‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 30 sur 41 · ÉLEVAGE DES BAUDETS · texte numérisé non relu

ÉLEVAGE DES BAUDETS

cl au bout de huit ou quinze jours, on la ramené à l'atelier. Si aucun indice ne fait supposer la réapparition des chaleurs, elle est considérée comme pleine, bien que souvent l'avenir ne justifie pas cette opinion.

La femelle du baudet est presque toujours maigre. Certainement qu'une des causes des nombreux insuccès qn'on signale dans celte production est le préjugé bizarre et monstrueux qui fait tenir les ânesses dans un état voisin du marasme. Ce principe invétéré chez nos éleveurs, et que nous avons signalé en parlant des poulinières, est poussé jusqu'à l'absurde, surtout quand il s'agit de l'ânesse. Logique dans son erreur et conséquent avec son principe, plus il estime le produit qu'il attend, plus il fait souffrir celle qui doit le lui donner, puisqu'il la place dans les conditions, selon lui, les plus favorables à la réussite. On ne saurait trop énergiquement blâmer l'hygiène ridicule à l'aide de laquelle l'éleveur entretient la plus précieuse espèce de ses animaux. Oh ! certes, on ne croirait pas en voyant pacager les ânesses sur des chaumes arides, que ce sont là les mères d'animaux qui se vendent depuis trois jusqu'à sept mille francs! Si encore, en rentrant à l'élable, elles trouvaient leur râtelier suffisamment garni de bon foin ! Mais non, un peu de foin mêlé de paille, voilà de quoi se compose leur nourriture pendant tout le temps de la gestation. Et plus elles approchent du terme de la parturilion, plus la nourriture leur est distribuée avec discrétion. La forte nourriture, dit l'éleveur, entrave le succès de la mise bas.

Il y a loin pourtant de l'état pléthorique qu'on veut éviter, Je croyant dangereux, à l'état de maigreur des ânesses.

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Aussi beaucoup n'emplissent pas, un grand nombre avortent, quelques-unes sont mauvaises nourrices, malgré l'alimentation très-confortable dont est suivie la première quinzaine du part. On ne trouve réellement d'ânesses en assez bon état que dans la contrée qui s'étend de Melle à La Motbe-St-Héraye et dans les environs de Chef-Boutonne. C'estbien là aussi que sont les plus beaux produits. Cependant, depuis quelques années, un progrès sensible s'est opéré dans l'hygiène de tous les animaux du Poitou, progrès qui, en renversant les préjugés, a amélioré le sort des ânesses comme celui des autres femelles destinées à la reproduction.

Un mois avant l'époque présumée de la parturition, qui a lieu presque toujours après le douzième mois, le fermier ou son fils (pareille mission ne pouvant être confiée à un étranger), couche dans l'écurie, pour ne pas être surpris par l'événement. Pendant le jour, l'ânesse ne reste jamais seule, et le maître ne s'éloigne guère de la ferme. Le gonflement des mamelles, signe précurseur de l'accouchement, commence plus tôt que chez la jument. L'insuffisance de la nourriture rend fréquents les paris laborieux. L'organisme, sourdement ruiné par une mauvaise hygiène, a peine à réagir dans ce moment critique. La matrice, où depuis douze mois se sont concentrées toutes les forces vitales, arrive à ce terme dans un élat de débilité tel, que ses contractions sont impuissantes et que les muscles abdominaux venant lui prêter un concours trop efficace, exercent leur action expulsive aussi bien sur elle-même que sur le fœtus qu'elle renferme, et chassent l'une et l'autre hors du bassin.

Ce n'est pas là, qu'on le croie bien, un accident isolé ;

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c'est parce qu'ils sont nombreux et qu'ils sont dans la logique delà position faite à l'ânesse par l'ignorance de l'éleveur, que je le signale. Combien de fois n'avons-nous pas vu des hémorrhagies passives, adynamiques, de l'utérus , suivre la parturition et enlever en un instant au fermier, ses plus chères espérances ! On est bien obligé d'admettre l'influence pernicieuse de ces erreurs dans l'hygiène pour expliquer les insuccès, et il faut bien aussi qu'ils soient fréquents, pour que l'élevage soit aussi restreint et que les baudets conservent leur valeur si élevée.

Le jeune baudet ou fedon, après sa naissance, est entouré des soins les plus attentifs, et reçoit les caresses de tout le personnel de la ferme. L'éleveur, pendant un mois, ne l'abandonne ni le jour ni la nuit. Il le guide vers la mamelle de sa mère. Il délaie de la farine avec du lait pour lui donner à boire, afin de ne pas le déranger s'il restait trop longtemps couché. Il le couvre d'une couverture de laine lorsqu'il repose sur la litière. Il surveille tous les mouvements de la mère, afin de l'empêcher de marcher sur son fils. Cette première période passée, on se borne à mieux nourrir la mère, qui est mise seule, si le temps le permet, dans un enclos pendant deux ou trois heures de l'après-midi, et toujours accompagnée par un gardien de confiance. On laisse ordinairement la mère nourrir son fruit sans la faire saillir : on craindrait d'altérer la santé du nourrisson en modifiant les qualités de son lait par l'état de gestation.

Le jeune fedon ou baudet est sevré à 9 ou 1 mois. Ceux qui naissent dans les fermes, en dehors desateliers, etqui doivent être mis en vente dès l'âge de 15 ou 18 mois, sont nourris

de panade faite avecduson, de la farine et quelques grains. Ces pâtées et l'excellent foin artificiel qu'on leur donne, qui est plus appété de ces animaux que les herbes les plus fines des prairies naturelles, les engraissent promptement et aident à leur développement. Il va sans dire qu'aussitôt le sevrage ils ne sortent plus de l'écurie.

A cette époque, ils sont achetés par les étalonniez marchands, et alors ils occupent des places à part dans l'établissement où ils sont soumis au meilleur régime d'engraissement. Les maîtres d'ateliers, qui veulent utiliser leurs services, ne les achètent pas avant l'âge de trente mois. Pendant la première année, ils ne fournissent guère qu'une ou deux saillies par jour. Arrhes à 4 ans, ils prennent rang parmi les étalons d'âge et saillissent quand arrive leur tour, ce qui a lieu 5 nu 6 fois dans la journée. Bien qu'un baudet ait pu féconder la onzième jument qui lui avait été présentée, on n'en doit pas moins considérer comme anormale la coutume de les faire saillir aussi souvent.

La sobriété et la frugalité, qui font de l'âne de travail un animal si précieux, se sont singulièrement modifiées chez le baudet-étalon. Au lieu de lui conserver par un régime normal ses qualités naturelles, on s'est pluà le traiter en enfant gâté dans la ferme eton lui a fait un appétit très-capricieux qui le rend difficile dans le choix de sa nourriture. La ration qu'il préfère néanmoins se compose de luzerne, de sainfoin dont les tiges sont dures. Il aime à rosser, (1) comme on dit en Poitou. La moindre odeur, la plus légère poussière, lui font jeter à terre le foin qui lui a été dislri-

(1) Mastiquer.

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bué. Il n'aime pas le barbotage. Il boit l'eau à la condition

qu'elle soit très-claire et qu'on la lui présente dans un seau très- propre ou dans un timbre placé dans l'atelier. Pendant l'époque de la monte, sa nourriture est beaucoup plus abondante. La ration de foin est toujours la même, 3 kilos et demi à 4 kilogrammes par jour, un picotin d'un litre d'avoine après la boisson qui lui est offerte deux ou trois fois par jour, et un supplément d'un demi-litie d'avoine, à titre de gratification, lui est donné après chaque saillie. Sous prétexte de le rafraîchir, toujours pendant la période la plus active de la monte, on remplace quelques picotins d'avoine par du pain fait avec de la farine de froment et d'orge mélangés. Quelques élalonniers intelligents ont pris aussi l'habitude d'ajouter au foin quelques coupages verts, afin de tempérer un peu l'action trop excitante de l'avoine, dont la quantité n'est réglée que par le nombre des saillies quotidiennes. Ils ont observé, et cela n'est nullement contradictoire avec les lois physiologiques, que les étalons avaient plus d'entrain sous l'influence de ce régime, que lorsqu'il était exclusivement composé de foin et d'avoine.

A la fin de cette saison si laborieuse, qui commence en février pour se terminer au mois d'août, la plupart des baudets-étalons sont en très bon état , quelques-uns sont gras. On explique assez difficilement la grande aptitude à prendre et à conserver la graisse chez ces animaux, dont les instincts génésiques sont si abusivement exploités. 11 est bien certain qu'ils demeureraient tous très gras, si une fois la monte terminée, et par une étrange négligence des principes les plus élémentaires de l'hygiène, on ne leur suppri-

ma.t pas aussi radicalement l'avoine. Conçoit-on une pareille parcimonie à l'égard de ces animaux, et que la ration ne leur soit octroyée que quelques jours seulement avant 1 ouverture de l'atelier! Aussi ces changements subits dans 1 hygiène ont-ils sur l'économie des influences fâcheuses que l'etalonmer ne soupçonne pas et qui se traduisent par des accidents qui tarent les animaux et abrègent leurs services en les rendant plus difficiles. Nous verrons plus loin quelle est la nature de ces accidents et les moyens de les éviter ou de les combattre. Dorénavant le baudet ne recevra plus que la visite du granger, il ne verra plus que lui. Le fumier n'est enlevé de sa case que tous les 8 ou 15 jours. Malgré les démarches incessantes faites par tous les vétérinaires pour amener le maître de haras à comprendre qu une brosse de chiendent, promenée une ou deux fois par jour sur la peau, conserverait au poil son brillant, sa finesse et sa frisure; que c'était la malpropreté qui entendrait ces affections dont la peau du baudet est toujours le siège, il persiste à ne pas vouloir souiller la peau de ces nobles animaux ni par la brosse ni par l'étrille.

Le baudet vit très-vieux et conserve jusqu'à 25 et même 30 ans ses qualités prolifiques. (1) Il est d'un caractère trèsdoux jusqu'à l'âge de 18 ou 20 mois, alors qu'il reçoit les caresses et les nombreuse visites des gens de la ferme. Mais quand il est entré dans la vie active et exclusive de repro-

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