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La percussion de la poitrine, non plus que l’auscultation, ne révèlent d’anomalie. Cependant le malade tousse un peu, mais sans expectorer. M. Hanot porte le diagnostic de grippe.
Prescription : diète lactée, potion de Tood et r gramme de sulfate de quinine. Jusqu’au 21 février, la fièvre persiste, la température montant au-dessus de 40° degrés le soir avec une rémission de 4 à 6 dixièmes le matin. À cette date, ascension à 40°6, et le lendemain, la température à 39°5 le matin reste au même chiffre le soir ; le surlendemain, chute à 3895. L’état général est resté le même depuis le début, et des transpirations abondantes se sont montrées surtout le soir et la nuit. Bien que les urines fussent encore peu abondantes et fortement urobiliniques, nous espérons voir, après quelques oscillations, la courbe thermique rejoindre définitivement la normale. Mais dès le 24 le thermomètre remontant à 40°2. |
Le 25 février, la respiration qui n'avait pas dépassé 30°, monte à 40° et le 26 la dyspnée devient très accusée — 48 respirations. — A l’auscultation, on perçoit dans une zone de submatité à la partie moyenne du poumon gauche, un foyer de râles souscrépitänts fins à la fin de l’inspiration, et une expiration légèrement soufilante. Cette broncho-pneumo-
nie s’accompagne les jours suivants de râles sous-
crépitants dans toute la partie moyenne du même poumon. Toux sèche, quinteuse. Transpirations très abondantes.
Quelques jours après nous constatons dans le poumon droit la diminution des deux temps de. la respiration dans les deux tiers inférieurs avec de la submatité dans la même étendue ; les vibrations vocales sont pourtant conservées. Une ponction exploratrice avec la seringue de Prayaz amène du liquide jaune citron ; l’auscultation reste à peu près la même à gauche. La dyspnée oscille entre 35 et 45 respirations par minute, Les urines contiennent de lalbumine.
À partir du 10 mars, le malade, très fatigué, amaigri, constamment couvert de sueur décline rapidement. Les sphincters, relâchés laissent s’écouler les urines et les matières fécales. La température qui, depuis le début des complications thoraciques est montée tous les soirs à 40 degrés et au-dessus avec une rémission matutinale de un degré à 2° 5 ne dépasse plus 39 degrès et oscille maintenant autour de 38 degrés. Le malade succombe le 15 mars, un mois et demi après le début de sa maladie.
AUTOPSIE. -— La plèvre droite contient un litre environ d’un liquide rougeâtre, louche. Les plèvres pariétale, viscérale, mediastine, diaphragmatique sont recouvertes d’un dépôt fibrineux, d’apparence
| fie 1 Hors lardacée. La plèvre gauche, également épaissie, contient un demi-litre d’un liquide analogue.
Les poumons. droit et gauche sont splénisés dans toute leur étendue et ne crépitent que très légèrement sous le doigt; des fragments de parenchyme surnagent. On ne trouve pas dé noyaux d’hépatisation. | Il y a une cuillérée de liquide dans le péricarde. Le cœur est petit, flasque. On trouve dans l’oreillette droite et dans les deux ventricules des caillots fibrineux jaunes. Le myocarde est assez vivement coloré.
Le foie pèse 1,420 gr.; il est simplement de couleur foncée et ne présente ni à la surface, ni à la coupe, des tâches blanches infectieuses.
La rate est diffluente et pèse 230 grammes. Les reins sont congestionnés. | |
L’intestin ne présente sur sa surface müqueuse aucune particularité.
À l’ouverture de la éavité crânienne, il s'échappe une pétite quantité de liquide citrin légèrement louche. Les méninges sont congestionnés.
A la base du cerveau, en arrière du chrosma et sur une étendue de deux centimètres environ, se trouve une plaque de plus concret, qu’on détache facilement. La scissure interhémisphérique présente des adhérences au niveau des lèvres inférieures des
lobes frontaux. La coupe du cerveau montre une légère suffusion sanguine dans le genou du corps
calleux.
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE.
Le liquide de la plèvre droite, examiné extemporanément sur lamelle, a montré du streptocoque pur. En culture dans le bouillon peptonisé, il a donné un développement abondant de streptocoques et une légère production de bacterium coli commune.
Le liquide de la plèvre gauche n’a fourni, sur lamelle et en culture que du streptocoque pur.
Le suc des poumons, recueilli de preférence dans les portions les moins crépitantes, contenait, sur lamelles, des streptocoques en très grande abondance et quelques staphylocoques. Ensemencé dans bouillon et sur agar, 1l a surtout du Streptocoque, et accessoirement des staphylocoques blanc, doré et et jaune et du coli bacille. |
Les sucs du foie et de la rate ont donné des résultats analogues.
Enfin, le pus de la plaque méningée, dont un frottis sur lamelle n’avait montré aucun micro-organisme a fourni dans bouillon et sur agar des cultures absolument pures de streptocoque.
OBSERVATION Il
Grippe a forme typhoide, — Déterminations articulaires ; pseudorhumatisme infectieux. — Suppuration de l’articulation scapulo-humérale gauche; irruption du pus dans la gaîne des muscles grand pectoral et deltoïide. — Vaste abcès de la région sacrée et fessière. — Streptocoque pur dans le pus des abcès. — Guérison. (Cette observation a été publiée également par M. Hanot, dans la Société médicale des Hôpitaux).
Un jeune homme de vingt-cinq ans, F.... (Léon), homme d’équipe à la Compagnie P.-L-M.entre dans le service, salle Magendie, à l'hôpital Saint-Antoine, le 9 mai 1893, malade déjà depuis treize jours.
Il est fils d’un alcoolique mort à quarante-six ans d’une maladie de foie.
Sa mère est morte également, encore jeune, d’une affection indéterminée.
Lui-même, d’une bonne santé habituelle, n’accuse aucune maladie antérieure.
Voici treize jours qu’il est alité. Il a été pris au début d’ungrandfrisson accompagné d’une céphalalgie très intense et de douleurs lombaires ; 1l n’a pu rester debout. En même temps, il avait mal à la gorge et du coryza. Puis sont venus des vomissements et des epistaxis.
La céphalalgie, les douleurs lombaires et une fièvre
intense ont duré depuis le début; le soir le malade transpire abondamment; il délire la nuit. A son entrée, nous constatons, avec une prostration moyenne, un certain degré d’agitation etd’inquiétude, . un état ataxo-adynamique.
La face est rouge, vultuéuse, couverte de sueurs. La langue est peu humide, blanche au centre et rouge sur les bords. Pas de tâches rosées, pas de diaharrée, pas de gargouillement dans la fosse iliaque droite.
Tout l’abdomen est douloureux à la moindre pression ét même spontanément; c’est de la véritable myalgie. Les douleurs musculaires des lombes et aussi des membres persistent depuis le éommencement. Le malade a des nausées fréquentes ; il ne vomit pas. [l ne tousse ni ne crache. L’auscultation de la poitrine est à peu près normale. Tout au plus y a-t-il une légère submatité en avant sous la cla-, vicule gauche, et la respiration y est-elle diminuée, l'inspiration un peu rude, l'expiration légèrement soufflante. F... n’a d’ailleurs jamais toussé, n’a pas eu d’hemoptisies et jouissait d’une santé parfaite avant la maladie actuelle,
Le cœur est normal, sauf l'accélération.
Le pouls bat 146 fois par minute; il est plein, assez bien frappé quoique très rapide. La percussion de la règion hépatique, bien que difficile en raison de
la douleur des parois abdominales, accuse de la sonorité immédiatement au-dessus du rebord costal ; le foie n’est donc pas augmenté de volume. Mais les urines, rares et fortement colorées contiennent de Purobiline ; il n’y a pas d’albumine. La rate est inappréciable à la percussion. La température, le soir de l'entrée est à 41 degrés. Potion de Todd, un gramme de sulfate de quinine.
Le lendemain 10 mai, elle n’est au matin que de 39°5, le soir elle s’abaisse à 36°4. À ce moment le malade est littéralement baigné de sueur.
Le 11 au matin, le thermomètre remonte à 40°6 pour redescendre le soir à 37°2, au milieu d’une crise sudorale.
Le ‘12, l'ascension se produit aussi le matin à 39°4 ; mais le soir la rémission est moins prononcée : 38 degrés.
Le 13 enfin, l’inversion de la température cesse, et le chiffre du soir est plus élevé que celui du matin.
Le malade est prostré, il a beaucoup maigri depuis le début de sa maladie, mais surtout depuis quatre jours qu’il est dans le service. Décubitus absolument dorsal, bouche sèche, soif vive ; les nausées n’ont pas reparu. Même auscultation thoracique.
Du 14 au 20, même état général, les douleurs
musculaires sont restées presques aussi vives avec
des rémissions. Cependant la température se montre très régulière entre 38 et 40 degrés, se tenant à ce chiffre le matin et le soir d’un même jour, ne dépassant pas d’autres fois 38 degrés pendant toute une journée.
Le 20 mai, le malade accuse des douleurs dans tous les membres; la palpation les montre siégeant dans les masses musculaires mais surtout au voisinage des articulations, au niveau des insertions musculaires et tendineuses. Les articulations elles-mêmes paraissent intéressées. =
Les jours suivants ces douleurs deviennent plus intenses ; le malade ne fait pas un mouvement et appréhende le moindre contact; le simple fait de se soulever pour recevoir le bassin lui arrache des plaintes ; à plus forte raison est-il impossible de le faire asseoir pour l’ausculter bien qu’une dyspnée assez prononcée (42 respirations par minute) appelle l’attention du côté de l’appareil respiratoire; cependant il ne crache pas et l’auscultation en avant ne révèle aucun signe stéthoscopique inquiétant.
À partir du 24 la courbe thermique devient régulière à oscillations de 2 degrés environ avec exacerbation vespérale.
Le 28, le malade demande à manger. Il est cependant très laible, très abbattu, très amaigri; sa face a une teinte terreuse, septicémique. Les urines ne
RTE contiennent pas d’albumine et sont à peine teintées d’urobiline. Les douleurs des membres sont un peu moins vives et laissent quelque repos au malade, le moindre attouchement les réveille ; néanmoins on peut plus facilement changer sa chemise.
Le 31 mai et le 1°" et le 2 juin, la température baisse un peu, un soir même il n’a que 37° 4. Mais les trois grandes oscellation reprennent.
Le 7 en changeant le malade on remarque que l’épaule gauche est tuméfiée. Les douleurs générales sont devenues bien moins intenses, mais le malade prie qu’on ne le dérange pas pour l’ausculter ; il n’a d’ailleurs ni toux, ni expectoration.
Les choses restent en cet état jusqu’au 11 juin au matin. F... mange même légèrement. Le 11 au matin, nous trouvons au niveau de l'épaule gauche, un volumineux abcès à fluctuation très-nette. Cet abcès occupe exactement la gaîne du muscle grand pectoral et celle du deltoïde, formant ainsi deux grandes poches que sépare une dépression médiane sur une ligne verticale allant du tiers interne de la
clavicule à l’aisselle, les deux poches communiquent
et la fluctuation se transmet de l’une à l’autre. Un 3* abcès plus petit, siège au-dessus de la clavicule; à son niveau la peau est déjà rouge et luisante.
On pratique trois incisions, l’une à la partie déclive
Ne de la poche du grand pectoral, dans le sens des fibres de ce muscle, sensiblement horizontale par conséquent; l’autre à la partie déclive de la poche du deltoïide, verticale; une troisième parallèlement à la clavicule, sur l’abcès supérieur. ;
Des flots de pus, un litre au moins, s’échappent par les deux premiers orifices et la tumeur s’affaisse rapidement ; l’abcès supérieur était de bien moindre dimension. C’est un pus bien lié, homogène, jaune verdâtre. On place un drain dans chaque incision, et après un lavage abondant à l’eau phéniquée on fait un pansement. |
Le soir, la température monte encore à 39° 4 et à 38° 4 le lendemain soir. Le 13 au soir, elle s'élève à 40 degrés. | :
Le 14, le malade qui depuis le début de sa maladie avait demandé un coussin sous le siège parce que la pression du lit était douloureuse, dit que, depuis deux ou trois jours, il ressent des élancements de ce côté. L'examen de la région montre encore un abcès qu’on incive aussitôt et qui donne aussitôt un litre de pus semblable à l’abcès de l'épaule.
[ci le décollement est aussi très étendu et remonte du eôté gauche sous la peau de la fesse jusque non loin de la crête iliaque. Bain et pansement. Le soir le thermomètre ne dépasse pas 38 degrés. .
Le 15 au matin, chute à 36° 6, et à partir de ce
ere 2 jp joùr, sauf Une aséension accidèntellé lé matin du 19, à l’occasion dé la visité de ses parents et deux légères élévations au-dessus de 38 degrés, l’apyrexie est définitive.
Le 16 juin pourtant, l'oreille gauche suppure avec abondance ; le malade raconte qu’il a eu à plusieurs reprises déjà et en dehors de tout état fébrile un léger écoulement purulent de ce côté où l’ouie a toujours été un peu défectueuse. Deux jours après l'écoulement avait beaucoup diminué.
Aujourd’hui 21 juin, loreille est tout à fait guérie; l’abcès de l’épaule est complètement tari et les inci-
sions cicatrisées. L’abcès du siège seul, bien que ne donnant plus de pus au lavage, n’est pas complètement fermé. Il reste encore un décollement de trois ou quatre centimètres autour de lincision, mais celle-ci bourgeonne, et nous considérons le malade comme devant être prochainement tout à fait rétabli.
Son état général s’est d’ailleurs relevé d’une façon remarquable ; il mange depuis plus d’un mois de fort bon appétit, et s’il ne s’est pas encore levé, c'est uniquement pour ne pas retarder la cicatrisation de sa plaie sacro-cocugienne.
Au moment de l’incision de ses abcès, nous avons recueillis méthodiquement le pus, nous Pavons examiné sur lamelles et l’avons ensemencé sur divers
milieux, bouillon, agar, gélatine. Nous avons cons-
taté la présence, à l’absolue pureté du streptococus erysipelatis avec tous ses caractères de forme et de
culture ; le développement a même été très abondant.