CONSEILS QUI N'ONT PAS ÉTÉ SUIVIS
ciaux ne seraient pas satisfaits. Et puis, enfin, n'est-ce pas une hérésie physiologique que de vouloir enlever à une espèce ses caractères essentiels ! N'est-ce pas une grave erreur zootechnique, surtout quand il s'agit d'espèces travailleuses, d'essayer des améliorations qui ont pour moyens et pour but la dégénérescence. Car ce serait une véritable dégénérescence si on parvenait à diminuer la grosseur de la tête, la longueur et la largeur des oreilles du baudet. Ils ignoraient, les auteurs de ces propositions, que si on recherche les grosses têtes et les longues oreilles, ce n'est pas par fantaisie, ni par aberration du goût, mais parce qu'elles sont justement les signes typiques et indéniables de la grande race ; c'est que ces caractères sont toujours accompagnés de membres très-forts et de larges et puissantes articulations, qui caractérisent essentiellement les animaux de travail Avec les tètes légères et les oreilles peu développées , ce que les amateurs appelleraient grâce, distinction, élégance, on tombe dans la petite race à taille peu élevée, à corps léger, à membres grêles.
Afin de se mouvoir plus à l'aise dans le vaste champ qu'exploitait leur imagination brillante et leur plume facile, ils ont posé en principe que la race des baudets du Poitou était dégénérée; dégénérée, grand Dieu! Qui est-ce qui a dit ca ? Non, non, qu'on se rassure, il n'y a pas de dégénérescence dans la race desbaudels. Les préjugés absurdes dont s'inspire le producteur, les erreurs d'hygiène que commet l'éleveur, n'ont aucunement fait dégénérer la race. Ils ont bien pu empêcher l'augmentation de la population en nuisant à la réussite des ânesses livrées à la reproduction, mais ils n'ont point amené sa dégénérescence. Le type est
resté le même, parce que le principe de la conservation des races dans leur état de pureté réside surtout dans l'accouplement. En unissant ensemble un mille et une femelle de la grande race, quelles que soient les mauvaises conditions hygiéniques où on les placeia, on n'en obtiendra pas moins un sujet pur. Il pourra souffrir dans son organisation, être entravé dans sa croissance, mais les signes caractéristiques univoques resteront, et fussent-ils amoindris dans leur manifestation extérieure, ils n'en seront pas moins susceptibles de se reproduire avec toute leur valeur originelle, primordiale, en vertu des lois d'hérédité qu'ignorent ceux qui, manquant de l'expérience nécessaire, veulent substituer leurs conceptions fantaisistes à la science vraie. Lois d'hérédité que l'observation expérimentale seule a pu extraire des profondeurs mystérieuses où se passent les phénomènes de la reproduction, et dont la sélection dans les espèces développe la plus grande puissance. Oui, certes ! l'éleveur du Poitou a tort de ne pas donner plus de soins à ses ânesses. Un grand nombre d'accidents qui arrivent au terme de la gestation, n'ont pas d'autres causes que l'alimentation parcimonieuse à laquelle elles sont soumises. Mais il ne faut pas croire, pour cela, qu'il livre son ânesse au premier baudet venu. Il cherche parfaitement le plus beau, le mieux origine (1). Il ne craint pas de la conduire et de la laisser en pension à de très-grandes distances, et de payer grand prix la saillie d'un étalon renommé. Enfin la race des baudets du Poitou s'est entretenue dans ces conditions-là, n'y touchons donc pas. Est-ce que ce n'est pas sous l'influence
(i) Expression locale donl la signification est facile à comprendre