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CHEZ LE CHEVAL

Noir zinc. Cap de Maure.

Noir avec des lavures blanchâtres au nez, au pourtour des ouvertures naturelles, au plat des cuisses et des avant-bras.

EXTERIEUR DU MULET

Rouge.

Jaune.

Caille.

Biche.

Bobin.

Péchard.

Houx.

Pigcau.

Pigaille.

Gris.

Alezan foncé ou cerise.

Alezan doré.

Alezan brûlé avec miroilures.

Alezan très-clair, café au lait, Isabelle avec ou sans raie de mulet, zébrures.

Bai avec toutes ses nuances.

Auber (rare). Louvet.

Pie (très- rare).

Les mêmes nuances que chez le cheval, mais jamais les pommelures ne sont aussi accusées.

Quoi qu'il en soit de celte nomenclature, les quatre cinquièmes appartiennent aux Bouchard, Boyard ou Bobin ; l'autre cinquième est composé de toutes les autres nuances. On rencontre parfois des pelottes en tète et des balzanes qui n'ont jamais la régularité d'un fait normal.

En parlant de l'élevage du cheval et surtout de l'hygiène de la jument, nous avons dit tout ce qui se rapporte à celui de la mule. Née de la même mère, elle en reçoit les mêmes soins. Depuis la naissance jusqu'au sevrage, la mule suit la poulinière dans les champs, dans les prairies de la Plaine, où elle s'ébat avec les autres besliauv de la ferme. Le sevrage s'opère à la fin de novembre ; a celte époque, les fermiers qui ne les font pas travailler les ven-

dent sous les noms de jetonms ou gitomies. Elles sont conduites à la foire accompagnées de leurs mères ; cette méthode a le double avantage d'éviter beaucoup de fatigue au jeune sujet, et s'il n'est pas vendu, de ne rien changer à ses habitudes ; car de temps en temps, pendant le voyage et sur le champ-de-foire, la nourrice s'arrête pour lui donner à têter.

Les éleveurs qui gardent leurs mules pour les vendre à l'âge de quatre ans les séparent de leurs mères pour les placer libres dans des écuries destinées à cet usage. Ce mode de procéder n'est point employé partout, bien qu'il doive être préféré à cause de la transition plus douce qu'il ménage entre l'état de liberté et celui de domesticité dans lequel elles vont vivre dorénavant. Ailleurs, au contraire, elles sont mises à l'attache, c'est-à-dire retenues à l'écurie par des licols en corde qui portent ce qu'on appelle un billot (morceau de bois de 40 centimètres de long, percé à ses deux extrémités d'un trou où passe la longe) ; ce morceau de bois empêche la corde de former une anse dans laquelle puissent s'engager les pieds de derrière ou ceux de devant, ou même le cou, et dans ce dernier cas prévient l'étranglement que l'on a vu souvent se produire lorsque cette précaution était négligée. Cette mesure est d'autant plus utile que la mule, ainsi attachée pour la première fois, se livre à des mouvements désordonnés qu'excitent encore les hennissements de la mère, le plus souvent logée dans une écurie contiguë. Chaque jetonne est séparée de sa voisine par un bois verticalement placé a 90 centimètres de la mangeoire ; cette séparation a pour but seulement d'empêcher les mules, dans leurs évolutions,

de passer les unes par-dessus les autres, car le train postérieur, dépassant de beaucoup le poteau, celui-ci ne pourra.! point conséquemment les protéger contre les ruades. Celle jeune organisation est désormais livrée à la seule prévoyance de l'éleveur. La nourriture qu'elle va prendre ne sera plus élaborée par la mère qui la débarrassait de ses éléments inutiles ou nuisibles pour ne transformer en lait que ceux essentiellement assimilables. Elle appartient au cheptel de rente; à ce titre, dit l'éleveur, moins elle coûtera, plus elle donnera de bénéfices, et il exploite sa sobriété naturelle par une nourriture qui n'est ni très recherchée ni abondante. Pendant la quinzaine qui suit le sevrage, un peu de son lui est donné pour remplacer le lait de la mère, et du loin pur garnit exclusivement le râtelier jusqu'à l'âge d'un an. A cet âge, h, mule prend rang parmi les grandes bêtes de la terme sous le nom de douhionne, el est nourrie et logée comme elles. Toutes les mules se touchent dans les écuries et Dieu sait si chacune d'elles a sa quantité physiologique d air rcspirable. Lorsqu'on les voit debout et côte à côte on ne s'imagine pas comment elles pourront trouver placé pour se coucher en même temps ; pourtant tout s'arrange et elles s'installent assez convenablement sur la litière sans que jamais, dans cet encombrement, un coup de pied' ne soit frappé.

Sous l'influence d'un régime composé de foin, de beaucoup de paille et de balles, le ventre s'élargit. Les organes intestinaux sont mis en grand travail pour extraire de ces failles quelques parcelles alibiles ; alors la mule doublonnc perd toute l'harmonie de ses formes : le ventre, démesurément développé, jure avec l'exiguïté des autres régions du

corps. L'animal grandit, les lignes s'allongent, mais les muscles n'épaississent pas dans la même proportion ; son pelage très-touffu cache un peu ses formes anguleuses qui, quelques mois avant, étaient régulièrement arrondies. Le printemps les surprend dans cet état, mais les pacages sont rares ou plutôt nuls jusqu'après la moisson. Une chaume située dans l'enclos de la ferme les reçoit avec les juments poulinières, et encore les mulets entiers n'y sont point admis, à cause des avorlements qu'on redoute. Quelques coupages de seigle ou d'orge sont distribués à l'écurie en attendant le trèfle vert, qui est consommé en grande quantité. La mue commence avec la saison chaude, et on se garde bien de hâter le débourrage par aucun soin de la main. Les mulets ne sont mis au pacage que dans les champs, après l'enlèvement des récoltes, ou dans les prés où s'exerce la vaine pâture. Il est des terrains appartenant aux communes, où les bestiaux sont placés dès le commencement de juin : l'herbe verte dont ils sont couverts est bien vite dévorée par les bestiaux de toutes sortes qui, depuis six mois, n'ont guère vu que de la paille dans leur râtelier. Malgré la chéliveté de ces parcours, les mules y prennent de l'embonpoint.

C'est aussi à cet âge de 15 à 16 mois que les mulets sont castrés. Indépendamment des vétérinaires, cette opération est pratiquée par des empiriques spéciaux qui parcourent le pays du 15 avril au 15 juin, et qui bistournent en même temps les taureaux et les béliers.

Au mois de septembre de la 2 e année on commence le dressage de la mule, soit au labourage en l'attelant à côté d'une mule d'âge, soit à la charrette en la mettant dans les

traits, précédée et suivie de bêtes bien dressées; celte éducation se lait sans difficultés. Il en est très-peu qui ne tirent pas franchement; cependant, après les premières liées (on nomme ainsi le temps pendant lequel les animaux sont attelés) les épaules sont un peu endolories par la pression du collier, et elles tirent avec hésitation. Cet inconvénient se produirait moins si les mules étaient en état d'embonpoint, parce qu'elles offriraient à l'appui du collier des surfaces arrondies par la graisse, au lieu de la sécheresse des épaules et du cou que la maigreur occasionne. Après quelque temps de celte éducation, à l'aide de moniteurs, les jeunes hèles sont altelées ensemble, mais elles ne sont employées que dans les seconds labours, dits de récurage. Des labours profonds dans une terre qui n'aurait pas été déjà fendue par la charrue ne seraient pas possibles avec d'aussi faibles et d'aussi jeunes animaux. Du reste, là où les terres sont profondes ou compactes, il y a, comme nous l'avons dit, dans les fermes, et suivant leur étendue, une ou deux paires de bui'ufs. Quand les mules ont atteint l'âge de trois ans, elles fournissent à lous les travaux de la ferme. Attelées dès le matin à la charrue, elles rentrent à onze heures pour repartira une heure et labourer jusqu'au soir.

L'hygiène des animaux a pris sa large part dans les améliorations culturales qui ont marqué es quinze dernières années. Les mules qui, dans un grand nombre de fermes, ne mangeaient pendant les travaux que du foin et de la paille, sont aujourd'hui gratifiées d'un picotin d'avoine, après qu'elles ont consommé l'excellent foin dont leur râtelier est rempli à chaque repas. Il a déjà été dil que les mules n'étaient jamais ferrées. Pendant l'été, la corne des

sabots s use assez par les courses dans les champs et dans les chemins qui y conduisent; mais, pendant l'hiver, on a le soin de faire rogner le pied, au moins une ou deux foiscette opération est le plus souvent inintelligemme.it pratiquée. Le maréchal, muni d'instruments qui coupent bien ne s arrête que quand il sent sous son doigt fléchir la sole ou quand il voit suinter le sang à la rosée. Il pare à fond les talons, détruit les arcs-boutants, la fourchette, et s'efforce de changer la forme et les dimensions des pieds. Heureusement que les mules n'étant pas ferrées, la nature n'est pas gênée dans son action et qu'elle peut encore réparer les fautes de l'ouvrier inhabile.

Engraissement. - C'est après les derniers travaux agricoles du mois d'août et de septembre que les mules sont retenues pour être soumises à l'engraissement. Logées dans la meilleure écurie de la ferme, elles sont complètement isolées des autres bestiaux qui pourraient leur donner des distrayons. Toutes les ouvertures sont exactement fermées les fentes des portes sont elles-mêmes calfeutrées. Si l'écurie n'est pas planchéiée, on diminue la hauteur de l'étage par un chevronnage qu'on recouvre d'une couche très épaisse de paille. Ordinairement, derrière les bêtes, est placée une grande auge en pierre appelée timbre, presque toujours remplie d'eau ; cette prévoyance a pour but d'éviter les accidents : L'eau, en prenant la température très-élevée de 1 écurie, arrive dans l'estomac de ces animaux qui sont constamment en transpiration sans occasionner de dérangement. La mule n'aime pas le barbotage. Ce mélange d'eau et de larme où les chevaux trempent chaque bouchée de foin qu ils mangent, qui prépare bien les organes digestifs à re-

çevoir plus lard une nourrilure échauffante, n'est pas consommé par la mule qui a, pour ce mode d'aliment, une répulsion invincible. On parvient presque au même but en donnant d'abord la farine associée avec du grain et ensuite l'eau pure.

Dans la première période, c'est seulement avec le meilleur loin de la ferme qu'on les nourrit. La quantité est indéterminée, mais la réglementation des repas est ponctuellement observée. On ne distribue le foin que par petite quantité à la fois, appelée donnée. Chaque repas se compose de trois données. Le grangeren a tellement l'habitude que, sans la peser, la ration nu varie point de quantité. Ces animaux qui passent d'une alimentation peu succulente à une autre très-abondante et de bonne qualité, mangent dans la première quinzaine avec beaucoup d'avidité. Les parcelles de fourrage qui tombent à terre et qui portent le nom d'esdlles(i) ne sont jamais remises dans le râtelier, elles sont offertes aux autres bestiaux. Après qu'elles ont bu à l'auge, une dernière portion de foin est mise dans le râtelier, et la porte de l'écurie est fermée pour tout le monde. Le repas terminé, la mule se couche et dort d'autantmieux qu'elle est presque toujours dans une demi-obscurité. L'arrivée du granger seule la réveille et fait cesser le ronllemenl dont est accompagné son sommeil. Cette première phase de l'engraissement donne du lest et du ton aux organes digestifs un peu délabrés et les dispose à recevoir une alimentation plus nutritive.

Le picotin se compose de farine d'orge, de grains d'a-

iij Sans doule il'cssculer, abandonner.

DE L'INDUSTIilE MULASSIÈRE.

voine ou de maïs, mélangés ù l'avance dans un coffre placé non loin de l'écurie ; cette ration, qui contient un litre environ, est distribuée trois ou quatre fois par jour. On comprend ce que peut produire ce surcroît de nourriture sur des bêtes qui, jusque-là, ont été si parcimonieusement nourries. Dans ce moment, la digestion et la respiration étant devenues plus actives, il y a un développement énorme de calorique : les produits excrémentiels solides et gazeux sont plus chauds et la température est considérablement élevée dans cette écurie dont l'air n'est jamais renouvelé. Une transpiration d'abord légère apparaît; les poils épaississent, poussent avec activité, et annoncent que l'engraissement est dans une bonne voie. A dater de ce moment, les animaux sont constamment trempés de sueur. La seule ouverture d'un pied carré, par où pouvait arriver la lumière, est fermée avec de la paille ; l'écurie est nettoyée, en patois poitevin, fretnogée, tous les matins ; c'est dans ce court espace de temps que l'air peut se renouveler. Toutes ces mesures, qui activent l'engraissement d'une façon si extraordinaire, ont évidemment précédé la théorie qui explique leur modas faciendi. La température des écuries est tellement chaude et l'air chargé de tant de vapeur d'eau, que celle-ci noircie par le fumier qui recouvre les poils, se coudense et tombe en pluie sur le dos des animaux et coule le long des murailles. Dans les derniers temps, et pour achever l'engraissement, on fait du pain avec de la farine d'orge ou de maïs, qu'on distribue trois fois par jour. Ce régime, très nourrissant sous un petit volume, relève les côtes , diminue l'ampleur du ventre en l'arrondissant, et toutes les formes musculaires disparaissent sous une énorme couche

do graisse. Les poils cotonneux et humectés par la sueur, sont brossés à l'envers pour élargir encore les dimensions de la bête, avant de la conduire à la foire.

On ne peut expliquer que par l'énergie et la puissance des moyens employés avec intelligence et ponctualité la très-grande facilité de l'engraissement des mules dont le tempérament sec et nerveux semble exclure toute prédisposition à l'obésité. Cependant, en moins de trois mois, ces bêles maigres et très-fatiguées, arrivent à un état tel d'embonpoint qu'on les croirait destinées à la boucherie.

Quelques jours avant de les mènera la foire, on les l'ait sortir et marcher pendant trois quarts d'heure. Ces hèles, si dociles lorsqu'elles travaillaient, sont devenues très-vigoureuses; elles sautent et cherchent à s'échapper : l'air eL la liberté, dont elles ont été si sévèrement privées, leur donnent une gaieté et une énergie qu'on ne leur connaissait pas. Il est encore bon nombre d'éleveurs qui, pendant la période de l'engraissement, les saignent une et même deux fois, sous prétexte d'éviter les battements de flancs (congestions pulmonaires), dont on les préserve très-bien en ouvrant la porte et la fenêtre, ou aussi pour remédier aux démangeaisons dont la peau est le siège, et qui entraînent la chute des poils sur plusieurs régions du corps. On croirait, à la suite d'une pareille hygiène , que l'air toujours froid à l'époque des ventes d'hiver et le voyage à la foire dussent impressionner douloureusement la peau et les bronches et produire des accidents maladifs ! Eli bien non ! Les acheteurs qui les emmènent ne s'en plaignent pas et recherchent toujours les plus grasses. Les chevaux qu'on placerait dans de pareilles conditions et qu'on voudrait conduire au

loin, arriveraient tous malades à destination, indépendamment de ceux qui resteraient en route.

Dans les années de disette, alors qu'on épargne le grain et la farine, les mules s'accommodent très-bien d°e la pomme de terre cuite, de la carotte et même de la betterave. Le cultivateur ne recule devant aucun sacrifice pour pousser l'engraissement de ses mules aussi loin que possible. Il semble vouloir, par un dernier et généreux effort et avant de s'en séparer, reconnaître les bons et nombreux services qu'elles lui ont rendus.

Dans cet état, la mule est belle; elle porte fièrement la lête, son encolure est montée, sa poitrine et ses hanches sont élargies, ses formes anguleuses se sont arrondies, ses membres sont redressés; souvent pendant l'engraissement elle a grandi de plusieurs centimètres. On comprend facilement quelle peut être l'action d'une aussi riche alimentation sur des bêtes habituées à ne recevoir que ce qui était rigoureusement nécessaire à l'entretien de la vie. Lorsqu'on les conduit à la foire, on est obligé de leur mettre un tord-nez pourcontenir leur vigueur sans cesse surexcitée par la vue des objets qu'elles rencontrent sur la route. Leur ardeur est calmée lorsqu'elles arrivent sur le champ de foire. Là, rassemblées en nombre considérable, souvent 1,000 à 1200, confusément placées ou symétriquement alignées, les marchands circulent librement autour des mules sans qu'il arrive aucun accident, sans qu'un seul coup de pied soit donné: ce qui prouve que l'accusation de méchanceté que la tradition a conservée est peu fondée , et qu'elle n'a pu être lancée que par ceux qui ne les connaissaient pas.

MALADIES PARTICULIÈRES A LA MULASSE

Le mulet est doué d'un tempérament essentiellement nerveux; il résiste mieux que tout autre animal aux intempéries, aux travaux pénibles et à une alimentation insuffisante. Il est, par conséquent, bien moins souvent malade que le cheval. La plupart de ses maladies ont les mêmes caractères que chez celui-ci, seulement la terminaison, quand elle doit être funeste, est peut-être plus prompte. Quelques-unes cependant l'affectent particulièrement ou subissent des modifications spéciales en passant par son organisation. Cellesci seulement doivent trouver place dans ce travail.

Ictère ou jaunisse des nouveaux-nés. — Aussitôt la naissance, ou quelques jours après, la mulasse est atteinte d'une maladie que, pour ma part, je n'ai jamais rencontrée dans aucune. autre espèce animale. Cette affection est improprement appelée pissement de sang, puisqu'il y a des cas nombreux où la maladie existe sans que l'hématurie se manifeste. Le mélange du sang avec l'urine n'étant ici qu'un symptôme qui pourrait l'aire prendre le change sur la nature de l'affection, nous avons préféré donner à celle maladie le nom d'ictère ou de jaunisse des nouveaux-nés. Cette désignation, quoique tirée elle-même d'un symptôme, a au moins l'avantage de rappeler à l'esprit l'organe où réside vraisemblablement le siège de celte affection. Le foie que toutes les autopsies d'animaux morts de l'ictère montrent avec un volume double ou triple de son volume normal, est évidemment le point de départ de celte maladie , soit qu'il secrète une trop grande quantité de fluide bilieux, soit que

par une perversion de fonction une partie du liquide sécrété passe dans le torrent circulatoire et se trouve ainsi distribuée dans tous les tissus de l'économie qu'elle colore en jaune, en même temps qu'elle fournit aux organes reinaux un sang dont la composition anormale les irrite et trouble leur fonction ; de telle sorte que la bile paraît être en nature dans l'urine à laquelle elle donne sa couleur particulière. Cette perturbation se continuant, quelques capillaires du tissu des reins où le sang se transforme en urine par une élaboration spéciale se brisent et mêlent du sang à l'urine bilieuse que les uretères conduisent dans la vessie qui se trouve elle-même irritée par son contact. Voilà, si nous ne nous trompons pas, l'explication du phénomène morbide dont nous nous occupons.

Au début, rien n'annonce une maladie des reins ou de la vessie. Les coliques, quand elles l'accompagnent, sont peu intenses. Elle n'attaque guère les mulets que dans les trois premiers jours. La tristesse et la diminution de l'appétit sont les premiers symptômes : l'animal tête souvent et peu à la fois ; il se couche sans se débattre beaucoup ; les oreilles sont pendantes ; l'œil est triste et morne comme dans les affections profondes ; les battements du cœur sont triplés de force et de vitesse. La sclérotique est colorée en jaune, ainsi que toutes les muqueuses dont le fond est pâle ou rouge, suivant la phase de la maladie ou l'intensité du mal. Souvent, à la première période, l'urine sort claire et limpide. Au bout de quelques heures, elle se colore en jaune et tache le linge, comme le suc hépatique.

Il est certains malades qui meurent sans que l'urine ait changé de couleur, bien que la coloration des muqueuses et

MALADIES PARTICULIERES A LA MULASSE

les autres symptômes ne laissent aucun doute sur la nature île l'affection. L'inspection seule de la bouche et des yeux suflit pour diagnostiquer l'ictère et pronostiquer une mort certaine en moins de 48 heures.

Si quelques vétérinaires ont parlé les uns de l'ictère des muletons, les autres du pissement de sans: pour en faire deux maladies distinctes, c'est qu'ils ont observé deux périodes différentes du même mal. Du reste, est-ce que la jaunisse des adultes n'est pas accompagnée, elle aussi, des mêmes phénomènes du côté des organes urinaires? Les pertes occasionnées en Poitou par cette maladie sont nombreuses, sans que celle mortalité puisse atteindre, néanmoins, la proportion d'un dixième, qui a été donnée par noire honorable collègue M. Bernardin, dans un travail récent sur ce sujet.

Quelle est donc l'origine de celte étrange maladie dont la mulassc paraît avoir le privilège? Car il n'est pas douteux que les cas très-rares d'ictères observés par des praticiens, sur le cheval ou l'âne nouvellement nés, n'étaient dus qu'à l'absorption du méconium qui leignait en jaune les muqueuses et l'urine, et dont la nature, comme chez les enfants, les débarrasse facilement. C'est à celle même confusion qu'on doit attribuer les quelques cas de guérison que chacun des vétérinaires du Poitou enregistre tous les ans. L'autopsie, nous l'avons dit, accuse un développement anormal du foie, sans qu'il y ait dans sa substance aucune trace d'altération organique autre qu'une imprégnation de son parenchyme par les liquides sanguins et bilieux qui s'écoulent de l'incision qu'on y pratique; tous les tissus de l'économie sont colorés en jaune et d'une fluidité remarquable. Celte couleur est surtout manifeste dans les substances corticale et tubuleuse des

DE L'INDUSTRIE MULASSIËBE

rems; les autres organes sont sains. Voilâtes seules lésions necroscopiques qu'on rencontre invariablement. Tachons en analysant ces faits, en les interprétant avec une logique rigoureuse, d'en découvrir la cause. Le problème es. difficile, c'est pourquoi nous le posons aux physiologistes tout en essayant de le résoudre.

L'ictère sévit depuis la première heure de la naissance jusqu au troisième ou quatrième jour, jamais au-delà. On rencontre des fœtus, expulsés dans un avortement, qui sont attemte de cette maladie ; ceci prouve que les sujets en prennent le germe dans les ténèbres de la vie intra-utérine Cest dans le foie, dont le rôle est si important dans la Circulation fœtale, dont la substance reçoit la veine ombilicale qui, par mille canaux, vient s'anastomoser avec les capilla,res de la veine cave postérieure et de la veine porte que se passent ces étranges phénomènes, et cependant là contexture de cet organe ne présente aucune altération Ceci étant acquis, et puisque nous ne voyons arriver celle impitoyable maladie qu'à la limite de la vie utérine, cherchons donc là son éliologie.

L'accouplement des deux espèces asine et chevaline est un acte dont l'anormalité est démontrée par la stérilité des produ.ts. La même affinité des germes mis en présence ne peut ex.ster là comme dans le rapprochement des sexes de Ja même espèce. Si, dans ces rapports génésiques avec leur maie naturel, les cinq sixièmes des juments sont fécondées il n'est pas sûr qu'il y en ait la moitié dans leur croisement avec le baudet. La cause de cette différence ne peut provemr que de la dissemblance des espèces: il est certaines juments qui ne sont jamais fécondées par le baudet ,

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d'autres qui donnent naissance à des mulets qui meurent invariablement de la jaunisse. Celles-ci, livrées au cheval, amènent à bien leur progéniture, et, représentées au baudet,' produisent la même déception; elles donnent le sang, disent les éleveurs Poitevins. Les juments pleines du baudet avortent bien plus fréquemment.

Toutes ces observations prouvent clairement que ces reproductions capricieuses, que l'homme dirige dans un but spéculatif, choquent les lois naturelles et que si des déceptions qui en sont la conséquence se produisent de temps en temps , c'est pour l'avertir qu'on ne peut les enfreindre impunément. La vie embryonnaire, après la conception et aussitôt qu'apparaissent les premières traces d'organisation, ■s'entretient par l'intermédiaire de l'organe que nous avons reconnu être primitivement et particulièrement affecté dans l'ictère des jeunes mulets. Cette fusion des deux espèces dans laquelle l'ovule de la jument reçoit sa vitalité de-la semence fécondante du baudet, contrarie à son origine le premier principe de vie. Ce centre d'animalité nouvellement créé par l'alliage de deux éléments hétérogènes peut bien être lésé chez quelques natures réfractaires a ces combinaisons que la nature subit, mais qu'elle ne recherche pas.

Certainement cette thèse ne peut pas faire appel, pour sa démonstration, ni au scalpel, ni au microscope. Les premiers actes de la génération sont entourés d'une obscurité que la science n'est pas encore parvenue à dissiper Comme tous les faits qui sont placés aux dernières limites accessibles à nos sens, nous sommes obligés, pour en connaître la cause, de les rapprocher, de les analyser, afin

que leur interprétation logique puisse procurer à l'esprit la satisfaction que l'observation seule était impuissante à lui donner; niais ce n'est là, dira-t-on, qu'une hypothèse! C'est possible, niais il est beaucoup de vérités scientifiques , confirmées aujourd'hui, qui sont restées longtemps ù l'état d'hypothèses faute de moyens suffisants d'investigation pour leur démonstration évidente. Celle-ci, du moins, en l'absence de preuves matérielles, réunit à un haut degré toutes les probabilités. Ainsi l'hybride équin est seul atteint par cette maladie qui est toujours mortelle; la preuve, c'est qu'elle a été jusqu'à présent connue dans la science sous le nom de pissement de sany des midetons noiweaax-nés , tandis que toutes les autres affections lui sont communes avec le cheval. Celte même maladie chez l'adulte est d'une guérison facile et sûre.

La jument fécondée par le baudet laisse plus souvent périr le germe que quand elle l'a été par le cheval. Les désordres qui tuent le mulet se passent dans les viscères qui entretiennent la vie fœtale. Ce n'est pas une maladie organique, c'est une aberration fonctionnelle, si je puis m'expliquer ainsi : ce serait enfin une tache originelle. C'est dans la glande hépatique, on ne saurait trop le répéter, que s'introduisent les vaisseaux ombilicaux qui apportent, en définitive, à un animal plutôt âne que cheval, un sang élaboré par la jument. Ou je me fais une étrange illusion, ou la cause de l'ictère des mulets nouveaux-nés est bien l'accouplement contre nature de la jument et du baudet. Rien ne peut la prévenir, rien ne peut la guérir. Les mères dont les fruits meurent de cette maladie, ont été soumises à tous les soins hygiéniques et thérapeutiques

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sans qu'aucun changement ait été apporté dans cette prédisposition naturelle.

Gellé, qui avait habité le Poitou avant d'être professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse, adressait, en l'an XI de la République, à la Société d'Agriculture des Deux-Sèvres, un mémoire sur cette maladie qu'il appelait Vidère des mulelons nouveaux-nés, et qu'il attribuait à l'idiosyncratie bilieuse et mélancolique du baudet.

L'opinion que nous venons d'émettre était celle que notre confrère Lévrier, ancien vétérinaire à Celles, avait exprimée dans le Recueil de médecine vétérinaire, en 1850, où il disait en parlant de cette affection :

« Quelles peuvent en être les causes? Pour moi, je dois » avouer que je les ignore complètement. L'accouplement » du baudet avec la jument étant contre nature, ne pour- » rait-il pas résulter de ce fait une anomalie de la crois- » sance du sujet à l'état d'embryon ? La plus grande fré- » quence de cette maladie chez les muletons que chez » les poulains , et aussi l'habitude qu'ont nos éleveurs » de faire saillir la jument qui a eu un muleton atteint » de cette maladie, par un cheval l'année suivante, » ne serait-elle pas en faveur de l'opinion que j'avance? » Ce qu'il y a de certain, c'est que les poulains issus de » ces juments ne sont presque jamais atteints de cette » maladie. »

Nous l'avons nous-même consignée clans ce travail, dont le manuscrit est déposé à la Société centrale d'agriculture de France depuis l'année 1856, et elle fut aussi insérée dans l'almanach de l'éleveur de mules, que nous avons publié en 1859. Enfin, à la Société centrale de médecine vé-

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MALADIES PARTICULIERES A LA MULASSK

les poulinières. La Bretagne, le Perche, la Normandie, tous nos pays de production, font comme le Poitou, laissent les poulinières libres, soit aux pacages, soit dans les écuries, mais elles ne sont l'objet d'aucun soin de la main. Partout aussi il y a des eaux aux jambes et des crapauds, et ce n'est que dans les pays où l'on se livre à la production de l'hybride du cheval et de l'âne, qu'on remarque l'ictère spécialement désignée et partout connue sous le nom de pissement de sang des mitletons. Pour noire compte, nous avons été d'autant plus porté à admettre l'hybridité comme cause unique de cette affection, que nous n'avons jamais, dans noire longue carrière, rencontré le pissement de sang chez les nouveaux-nés de l'espèce chevaline ou de l'espèce asine. Nous avons vu, dans des avorlements, les fœtus présenter tous les symptômes de l'ictère et les eaux de l'amios légèrement teintées par le liquide qu'y versai) l'ouraque, ce qui prouve que le lait ne peut être accusé de l'avoir développée. On comprend dès-lors que cette maladie est incurable, et qu'il est inutile d'essayer d'aucun traitement. Ce que l'éleveur a de mieux à l'aire, c'est de remettre la jument à son étalon naturel.

La gourme de lait. — Les jeunes sujets, poulains ou mulets, qui sont atteints de celle maladie ne toussent point, n'ont ni jelage ni glande, de sorte qu'on ne s'explique pas pourquoi elle est ainsi appelée. Elle est caractérisée par un gonflement d'une articulation qui détermine une forte claudication, ou par l'engorgemenl douloureux d'un ou plusieurs muscles, symptômes qui sont toujours accompagnés d'une diarrhée grise ou blanche : on dirait, dans ce dernier cas, du pus phlémogneux. Du reste, la très-grande

DE L'INDUSTRIE MULASSIKRE.

endance du tissu cellulaire et des synoviales articulaires et tendineuses à sécréter du pus, nous a fait lui donner le nom de entéro-arthrite purulente. A l'autopsie on remarque beaucoup de rougeur dans les intestins, des fusées purulentes dans les mterst.ces musculaires et dans les ganies synoviales et tendineuses.

Au début, des applications vésicantes plusieurs fois renouvelées, sur les régions ou siègent les engorgements, et la crème de tartre administrée à haute dose nous ont souvent donné de très-bons résultats; en même temps qu'on modifie l'état hygiénique de la mère.

Ulcérations superficielles de la cornée lucide. - Cette affection, telle qu'elle existe chez le mulet, est sans analogue chez les autres animaux. Le fermier le plus souvent ignore son existence que le marchand lui apprend le jour de la vente. Elle n'atteint guère que les mules d'âge. Ni la rougeur de la conjonctive, ni le larmoiement, ni le gonflement des paupières ne viennent trahir sa présence. Elle consiste en plusieurs petites ulcérations superficielles, groupées les unes à côté des autres sur la cornée lucide, comme les trous d'uji dé à coudre. Aucune opacité, signe inflammatoire de cette partie de l'œil ne les entoure. Elles sont rondes , les bords coupés droit, et la partie lamelleuse détruite est tellement mince qu'elles ne peuvent être aperçues, qu'en examinant l'œil obliquement; ces dépressions portent le nom de picots. Les acheteurs pour l'exportation prétendent que ces ulcérations se creusent et qu'elles entraînent la perte de l'œil, quand ces-animaux sont arrivés dans le Midi. Je n'ai jamais pu vérifier cette assertion. Cependant comme cette altération n'entraîne qu'une diminu-

MALADIES PAliTICULIliKES A LA MULASSE.

lion de 20 ou 30 francs dans la valeur de la mule, il est probable qu'elle est loin d'avoir la gravité qu'on lui donne sur le champ de foire.

La morve. — C'est à tort qu'on prétend que cette maladie revêt plus facilement la forme aiguë chez le mulet que chez le cheval. Lorsqu'elle s'introduit dans une écurie, elle y fait généralement plus de ravages que si elle était habitée par des chevaux : les mulets seraient-ils donc plus accessibles à la contagion. Cette maladie prend quelquefois une marche lente et insidieuse qui ne permet pas à l'éleveur de se douter du danger dont il est menacé. C'est une boiterie sans cause et sans siège connus, qui apparaît et qu'aucun traitement ne peut faire cesser ; l'amaigrissement du membre malade marche vite. Cet état dure deux, trois et quatre mois. Au bout de ce temps, les signes palhognomoniques de la morve se déclarent. D'autrefois, c'est un gonflement très-douloureux de l'articulation scapulo-humérale, coxofemorale, ou des muscles qui l'avoisinent. Les applications vésicantes font quelquefois diminuer l'engorgement et la douleur, mais l'horrible cortège de la morve finit toujours par arriver. Elle ne peut, évidemment, être attribuée qu'à des causes provenant de l'hygiène générale de la ferme, et dans ce cas elle est toujours enzootique.

Boiteries. — Des boiteries sans cause appréciable et sans siège connu se développent sur quelques sujets à la suite de l'engraissement et après leur première sortie en foire. Ces claudications attribuées à tort à la Courbure sont rebelles à tout espèce de traitement, comme la plupart des maladies dont on ignore le siège, la nature et la cause. Le plus souvent la vente se trouve par cet accident retardée d'une année.

On les fait alors rentrer dans les écuries des bêtes de travail. Sous l'influence de ce nouveau régime, la graisse s'en va,' et avec elle disparaît la boiterie, qui revient quelquefois l'année suivante, avec les mêmes conditions d'engraissement. Ne peut-on pus admettre que l'abondance de graisse, qui s'accumule sur tous les points de l'économie, puisse comprimer douloureusement quelques filets nerveux dans le membre ou siège la boiterie? La disparition simultanée de la graisse et de la boiterie rend probable cette hypothèse.

Vencaslellure est inconnue chez le mulet tant qu'il habite le Poitou où il n'est ferré que le jour où il est livré au marchand qui l'a acheté.

Le crapaud. — Nous croyons que l'hérédité est la cause principale qui entretient cette hideuse maladie, hérédité qui s'exerce aussi bien par le côté maternel que du côté paternel. On voit des juments atteintes d'eaux aux jambes et de crapauds dont tous les fruits sont tachés de cette dernière matadie, car les eaux aux jambes ne sévissent jamais sur le mulet. Le baudet dont la peau n'est pas nettoyée, qui ne prend aucun exercice, est envahi, comme nous l'avons vu, par une affection générale du derme, en quelque sorte constitutionnelle dans l'espèce, qui prend aux membres un caractère particulier, spécial, et qui souvent se propage au derme sous-corné pour former le crapaud. Les chevaux étalons eux-mêmes sont fréquemment affectés d'eaux aux jambes. Ainsi, on voit que les ascendants médiats et immédiats, paternels et maternels, ont tous, à un degré quelconque, le germe, le principe morbide qui chez certains descendants fera développer les eaux aux jambes,

MALADIES PARTICULIERE:? A LA MULASSE

e! chez les autres le crapaud : cette cause n'est pas l'unique, mais elle est la plus générale. On reconnaît, du reste, le bien fondé de cette opinion sur la cause et la nature de celte maladie, à la ténacité du mal et sa résistance aux remèdes les plus énergiques. La guérison est aujourd'hui facile, mais elle est toujours longue, et nous pouvons bien dire ici que la pâle caustique de notre confrère M. Plasse est le remède le plus sur pour la guérison de cette maladie. Ce mode de traitement a sur tous les autres, qui ont été préconisés, l'immense avantage de dispenser d'appareil de pansement, et de permettre, lorsque les délabrements n'ont pas été considérables, d'utiliser les animaux pendant le traitement. J'ai été deux fois témoin, en traitant des mulets dont les & pieds étaient envahis par la maladie, d'un l'ait thérapeutique assez intéressant. Pendant que j'opérais mes cautérisations sur un bipède diagonal, la grande douleur produite ne me permit pas de regarder aux deux autres pieds. Lorsque les deux premiers eurent subi pendant plusieurs mois ce traitement et que, la douleur cessant, je pus commencer la cautérisation des deux autres, je m'aperçus que les deux crapauds avaient sensiblement diminué, et qu'il ne fut plus utile que de dégarnir légèrement la corne qui avait repris partout son aspect et sa contexture normale. Est-ce que tout l'élément du crapaud que contient l'économie viendrait se brûler au foyer du traitement? Je pose la question, mais ne la résous pas.

Les fies et poireaux sont très-communs chez le mulet. Les uns sont pédoncules, les autres s'étalent à la surface de la peau; tous sont très-rebelles à la guérison : l'extirpation et la cautérisation ne réussissent pas toujours à les dé-

truire, ce qui tient sans doute à leur origine que nous croyons être la même que celle du crapaud.

COMMERCE-

Décrire le commerce des mules en Poitou, c'est raconter les joies de la ferme, la vie et le mouvement de toute cette province. C'est rappeler l'origine de la fortune des cultivateurs et la cause des progrès agricoles réalisés ou qui sont en voie de s'accomplir, grâce à l'introduction des machines et instruments perfectionnés dont la vente des mules a facilité l'acquisition. Eu égard à la fertilité très-variée du sol et à l'étendue du territoire où elle est exploitée, il n'est pas d'industrie rurale qui lui soit supérieure. La mule, c'est de l'argent quand on en a besoin, c'est une valeur qu'on peut escompter, parce que les accidents qui empêchent la vente sont bien plus rares que chez le cheval, et que les acheteurs ne manquent jamais. Ce commerce, subit aussi lui des fluctuations, mais jamais il ne tombe autant que nous avons vu baisser les prix des autres productions agricoles. La plus grande activité a lieu pendant l'hiver, depuis le lOjanvier jusqu'au 8 mai. A cette époque, le pays est couvert d'étrangers des contrées méridionales de la France et de l'Europe. Il est curieux de voir circuler dans les foires ces hommes dont les costumes si divers se dessinent sur le fond uniforme de la blouse et de la bure du paysan poitevin, et d'assister aux conversations animées qui s'établissent entre l'acheteur exotique, suivi de son courtier pris sur les lieux, et le vendeur qui s'évertue à faire comprendre son

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patois, qu'il s'étonne de ne pas être la langue universelle. C'est à Niort surtout que ce spectacle est intéressant à l'approche des premières foires. Avant l'unification italienne, on voyait des Sardes, des Toscans, des Piémontais, avec leurs costumes nationaux, mêlés aux Basques trapus, coiffés de leur béret ; plus loin, le Castillan, la tète enfoncée dans son bonnet de laine; là, un Espagnol frileux se drape dans son manteau, les pieds chaussés de ses espadrilles ; tous ont les reins sanglés d'une large ceinture qui renferme l'or et les billets de banque. Comme toute la population attend avec anxiété l'arrivée de ces acheteurs étrangers, qui viennent, en échange des produits du Poitou, apporter l'argent de leur pays !

Dans toutes les contrées de grande production animale, il y a des époques fixes auxquelles sont vendus plus particulièrement les produits. Une fois ces moments passés, le pays rentre dans le calme, les transactions y sont à peu près terminées. Le commerce de la mulasse a aussi lui G ou 7 grandes agglomérations dans l'année.

En dehors de ces réunions principales établies sur différents points du Poitou, il y a au moins une foire par mois où se trouve une assez grande quantité de mules. Dans l'intervalle de ces grands rendez-vous, le pays est parcouru, battu en tous sens parles acheteurs du Midi ou par les courtiers des armateurs de Bordeaux ou de Nantes. Depuis dix ans, l'exportation d'outre-mer ne se fait que par cette dernière ville. Des transactions journalières ont lieu chez l'éleveur. Là c'est un méridional, envoyé par sa clientèle, qui va former une bande de 15 à 20 bêles; ici c'est un courtier de Nantes qui fait prévenir par affiches, dans trois ou quatre commu-

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nés que, tel jour, il achètera à tel endroit les mules qui lui seront présentées; ou bien c'est un mandataire d'un gouvernement étranger, ou les dépôts de remontes de Saint- Maixent ou de Fonlenay, qui achètent en quinze jours 3 ou 4,000 mules. Quelle précieuse ressource pour la France de pouvoir trouver chez elle , instantanément , lorsque fient a surgir une guerre qu'on ne prévoyait pas, une masse d'animaux appelés à rendre en campagne des services pour lesquels on ne saurait leur trouver de remplaçants ! Enfin, c'est une activité qui échappe à toute description, el si le Poitou, qui depuis 40 ans a doublé sa production, pouvait l'augmenter encore, les débouchés ne lui manqueraient pas. Cependant, il faut bien le dire, depuis quatre ou cinq ans l'exportation d'outre-mer a l'ait presque complètement défaut. Pendant la guerre d'Amérique, on en accusait le peu de sécurité des mers; mais la guerre est terminée et ce commerce n'a point repris son ancienne activité. Est-ce que la mule aurait élé remplacée par un autre animal pour les travaux agricoles de ces contrées, ou bien l'île Maurice H les autres colonies qui consommaient ce produit en grand nombre, en auraient-elles trouvé ailleurs à des conditions plus avantageuses? Les mules du Cap de Bonne-Espérance, qui avec les nôtres garnissaient les marchés où les planteurs vont s'approvisionner, leur sont bien inférieures, puisque les mules du Poitou y sont cotées 300 et 320 dollars (1,500 et 1,600 fr.), tandis que celles du Cap ne sont vendues que 150 et 180 dollards (750 et 900 fr.).

Le commerce des mules se divise en deux catégories : le commerce local et le commerce avec l'extérieur. Le premier a lieu de ferme à ferme,- de commune à coin-

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moue, de canton à canton. C'est ici le fermier de la Saintonge et des contrées limitrophes, ainsi que celui du Marais, qui font naître, mais qui n'élèvent pas. Là, l'éleveur des plaines de la Vendée, où les naissances sont insuffisantes pour les besoins de son exploitation, et aussi pour satisfaire son désir de spéculer, va acheter dans les plaines des Deux- Sèvres, à l'époque du carême, de belles jetonnes, qu'il gardera jusqu'à l'âge de i ans. A telle foire on ne trouve que des mules d'un an, à telle autre que des mulets entiers de deux ans, et ailleurs des mules d'âge ; dans le plus grand nombre enfin tous ces groupes sont réunis.

Cette différence dans les usages, qui divise en quelque sorte le travail de l'élevage en autant de périodes que le mulet reste d'années dans son pays-natal, est aussi profitable aux produits qu'aux intérêts du producteur et de l'éleveur. Elle a été évidemment commandée parla nature hétérogène des sols sur lesquels s'exerce cette industrie. Le Poitou, nous l'avons déjà dit, est composé de plaines dans sa plus grande étendue, de bocage et de marais. Chaque région est ellemême subdivisée en terrains légers et calcaires, ou calcaires à couche arable très-épais- e, en sols argileux, argilo-calcaires, ou argilo-silicéo-calcaires. Ici, la mule remue sans grands efforts les vingt centimètres de terre végétale rendue très-meuble par une grande quantité de petites pierrailles. Là, l'argile épaisse et compacte exige la force et le poids du bœuf pour se laisser entamerparlesoc. Cependant toutes ces contrées diverses font naître la mule, seulement les unes les vendent au sevrage, les autres à deux ans, et le plus grand nombre à quatre et cinq ans.

Les mulets vendus à sept ou huit mois sont accompagnés

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à la foire par leurs mères qui reviennent en appelant par de continuels hennissements les enfants qu'elles ne reverront plus. Cette branche du commerce des mules se fait par de nombreux intermédiaires qui approvisionnent les foires en allant chercher les mulets du producteur pour les conduire au centre du pays d'élevage. Ce trafic des jetons et jelonnes commence à la fin de novembre et finit au 15 mai. Le cultivateur du Poitou aime par-dessus toute chose les spéculations sur les bestiaux. Beaucoup achètent des jeunes bètes aussitôt le sevrage, les nourrissent de son, de farine, de pain, de quelques racines, et les vendent au mois de février et de mars. 11 y a aussi des maquignons, la plupart sont du canton de Chef-Boutonne, qui amènent aux foires les mulets de l'année par bandes de 30 ou 40. Ces jeunes bêtes sont attachées deux à deux par le licol, ou accouées les unes à la suite des autres derrière une jument sur laquelle est monté le conducteur. Il faut voir, au moment du départ, comme ces petites bêtes se débattent et tirent en arrière, pour se débarrasser des liens qui les retiennent. Elles se fatiguent énormément pendant la première heure, ensuite elles marchent très-tranquillement. En arrivant aux foires, elles sont logées sous des hangars, quelle que soit la rigueur de la saison. Enfin il s'établit directement des relations nombreuses entre les agriculteurs des différentes contrées du Poitou. Tel éleveur de la Vendée ou du Bocage, achète de père en fils les mules de tel producteur de la Plaine ou du Marais. Les familles se visitent alternativement à des époques fixes, et c'est pendant ces visites que les affaires se traitent. L'intimité vient sceller les relations que le commerce a établies. Ce n'est pas pour l'éleveur un mince avantage

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que de connaître par ce moyen l'origine paternelle et maternelle des animaux qu'il achète et dont la prospérité doit assurer ses bénéfices. Il sait comment ils se comportent pendant le travail et l'engraissement, quelle taille ils doivent acquérir. De cette façon il peut s'épargner bien des déceptions. Tout en appréciant comme ils doivent l'être ces faits d'une haute portée morale que nous avons si souvent observés, nous devons ajouter, pour être vrais, qu'ils ne seront bientôt plus qu'un souvenir, cl que la préférence désormais n'est plus guère accordée qu'aux écus. Les bonnes relations confraternelles n'ont pas cessé pour cela d'exister parmi les agriculteurs qui trafiquent ensemble de leurs bestiaux, mais les traditions ont reçu de cruelles atteintes des conditions nouvelles que le progrès a faites à l'économie rurale.

La valeur de ces animaux, qui est subordonnée aux demandes des pays étrangers et à l'activité du commerce dans le Midi de la France, est sujette par conséquent à des variations. Aussi le fermier se tient-il sur une grande réserve lorsqu'on vient chez lui pour acheter ses mules, si les cours n'ont pas été préalablement et approximativement établis par de nombreux achats opérés à une grande foire. U se croit humilié s'il lui arrive de vendre une de ses mules 15 ou 20 fr. au dessous de ce qu'il croit être le cours. C'est chez lui une question d'amour-propre qui lui fera garder dans son écurie, pendant un mois, une bêle qu'il aura jugée devoir être vendue 5 ou 10 francs au-dessus de l'offre qui lui aura été faite. Il la conduira à la foire jusqu'à ce qu'il arrive au prix qu'il avait fixé à l'avance, et le plus souvent tous ces déplacements le constituent en perte

de temps et d'argent. Du reste, si nous avons admiré parfois le bon sens et la persévérance de l'agriculteur poitevin dans ses entreprises, nous sommes loin d'avoir la même admiralion pour sa prévoyance, qu'à chaque instant on trouve en défaut, dans les combinaisons complexes qu'exige l'exercice dosa profession.

Dans quelques communes du canton de la Mothe- Saint-Héraye, dans les Deux-Sèvres, on se livre spécialement à l'élevage du mulet entier, qui, acheté au sevrage, est conservé en stabulation permanente jusqu'à l'âge de deux ans, époque à laquelle il est vendu aux Dauphinois et aux Auvergnats. Il n'est pas rare d'en voir quelques-uns atteindre 8 el 900 fr., presque tous doublent le prix qu'ils ont coûté à la mamelle.

Le commerce des mules d'âge, grandes mules, n'a lieu qu'avec les étrangers. Ils les achètent en foire ou dans les fermes. C'est ordinairement la veille de chaque foire, dite l'arrivée, que se vendent les plus beaux produits. Presque toujours la concurrence s'établit entre les marchands de la même contrée, pour le plus grand avantage de l'éleveur.

Les acheteurs se divisent en 3 catégoiies : 1°Les Languedociens, les Albigeois, les Béarnais, les Gascons et tous les marchands du Midi de la France, emmènent les mules les plus grosses, les plus fortes et aussi les plus chères. 2° Les Espagnols choisissent les plus légères de corps et de membres, les plus grandes et celles ayant le plus de distinction ; les plus belles de ce groupe atteignent le même prix que les premières. Autrefois il y avait entre la mule béarnaise et la mule espagnole une différence de cent francs. Cette différence disparaît lorsque les qualités inhérentes à cha-

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que groupe sont égales. 3« Los armateurs ou leurs représentants qui achètent les mules dites d'embarcation plus petites, impues et fortement membrées. Nous l'ayons dit ailleurs, la mule se vend cent francs plus cher nue le mulet. '

Les principale., foires pour les mules d'âge ont lieu, dans e département des Deux-Sèvres, à Sainte-Néomave, Champ-

emers . >.ort Celles et Mol.n, e.à Fontenaydun"s edépa tement de la Vendée.

La mule est rarement livrée le jour de la vente. Presque toujours 1 éleveur la garde chez lui pendant plusieurs seines, et cela sans rétribution aucune de la pari de l'ac •luereur. Cet usage, qui témoigne de la complaisance et de la genéros.té des fermiers du Poitou, a donné heu à des contestâtes que les tribunaux ont constamment jugées en -ur du fermier, lorsqu'une hète gardée par lui' aurap ■n aceden ou mourait dans son écurie dans l'intervalle ^ séparai la vente de la livraison. Le marchand, qui auobhgéau far et à mesure des achats de placer ses mues dans un endroit quelconque e. à ses frais en attendant l^-.-'-ianeomp,,, trouve un assez grand avan âge à les hure nournr gratuitement par l'éleveur, sans ï0 „-

<. cesse d être le propnétaire des animaux depuis ,e JO ur de

Au moment de la livraison a lieu la ferrure au compte --leur et après la ièrrure, très-souvent la saignée

l^art des hêtes: cet usage tend à disparaître. (.an Il donemt voyagera pied, on en forme des bandes de,

J 12. UCCOUPP.it PC nrmo ...... ... . .

12, uccouées les unes aux autres et le nez garni'

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muselière pour les empêcher de manger le foin qui garnit la queue à laquelle elles sont attachées par une longe.

En voyant partir ces beaux animaux à l'œil vif, à la démarche assurée, portant haut la tête, on reconnaît difficilement les attelages qui, quelques mois auparavant, traînaient la charrue à travers nos plaines. Le fermier qui a beaucoup de coquelterie pour ses bestiaux, sait bien aussi parer sa marchandise : il orne ta mule d'une belle bride en cuir blanc, à œillères, dont les rênes partant du mors se réunissent au niveau du garrot en une seule lanière qui se continue le long du dos, des reins, et jusque sous la queue où elle forme une anse qui sert de croupière et force ainsi la mule à s'encapuchonner et lui donne l'aspect du cheval le plus brillant.

11 est difficile d'évaluer d'une manière certaine le nombre des mulets exportés annuellement par le Poitou ; cependanlen rapprochant les chiffres fournis par des statistiques qui ont été consciencieusement faites, des données que l'expérience a fournies sur l'état de cette production, il n'est pas impossible d'arriver très près de la vérité.

L'industrie mulassière emploie en Poitou 50,000 juments environ, dont 38,000 sont livrées au baudet. En portant à la moitié le chiffre des naissances et en retranchant un dix-neuvième pour les mortalités ou les accidenls, on obtient le nombre rond de 18,000 animaux versés dans le commerce. A la fin de la campagne, il ne reste pas en Poitou une seule mule ayant été engraissée pour la vente. Quelques-unes atteignent le prix énorme de 13, 14 et même 1 ,500 francs ; une grande quantité sont vendues 900 et 1,000 fr. En établissant la moyenne des prix de

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vente à GOO francs, on obtient le chiffre énorme de 10,800,000 francs environ, que les étrangers viennent verser dans la province du Poitou en échange de ses mules. Si on pouvait calculer même approximativement à quel roulement de fonds donnent lieu les nombreuses transactions qui se font sur place par la vente des bêtes d'un an et de deux ans, on verrait que celte industrie est sans égale dans l'agriculture.

Dans toute opération qui a pour but la réalisation de bénéfices, il faut compter et déduire le prix de revient des objets fabriqués. Eh bien ! voyons ce qu'a coûté le mulet que l'on vend à quatre ans? La mère, très-parcimonieusement nourrie, ne fait pas de grands frais à la ferme ; la paille et le foin qui composent sa ration servent à son entrelien, a l'alimentation du fils qu'elle nourrit de son lait et de celui qu'elle porte et qu'elle nourrit de son sang. Entre le sevrage et le moment où le mulet va payer sa nourriture par son travail, il ne s'écoule guère que dix à douze mois, et encore depuis le mois de mai jusqu'à la lin d'octobre, il vit dans les pacages et d'un peu de paille ou de foin à l'écurie, suivant le degré plus ou moins avancé de l'agriculture de la ferme. A dater de l'âge de deux ans, où on lui met les harnais pour la première fois, il paie, par son travail et les engrais, la nourriture peu abondante dont sa sobriété se contente ; il ne fait de dépenses sérieuses que pendant son engraissement, qui dure environ trois mois. Il ne faut donc pas s'étonner de l'extension qu'a prise celte industrie; ainsi le nombre des juments poulinières, dans le déparlement des Deux-Sèvres, qui était, en 1816, d'après une statistique faite par M. Iiouin, vété-

rinaire au dépôt d'étalons de Saint-Maixent, de treize mille, est arrivée aujourd'hui au chiffre de vingt-trois mille.

On comprend dès-lors que tous ceux qu'intéressent l'agriculture, à laquelle la prospérité de cette production se lie étroitement, qui sont jaloux des avantages que notre province retire de cette sorte de monopole, doivent la préserver de tout empiétement, et faire tous leurs efforts pour l'encourager et la maintenir dans la voie de progrès où elle marche depuis des siècles pour la plus grande gloire de notre pays.

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