CONSEILS QUI N'ONT PAS ETE SUIVIS
Le Concours national hippique qui eut lieu à Paris en 1800, et auquel pour la première fois ils avaient été conviés, fut pour les baudets du Poitou l'occasion d'un magnifique triomphe. Ils ressemblent si peu aux autres races de la même espèce, que la foule des curieux leur a fait l'accueil le plus sympathique et n'a pas cessé de stationner derrière les 4 ou 5 animaux qui les représentaient. Les éleveurs du Poitou reçurent à cette époque bien des conseils de la part de la presse agricole, qui tout entière consacra à l'industrie mulassière, dont le baudet est le principal élément, une large place dans le compte-rendu de cette grande
solennité, où étaient réunis tous les spécimens de la richesse h.ppiqueetasinede la France. Avec la meilleure intention et la plus entière bonne foi, certains écrivains s inspirant plutôt de leur amour pour le cheval que des lois naturelles qui règlent la forme et l'organisation propres à chaque espèce animale, conviaient l'éleveur du Poitou à tenter des améliorations sur sa race de baudets qui eussent pu la rapprocher du cheval. C'est ainsi que l'un d'eux appelait son attention sur la longueur démesurée des oreilles et la grosseur de la tête, afin que par un choix longtemps continué d'étalons et d'ânesses ayant ces parties moins développées, on pût arriver à modifier ce signe hyppique et essentiel de la grande race qui établit la ligne de démarcation entre l'âne et le cheval, et arriver ainsi à un rapprochement de 2 espèces pouvant conquérir au baudet l'estime des gens de cheval.
Le baudet, il est utile de le répéter, n'a rien à gagner à ce que les amants platoniques de l'espèce chevaline s'occupent de lui. Il est âne et ne saurait devenir cheval; point n'est besoin qu'il s'en rapproche. Au contraire, plus la distance qui les sépare sera grande, moins il aura à souffrir de la comparaison parce qu'alors elle ne sera plus tentée. Chacun d'eux a sa fonction économique spéciale ; le cheval ne peut pas plus remplir la fonction de l'âne, que celui-ci celle du cheval. Supposons que par un effort surnaturel, où la science sait bien ne pouvoir arriver, on parvienne à donner a ces deux espèces animales une conformation, une organisation identiques, il en résulterait une exubérance A agents sur un point qui peut-être n'auraient pas une utilisation suffisante, tandis qu'ailleurs certains besoins so-