‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 38 sur 41 · COMMERCE MES BAUDET · texte numérisé non relu

COMMERCE MES BAUDET

nombreuse, dût le prix individuel considérablement baisser, parce que les étalonniez pourraient plus facilement entretenir leur haras avec des animaux de choix, pour le plus grand avantage des produits qu'ils sont destinés à fabriquer.

BILAN DES ATELIERS

Nous avons établi ailleurs que le nombre des luiras privés était, en Poitou, de 160 environ, et que le déparlement des Deux-Sèvres à lui seul en comptait W. Quelle immense puissance productrice !

On pourrait croire, en raison de la multiplicité de ces établissements, que l'industrie qui s'y exerce est très-avantageuse. Cependant il est loin d'eu être ainsi, quoique beaucoup d'élalonniei's aient une honnête fortune et que quelques-uns même soient très- riches ; mais ni les uns ni les autres n'ont amélioré leur position par l'exploitation de leur haras. Les plus favorisés sont ceux qui ont conservé leur patrimoine, car plus d'un y a vu s'engloutir tout ce qu'il possédait. Cet aveu est, à la vérité, un peu contradictoire de la prospérité justement vantée de la production mulassière dont l'atelier est l'âme. Est-ce à dire que la profession d'étalonnier soit, de sa nature, fatalement mauvaise? Non, certainement. Tant que la vente des produits mulassiers sera assurée, ce métier devra être, au contraire, forcément lucratif, et s'il ne l'est pas, c'est la faute de ceux qui l'exercent. Si, poussé par le désir immodéré d'une concurrence irréfléchie, le maître d'atelier place son avantage dans le nombre des juments qui fréquentent son établisse-

ment, au lieu de le demandera seulement où il se trouve au

pnx rémunérateur de la monte ; s'il suit les anciens errements sans tenir compte des conditions nouvelles où se trouvent la propriété et l'agriculteur, c'est alors que son métier n'est Plus tenable et qu'il n'aura pas trop des autres bénéfices de a terme pour combler le déficit qu'aura causé l'atelier. Que de ruines ont été la conséquence de ces conditions anormales que les étalonniez ont trop facilement acceptées ' Ruines qui ne se sont révélées que le jour où le dernier lopin de champ vendu est passé aux mains des prêteurs d'argent qui ont alimenté la bourse du propriétaire des baras Etablissons, pour faire preuve, lebilan d'un atelier, en choisissant un exemple parmi les plus ordinaires. Il sera composé de 4 baudets médiocres

ù 2 ' 500fr - l'on 10,000

1 cheval mulassier j -qq

1 bout-en-train Vjqq

une ânesse q 00

Intérêt à 5 0/0 du capital 590 " ' 8 °°

Amortissementpar vingtième 590

Nourriture des animaux en foin, à

raison de 5 kilog. par létc et de

50 fr. les 1,000 kilog 453

L'avoine à raison de 6 litres par

jour pendant les 150 jours que

dure la monte 37g

Réduction au tiers de celte ration

pendant le reste de l'année 1 26

BILAN DES ATELIERS

Les (Vais de nourriture du bout-en-train sont payés par les services qu'il rend à la ferme en dehors de sa fonction spéciale. Ceux de l'ânessesont si minimes, qu'on peut encore les négliger. Ne faisons pas entrer non plus en ligne de compte la part, dans le prix de ferme, des bâtiments occupés par l'établissement, les frais du maréchal, du cordier et du vétérinaire.

Quelles sont, en présence de ces "2,130 IV. de dépenses annuelles, les recettes du haras? Chaque animal, en faisant un service très-actif, saillira 45 juments, ce qui porte à 225 la clientèle du haras. Le prix moyen des saillies est de 12 fr. dont 2 fr. pour le gage du maquignon (l).Ce qui constitue un produit brut de 2,250 fr. au propriétaire, c' est-à-dire que les recettes excèdent les dépenses ordinaires de 111 fr. I! est vrai que ces établissements sont le plus ordinairement annexés à de fortes exploitations agricoles, que les engrais fabriqués par les étalons et par les juments qui séjournent dans les cours produisent un excédant dans les récoltes qui doit être porté à l'actif de l'atelier ; mais la quantité n'en est pas très-grande, cl bien que la qualité soit supérieure, il ne peut jamais constituer une rémunération suffisante. Du reste, on ne peut pas raisonnablement admettre qu'une opération de celle nature, où des capitaux considérables sont engagés, où les risques sont grands, [misse avoir seulement en perspective la production d'une certaine quantité d'engrais à un prix inférieur et même à zéro.

Pour bien se rendre compte de la situation de l'industrie étalonnière du Poitou, il ne faut rien négliger, soit dans

(1) Dans les haras très-importanls, le maquignon lient compte au propriétaire il' une partie des pourboires qu'il reçoit.

Mi

l'étude des éléments directs et immédiats de sa fonction économique (c'est co que nous venons de faire), soit dans l'observation des faits extérieurs qui s'y rattachent dans la pratique. Le chef d'atelier est forcément retenu à la maison par la surveillance de son établissement, surveillance indispensable qui a pour but de s'assurer si le pourboire du maquignon ne fait pas arriver trop souvent le tour des bons étalons, alors que les médiocres et les mauvais restent inactifs dans leurs boxs. Pendant ce temps, les ouvriers employés à l'extérieur ne redoutent pas l'œil du maître, il a trop à voir au dedans. Généralement estimé, il est appelé par ses voisins dans les circonstances solennelles ; il est consulté dans la majeure partie des affaires relatives aux bestiaux : toutes ces petites occupations, ces obligeances qu'il ne refuse jamais l'éloignenl souvent de la pratique de l'agriculture. Lorsque l'étalonnicr est paysan d'origine, il peut encore moins se soustraire aux mille obligations devenues inhérentes à sa fonction. Il est même des établissements, et c'est à n'y pas croire, où on distribue gratuitement à boire et à manger aux clients qui, partis de trèsbonne heure de chez eux, sont obligés de rester au haras pour attendre leur tour, jusqu'à une heure avancée dans la journée. C'est pousser loin les égards envers la clientèle, qui du reste, elle aussi, ne marchande pas ses invitations. Il est encore un autre usage que la concurrence tend à généraliser et qui grève passablement le budget des dépenses. Lorsque les éleveurs sont très éloignés, ils obtiennent faedement que le bout-en-train vienne chez eux essayer leurs juments, afin de leur éviter un voyage inutile à l'atelier, de sorte qu'un homme et un cheval sont employés

BILAN DES ATELIERS

à parcourir, deux fois par semaine au moins, toute la circonscription du haras. Il est facile de comprendre ce que devient le cheval appelé à faire un pareil métier, et les bénéfices que cette manœuvre doit procurer à l'étalonnier.

Bien que, depuis une dizaine d'années, le prix de la saillie ait été portée à 15 fr. dans bon nombre d'ateliers, il n'en est pas moins évident qu'il n'y a de vraiment prospères que ceux qui vendent quelques-uns de leurs baudets chaque année, ou ceux assez heureux pour enlrelenir leur cheptel avec le produit des finesses, ou enfin, et c'est le cas le plus général, ceux qui sont peuplés d'animaux médiocres ou mauvais. Ce dernier procédé est si largement appliqué, que quelques éleveurs riches ont pris le parti d'acheter un baudet pour servir leurs juments et celles de leurs voisins auxquels ils font payer 20 francs le droit de saillie. Ils achètent ordinairement un baudet de trois ans qu'ils revendent à 5 ans, souvent avec un beau bénéfice, et ils ne gardent que jusqu'au mois d'août le poulain de deux ans qui leur a servi d'étalon et de bout-en-train. A mesure que les déceptions arriveront chez l'éleveur aisé, cette pratique se généralisera.

Alors on se demande : comment une industrie aussi peu lucrative peut-elle être exercée par tant d'individus; comment les établissements se trouvant très-rapproebés les uns des autres, aussitôt qu'un haras est croulé, un autre se relèvc-l-il à sa place? Eh mon Dieu ! sans doute que ces faits sont en contradiction flagrante avec l'appréciation que nous avons donné de cette industrie. Aussi n'est-ce pas dans une application logique des lois de l'économie générale qu'il faut aller chercher la raison d'être d'une pareille situation

uo

mais bien dans l'étude du cœur humain qui, chez l'agriculteur, comme chez tout le monde, a ses faiblesses. Quand on se reporte à la position sociale à laquelle arrive d'emblée l'étalonnier, à l'espèce de prépondérance qui s'attache à son emploi, on se rend facilement compte des sentiments qui dirigent ses premiers pas dans la carrière, tout en lui masquant la vérité, les écueils qui en bordent la roule, et les mécomptes qui l'attendent. L'amour-propre est un maître auquel il obéit sans s'en douter. Pour le satisfaire, il ne recule devant aucun sacrifice ; c'est pourquoi il ne veut pas, par une comptabilité rigoureuse, être à même d'en mesurer l'étendue. Le paysan Poitevin qui monte un atelier est aussitôt appelé Maître un tel, et flatté de la considération que cette position lui donne, il ferme les yeux à la lumière, en môme temps qu'il ouvre l'oreille aux flatteries de ceux qui ont intérêt au maintien du statu quo et à la continuation des errements qui l'ont précédé dans le métier. Cependant, il faut bien le dire, quoique l'éleveur ne se propose pas une augmentation dans le prix de la saillie, nous le croyons très-disposé à accepter des conditions raisonnables qui lui seraient faites par l'étalonnier, s'il prenait en même temps l'engagement de n'avoir que de bons animaux dans son haras. Cette modification dans l'organisation économique de l'industrie étalonnière, que nous prêchons depuis longtemps, ressortira fatalement de l'analyse consciencieuse qui sera faite de sa position. Alors nous venons cesser, pour le plus grand bien de la production de la mulasse, cet état anormal et monstrueux qui est constitué par la prospérité des éleveurs d'une part et par la gêne de l'industrie étalonnière.

DU M U LE T. (0

Animal hybride, le mulet es! le produit de l'accouplement de l'âne avec la jument. On a donné le nom do Bardeau ou Bardot au mulet résultant de l'accouplement de l'ànesse avec le cheval. Nous n'avons point à nous occuper de ce dernier, qui n'est l'objet d'aucune stipulation rurale. Lus naturalistes placent dans l'infécondité des hybrides équins la preuve indéniable qu'ils appartiennent à deux espèces différentes.

Evidemment, le hasard seul dans l'origine a présidé au rapprochement des espèces chevaline et asine. Si plus tard,

(1) Membre du jury cliargé de distribuer les primes aux espèces chevaline, asine et u.uIassH-re à 1 Exposition universelle de 1SG7, nous avons pu constater nue la race des Baudets du Poitou y avait noblement soutenu son ancienne réputation Les animaux présentés étaient tous des premiers types de la race et avaient une Ms-grande valeur. Tous les visiteurs sérieux ont admiré la puissance des articulations de ces anm.aux, par rapport an volume de leur corps, qui est relativement

varïâTt IT\ assez °°" ,l ' reus '^ «*■« 'outes remarquables par leur taille, qui variait entre 1 m. 52 et l m. 02 c, par leur forte membrure, qui n'a d'égalé que

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l'homme l'a facilité et dirigé, c'est que l'expérience faite sous ses yeux lui avait appris à connaître les qualités précieuses du produit auquel il avait donné lieu. Du reste, on trouve des traces très-anciennes de l'existence du mulet. Une élude très-remarquable, publiée récemment par M. Piétriment,\é;i'rinairc militaire, sur le cheval dans l'antiquité, contient des renseignements intéressants, qui remontent très-haut vers l'origine du mulet. Ainsi on y lit : « Hanab, » fils de Zibeon, contemporain d'Isaac, en faisant paître » les ânes de son père, dans le désert d'Edom ou Seliir » rencontra des mulets, progéniture de l'âne et du cheval » (Genèse XXVI). »

Hérodote dit à propos de l'excursion de Cyrus contre Babylone : « Que l'eau de la rivière de Cboapse,la seule » qui fût servie sur la table du roi, était transportée dans » des vases d'argent, sur un convoi de chars à quatre roues » attelés de mulets. » Dès cette époque l'infécondité de la mule était bien reconnue, puisqu'il est dit : « Que les Ba- » byloniens étant montés sur les remparts, un d'eux s'é- » cria : Pourquoi rester ici, ô Perses, et ne point faire » retraite, vous nous prendrez quand les mules mettront

celte des plus gros chevaux de trait. Quelques-unes , plus légères et plus brillantes, avaient une valeur égale aux premières. Elles sont particulièrement achetées par les Espagnols. .

La race chevaline était surtout représentée par une jument grise sortie du meilleur type de la race. Les autres étaient de qualité inférieure. Parmi les chevauxétalons, le premier prix seul appartenait a la race mulassière pure, telle qu'elle existe aujourd'hui en Poitou. Brillant et hien membre, il a | rouvé par ses belles allures que le cheval Poitevin n'était pas exclusivement apte à la reproduction delà poulinière mulassière.

Cet ouvra-'e était sous presse au moment où avait 1 eu l'Exposition, cest pourquoi nous n'avons pu placer que dans celle noie les observations qu'elle nous a suggérées.

DU MULET

Ufl

» bas. » Plus loin cependant, et toujours pendant le siège » de Babylone : « 11 y eut un prodige chez Zophyre,fils de » Mégabyse, une de ses mules de somme mil bas.

» Il rapporte aussi qu'en Scythie l'hiver est tellement » rude que les chevaux s'y acclimatent et le supportent, mais « les ânes et les mulets ne peuvent y résister. »

Revenant sur le même t'ait, il ajoute : g Que la Scythie ne produit ni ânes, ni mulets, à cause du froid. » Xerxès, pendant sa marche contre la Grèce, lui aussi témoin de la parturition d'une mule.

Ainsi, a la façon dont Hérodote parle du mulet, on voit que cet hybride était très-répandu ; que sa nature et sa constitution étaient parfaitement connues à cette époque, el que la dale de son apparition était déjà assez éloignée pour avoir échappé aux recherches de ce grand pe.quisiteur des origines de toutes choses.

Il n'est pas étonnant que la Bible signale l'existence du mulet environ 1,500 ans auparavant, el ce qui est digne d'attention, dans le désert d'Edom, entre la mer Morte et la mer Rouge. C'est qu'en effet, vu la rareté des hybrides mammifères à l'état sauvage, il est très- probable que l'apparition du mulet est postérieure à la cohabitation dans les mêmes lieux du cheval el de l'âne domestique. Or, l'âne ne s'étant répandu que lard dans le nord, c'est dans le sudouest de l'Asie, Phénicie et Assyrie, el peut-être môme eu Egypte, que ces deux espèces doivent s'être plus anciennement rencontrées. Nous ne sei ions donc nullement étonné de voir découvrir, si ce i.'est déjà fait, des ligures de mulets suide très-anciens monuments égyptiens, puisqu'on v trouve, à une époque Irès-reculée, celles du cheval et de l'âne.

Si le mulet n'existait pas, a dit Jacques Bujault, il faudrait l'inventer. Il est partout le plus sûr, le plus robuste, le plus sobre des travailleurs que l'homme emploie et qu'il traîne à sa suite dans les excursions les plus pénibles. Nul travail ne fatigue ses muscles nerveux, nul fardeau ne voit fléchir son rein robuste, aucune route n'est trop longue pour ses membres légers, et son pied solide n'a jamais rencontré de montagnes trop escarpées pour les franchir sans broncher! S'il préfère les climats chaux, il est encore alerte, vigoureux, et fait bonne contenance dans les contrées septentrionales. Patient et tenace, le mulet est dans le sillon aussi solide que le bœuf: cheminant droit devant lui, on le voit rarement dévier et déborder la raie. Dans les longues routes, il supporte facilement les privations de la soif et de la faim. Il marche toujours et répare ses forces en mangeant l'avoine dans sa musette. Si on lui donne beaucoup, il mange beaucoup. Faut-il rester vingt-quatre heures sans prendre aucune nourriture, il chemine quand même. Formé de deux espèces différentes, il a pris une partie de la grâce et de l'ampleur des formes de la mère, avec l'énergie et la sobriété du père.

L'influence de l'un des deux agents générateurs ne se trouve nulle part complètement annihilée, ni exclusivement reproduite; c'est-à-dire que clans son développement le mulet n'arrive jamais au volume de la mère, de même que dans ses instincts, comme dans ses habitudes, il n'est point exactement semblable à son père. Cependant, en raison des caractères tranchés qui séparent les deux espèces, il est plus facile de saisir chez le mulet la part de chacun des procréateurs, que dans les produits nés de facteurs d'une

nr m ci. e t.

même espèce. Il est vrai que des principes, des lois fixes d'hérédité ne pourraient pas quand même être rigoureusement déduits de ces observations, car il faudra toujours lenir compte d'un élément dont on ne peut pas apprécier l'influence qui tient à la disparité des espèces alliées et au degré d'affinité nu de répulsion des sujets que l'on met en rapport. Rien que la stérilité du mulet soit prouvée par l'absence de spermatozoïdes dans sa liqueur séminale, la fécondité de la mule, au contraire, quoique excessivement restreinte, ne saurait être mise en doute. Ainsi, Ollivier de Serres dit: « qu'en Afrique, pays des monstres, les » mules conçoivent et poulinent; toutefois, rarement, selon » Dionysius Mago et Varro, écrivains de ruslication. » Il rapporte qu'en l'année 1581 une mule poulina en un village, près d'Anduze, en Languedoc, laquelle, avec son poulain, fut donnée au connétable gouverneur de celte province. Ce serait le seul exemple de viabilité du produit de la mule ; tous les autres cas rapportés sont des avortements. Ainsi, notre honorable nmi, M. Sanson (1), cite trois faits dont un est aulhenliquement prouvé par le dépôt du fœtus dans le musée de l'école d'Alfort. Il a élé observé, dans le département de la Manche, par M. Leconte, vétérinaire à Cerisy-la-Salle ; la mule, figée de douze ans, avait été saillie plusieurs fois par un cheval, et elle avorta le 30 décembre 1844. M. Liard, vétérinaire militaire, observa aussi lui en Afrique, où, prétend-il, les cas ne sont pas rares, un avortemenl chez une mule dont le fo-lus est déposé au musée de l'Ecole de médecine d'Alger.

(1 > Economie dit bétail.

DK L'INDUSTRIE MU1.ASS1ÈF.E.

M. le capitaine Mangin l'Epine prétend avoir été témoin, en 1840, à Orléansville, d'un fait semblable. Une ou deux observations de ce genre ont élé encore produites dans ces dernières années. A part celle de M. Leconle et celle citée par Ollivier de Serres, toutes les observations de la fécondité cbez les feme'les hybrides du genre cheval ont été faites dans les pays méridionaux, et toutes ont eu lieu par suite de leur accouplement avec le cheval. On ne cite pas un seul fait de fécondation par l'âne. Ces exemples, ayant toujours eu pour théâtre les régions méridionales, ont fait admettre par quelques naturalistes que l'ovule de la mule ne devenait fécond que sous l'influence d'une température élevée. Nous ne rechercherons pas ce que celte opinion peut avoir de fondé, mais ce que nous tenons à constater, c'est que jamais en Poitou on n'a entendu parler de la gestation de la mule, bien que là, à part la température, elle se trouve dans les meilleures conditions pour être fécondée, puisqu'elle est constamment en contact, dans les pâturages, avec des poulains qui souvent les saillissent. On peut donc tenir ces faits comme excessivement rares, et on hésite vraiment à les considérer comme rentrant dans la catégorie des phénomènes normaux de génération.

Dans le Poitou, la mule est bien plus estimée que le mulet; c'est en raison de cette préférence que le féminin est l'expression générique employée lorsqu'il s'agit de désigner cet animal domestique ; c'est pourquoi voulant raconter les faits tels qu'ils se produisent et tels que nous les avons observés, emploierons-nous souvent le féminin, contrairement au titre de noblesse conventionnellement accordé par la grammaire française au genre masculin? Nous

DU MULET

croyons que la noblesse du produit industriel ne peut s'entendre que des bénéfices plus grands qu'il procure au fabricant. L'usage du Poitou se trouve ainsi justifié, puisque le prix d'une mule est bien supérieure celui du mulet. Plusieurs raisons oui élé données pour expliquer celle différence.

M. Gayot pense « que la mule, dans les climats cbauds, » n'a pas besoin des mêmes soins el des mêmes ménage- » nicnts que le mulet, qui est plus sujet à deux ou trois » maladies qui l'emportent violemment. » Nous n'avons jamais pu vérifier l'exactitude de cette opinion que, du reste, nous ne croyons pas l'ondée. Les armateurs qui expédient pour les colonies transatlantiques ne veulent de mulets à aucun prix; ils donnent pour raison que pendant le voyage ceux-ci sont plus exposés que les mules à des rétentions d'urine. Tout ce qu'on peut dire, écrit M. Sanson, « c'est que la consommation donne la préférence aux » mules, cl le commerce nécessairement aussi, pour ce » motif. De temps immémorial, les papes et les grands » d'Espagne moulaient des mules et non pas des mulels. » Pourquoi ? On serait bien embarrassé pour le dire : les » mules sont plus demandées, voilà le fait économique ; il » faut nous en tenir là. »

La seule raison physiologique qu'on pourrait admettre, si absolument on tenait à prouver la logique de ce fait, c'est que la mule est un être complet, qui doit par conséquent conserver dans leur intégrité ses aptitudes naturelles, lundis que le mulet, qu'on castre à deux ans pour être plus facilement soumis au travail, doit être modifié par celle mutilation dans un sens contraire à l'étendue des

loi

services qu'il peut rendre. Nous verrons du reste, en parlant du commerce de ces animaux, que certaines contrées du sud-est de la France et de l'Italie, qui sont limitrophes, achètent des mulets entiers de deux ans, dont le prix est souvent aussi élevé que celui des mules de quatre ans qui auraient les mêmes qualités.

La division de la production de la mule et de son élevage fait de cette industrie une des plus prospères des entreprises agricoles. De môme que nous l'avons constaté dans l'élude du cheval, cette production se divise et se subdivise à l'inlini. Les procédés agricoles, la nature des sols, et aussi un peu la tradition ont réglé ou entretenu, dans des contrées voisines, ou souvent enclavées les unes dans les autres, cette diversité dans les habitudes de l'élevage: ainsi telle commune produit la mule, qu'elle vend au sevrage; telle autre, à côté, ne fait pas naître, et achète les produits à un an pour les garder jusqu'à quatre. Dans une partie d'un canton on achète les mules au sevrage pour les garder pendant quelques mois seulement; celui-là achète les mulets d'un an, et les garde sans les faire travailler poulies vendre entiers à deux ans. Cette organisation, basée sur la division du travail qui assure la prospérité de toute production animale, a le double avantage économique de procurer des bénéfices aux producteurs, dont la part est encore la meilleure, et aux éleveurs sans que les produits atteignent des prix très-élevés.

Il est difficile de reconnaître, en Poitou, la distinction qu'on a voulu établir pour le besoin de la description entre le mulet propre au bât et celui de gros trait. On peut tout aussi bien employer au bât des mules qu'on aurait

DU MULET

jugées devoir être plus particulièrement aptes au service du trait, et vice versa, sans que l'un ou l'autre de ces usages implique une conformation spéciale. On trouve communément dans les termes des mules de grande taille et d'une corpulence égale à celle des plus gros chevaux de trait , avec les membres tout aussi torts, et à côlé de celles-ci des mules plus légères et plus petites qui doivent néanmoins être utilisées pour le trait dans des contrées où les attelages et les fardeaux à traîner permettent de se servir de bêles d'une moindre force. La mule de bat doit naturellement être plus petite que celle d'attelage, mais elle n'a rien autre chose dans sa conformation qui puisse faire croire qu'elle est plus particulièrement destinée à cet usage.

relativement à son poids, le mulet rend plus de force que le cheval. Sa longévité est aussi plus grande. 11 travaille jusqu'à l'âge de "25 à 30 ans sans qu'aucune usure apparaisse à ses membres ; sa constitution robuste résiste à toutes les intempéries; sa sobriété en fait un producteur de force très économique. Le mulet le plus puissant s'entretiendra dans de bonnes conditions de travail et de santé avec la moitié de la ration donnée aux chevaux dans les roulages ou dans les grandes administrations. Son pied petit et sa corne solide le niellent à l'abri des nombreux accidents de celte région qui arrêtent les chevaux dans leur travail; sa ferrure est plus légère, et conséquennnent moins coûteuse ; sa peau résistante est rarement blessée par le frottement des harnais qui sont aussi moins pesants que ceux du cheval de trait.

En présence de tous ces avantages, on s'étonne de n'en

pas voir l'usage plus répandu dans les centres industriels du Nord de la France, et dans les administrations qui, dans les grandes villes, emploient beaucoup de chevaux. Il est probable que la mauvaise réputation qu'on lui a faite, les Tables raconlées sur son entêtement et sa méchanceté 'sont les causes de son délaissement ; préjugés nés de l'ignorance qu'on avait des mœurs de ces animaux, dont le dressage facile, exécuté par des cultivateurs inexpérimentés, atteste l'erreur.

EXTERIEUR DU MULET

La description des formes extérieures du mulel se rapproche beaucoup de celle du baudet; cependant chaque région a quelque chose qui la différencie, car le mulel n'est pas seulement l'image agrandi de son père, l'influence de sa mère se fait sentir ailleurs que dans son développement, c'est pourquoi nous croyons utile d'entrer dans quelques détails.

La tête est longue et grosse, aplatie latéralement, quelquefois moutonnée, le front est étroit, les oreilles sonttresdéveloppées, et là, comme chez le baudet, c'est une qualité très-estimée des éleveurs. Cette préférencee, qui tout d'abord ne s'explique pas, a pourtant sa raison d'être. La tête très- longue et très-forte du mulet le paraîtra d'autant moins si les appendices auriculaires qui l'accompagnent sont très-developpés ; si, au contraire, les oreilles sont petites, cette disproportion, ce désaccord, choque davantage la vue. Et puis, enfin, il ne faut pas l'oublier, ces deux ca-

EXTERIEUR DU MULET

ractères appartiennent aux signes typiques des baudets de la meilleure origine. La mâchoire lient le milieu entre celle du clieval el celle de l'âne. Lesdeuls sont plus rapprochées

des dimensions de celle du cheval, et leur évulsiou a lieu suivant les mêmes lois. Elles s'usent plus lentement. Il n'est pas rare de voir des mulets de huit ans qui ont conservé la fraîcheur des coins, et dont les mitoyennes ne sont pas rasées. L'ampleur des narines permet au moins de voir la muqueuse qui les tapisse, ce qui a lieu très-difficilement chez le baudet. La ganache est étroite, l'auge profonde. L'ujil est ouvert, quoique dominé par une arcade sus-orbitaire très développée. Les salières creuses se remplissent par l'engraissement. La région parolidicnne n'est pas dessinée, de sorte que la tète est mal attachée.

L'encolure n'offre pas les nombreuses variétés qu'on rencontre chez le cheval dont elles aident, avec les autres signes, à distinguer la race. Chez le mulet elle est invariablement pyramidale. Elle est plus ou moins longue, ou plus ou moins épaisse, mais jamais elle ne sort de cette formelà. Le bord supérieur de celle région est garni de crins rares et courts. L'éleveur, chez lequel le coup-d'œil de l'artiste remplace la raison physiologique, a parfaitement compris qu'une encolure étroiteet mince s'harmonisait mal avec, une grosse tète et de larges el longues oreilles ; c'est pourquoi il coupe en brosse les crins qui garnissent son bord cervical depuis la nuque jusqu'au garrot, et les force à se tenir debout en les humectant avec de l'eau légèrement gommée ou sucrée, et en les chauffant avec un fer à repasser. Cette petite opération arrondit et élève l'encolure, en lui donnant la forme dite rouée. Ils augmentent ainsi, à

l'œil, la force et la puissance du bras de levier au bout duquel pèse la grosse tête du mulet. Le garrot est sec et bas et s'empâte par l'engraissement. Le dos et les reins sont droits et bien faits. Le dos, dit de mulet ou de carpe, n'existe pas plus fréquemment que chez le cheval, et cependant la tradition en fait un caractère dislinclif de l'espèce. Lu croupe tranchante, amaudée, comme on dit en Poitou, est courte et avalée. Chez les bêtes très grasses, elle est quelquefois partagée par un sillon. D'autres, au contraire, ont la partie antérieure de la croupe, celle formée par les angles internes des iléums, très-élevée, et derrière elle existe une dépression peu gracieuse qui fait dire que lu croupe est cassée. Ce défaut de conformation disparait en partie lorsque la graisse vient remplir le vide. La queue est mince, les crins sont fins et peu abondants. Au moment de la mise en foire, on coupe les poils qui garnissent l'origine de la queue, de manière à l'isoler, à la détacher et à augmenter ainsi pour l'œil la largeur de la wonpe.

Le poitrail est toujours plus large que celui du baudet. L'épaule est courte et peu inclinée ; l'avant-bras est long, les muscles sont plats et bien dessinés. Le genou est large, les tendons sont secs et bien détachés. La partie inférieure des membres ne s'infiltre jamuis, quelle que soit lu durée de la stubulution. Le boulet est fort et le paturon court. Le fanon est garni de beaucoup de crins, au milieu desquels la production cornée, appelée ergot, est très-développée. Ces qualités sont comme chez le baudet trôs-estimées et portent les noms de moustaches, de talon bienfait, ou talon bien sorti.

Le pied est plus petit que celui du cheval ; sa corne est

EXTERIEUR PU MULET

noire et souple ; la fourcliclle est développée. Juin, lis le mulet ne souffre des pieds, quoiqu'il travaille sans être ferré, non-seulement dans les champs, mais sur les routes ou les mauvais chemins ruraux. Il est impossible de se figurer la belle conformation du pied vierge, quand on l'observe dans les villes après qu'il a subi plusieurs années de ferrure.

Les membres postérieurs ont, comme les antérieurs, les articulations très développées et très-sèches. Les jarrets sont parfois coudés, mais rarement on y trouve les tumeurs osseuses ou les dilatations synoviales si communes chez le cheval.

Les côtes sont plates et longues. Elles s'arrondissent par l'engraissement, sous l'influence d'une nourriture moins volumineuse quoique plus nutritive. Il en est ainsi du ventre qui se relève et diminue de volume à mesure que l'hygiène devient meilleure.

Les organes génitaux ne diffèrent point de ceux du cheval. Les instincts génésiques sont très-impérieux. Il est des mules qui, à l'époque du rut, sont inabordables ; d'autres, au contraire, qui, naturellement méchantes, deviennent très-douces et sont comme frappées d'insensibilité. Elles exécutent un mouvement très-lascif des lèvres que nous avons signalé chez l'ànesse.

Des aplombs. — Les aplombs chez tous les quadrupèdes donnent la mesure de la force, de la solidité et de la durée de leur service. Les membres entre lesquels sont suspendus les principaux organes de la vie, renfermés dans le ventre et dans la poitrine, sont placés aux extrémités de ces deux grandes cavités où ils font l'oflice de quatre colonnes de soutien. Leur écartement à la partie supérieure est ré-

glé par la largeur de la poitrine et par l'ampleur du bassin; de sorte que l'élude des aplombs n'apprend pas seulement la puissance dynamique des animaux, mais encore sa force, et, considérés dans leur ensemble, ils l'ont connaître jusqu'à un certain point leur énergie vitale. En naissant, le mulet comme le cheval a les membres coudés, vacillants el disproportionnés La corne de ses pieds, formée au milieu des eaux de l'annios, est molle el a la forme d'un cône renversé dont la pointe doit s'user par son contact avec le sol. La mule se tient plus vite debout que le cheval. Notons ici une particularité qu'on rencontre assez fréquemment. Le fœtus, dans l'antre utérin, a les membres rapprochés sous son corps; c'est-à-dire que les membres antérieurs sont fléchis sous la poitrine, et les postérieurs sous le ventre. Il a pris vie dans cet état et a grandi sans changer d'attitude. Il résulte de cette position que les tendons fléchisseurs se développent moins en longueur que les extenseurs, qui grandissent proportionnellement au tissu osseux en voie de formation. Aussi, tous les poulains naissent-ils arqués. Presque tous, après 15 ou 20 jours, sont redressés sous l'influence du poids du corps faisant constamment effort sur les cordes tendineuses des muscles fléchisseurs, dont il sollicile l'allongement. Il en est quelques-uns qui, par exception, restent boulelés.

Ce phénomène se produit toutes les fois que le genou ou le boulet est porté beaucoup en avant de la ligue d'aplomb, parce que, dans ce cas, le poids du corps au lieu d'être supporté par les tendeurs fléchisseurs dont il provoquerait l'extension, exerce son action sur l'angle que forme antérieurement le boulet dont la direction est corn-

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plètement changée, etnepeutconséquemment êlre la cause du redressement de celle articulation. Quand, au bout d'un mois, lajwulelure n'est pas disparue, la section du tendon peut seule remédier à cette infirmité. L'opération est facile, sans danger, et à cet âge elle ne laisse aucune trace. A part cette anomalie, assez rare, qui ne lui est point particulière, la mule pendant toute la durée de l'allaitement a une bonne conformation, et ses aplombs sont réguliers. Cette régularité s'observe jusqu'au moment du sevrage, parce qu'elle passe cette première période de son existence auprès de sa mère qui lui donne généreusement tout le. lait que sécrètent ses mamelles. Mais la mère est séparée de son fils lorsqu'il a atteint l'âge de 7 à 8 mois, et que commence l'hiver! Le mulet passe sans transition de la nourriture que lui servait sa mère, à l'hygiène dirigée par l'éleveur. C'est alors qu'elle perd l'harmonie de ses formes et que ses beaux aplombs se détruisent. L'alimentation insuffisante qu'elle reçoit développe son corps sans tonifier les organes musculaires qui doivent maintenir les lignes brisées des membres dans leur parallélisme naturel. Les jarrets se coudent et deviennent en dehors ou en dedans de la ligne d'aplomb, les genoux s'effacent ou se portent en avant, et les pâturons souvent s'affaissent. Mais loi squ'on arrive à l'époque de la vente, et qu'à la ration très-médiocre d'entretien succède l'hygiène de l'engraissement, que la paille est massée au râtelier, que le picotin d'avoine, d'orge, de farine ou de pain vient plusieurs fois par jour garnir leur auge ; oh alors! l'harmonie se rétablit, le ventre se relève, les côtes se garnissent de graisse, les muscles s'épaississent et reprennent du ton, les membres se redressent et les

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aplombs naturels sont rétablis dans leur intégrité primitive.

Ainsi, la mule a des aplombs tout aussi réguliers que le cbeval. Mais le travail prématuré et l'état de maigreur qui est la conséquence forcée de l'hygiène qu'elle subit, amènent des déviations des rayons articulaires. Ces défectuosités acquis. >s et momentanées ne tiennent nullement à l'espèce, comme ou serait tenté de le croire, voyant ces animaux dans les écuries de l'éleveur.

Allures. — De même que la conformation du pied du bœuf indique qu'il doit particulièrement fouler les terrains humides et mous, celui du mulet, p;y ses petites dimensions, sa corne dure, sa sole creuse, si fourchette saillante, qui sont autant de points anguleux par lesquels il adhèreausol, semble destiné à gravir et à descendre les pentes escarpées. L'allure du pas est celle qu'il préfère et qu'il allonge de manière .à pouvoir faire 5 ou 6 kilomètres à l'heure. Il trotte avec aisance cl a cependant peu de liant dans les mouvements. Son pied tombe lourdement sur le sol. L'épaule courte et plutôt verticale qu'oblique, explique la brièveté de son trot, qui s'exécute par l'action prépondérante des muscles de l'avant-bras. Il relève trop pour prendre beaucoup de terrain. Les réactions sont en général trèsdures pour le cavalier. La mule, dont le garrot est bas, qui trotte du genou au lieu de trotter de l'épaule, mais dont les jarrets ont une grande force d'impulsion, forge fréquemment. Les battues ou foulées du bipède postérieur dépassent beaucoup aux grandes allures celles du bipède antérieur. Ni la direction de l'encolure, ni Pallacbe de la tête, ni la hauteur du garrot, ne permettent d'alléger assez le train antérieur pour qu'elle puisse cxéculer le galop en

EXTÉRIEUR DU MULET

trois temps , celle allure gracieuse, cadencée, que l'éducation peut seule donner. En liberté, elle exécute, comme lous les animaux, la course en deux temps. En un mot, le mulet est bien plutôt un animal de trait ou de bât qu'une agréable monture. J'ai vu néanmoins quelques mulels élevés dans les bruyères qui séparent le Poitou du Limousin, qui, dressés par les intrépides chasseurs de ce pays, sautaient avec facilité les baies elles fossés, et qui résistaient quinze ans ace genre d'exercice où les chevaux les plus vigoureux succombent en peu d'années. Jamais, ou très-rarement du moins, on ne voit apparaître ces altérations des articulations et des lendons qui annoncent l'usure chez le cheval. Il est cependant placé dans des conditions à s'user vile, car indépendamment du travail prématuré, s'il traîne de lourds fardeaux, c'est par la seule puissance de ses contractions musculaires, lui dont le poids est si peu considérable relativement, à la résistance à vaincre. Les suros si communs aux membres des jeunes chevaux où ils se développent, naturellement ou sous l'influence de contusions légères, sont très-rares chez le mulet.

Taille. — La taille est comme chez le cheval très-variée, elle dépend de celle des reproducteurs, et aussi de l'hygiène qui a accompagné leur élevage. C'est en Poitou qu'on trouve les plus grands et les plus forts mulets du monde, il y en a depuis 1 mètre 45 centimètres jusqu'à 1 mètre 65^ La moyenne de la hauteur est de 1 mètre 40 à 1 mètre 55.

Robes. — Le père donne, dans la majorité des cas, la couleur de la robe. Le baudet est noir ou bai-brun, et les mulets ont presque tous le môme pelage. Il est à remarquer ici que les 4/5 des juments sont grises et que la robe

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grise des mulots est dans une intime proportion , tandis que la robe alezane et isabelle de la mère se reproduit presque toujours chez les mulets. En naissant, il e-t recouvert d'un poil laineux frisé très-épais et très-élastique. Les crins de la crinière et de la queue sont fins, souples et frisés. Il ne commence à perdre celle enveloppe cotonneuse et chaude qu'au printemps de sa 2 e année La mue se fait très-lentement et elle n'est complète qu'au mois de juillet. A cette époque, il conserve encore sur la ligne médiane inférieure, depuis le sternum jusqu'aux organes sexuels, une espèce de crinière frangée, formée par les derniers poils qui ne tombent que plus avant dans la saison. La fourrure laineuse est tellement épaisse, qu'on a peine à reconnaître les animaux lorsqu'ils en sont débarrassés. L'expérience a démontré que les mulets à pelage épais et soyeux s'engraissent plus vite que ceux à poils rares et courts. Les premiers, naturellement les plus estimés, sont appelés tendres et les seconds par opposition sont qualifiés de durs.

Il n'est pas possible d'établir parmi les robes de la mulasse, des distinctions aussi nombreuses que chez le cheval. Cependant il est certains noms vulgaires exclusivement employés en Poitou pour désigner la couleur de la robe, qu'il est bon de connaître. Nous allons les placer en regard de leurs synonimes dans le cheval.

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