en veut garder, il les vend aussi. C'est souvent la plus belle, celle qui doit faire le plus d'argent qui quitte l'atelier mulassier. Elles sont ordinairement vendues à des voisins, moins heureux parce qu'ils n'ont eu que des mâles, ou elles sont conduites aux foires. Les pouliches, en général, ne sortent guère du Poitou. \]n très-petit nombre sont achetées par les éleveurs du Marais, à l'âge de 9 mois, pour être placées dans les mêmes conditions que les poulains. Elles rentrent à "2 ans dans la Plaine ou le Bocage au même titre que celles nées dans le Marais même. Toute chose égale d'ailleurs, la pouliche vaut au sevrage 100 et 150 francs de plus que le poulain.

Sont encore livrées au commerce les juments de 5 ans

qui, après avoir été saillies j dant u 2 ou 3 années, n'ont

lias pu être fécondées, celles qui avortent plusieurs Ibis de suile, ou qui laissent pisser le gang (1). On attend rarement après l'âge de 5 ans pour s'en défaire. Le fermier sait très-bien qu'après cet âge elles diminuent sensiblement de valeur. En Poitou, contrairement à ce qui se passe dans les contrées où la force des chevaux est laborieusement utilisée, le prix du cheval atteint son maximum à 5 ans et décroit rapidement jusqu'à 8, où il reste stationnais pendant 3 ou 4 ans. Ce cours arbitraire du prix du cheval n'est aucunement en rapport avec les services qu'il peut rendre, et par conséquent avec sa valeur réelle

U) Maladie des rnulels dont nous parlerons plus loin.

OR T. 'INDUSTRIE MULASSIÊRE.

fin

Ce préjugé , contre lequel s'élève Ions les liommes de cheval ayant quelque expérience, produit chez les consommateurs bien des déceptions, et explique une partie des désastres qui arrivent si souvent dans les écuiies où les trop jeunes chevaux sont employés à des travaux pénibles, et dans celles des dépôts de remonte et des régiments. Le cheval meurt rarement de vieillesse, il est plus souvent usé par le travail prématuré que par les années. Le cheval de 7 à 8 ans est dans sa force ; c'est à ce moment surtout qu'il peut supporter les fatigues et les privations. L'immense majorité arrive à cet âge, usés, tarés par A années d'un service qui souvent n'a pas élé très-pénible, mais a été sûrement plus d'une fois interrompu pour cause de maladies.

Quelque temps avant la vente, les juments sont rafraîchies, c'esl-à-dire mises au barbolage et au son. Elles ne sont jamais l'objet des attentions qu'on prodigue aux mules, pour lesquelles est réservé ce qu'il y a de bon et d'appétissant dans la grange et le grenier. On trouve des juments Poitevines aptes à tous les services, depuis que le type primitif a perdu de son homogénéité. Leur taille est de 1 m. 5"2 à 1 m. 57 cent.; leu s bonnes allures, malgré leur lourdeur appareille, les rendent propres à la grosse cavalerie, à l'artillerie, au service des diligences; les plus distinguées font des carrossières assez estimées. Malgré la pénurie de leur alimentation sur le sol natal, lorsqu'elles rentrent dans des localités où le foin et l'avoine ne leur sont point épargnés, elles fournissent un excellent service et une longue carrière.

Des marchands du Midi assistent à toutes les foires du

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Poitou, dont les principales sont celles de Niort, Champdeniers et Fontenay; clans l'intervalle, il en est quelquesuns qui achètent ou qui font acheter par des courtiers nos juments, qu'ils conduisent à Bordeaux , à Toulouse et jusqu'à Montpellier. Leur prix moyen est de 5 à 600 francs. Il n'est pas possible, même approximativement, d'évaluer le nombre des juments livrées annuellement au commerce.

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Après l'âge de trente mois, il n'existe plus en Poitou un seul poulain, excepté ceux qui , au moment des dernières foires d'hiver à Saint-Maixent , auraient été malades chez les éleveurs. C'est à celte époque que le fermier de la Gâtine fait ses achats; il faut que ses écuries se vident. Autrefois, la naissance d'un poulain en Poitou était considérée comme un demi-avortemeiit. Aujourd'hui, il n'en est pas ainsi, quoi qu'il soit encore le produit qui apporte le moins de joie à la ferme.

Vendu aussitôt le sevrage, le poulain de la Plaine est acheté par les éleveurs du Marais ou de la Gâtine. Les uns et les autres les gardent un an dans leurs herbages; les cabaniers les vendent l'été à leur sortie des pi es; les fermiers de la Câline achèvent leur engraissement à l'écurie et les livrent au commerce pendant l'hiver. Dans l'été de leur deuxième année, un grand nombre des poulains ayant séjourné un an dans le Marais vent encore passer six mois en Gâtine.

Les cinq sixièmes des poulains sont achetés par les mar-

VU. L'INDUSTRIE MULASSIËRE.

chands du Perche, de la Beauce et du Berri ; quelques-uns vont en Saintonge ou dans le Midi, et les plus pelils dans l'Auvergne. Il n'est pas rare de voir certains poulains doubler le prix qu'ils ont coulé au sevrage après une année passée soit dans le Marais, soit dans la Gâtine ; ceux qui peuvent faire des étalons atteignent des prix très-élevés.

Il n'existe pas de réunions exclusivement réservées au commerce des poulains d'un an. A toutes les foires d'hiver du Poitou on trouve des poulains téterons ou accompagnés de leurs mères ou récemment sevrés. Les cabaniers, pour s'éviter les frais qu'occasionnent de trop nombreux déplacements, ont pour intermédiaires des marchands éleveurs de la Plaine qui forment à plusieurs foires des bandes de 12 à 15 poulains et qui vont les leur revendre aux grandes assemblées de Niort et de Champdeniers, etc.

Il n'en est pas de même pour la vente des poulains de -2 ans. Les assemblées sont nombreuses et ont lieu six fois l'année : à Fontcnay, en Vendée, le 23 juin, 2 août et i 1 octobre, et à Saint -Maixent, dans les Deux-Sèvres, le 11 janvier, 3 et 23 février.

Toute la population chevaline mâle se trouve à ces foires. Tout ce qui n'est pas parti directement pour le Berri, la Beauce, le Perche ou le Midi , en quittant le Marais, se trouve aux foires d'hiver de Saint- Maixent , après avoir séjourné en Gàtine avec les poulains qui, de la Plaine et au moment du sevrage, sont allés directement dans cette contrée.

Indépendamment du commerce des foires, un grand nombre de transactions ont lieu chez les éleveurs. Ainsi l'élite des chevaux du Marais est souvent achetée avant la

COMMERCE DES POULAINS

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première foire d'été par des marchands du Berri ou par des étalonniez du Poitou, qui vont eux-mêmes faire leur choix dans les carrés.

Il sort annuellement du Poitou, dans ces six réunions, 3,000 poulains environ. Le prix moyen des chevaux de commerce est de 5 à 900 francs ; ceux vendus au-dessus sont destinés à faire des étalons. En parlant de l'hygiène, nous avons décrit l'attitude différente des poulains aux foires de Fontenay et à celles de Saint- Maixent : nous n'y reviendrons pas.

On voit (pie le commerce des poulains, si dédaigné par le fermier de la Plaine, qui ne s'occupe que de ses mules, n'en est pas moins fort apprécié par ceux du Marais et du Bocage, et que ce poulain, si peu fêlé à son arrivée dans le monde, lorsqu'il aura atteint l'âge de deux ans, et grâce à l'agencement de sou élevage, parviendra à un prix largement rémunérateur.

Quel précieux concours se prêtent mutuellement ces trois contrées voisines les unes des autres et cependant si différentes de la Plaine, du Marais et du Bocage! La première fait naître à regret le poulain, ne voulant élever que la mule ; la seconde le prend et eu l'ail son profit en lui donnant à pacager son herbe abondante et verte qui développe et agrandit sa charpente, élargit le cadre dans lequel il serait resté renfermé dans les maigres parcours de la Plaine ; la troisième lui fournit d'abord une herbe fine et odorante, puis un foin savoureux, abondant et nutritif qui donne de la densité à tout l'organisme en en chassant la lymphe. En un mot, elle le prépare à l'alimentation avec le grain qui doit accompagner le travail léger de l'agricul-

r>E L'INDUSTRIE MULASSIÈRE.

ture auquel il va être employé dans la Beauce ou dans le Berri.

Tel Vendéen achète les poulains de tel fermier de la Plaine , tel Gàtinais achète les poulains de tel cabanier. Producteurs et éleveurs prennent dans ces transactions chacun leur bénéfice. Les habitudes , les traditions ont créé des contrats tacites entre les fermiers de ces trois régions poitevines ; contrats durables, car ils reposent sur des intérêts mutuels.

II est d'usage, quand on fait l'étude complète d'une race animale, de consacrer un chapitre à la description des maladies qui lui sont particulières ; alors on dresse une véritable nosographie qui appartient à toutes les races de la même espèce. On n'y saisit jamais aucune nuance, établissant une différence entre les maladies de la race qu'on étudie et celles des autres races. Il est donc parfaitement superflu de traiter ici cette question, n'ayant pas, à proprement parler, de maladies qui puissent être considérées comme appartenant exclusivement à la race chevaline dont nous nous occupons.

La fluxion périodique, dont pendant longtemps on a fait un apanage de notre espèce chevaline, disparaît tous les jours à mesure que l'hygiène s'améliore.

Les affections cutanées qui accompagnent et qui sont les conséquences de l'état misérable et de la malpropreté de nos poulinières disparaîtront sous l'influence aussi de l'hygiène mieux entendue et de quelques soins de propreté. Les eaux aux jambes, cette lèpre devenue constitutionnelle dans certaines familles de la race, a bien pu être engendrée primitivement par la malpropreté des extrémités

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des membres, si abondamment pourvus de longs poils. Les irritations sans cesse produites par les émanations acres du fumier, la sécrétion cutanée modifiée, pervertie, sont sans nul doute les causes de celte affection, qui prend un si hideux aspect et qui répand une si mauvaise odeur.

Le crapaud, dont la nature morbide est la même que celle des eaux aux jambes, ne peut pas plus que les autres être considéré comme étant une maladie spéciale à la race chevaline du Poitou, où on la rencontre souvent.

11 est cependant une maladie qui, bien qu'elle ne soit pas spéciale à la race Poitevine, mérite de lixer l'attention du vétérinaire et de l'éleveur. Elle apparaîl subitement sous forme d'un engorgement très douloureux qui se manifeste à la face interne des cuisses plus particulièrement. Une fièvre intense précède quelquefois et accompagne toujours le début de cette affection, qui parait avoir son siège soit dans l'enveloppe celluleuse de la veine saphène ou des vaisseaux lymphatiques qui l'accompagnent, soit dans une des tuniques dont ces canaux sont formés : d'où les noms d'Angeioleucites ou du Lymphangites que quelques praticiens leur donnent. Le plus souvent l'enflure monte jusqu'aux mamelles, d'où elle s'étend dans le tissu cellulaire sous-abdominal. La spontanéité de son apparition el le cortège de symptômes graves qui l'accompagne l'ont quelquefois l'ail prendre pour une maladie charbonneuse. Elle est sujette à récidive, el les accès se renouvellent souvent deux ou trois fois dans l'année ; elle se termine toujours par résolution. Cependant, dans la plupart des cas, les régions inférieures des membres restent légèrement empâtées après les premiers accès ; mais quand ils ont

été nombreux, les liquides épanchés dans le tissu cellulaire s'organisent, et le canon, le boulet et le paturon ont sensiblement augmenté de volume. Nous avons presque toujours remarqué chez les bêtes atteintes de cette maladie quelque suintement ou quelque sécrétion morbide dans le paturon. Ce qui nous avait fait croire à une irritation des vaisseaux veineux et lymphatiques, occasionnée soit par une résorption des liquides épanchés, soit par le conlacl direct de ces matières acres avec les divisions capillaires sous-épidermiques de ces mêmes vaisseaux.

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