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A. PRÉVENIR LES CAUSES DE LA PYOÈMIE OU PROPHYLAXIE

Le meilleur moyen de prévenir la pyoèmie serait de suspendre la formation du pus, source première et unique des accidents. Malheureusement ce résultat est très-souvent impossible, et de la un autre ordre de recherches chirurgicales. Toutes les plaies qui suppurent ne déterminent pas l’infection purulente-, on doit donc en observer les conditions particulières afin de favoriser les unes et de remédier aux autres selon qu’elles empêchent ou facilitent l’introduction du pus dans le sang.

TRAITEMENT

1° Toute suppuration pouvant devenir le point de départ de la pyoèmie , doit être prévenue ou tarie.

Nous ne saurions enlrer dans les détails de l’immense question que nous soulevons ici. Chaque école, chaque praticien poursuivent souvent le même but par des voies fort opposées, et les résultats varient selon mille circonstances, dépendant du génie climatérique, de l’opportunité , du mode et de la mesure des remèdes prescrits , de l’état des malades, etc.

La règle est d’employer avec le plus grand soin toutes les ressources de l’art, pour prévenir la formation du pus.

Sans doute, l'on observe chaque jour de nombreux foyers de suppuration exempts de complications. Les exutoires, les furoncles, les phlegmons simples, les bubons, les petits abcès des gencives et des doigts, les brûlures superficielles, les ulcères des membres inférieurs, etc. , sont si rarement des causes de pyoèmie qu’on s’en préoccupe à peine. Cependant, le médecin qui fait appel aux souvenirs d’une longue pratique, ne tarde pas à être effrayé des terminaisons funestes dont il a été témoin. Il n’est pas une seule de ces légères suppurations sans gravité apparente, qui ne soit devenue le point de départ d’une infection purulente mortelle , et il est indispensable de s’inquiéter beaucoup de ces résultats. Le péril devient plus grand pour les blessures étendues, profondes, anfractueuses, compliquées de corps étrangers , de contusion, d’écrasement, de dénudation des os, de stagnation des liquides, etc. C’est a peine si tous les efforts réunis de l’art suffisent alors à conjurer le danger. Les phlébites et la suppuration des membranes synoviales

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et des ampoules séreuses sont tellement liées à la pyoèmie qu’on ne saurait éviter avec assez de soin les opérations capables de les produire.

2" Des moyens d’empêcher le développement de la pyoèmie pendant le traitement des plaies en suppuration.

Nous passerons très-succinctement en revue les principaux moyens prophylactiques, dont l’évidence ressort des dangers de la pyoèmie (voy. Étiologie ).

a. Aération. — Nous avons vu , p. 432, combien l’encombrement et le mauvais air prédisposaient à la pyoèmie. Des suppurations interminables, des érysipèles, des inflammations diffuses, l’altération des liquides, et la débilitation des malades étaient la conséquence d’une hématose incomplète et viciée. Les chirurgiens ne doivent pas oublier l’extrême importance de ces remarques. Le campementdes blessés dans des baraques, sous des tentes, le bivouac même a l’air libre, donneraient plus de guérisons que des hôpitaux bien desservis, mais où un encombrement forcé aurait lieu. Il faut choisir des expositions saines, rechercher le levant et le midi, fuir les émanations des eaux croupissantes, etc. Avant la disparition d’un fossé rempli d’eau, dont la chasse se faisait seulement une fois par semaine, on sauvait très- peu d’amputés a l’hôpital de Strasbourg. Aujourd’hui, que cette cause d’infection n’existe plus, et avec la précaution de placer nos opérés dans des salles séparées où ils sont seuls, nous ne comptons, pour ainsi dire, plus de revers.

Le premier aliment de l’homme est l’air, et sans un air pur et suffisant, la santé et la guérison sont de toute impossibilité.

b. Alimentation. — La suppuration est un état morbide

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toujours grave, et indique une double‘lésion des solides et des liquides. Le sang en fournit les éléments et jouit comme toutes les autres parties constituantes de l’organisme d'une sorte de résistance propre ou de vitalité. Chez un homme sain et vigoureux, la suppuration s’établit avec difficulté et disparaît rapidement. On remarque le contraire chez les blessés faibles et valétudinaires. Le chirurgien doit donc chercher h ramener toujours et à maintenir ses malades a l’état d’une énergique vitalité, c’est le moyen d’empêcher les inflammations suppuratives de s’étendre, de se prolonger, de se compliquer de pyoômie. Dans ce but, il serait aussi ridicule de les priver que de les gorger d’aliments. La règle est de les nourrir selon leurs besoins, et l’appétit et la régularité des digestions en sont les meilleurs indices. Les substances alimentaires seront saines, bien préparées, assez abondantes pour soutenir et ranimer les forces. Le vin, les viandes de boucherie rôties, et les légumes cuits, sont en général mieux supportés que les aliments dits légers dont on fatigue trop souvent les malades.

c. Libre écoulement des liquides des plaies. — La principale cause de l’infection purulente est la rétention du pus dans les plaies. Les parties en contact s’enflamment et s’ulcèrent, des phlébites ou des érosions veineuses ont lieu et amènent la pénétration du pus dans le sang. Pour éviter ces accidents, les uns recourent à la réunion immédiate de toutes les plaies récentes; les autres repoussent ce mode de cicatrisation et se fient davantage à la réunion secondaire ou immédiate.

La question me paraît dépendre des conditions dans lesquelles on agit. Si les chances de succès sont réelles, l’adhésion primitive est infiniment préférable, car on sup-

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prime ainsi les suppurations; mais si l’expérience a démontré l’inefficacité de ce mode de pansement dans les lieux où l’on pratique, alors les inconvénients en sont trèsgraves et doivent y faire renoncer.

C’est particulièrement au sujet des amputations que cettequestion est incessamment controversée, et j’ai pour ma part d’assez vives préventions contre la réunion immédiate. J’ai fait et vu faire des centaines d’amputations, à Paris, à Metz, en Pologne, en Allemagne, en Afrique, à Strasbourg , et je n’ai pas encore été témoin d’un seul cas de succès complet de ce mode de pansement. Il en existe , je le sais , mais combien de fois n’a-t-on pas considéré comme guéris des malades dont les moignons, partiellement cicatrisés, offraient encore des pertuis fistuleux d’où s’échappait chaque jour une certaine quantité de pus? Je retrouvais ces malades dans un état plus grave , un, deux a trois mois plus tard, quelquefois six mois et un an ; leur santé se détériorait et des pyoèmies mortelles venaient détruire toutes les espérances du chirurgien.

Dans les réunions immédiates, les téguments s’accolent facilement, mais le sang, la lymphe, le pus restent accumulés autour de l’extrémité osseuse, fermentent, acquièrent de la fétidité; les surfaces profondes s’altèrent, l’os se dénude , et la pyoèmie est imminente. Une amputation, traitée par réunion immédiate d’après notre méthode habituelle (voy. p. 432), peut être complètement guérie en trois ou quatre semaines. J’ai publié l'observation d’une amputation de jambe, exécutée par mon procédé à lambeau externe, dont la guérison avait été complète en dix-neuf jours. Je ne crois pas la réunion immédiate plus rapide ni plus heureuse. (Voy. sur ce sujet mon Traité de médecine opératoire, chap. Amputations .)

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On combat la stagnation cl la rétention du pus par la position, les contre-ouvertures, les mèches, tentes et canules, les injections, les compressions méthodiques, les pansements fréquents. Nous ne saurions évidemment entrer dans tous ces détails.

d. Lever les étranglements. — Il faut être constamment en garde contre les étranglements inflammatoires. Lorsqu’un point de la plaie devient rouge, tendu, œdémateux, et communique avec une surface en suppuration, on doit supposer un obstacle h l’écoulement du pus et le lever par des débridements, le combattre par des évacuations sanguines locales ou l’application du cautère actuel, selon les indications générales et locales.

e. Des applications topiques irritantes à la surface des plaies. — Il est utile de maintenir les surfaces traumatiques dans un état de vitalité convenable. Sans doute, la régularité des fonctions respiratoire et digestive exerce la plus grande influence sur ce résultat $ un vomitif, l’emploi de quelques substances amères, peuvent ramener une plaie livide et blafarde a un aspect meilleur, mais les applications topiques ont incontestablement cet avantage pendant toute la période appelée de détersion.

Le digestif simple, le styrax, l’onguent basilicon , les lotions avec le suc de citron, etc., sont souvent d’excellents moyens dont on aurait tort de négliger l’emploi.

On ne saurait soumettre a des indications sommaires la question des irrigations et des fomentations froides ou chaudes. Le froid est d’une grande utilité pour prévenir l’inflammation. Mais si la plaie doit suppurer, pourquoi en retarder le moment? Je préférerais alors les topiques tièdes, à l'exemple des chirurgiens anglais. J’ai vu à Londres mon excellent ami, le docteur John Avery, ob-

tenir, â son hôpital de Charing Cross, de beaux résultats de ce mode de pansement.

f. Supériorité des caustiques sur l'instrument tranchant. — Les anciens avaient souvent recours aux caustiques pour ouvrir les abcès, détruire les tumeurs, etc. De nos jours, le bistouri a prévalu et est devenu de mode par une recherche de prétendue simplicité et d’unité de moyens, à laquelle on a beaucoup trop sacrifié. L’incontestable supériorité du caustique sur l'instrument tranchant dans la cure des varices des membres, si bien démontrée par Bérard jeune et M. Bonnet, s’observe également dans une foule d’autres opérations. Les escarres produites par la pâte de Vienne, la potasse, le feu, etc., se détachent après un travail inflammatoire suivi de la formation de bourgeons charnus, véritable barrière contre la pénétration du pus. Les plaies avec le bistouri ne sont pas accompagnées d’un mouvement congeslionnel etfluxionnaire aussi puissant, et sont exposées bien plus souvent aux ulcérations, aux étranglements partiels, aux érysipèles, aux suppurations de mauvaise nature et aux pyoèmies consécutives.

g. Ouvrir ou barrer les abcès intra-veineux. — Si du .pus sécrété dans une veine en distend les parois, et menace de pénétrer dans le sang, faut-il fendre longitudinalement la veine enflammée , ou la diviser transversalement au-dessus du point malade? Ce précepte a été donné par Breschet, par M. Piorry , et nous en avons vu accidentellement les avantages dans une de nos observations (voy. obs. XXI). Cependant je ne sache pas qu’il ait jamais été appliqué, et dans plusieurs cas où l’indication en semblajt imminente, nous pûmes recourirâ des moyens moins périlleux. On se demande, en effet, si la section

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de la veine ne deviendra pas le point de départ d’une nouvelle phlébite, chez un malade déjà prédisposé , et si cetteopération empêchera l’inflammation primitive de s’étendre et de gagner d’autres troncs vasculaires. C’est une question fort discutable , et nous n’oserions la trancher affirmativement. Nous aurions plus de confiance dans la compression , si ce moyen ne déterminait pas l’engorgement des parties subjacentes, et ne pouvait aussi devenir une cause directe d’inflammation. Mieux vaut donc, à moins de la distension considérable d'un abcès intra-veineux, s’en tenir aux traitements habituels et recourir à la cautérisation avec le fer rouge, dont les effets sont d’une remarquable efficacité, pour combattre la phlébite, la rendre oblitérante et prévenir la pénétration du pus.

Nous ne prolongerons pas davantage l’exposé sommaire de ces préceptes. Nous serions autrement entraînés a des détails infinis de pathologie générale, et l’élude des causes et celle des observations suppléeront facilement aux lacunes volontaires de cette partie de notre travail.

2° Arrêter la pénétration du pus dans le sang en cas de

pyoèmie déclarée.

On pourrait, au premier abord , considérer celte importante indication du traitement comme appartenant à la prophylaxie. On dirait : la présence du pus dans le sang étant la cause de la pyoèmie , le traitement reste préservatif tant qu’on s’oppose au mélange des deux liquides. Ce raisonnement ne serait cependant pas juste , et nous avons dû établir une distinction entre les moyens employés par les chirurgiens pour empêcher l’invasion d’une infection purulente, et ceux auxquels ils auront recours après le début de cette redoutable complication.

Le pus est ici un poison qui se répand dans l’économie et va entraîner la mort, et le traitement consiste à en arrêter la pénétration. Élever une digue contre des flots menaçants appartient aux précautions préventives , mais courir à la voie d’eau qui menace de tout engloutir et chercher h la fermer, est un moyen de salut actuel et le but principal de tous les efforts. Lorsque ce résultat sera obtenu , vous vous occuperez des dégâts produits et vous chercherez à y remédier; mais il y aurait folie à vouloir commencer par combattre un effet dont la cause serait incessante. Telle a été cependant , dans la plupart des cas , la conduite des hommes de l’art. Ils ont essayé une foule de moyens thérapeutiques contre la pyoèmie, sans s’occuper en premier lieu d’en détruire l’origine, et ils ont nécessairement échoué dans cette tâche impossible.

Nous ne saurions trop proclamer l’incurabilité de toute infection purulente dont on n’a pas tari la source en suspendant la pénétration du pus dans le sang, et le traitement doit être énergiquement dirigé contre cette cause incessante de mort.

Les moyens d’empêcher l’introduction du pus dans la circulation doivent varier selon les conditions de la plaie: superficielle ou profonde, régulière ou anfractueuse, simple ou compliquée, etc.; selon le mode étiologique de la pyoèmie: phlébite, érosion veineuse, lymphangite, absorption putride (septico-pyèmie); selon enfin la gravité des accidents et les désordres des parties primitivement affectées.

Nous rattacherons à cinq indications principales les traitements à employer.

a. Ouvrir au pus une libre issue. — Il faut peu compter dans la plupart des cas sur les moyens propres à faciliter le

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libre écoulement du pus. Ce liquide est sécrété d’une manière continue et on parvient rarement a en découvrir tous les points de formation et a l’enlever par des pressions, lotions ou injections quelconques. L’indication était excellente et efficace comme mesure prophylactique, mais elle perd beaucoup de ses avantages et reste souvent insuffisante dans les pyoèmies déclarées. Cependant on ne doit jamais négliger de mettre à nu les foyers de suppuration 5 de fendre largement tous les trajets listuleux ; de débridersans crainte les étranglements inflammatoires, et de placer les parties en suppuration dans une position déclive, afin d’en favoriser le dégorgement. C’est, en outre, dans beaucoup de cas un traitement préparatoire ou auxiliaire indispensable.

b. Supprimer la suppuration en convertissant les membranes pyogéniques en escarres. — M. Bonnet a conseillé de promener le fer rouge sur la totalité des surfaces en suppuration et de les convertiren escarres sèches. Ce procédé est théoriquement infaillible et donne d’heureux résultats dans les cas exceptionnels où on le trouve applicable. Si un ulcère superficiel, une piqûre de mauvaise nature avec formation d’un petit abcès, une surface fongueuse, une ampoule ou un kyste séreux fort circonscrits, étaient le point de départ de la pyoèmie, je n’hésiterais pas , comme M. Bonnet, a détruire avec le fer rouge les tissus altérés, et je recourrais avec la même confiance à l’usage de la pâte de Vienne. Je montrerais moins d’empressement en cas de suppurations plus étendues, et je craindrais, en atteignant seulement les couches superficielles des organes malades, d’emprisonner le pus, de faire naître des étranglements et de précipiter les accidents dont j’aurais voulu arrêter la marche. M. Bonnet a fait preuve d’une

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hardiesse extraordinaire dans l’emploi de ce procédé* nous ne I en blâmons pas, et c’est à chaque praticien à se décider d’après la connaissance parfaite des circonstances où il est appelé à agir.

c. Oblitérer les veines. — Le pus est porté le plus ordinairement dans le sang par les veines, et le moyen le plus sûr de s’y opposer serait l’oblitération de ces vaisseaux. C’est un résultat auquel on arrive assez facilement par l’emploi du fer rouge, et comme on obtient par ce moyen d’autres effets modificateurs également avantageux, nous en exposerons en quelques mots les avantages.

Le premier effet de l’application du cautère actuel est de congestionner fortement les parties soumises a l’action du calorique. On voit les surfaces rougir, se charger d’un réseau de capillaires distincts, et s’il y a plaie, le sang s’échapper des vaisseaux et couler plus ou moins abondamment au dehors. Ces résultats sont constants et faciles à observer dans tous les points de l’économie. Les engorgements blancs, séreux, durs, sans trace de sang, tels que ceux des tumeurs blanches, n’en sont pas exempts, et sous l’impression de la chaleur le sang afflue et se précipite partout en abondance. Empêchez les hémorrhagies par les conversions en escarre des tissus atteints de solution de continuité d’où le sang s’échappe, et vous frappez, pour ainsi dire, d’apoplexie sanguine tous les organes subjacents et environnants. Le sang, ainsi déposé dans les trames vasculaires, y forme des caillots oblitérateurs, s’y organise en raison de sa vitalité et devient l'origine de changements profonds et généralement heureux dans les tissus où il a été appelé. En cautérisant les veines par des traits ou des pointes de feu suffisamment multipliées, on remplit de sang les membranes enflammées, et on

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substitue une phlébite oblitérante a une phlébite en suppuration.

La circulation est interrompue, le pus cesse d'être sécrété, ou reste emprisonné entre des caillots fibrineux, et si le traitement est bien conduit, la pénétration du pus est arrêtée et le malade peut être sauvé. On ne saurait hésiter à barrer quelques veines par l’application d’un cautère hostile ou cutellaire, si elles étaient seules malades. Le pus serait arrêté dans l’intervalle des escarres produites, et la cautérisation ponctuée et les autres ressources thérapeutiques, dirigées contre la phlébite, en triompheraient habituellement. Nous ne connaissons pas de mode de traitement plus efficace et nous ne saurions trop le recommander.

d. Modifier T état des surfaces en suppuration. — Le cautère actuel est sans contredit le modificateur le plus énergique et nous en préconisons également l’emploi , toutes les fois que les surfaces des plaies sont blafardes , livides, de mauvaise nature, et le pus sanieux et fétide. Dans ce cas, des phénomènes d’absorption putride ne sont pas impossibles (septico-pyèmie), et on y met obstacle en changeant l’état des surfaces enflammées. Les topiques détersifs, astringents, irritants, caustiques offrent également beaucoup d’utilité. Le vin aromatique, les décoctions de quinquina, aiguisées ou non d’acide sulfurique, le styrax, l’onguent basilicon, le vésicatoire, les solutions de sulfate de cuivre, de sublimé, d’azotate d’argent ne sont pas sans avantage. En même temps, les amers a l’intérieur, les toniques, le quinquina , un vomitif, selon les indications , peuvent être employés. 11 est beaucoup plus rare de rencontrer des plaies turgescentes et franchement inflammatoires , mais cependant

on en observe, et alors une application de sangsues, des bains, des cataplasmes émollients et surtout le libre écoulement du pus font quelquefois disparaître les accidents.

Les indications sont variées et délicates à saisir, mais la médecine est une science d’observation et d’expérience, et les hommes de l’art doivent être rompus à ces mille difficultés.

e. Ablation des parties atteintes de suppuration. — Une dernière ressource existe encore contre la pénétration du pus , dans les cas où tout les autres moyens de traitement ont échoué , et où la mort semble inévitable -, on peut recourir'a l’amputation. Nous en avons rapporté trois exemples et nous n’obtînmes qu’un succès. Nous nous sommes accusés d’avoir trop retardé l’opération , et nous eussions certainement guéri nos trois malades, si nous eussions amputé plutôt les deux premiers. Il n’y aurait donc pas 'a hésiter , si la pyoèmie puisait ses éléments d’activité dans un membre compromis par une lésion assez grave pour nécessiter par elle-même l’amputation. Si la lésion était moins profonde et consistait dans une phlébite interstitielle, un abcès central et inaccessible, faudrait-il également conseiller le sacrifice d’un membre? La question est certes d’un immense intérêt et des plus difficiles a résoudre. Il faut se mettre d’une part en garde contre une décision trop prompte dont les suites sont irrémédiables, et de l’autre parera l’imminence d’une terminaison funeste. Le cas se présentera rarement, en raison de l’efficacité des moyens thérapeutiques , dont nous avons déjà fait mention, mais enfin, s’il se présentait, je dirais h l’homme de l’art: invoquez l’assistance de confrères expérimentés 5 éclairez-vous de leurs conseils, et si la réa-

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lité du danger est reconnue et qu’il ne reste pas d’autre ressource , amputez sur-le-champ et sans crainte ; la perte d'un membre ne saurait être mise en balance avec la vie.

3° Traitement des inflammations locales déterminées par la présence des globules de pus.

La pyoèmie consiste véritablement dans les désordres produits par la présence des globules de pus , et ce sont les moyens de combattre et de faire disparaître ces désordres qui en forment le traitement spécial. Nous croyons le succès possible dans les cas où la maladie est encore peu avancée et où elle reste exempte d’une nouvelle pénétration de pus dans le sang; mais on est rarement assuré de ces conditions , et le traitement est alors simultanément dirigé contre la cause et les effets de la maladie ; nous avons seulement à l’étudier ici sous ce dernier rapport. Les indications consistent : 1° à prévenir l’asphyxie en cas de pyoèmie foudroyante; 2° a combattre les progrès des inflammations suppuratives viscérales et h éliminer les éléments étrangers portés dans l’économie ; 3° à favoriser la disparition et la cicatrisation des abcès accessibles au chirurgien ; 4° et à concourir à ces divers résultats par l’application des règles de l’hygiène.

a. Traitement des pijoèmies foudroyantes. — Aucun homme de l’art n’a jamais , je crois , été appelé à donner des soins a un malade frappé de pyoèmie foudroyante par l’introduction rapide et instantanée du pus d’un abcès dans une grosse veine. Si le fait se présentait cependant, je n’hésiterais pas à conseiller la saignée pour remédier h l'imminence de l’asphyxie. Les pertes de sang sont, en général, peu utiles aux pvoèmiqueset favorisent la débi-

litô cl la purulence; mais dans la supposition où nous nous plaçons, il faudrait commencer par débarrasser les poumons du sang arrêté dans les capillaires par la présence des éléments solides du pus, et la saignée seule, aidée de puissants révidsifs appliqués aux membres , pourrait offrir quelques chances de succès.

b. Moyens de combattre les inflammations suppuratives et d’en obtenir la résolution. — L’anatomie pathologique nous a révélé les altérations que nous sommes appelés a combattre, et l’ecchymose, l’induration rouge, l’hépatisation grise, les abcès ponctués, puis réunis en collections uniques, les épanchements purulents, etc., sont les diverses altérations produites par la présence des globules de pus.

Nous passerons en revue les moyens essayés jusqu’ici contre l’infection purulente, et nous en étudierons la valeur.

Évacuations sanguines. — On a été conduit a conseiller la saignée, pour enlever un sang impur, et diminuer ainsi les chances de l’intoxication générale. «En théorie, «dit M. Fleury, on peut établir qu’en retirant une très- « grande quantité de sang, on enlève une portion de la «matière purulente, qui seule produit les accidents; «mais il s’agirait encore de savoir si cet avantage n’est «pas plus que contrebalancé par l’activité que les émis- «sions sanguines impriment à l’absorption.» La même idée erronée explique la pratique de Dance et de Dupuytren; le pus, comme nous l’avons démontré, ne reste pas mêlé au sang , et ne s’y trouve qu’a une époque où l’affection paraît devenue ’a peu près incurable. On aurait donc en vain recours aux saignées, on enlèverait le sang sans éliminer un globule de pus.

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Les saignées pourraient être plus rationnellement conseillées contre les noyaux partiels d’inflammation , développés dans les viscères et particulièrement dans les poumons; on agirait alors comme dans les pneumonies franches. On réussirait probablement chez les sujets vigoureux et d'une énergique vitalité, si la pénétration de nouvelles quantités de pus dans le sang n’était pas toujours a redouter. Le problème est complexe : Il faut faire disparaître les pyoèmies existantes, sans en provoquer de nouvelles, et sous ce rapport les pertes de sang paraissent, comme nous l’avons indiqué, fort dangereuses. Que MM. Leuret et Hamont aient vu les accidents diminuer par la saignée, on le conçoit, parce qu’ils opéraient sur des animaux auxquels une seule injection de pus avait été pratiquée, mais chez l’homme, où l’on ne sait presque jamais si la source du pus est radicalement tarie , on doit hésiter beaucoup a enlever du sang. Une circonstance exceptionnelle s’offre cependant a l’expérimentateur; ce serait celle où l’amputation des foyers purulents primitifs aurait nettement mis à l’abri de toute nouvelle introduction de pus dans la circulation ; dans ce cas , si les malades n’étaient pas trop affaiblis par leurs souffrances antérieures , on pourrait tenter des évacuations sanguines avec quelques chances de succès.

Purgatifs. — Les surfaces intestinales sont la grande voie des éliminations physiologiques et pathologiques. Le foie y verse des produits hydrocarbonés très-abondants, et dans les expériences, les gaz fétides, le mercure, etc., sont rapidement expulsés de l’économie par les intestins. Combien de fois les hommes de l’art n’ont-ils pas rendu à des plaies blafardes et couvertes d’un enduit pultacé un aspect vermeil et de bonne nature, par l’emploi d’un pur-

gatili* Le meill ur moyen de résoudre un grand nombre d engoigements aigus et chroniques , n’est-il pas aussi de recourir aux évacuations intestinales?

L’observation confirme ici la théorie, et la plupart des praticiens ont constaté les bons effets des purgatifs répétés. M. Velpeau dit s’en être bien trouvé; M. Jobert préconise l’administration quotidienne de l’eau de Sedlitz ; M. Piorry conseille les sels de soude et de magnésie, la gomme gutte, la scammonée, le jalap, et nous avons toujours prescrit, comme on peut le voir dans nos observations cliniques, l’huile de ricin et l’eau de Sedlitz. Le malade (voy. obs. XXVII) dont nous avons cité la guérison , présenta, sous l’influence des purgatifs, des évacuations alvines continues, et nous avons habituellement constaté une amélioration notable à la suite de cette médication.

Vomitifs. — Sanson employait l’émétique à dose rasorienne, et en avait obtenu quelque avantage. Le tartre stibié est certainement un puissant résolutif, mais il est en même temps très-débilitant et dans une maladie souvent accompagnée d’une faiblesse profonde, ce médicament ne serait pas sans doute bien supporté. Les secousses du vomissement causeraient aussi beaucoup de fatigue. Cependant, en cas d’embarras gastrique avec aspect grisâtre et pultacé des plaies , un émétique ou un éméto-cathartique pourraient offrir de l’utilité.

Sudorifiques et diurétiques. — Les infusions chaudes de bourrache, de camomille, de menthe, de sureau, avec ou sans addition de sous-carbonate d’ammoniaque, sont souvent indiquées chez les malades dont l’appareil digestif est sain. Les diurétiques peuvent être également mis en usage, avec la précaution de ne pas fatiguer l'esto-

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mac; mais il faut peu compter sur l'action (le ces médications secondaires.

Moissons à hautes doses. — M. Piorrv conseille vivement l’usage des boissons a haute dose et des lavements aqueux pour provoquer d'abondantes excrétions d’urine et de sueur, diminuer l’activité de l’absorption et amener la dilution des matériaux toxiques introduits dans l’économie; c’est le moyen, dit ce professeur, sur lequel il faut le plus compter. Van Swieten, dans ses Commentaires de Boerhaave, avait exposé les mêmes idées (voy. p. 20), et recommandé les décoctions de plantes vulnéraires, dont l’usage avait déterminé sous ses yeux des hydropisies. Cette confirmation d’une pratique ancienne, par un de nos observateurs actuels le plus sagace, nous paraît fort remarquable.

Révulsifs. — Les frictions irritantes sur la peau, les ventouses sèches, les sinapismes, la cautérisation ponctuée sur les points douloureux de la poitrine, des articulations et d’autres régions, sont à nos yeux des moyens fort efïicaces de soulager les malades et d’opérer la résolution des engorgements morbides. Nous avons fait ainsi disparaître des points de côté pleurétiques, des épanchements articulaires, des indurations des mollets, et nous ne saurions trop préconiser le cautère actuel, dont l’application n’entraîne aucune espèce d’inconvénient, et est souvent réclamé par les malades eux-mêmes, témoins des avantages que nous en obtenons.

Les vésicatoires volants sont moins actifs, infiniment plus douloureux, longs à faire sécher, et la cause d’érysipèles ou de plaques gangréneuses fort regrettables.

Sulfate de quinine. — Comment espérer faire disparaître des noyaux d’inflammation purulente par l’usage du sul-

lato de quinine? Ce médicament suspend quelquefois les Irissons , mais n entrave nullement la maladie , comme tous les chirurgiens l’ont constaté.

Aconit. — M. Tessier a vanté l'aconit comme possédant des propriétés spéciales contre la pyoèmie, et M. Newton dit avoir guéri quelques malades par l’usage de l’alcoolat d’aconit à la dose de six à huit grammes par jour. Nous croyons qu’on s’abuse sur les vertus de cet agent. On peut en avoir obtenu de bons effets comme calmant, ou comme tonique, lorsqu’il est mêlé à l’alcool, mais, jusqu’à démonstration plus complète, nous douterons que l’on puisse faire disparaître des noyaux de suppuration par l’emploi de l’aconit.

Toniques. — Les préparations de quinquina , le vin , le camphre, les sels ferrugineux, les eaux distillées aromatiques de canelle, de menthe, de mélisse, ne sont pas des moyens directement propres à la résolution des altérations organiques produites par la pyoèmie. On ne saurait donc les conseiller dans ce but, mais l’indication peut s’en offrir pour soutenir les forces et favoriser la convalescence.

Varia. — Tomassini avait vanté les heureux effets des antimoniaux et de la scille. On a préconisé le calomelas, les préparations alcooliques, l’éther. M. Bonnet voulait neutraliser l’excès d’ammoniaque dans le sang par l’usage des boissons acides. M. Boyer avait proposé les chlorures, mais ce sont là des moyens théoriques dont la connaissance plus avancée de la pyoèmie permet aujourd’hui d’apprécier le peu d’elïicacité.

Appréciation. — Nous avons indiqué la valeur que nous accordons aux nombreux moyens de traitements dont nous venons de faire l’énumération; nous pourrions donc

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ne plus nous en occuper. Nous insisterons néanmoins, en terminant, sur l'importance supérieure des purgatifs, de la cautérisation avec le fer rouge et des révulsifs. Les autres médications sont beaucoup moins puissantes et doivent être ordinairement réservées pour des indications spéciales.

c. Traitement des abcès métastatiques accessibles aux procédés chirurgicaux. — Nous avons cité le cas d’un abcès métastatique du mollet (voy. obs. XXVII), ouvert spontanément et suivi d’une cicatrisation rapide et complète. L’expectation est dans la plupart des cas la règle de conduite à adopter pour ne pas aggraver les souffrances et la position des malades. Si de larges abcès, cependant, gênaient les mouvements ou menaçaientde prendre des dimensions exagérées, nous conseillerions de leur appliquer le traitement des abcès froids: ponctions, pâte de Vienne, etc.

d. De l’importance des soins hygiéniques. — Nous avons assez longuement signalé (voy. Prophylaxie) l’importance des conditions hygiéniques dans le traitement de la pyoèmie. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de faire concourir à la guérison un air pur, des aliments de bonne qualité, une température modérée, des soins de propreté parfaits, un calme profond, et d’avoir toujours présent à l’esprit qu'une des conditions du succès est l’observation complète de toutes les règles de l’hygiène.

Le régime doit être celui des affections aiguës et en général les malades ne réclament pas de nourriture. Mais dans les cas où leur appétit était conservé, ce dont j’ai été plusieurs fois témoin, je n’ai pas hésité à accorder quelques aliments.

512 me l’infection purulente ou pyoèmie.

4° Traitement de la seplico-pycmie .

Nous eussions pu ne pas soulever la question du traitement de la septico-pyèmie, en raison de l’obscurité dont cette redoutable affection se trouve encore enveloppée. Nous en dirons néanmoins quelques mots, plutôt pour invoquer l’attention et la sagacité des observateurs , que pour établir des règles définitives. Tous les moyens thérapeutiques dont nous avons signalé l’utilité pour la cure de la pyoèmie nous paraissent alors également applicables; mais nous serions disposés , en cas de faiblesse, de stupeur, de subdélire, etc., etc., et des autres indices d’une tendance caractéristique a la gangrène , à recourir aux boissons acidulées, aux toniques et aux préparations de quinquina.

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