‹ De l'infection purulente ou pyoèmieChapitre 16 sur 24 · E. ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

E. ANATOMIE PATHOLOGIQUE

1" Caractères généraux des altérations pyoèmiques. —

m INFECTION PURULENTE OU PYOÈMIE.

Les altérations organiques causées par la pyoèmie offrent pour caractères généraux : a ) des inflammations initiales que nous appellerons ponctuées, en raison de leur nombre et du petit diamètre des points primitivement atteints; 6) une tendance a la suppuration très-prononcée-, c) l’extrême rapidité de la formation du pus; d) l’obscurité habituelle des troubles fonctionnels concomitants (état latent). La purulence est en définitive le terme des altérations pyoèmiques, que l’on rencontre sous deux formes très-distinctes : les abcès et les épanchements de pus. Nous examinerons successivement chacun de ces caractères.

a. L’inflammation est un des premiers caractères des altérations pyoèmiques. — Nos expériences et nos observations nous ont permis de suivre l’évolution des altérations produites par la pyoèmie. Nous avons constaté une ecchymose initiale, développée au point d’arrêt des globules de pus; une congestion consécutive, puis une inflammation , reconnaissable a l’induration des tissus, par extravasation et dépôt plastiques, et enfin l’apparition du pus dont nous nous occuperons ultérieurement. Ces remarques sont particulièrement faciles a vérifier sur les poumons, seuls organes souvent affectés, et il n’est pas nécessaire pour cette étude de rencontrer des pyoèmies au début. La pénétration du pus dans le sang occasionne incessamment des séries d’altérations nouvelles, à phases identiques, et l’on a sous les yeux, dans le même organe, tous les degrés des altérations pyoèmiques, semblables à celles que nous avions obtenues en sacrifiant les animaux a des intervalles de temps de plus en plus éloigués des premières injections de pus .

Nous avons également observé dans les poumons une

DIAGNOSE

altération spéciale dépendant de la structure et des fonctions de ces viscères. Ce sont les épanchements d’air, véritables emphysèmes partiels a base purulente. La présence des globules de pus dans les trames capillaires était un obstacle à la circulation du sang comme au passage de l’air, et l’emphysème devait survenir de la même manière que l’ecchymose. Le microscope, dans ces deux cas, nous a montré les globules de pus mêlés a de nombreux globules de sang et a des lamelles épithéliales bronchiques, et l’absence de toute trace de pus dans les vaisseaux du corps confirmait la réalité de l’arrêt des éléments solides de ce liquide dans les parenchymes intermédiaires. Il suffît de feuilleter quelques-unes de nos observations cliniques pour trouver les preuves de l’hépatisation du poumon, dans une foule de cas où les points indurés mis dans l’eau ne surnageaient plus.

Les mêmes remarques ont été répétées pour le foie, la rate, les muscles. Partout nous avons rencontré les indices d’une inflammation préexistante à la formation du pus, et nous avons vu succéder a l'induration inflammatoire l’hépatisation grise et l’infiltration purulente, précédant à leur tour la réunion du pus en foyer ou l’abcès complet.

Cette doctrine n’est pas, cependant, généralement adoptée, et les partisans des métastases purulentes comptent encore dans leurs rangs des noms d’une assez grande autorité, pour nous imposer l’obligation de nous arrêter sur cette question. Tous les pathologistes ont vu des abcès pulmonaires au milieu d’un parenchyme en apparence parfaitement normal et sans traces de phlegmasie. Ce fait est constant, et a donné lieu à des suppositions erronées. On s’est dit, le pus n’ayant pas été produit par une inllam-

malion, a été déposé de toute pièce, et représente ainsi un véritable foyer métastatique.

Voici, au reste, les arguments exposés par M. Velpeau. «J’admets, dit ce professeur, que dans la majorité «des cas, le pus traverse les tissus pour s’y déposer en «nature. J ai vu un très-grand nombre de fois le cerveau, «la rate, les reins, les poumons, le foie, criblés de ces «foyers, n’ayant pas un plus grand volume qu’un grain «de chènevis, et autour desquels l’examen le plus minu- « tieux , le plus attentif ne m’a pas permis de reconnaître « la moindre trace des éléments organiques qui composent «ces organes. Après avoir vidé ces foyers, je n’y ai pas «trouvé, dans le plus grand nombre des cas, le plus léger «vestige d’inflammation.

«On conçoit facilement que si on concède qu’une mo- « lécule de pus puisse se déposer en nature dans les tissus , « il n’existe aucune raison pour qu’on refuse cette possi- «bilité à plusieurs ou un plus grand nombre, de manière « à constituer des collections variables en nombre et en « volume. On peut admettre , je crois , sans difficulté , que « le pus , qui est un corps étranger mêlé au sang, a une « tendance continuelle a s’en séparer et à se porter au de- «hors par une voie quelconque. Tant qu’il est renfermé «dans les gros vaisseaux et que la circulation n’a rien «perdu de son activité , il ne peut s’épancher nulle part ; «mais dans le système capillaire, où le mouvement des «liquides n’est plus qu’une sorte d’oscillation où s’opè- «rent les nutritions , les diverses sécrétions, mille com- « positions nouvelles , tant de compositions et de décom- « positions, ses éléments ne doivent-ils pas faire effort « pour s’agglomérer , se réunir et cesser de marcher avec «les autres fluides? Cette agrégation toute chimique une

DIAGNOSE

« fois commencée , ne va-t-elle pas constituer un centre «d’attraction pour les molécules analogues? En faut-il « davantage pour amener le noyau d’un abcès? 11 en est «de cette sécrétion pathologique comme de la formation « de l’urine , de la salive , de la bile , dans l’état physiolo- «gique; il me semble que celte sécrétion ou exhalation « n’est pas plus difficile à concevoir dans un cas que dans « l’autre. » Je ne discuterai pas en détail cet amas indigeste d’assertions sans preuves , d’affirmations démenties par les faits, d’arguments impossibles à soutenir; j’en renvoie la responsabilité au rédacteur des leçons du savant professeur; mais j’y trouve cependant des idées nettement formulées, sur les abcès métastatiques de toute pièce, et je combats cette opinion et je dis : Les abcès plongés au milieu d’un parenchyme sain et sans apparence phlegmasique, sont la terminaison habituelle de toutes les collections purulentes pyoèmiques, dont voici la série d’évolutions empruntée à l’une de nos observations fvoy. p. 190).

a. Simples plaques emphysémateuses rouges, laissant écouler à l’incision une assez grande quantité de sérosité jaunâtre et spumeuse. Les parties ainsi affectées crépitent et surnagent.

b. Mêmes plaques ou taches de la grandeur d’une lentille, renfermant au centre ou sur tout autre point de leur étendue une tache noire du diamètre d’une tête d’épingle.

c. Le tissu altéré est devenu dur et la coloration foncée s’est étendue.

d. La tache a pris un aspect jaunâtre , elle est dure et s’est agrandie.

e. Coloration d’un jaune plus clair, dépendant du pus

infiltré dans la trame du tissu induré et contenu dans des espèces de cellules.

f. L altération a fait des progrès; pus concret réuni en masse au centre de l’abcès , dont le contour offre une zone de tissu pulmonaire hépatisé.

(j. Collection plus considérable et d’un plus grand diamètre de pus liquide jaunâtre, semblant en contact avec une partie saine du poumon.

Nous renvoyons, pour une plus complète étude, à la lecture de nos observations; on y trouvera la démonstration la plus évidente d’un état inflammatoire précédant et accompagnant la formation du pus. Nous avons en outre étudié au microscope le tissu pulmonaire d’apparence normale baigné par le pus, et nous l’avons toujours trouvé , comparativement à une lamelle de tissu emprunté a un poumon sain , gorgé de sang, de granules inflammatoires et de lamelles épithéliales. Nous n’admettons donc pas , en général , l’intégrité absolue de la portion du parenchyme constituant les parois de l’abcès ; mais en cas d’arrêt dans l’inflammation , nous ne voyons la aucun phénomène étranger aux faits ordinaires de la pathologie. Chez les malades atteints d’abcès froids simples , on n’aperçoit pas non plus de traces phlegmasiques, et il n’est cependant venu à la pensée de personne d’attribuer la présence du pus â un transport mécanique de ce liquide d’un lieu dans un autre.

Que dire de ces prétendus appels chimiques des globules de pus, se réunissant par une sécrétion pathologique aussi facile â comprendre que les sécrétions physiologiques, lorsque personne n’est aujourd’hui en état d’en saisir ni d’en expliquer le mécanisme? Quelle valeur accorder aux éliminations du pus par les urines, le foie.

DIAGNOSE

les poumons et même par les fistules a l'anus développées chez les phtisiques pour donner issue aux suppurations tuberculeuses? (Voy. t. III, p. 75, Leçons de M. Velpeau.) Ne devons-nous pas jeter un voile sur de pareilles assertions?

Les globules de pus sont mêlés au sang, puis arrêtés dans les trames capillaires où ils s’accumulent au milieu des globules sanguins. Ce sont alors des corps étrangers, entraînant comme tels une inflammation éliminatrice. Si de nouveaux globules purulents ne viennent pas entretenir et augmenter la phlogose, la résolution a lieu par dissolution et résorption des éléments morbides; dans le cas contraire, il se produit une foule de petits centres phlegmasiques , d’abord isolés , distincts, puis réunis en une induration plus ou moins étendue. Des ponctués purulents se manifestent, grossissent, paraissent cloisonnés, multiloculaires, puis se réunissent en un foyer unique, occupant la totalité des tissus primitivement indurés, et alors le pus paraît et peut être réellement en contact avec un parenchyme sain.

Toute l’erreur a reposé sur la confusion établie entre le point de départ et de terminaison des inflammations suppuratives. On a considéré l’abcès complet comme une altération primitive, méconnaissant ainsi les périodes d’évolution antérieures par lesquelles il avait passé.

Les mêmes réflexions s’appliquent aux épanchements purulents dans les cavités séreuses, plèvre, membranes synoviales, ampoules cellulaires extra-articulaires. Nous y reviendrons plus loin.

b. La purulence est le Irait le plus saillant des alterations pyoèmiques. — Tous les observateurs ont été frappés de 1 état de purulence présenté par les pyoèmiques. Les pou-

nions, le l'oie, la raie, les muscles , le lissu cellulaire, le cerveau, le cœur, les reins sont quelquefois criblés de centaines et de milliers d’abcès 5 les articulations, les plèvres, les ampoules synoviales sont remplies de pus. Peu de malades résistent assez longtemps pour présenter de pareils désordres; mais dans le cas où un ou plusieurs organes offrent seuls des altérations, ce sont également des suppurations que l’on rencontre. Nous avons montré les périodes d évolution de ces dépôts purulents multipliés, et nous les avons toujours vus précédés d’un étal congeslionnel et inflammatoire ; nous n’avons donc pas à revenir sur cette question , et en parlant des suppurations produites comme principal caractère des altérations pyoèmiques, nous tenons néanmoins compte des autres lésions préexistantes ou concomitantes.

Peut-on expliquer cette tendance suppurative si manifestement prononcée? En répétant avec les anciens : le pus engendre le pus, on se borne à constater le fait, mais on peut aller plus loin. Les globules de pus jouent le rôle de corps étrangers, et dans ce cas nous voyons toujours des suppurations se produire. Les pièces d’étoffe, les ligatures, les fragments de bois, les séquestres, les projectiles, etc., n’ont pas d’autre mode d’élimination. Pourquoi dès lors en serait-il autrement pour les globules de pus, si la nature ne parvient pas à les dissoudre?

D’autre part, le premier effet de la pénétration du pus dans le sang est la gène des fonctions respiratoires. Or, nous savons lous combien les personnes, dont l’hématose est incomplète, sont sujettes aux suppurations. Comparez le montagnard a l’habitant des lieux bas et humides, et vous ne conserverez aucun doute a cet égard. Voilà donc deux causes puissantes d’inflammation suppurative.

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Joignez-y les troubles fonctionnels du foie (et peut-être d'autres organes glandulaires), et vous trouverez dans le mélange des éléments de la bile au sang une nouvelle condition de purulence.

Accorderons-nous une grande valeur a la présence du pus dans le sang? Oui , sans doute, sous le rapport étiologique, mais nullement comme cause générale et indépendante de l’action irritante et suppurative des globules purulents sur les tissus en contact. Le sang ne nous paraît pas directement altéré par le pus, et nous avons une certaine difficulté a croire, comme le dit M. Velpeau, «que le sang (chez un de ses malades) avait été si com- «plétement décomposé, qu’il n’eut assurément pas été «possible d’en trouver quatre onces dans tout le ca- «davre1.» Nous nous occuperons au reste avec soin de l'important problème des altérations du sang.

c. Rapidité de la formation du pus. — Beaucoup de nos pyoèmiques présentaient des suppurations distinctes au quatrième jour de leur affection, et les mêmes faits ont été constatés dans nos expériences. On aurait tort cependant de trop s’exagérer l'étrangeté de ce résultat. Si un phlegmon exige plus de temps, en général, pour arriver à maturité 5 si une plaie ne suppure pas toujours très-vite, il est une foule d’exemples de pus produit en vingt-quatre heures. J’ai vu des abcès de la face, déterminés par une violence, être remplis de pus dès le premier jour, et un homme atteint dernièrement d’une plaie contuse à la tête, offrait une suppuration prononcée au bout de douze heures. La promptitude des suppurations métastatiques, dans les conditions particulières où elles se développent , n’a donc rien d'exceptionnel ni de surprenant.

1 Leçons orales , t III, p. r>8.

d. Les alterations pyoèmiqucs sont ordinairement latentes. On a souvent abusé de ce terme très-élastique d 'altération latente pour dissimuler des fautes de diagnostic, et nous croyons peu ù I absence complète de moyens propres à constater les désordres pyoèmiques. Nous reconnaissons seulement qu’en raison de la stupeur et de l’insensibilité où sont fréquemment plongés les malades, les caractères tirés de la douleur sont assez souvent à peu près nuis. Bornée à cette acception, la signification du mot latent ne saurait être douteuse, et il est réellement fort difficile, dans beaucoup de cas, de prévoir toutes les lésions anatomo-pathologiques révélées par la nécropsie. C’est un motif évident de redoubler d’attention dans l’examen des malades, et de ne négliger ni la percussion ni l’auscultation, ni aucun autre mode d’exploration.

2° Des abcès métastatiques en général.

Nous conservons aux abcès multiples développés dans le cours de la pyoèmie le nom de métastatiques , sous lequel on les a généralement décrits. Cette dénomination, parfaitement exacte au point de vue de la cause efficiente (globules de pus transportés d’un foyer primitif de suppuration dans diverses parties de l’économie) , ne l’est plus, comme nous l’avons démontré , si l’on considère les abcès eux-mêmes , toujours dus a une inflammation suppurative locale, développée autour des globules de pus déposés dans les trames capillaires. Nous avons à étudier ces abcès sous le rapport du siège, du volume, du nombre, du mode de formation et de terminaison.

a. Siège. — Les abcès métastatiques peuvent se rencontrer dans presque tous les points de l'économie, cependant on les observe particulièrement dans les poumons,

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et il est extrêmement rare d'en trouver ces organes exempts, tandis que le t'oie , par exemple, en est atteint. La rate , les muscles , le tissu cellulaire , le cœur , les reins, le cerveau offrent quelquefois aussi des abcès métastatiques, et il faudrait compulser toutes les observations connues pour en fixer la fréquence relative, travail dont nous ne nous sommes pas occupés. Si nous devions cependant fixer approximativement ces proportions numériques, nous dirions que, sur cent cas, les poumons en sont le siège quatre-vingt-dix-neuf fois, le foie et la rate une fois sur douze-, les muscles une fois sur quinze, le cœur une fois sur vingt, le tissu cellulaire périphérique à peu près autant, et le cerveau et les reins plus rarement encore.

Au reste des conditions très-variables peuvent modifier ces nombres dans la pratique de chaque médecin , et nous n’exprimons ici que les résultats de notre expérience.

Ces abcès semblent affecter particulièrement la périphérie des organes et on les rencontre aussi dans les points contus où existent des épanchements, des congestions et de la phlogose, d’après une loi dont nous traiterons en parlant de leur mode de développement.

b. Volume — Variant de la grosseur d’une tête d’épingle a celle du poing , les abcès métastatiques atteignent rarement ces dernières dimensions. On ne les voit pas habituellement dépasser le volume d’une noisette ou d’une petite noix 5 toujours très-petits au début, et comme ponctués, ils n’arrivent à des diamètres considérables qu’en se réunissant les uns aux autres par la disparition des cloisons intermédiaires ; phénomène très-facile à constater par l’examen de leurs diverses périodes d’évolution.

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c. Nombre. Dans (juel(jues cas exceptionnels, il serait impossible de compter les milliers d’abcès disséminés dans toutes les parties du corps. Nous en avons trouvé des centaines dans un seul poumon, et l’on peut considérer lîi multiplicité comme un de leurs caractères. On comprend toutefois que le nombre en est proportionnel aux organes atteints et à l’intensité de la pyoèmie. Nous avons cité des observations où les poumons seuls affectés en contenaient à peine une douzaine ou même encore moins. L’on ne pourrait établir de rapport fixe entre le nombre et le volume ; néanmoins lorsque les abcès métastatiques sont extrêmement multipliés , leur volume est en général assez petit.

d. Mode de développement el de terminaison. — Plusieurs pathologistes ont attribué la formation des suppurations métastatiques à un état particulier du sang , rendu irritant par la présence du pus (Dance). D’autres ont admis dans tous les cas des phlébites capillaires autour des globules de pus déposés. Nous n’avons maintes fois constaté au microscope, ni a l’inspection oculaire, aucune altération appréciable du sang, et il suffit d’étudier les noyaux d'induration qui forment la base des abcès pour être convaincu de la non-existence de phlébites distinctes , dans le plus grand nombre de cas. Il ne faudrait pas , au reste, se payer de mots , car de toute évidence, aucun parenchyme n’est frappé de phlogose sans que les capillaires n’en soient en même temps atteints. Mais si l’on entend par phlébite une inflammation isolée des petits vaisseaux au milieu de trames celluleuses intactes, et si l'on suppose le pus formé et reconnaissable dans les ramuscules veineux-, l’observation ne confirme pas ces hypothèses, et l'on peut nier hardiment la phlébite. L’abcès métastatique.

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d’après la doctrine que nous avons exposée dans tout le cours de cet ouvrage , est le résultat d’une phlegmasie locale déterminée par la présence des éléments solides du pus. Ces éléments, comme nous n’avons cessé de le répéter, et comme l’avaient professé les anciens maîtres de la science , Boerhave , Van Swieten , Morgagni , s’arrêtent mécaniquement dans les capillaires, les obstruent et produisent des épanchements de sang ou des autres liquides ou fluides circulants. Une congestion de plus en plus manifeste a lieu et est bientôt suivie de dépôts plastiques. L’hépatisation rouge marque cette période inflammatoire ; du pus se forme et constitue l’infiltration grise, puis les abcès ponctués dont nous avons signalé la constance apparaissent; ces petites collections grossissent, se dessinent davantage, sont cloisonnées et canaliculées , et enfin se réunissent. L’abcès est souvent alors enveloppé d’une fausse membrane dont la disparition laisse le pus directement en contact avec un parenchyme d’apparence normale. Si la guérison n’a pas lieu et que le malade résiste aux altérations produites, une inflammation ulcérative s’établit et l’abcès peut s’ouvrir dans les cavités voisines ou cheminer au dehors , comme toutes les collections purulentes. Ce sont des modes de terminaison dont nous avons signalé un exemple (voy. obs. IV). Dans d’autres cas l’abcès est résorbé ; on le trouve remplacé d’abord par un liquide clair et séreux (liquéfaction du pus) et plus tard toute trace en a disparu. On n’a pas a invoquer ici les crises, les métastases purulentes sur les organes sécréteurs, c’est simplement, comme nous l’avons dit, une dissolution des éléments solides du pus , et quand on a suivi avec attention les expériences des physiologistes sur la puissance de dissolution de la plupart des tissus,

on ne doit pas s’étonner de la facilité avec laquelle nos organes peuvent se débarrasser des globules de pus.

Les diverses phases anatomo-pathologiques des altérations que nous venons de signaler se rencontrent de la manière la plus évidente dans un très-grand nombre de nos observations cliniques. On peut les étudier toutes , pour ainsi dire en même temps , sur le même organe et sur un seul des points affectés, et nous en avons exposé les gradations successives (voy. obs. Ire et p. 48).

Les globules de pus portés dans la circulation devaient s’arrêter dans les premiers capillaires opposés a leur passage, et nous avons constaté ce fait pour les poumons et le foie, puisque, sur quatre cas de phlébites des ramifications de la veine porte, Maréchal avait observé trois fois des abcès isolés du foie sans altérations pulmonaires. Cependant, un nombre plus ou moins considérable de globules traversent les capillaires, et doivent s’arrêter dans les points où des congestions, des noyaux inflammatoires, etc., font obstacle a la circulation. C’est ainsi que nous avons expliqué certaines suppurations du foie après des chutes ayant occasionné des ruptures étoilées de cet organe. Ainsi, nous nous rendons compte du pus trouvé dans le foyer de la fracture du malade de notre sixième observation.

3° Des abcès métastatiques considérés dans chaque organe

en particulier.

a. Abcès des poumons. — La plupart des considérations dans lesquelles nous sommes entrés pour l’étude générale des abcès métastatiques, ont été empruntées a l’examen des abcès pulmonaires 5 nous n’avons donc pas a en exposer de nouveau ici les caractères. Remarquons seulement

DIAGNOSE

qu’on observe assez fréquemment des pneumonies au premier et au deuxième degrés fort étendues, formant la base ou la gangue des collections purulentes, et nous sommes vraiment très-surpris de voir contester encore aujourd’hui la réalité d’une phlegmasie constamment préexistante à la formation de ces abcès. Le poumon est le seul organe où pouvaient avoir lieu des épanchements d’air, et nous avons signalé les plaques emphysémateuses produites autour des globules de pus. Dans ce cas, les phénomènes inflammatoires sont moins évidents; et l’on constate une induration primitivement blanchâtre, puis purulente, sans l’intervention très-apparente de la congestion sanguine, disposition assez analogue a la marche des abcès froids.

Les abcès métastatiques occupent ordinairement les surfaces et les bords libres des poumons, et sont plus fréquemment situés dans les lobes moyen et inférieur de ces organes. Cette règle n’est pas cependant absolue, et on rencontre des abcès dans l’épaisseur des parenchymes et au sommet des lobes supérieurs. Tantôt les poumons sont en partie sains et crépitants dans l’intervalle des suppurations métastatiques, et on les voit s’affaisser sous la pression de l’air à l’ouverture du thorax; tantôt ils sont indurés, lourds, remplis de spumosités séro-sanguinolentes, d’un brun rougeâtre, et conservent leur volume sans offrir néanmoins de plus nombreuses traces d’abcès.

On pourrait quelquefois éprouver de l’embarras â nettement distinguer les abcès métastatiques des tubercules et réciproquement. Le microscope sert alors à reconnaître la matière tuberculeuse à l’état de crudité. En outre, les tubercules occupent le plus souvent le sommet de l’organe et l’épaisseur du parenchyme. On en aperçoit de

i7 i INFECTION PURULENTE OU PYOÈM1E.

miliaires encore granuleux et transparents ; on en suit le développement et l’évolution. Cependant, nous avouons la difficulté réelle du diagnostic dans quelques cas exceptionnels, et nous avons invoqué l’existence d’autres abcès métastatiques siégeant dans le foie, la rate et les muscles, pour ne laisser aucun doute sur le véritable caractère de plusieurs de nos observations (voy. obs. XIV).

b. Abcès du foie. — Le foie ofïre des abcès métastatiques semblables à ceux du poumon, sauf les différences tirées de la nature de l’organe. On observe en premier lieu des noyaux d’induration d’une coloration foncée, puis l’infiltration grise et purulente, des foyers cloisonnés et canaliculés, et enfin des abcès distincts, isolés, enveloppés d’une fausse membrane ou en contact direct avec un parenchyme d’apparence normale. Tous ces degrés d’une inflammation suppurative se rencontrent assez souvent dans le même sujet et dans la même collection, jaunâtre au centre , un peu plus grise en dehors , puis entourée de zones noirâtres , brunes, d’un rouge foncé ou verdâtre. Les épanchements de la matière colorante de la hile donnent aux degrés phlegmasiques des teintes jaunes, verdâtres, livides, particulières. Le pus est quelquefois rougeâtre, sanieux, sorte de boue hépatique; mais nous l'avons trouvé habituellement d’un blanc jaunâtre et bien formé. Tantôt on aperçoit seulement des taches purulentes à la surface de l’organe, tantôt on constate de vastes abcès dans l’épaisseur du parenchyme renfermant de très-grandes quantités de pus. On trouve aussi des multitudes de petits abcès disséminés, mais cet état est plus rare que dans les poumons. Dans presque tous les cas d’abcès hépatiques, on rencontre des abcès pulmonaires; mais si la pyoèmie dépend d’une phlébite des ra-

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mifieations de la veine porte, le foie peut présenter des abcès sans qu'il en existe dans les poumons, comme Maréchal en a cité trois exemples (voy. p. 46).

c. Abcès de la rate. — Nous avons trouvé la rate tuméliée, noirâtre, marbrée, ramollie, parsemée d’une foule de petits abcès de la grosseur d’une tête d’épingle, ou moins nombreux et du volume d’une amande, d'une noix ou même davantage. Dans quelques cas, le pus était a l’état d’infiltration , et constituait des masses blanchâtres plus ou moins considérables. Des traces d’inflammation circonvoisine se remarquaient constamment, et nous avons cité l’exemple d’un abcès érodé ayaut donné lieu à un épanchement de sang dans le péritoine. Souvent aussi la rate paraissait peu altérée, et était comme le foie d’apparence normale.

d. Abcès musculaires. — Les muscles du mollet nous ont paru particulièrement le siège de suppurations métastatiques, commençant par des points multipliés et distincts, d’abord durs, bien circonscrits, puis se réunissant peu à peu en une seule tumeur molle et fluctuante. L'on voit combien ce mode de formation est commun à tons les organes. En premier lieu, épanchements et congestions hématiques, ponctués; ensuite noyaux d’induration inflammatoire distincts, infiltration purulente, abcès sinueux cloisonnés et canaliculés au milieu d’un tissu musculaire d’un rouge brun ou noirâtre, et enfin collections de pus d'abord entourées d’une sorte de couche pseudomembraneuse, dite membrane pyogénique, et finalement en contact avec des tissus normaux. Ce sont alors des abcès creusés en godets et comme par emporte-pièce.

e. Abcès du tissu cellulaire. — Les mêmes formes d’abcès se rencontrent dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Nous les avons constatés dans la grande lèvre (voy. obs. Ire) et ailleurs; mais souvent on les trouve répandus sur toute la surface du corps, au-dessous des téguments et des muscles , aux environs des articulations et renfermant une très-grande quantité de pus. Nos observations en ont présenté de nombreux exemples et souvent aucune douleur n’en avait révélé la présence pendant la vie.

f. Abcès du cœur. — Nous avons plusieurs fois aperçu de petits abcès formés dans l’épaisseur des parois du cœur, ou sous la membrane interne des cavités de cet organe, et tous les pathologistes en ont également rencontré

g. Abcès des reins. — Existent particulièrement dans la substance corticale.

h. Abcès de l’encéphale. — Sont disséminés dans les substances blanche et grise, dans les circonvolutions, paraissent ordinairement creusés dans un tissu sain et ne dépassent guère le volume d’un pois. Une attention suffisante démontre néanmoins des traces d'inflammation , telles que pseudo-membranes; hypérémie; ramollissements circonvoisins , etc.

4° Des épanchements purulents métastatiques.

Les chirurgiens paraissent avoir été surtout frappés de la fréquence des pleurésies chez les opérés , et ce sujet a été traité par eux avec soin , soit dans des thèses , soit dans des articles spéciaux (voy. p. 39). La plèvre est la seule grande membrane où les dépôts purulents métastatiques se rencontrent, et la raison nous en paraît donnée par la présence des suppurations des poumons. L’arachnoïde et le péritoine ne sont pas le siège habituel de ces sortes d’épanchements.

Les articulations sont souvent remplies de pus. et les

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ampoules synoviales juxtà-articulaires nous en onl aussi offert, quoique plus rarement. •

a. Pleurésies et pyothorax. — Nous n’avons observé aucun cas de pleurésie pyoèmique, sans coïncidence d’altérations pulmonaires, et nous croyons celte corrélation forcée. On a pu méconnaître les désordres du poumon à une époque où la recherche des abcès préoccupait surtout les hommes de l’art; mais aujourd’hui où les ecchymoses , les congestions et indurations sanguines, l’infiltration purulente doivent prendre place parmi les signes anatomiques les plus évidents de l’infection purulente, on ne rencontrera probablement plus dè pleurésies primitives avec des poumons parfaitement sains.

Les cas de pleurésies consécutives le plus remarquables sont ceux où des abcès érodés du poumon s’étaient ouverts et épanchés dans les plèvres; nous en avons signalé plusieurs exemples. Nous avons également constaté des pleurésies partielles. Dans d’autres cas les plèvres offraient seulement des pseudo- membranes à diverses périodes d’organisation. Ce sont la manifestement des preuves d’inflammation préexistante, et si l’on trouve des pyothorax sans altérations très-notables des plèvres, on devra se rappeler qu’il en est ainsi dans la plupart des épanchements pleurétiques ordinaires. Quelquefois le pus est mêlé a du sang ; il est sanieux, ou très-clair, très-séreux, ou bien parsemé de flocons blanchâtres , toutes conditions communes aux pleurésies inflammatoires.

Nous sommes loin d’attribuer les pleurésies et les pyothorax a la seule propagation d’une inflammation pulmonaire; nous faisons jouer aux globules de pus introduits dans la circulation le rôle déjà constaté de corpuscules irritants; mais nous n’en saisissons pas aussi maté-

riellement le mécanisme , obscurité inévitable dans l’ignorance où l’on est du mode d’exhalation et d’absorption des membranes séreuses.

b. Épanchements purulents articulaires. — L’inflammation des synoviales articulaires et les épanchements purulents consécutifs sont assez fréquents dans les pyoèmies. Tantôt la synoviale est sèche, comme rugueuse, tantôt baignée de pus , et alors blanchâtre et macérée. Le liquide épanché peut offrir des flocons albumineux, être un peu rougeâtre, ou consister simplement en sérosité sanguinolente. Lorsqu’un os a été scié dans une amputation et qu’une infection purulente mortelle s’est produite , il est assez commun de trouver du pus dans l’articulation supérieure. Ici la cause est évidente 5 l’inflammation s’est propagée par le canal médullaire, dans lequel on découvre ordinairement de la sanie et du pus-, mais dans beaucoup de cas des jointures très-éloignées du foyer de suppuration primitif sont le siège des épanchements, et nous devons invoquer, pour en rendre compte , et la présence des globules de pus et la facilité avec laquelle les membranes synoviales réfléchissent toutes les causes générales perturbatrices. Nous ne nous expliquons pas sans doute les disparitions subites du gonflement et des épanchements articulaires, et nous nous bornons à les constater.

c. Suppuration des ampoules synoviales. — Les suppurations des ampoules synoviales sont assez rares; mais on en possède des exemples et la cause en est probablement identique â celle des épanchements articulaires.

5° Des altérations du sang dans la pyoèmie.

La pénétration du pus dans la circulation ne nous pa-

DIAGNOSE

rail pas directement modifier la composition du sang. La sérosité purulente n’exerce, comme nos expériences l’ont démontré, aucune action toxique, et les éléments solides (granules et globules) n’ont également aucun effet appréciable sur l’état des globules sanguins. Nous voyons donc la une altération par mélange de matériaux étrangers, comme on l’observerait dans de l’eau a laquelle on aurait ajouté des parcelles de gravier.

Dès lors, le sang ne saurait devenir la cause des premiers accidents pyoèmiques, et d’ailleurs ce liquide se débarrasse très-vite des globules de pus , comme le prouvent les faits suivants :

Le pus injecté dans les veines d’un animal ne se retrouve pas dans le sang. Deux explications se présentent : ou les globules de pus ont été dissous, ou ils ont été déposés dans les trames capillaires. La première hypothèse est démentie: 1° par les expériences dans lesquelles on voit le pus rester très-longtemps en contact avec le sang, sans aucune modification apparente des deux liquides; 2° par l'inspection microscopique du tissu pulmonaire où l’on retrouve les globules de pus. Celte épreuve décisive

est la confirmation de la deuxième hypothèse élevée ainsi

a la hauteur d’une démonstration.

Chez l'homme les mêmes remarques ont été faites. A l’exception des veines par lesquelles le pus arrive dans la circulation , et où on le suit aisément jusqu’aux poumons, les autres vaisseaux n’en présentent pas de traces dans les premiers jours de l’infection purulente. Plus tard et après la formation des abcès métastatiques , on observe sou\ent des globules purulents dans tout le sang. Ce résultat dépend-il de l’introduction dans les veines d’une plus grande quantité du pus, cause primitive des acci-

iSO INFECTION PURULENTE OU PYOÈMIE.

dents, ou de la pénétration dans le sang du pus déposé consécutivement dans les collections métastatiques? Ces deux causes peuvent probablement se combiner. On trouve alors du pus dans tous les vaisseaux et l’altération du sang par mélange devient évidente.

Un autre ordre d’altérations du sang provient des troubles apportés a l’hématose et aux sécrétions par la présence des éléments solides du pus.

Le sang devient d’une coloration plus sombre et n’acquiert plus dans l’acte respiratoire les caractères complets de sang artériel. Aussi quelques pathologistes ont-ils considéré la teinte foncée et noirâtre du sang provenant alors des sangsues ou des scarifications , comme un des symptômes de la pyoèmie. Le fait est réel , nous l’avons constaté plusieurs fois et nous n’y avons pas vu la preuve d’une altération rendant le sang impropre à l’hématose, mais un résultat de l’imperfection de ce dernier acte. Il suffit pour s’en convaincre de laisser le sang exposé â l’air, dont le contact y ramène des nuances claires et rutilantes.

On est encore en droit de supposer, comme nous l’avons dit, que les troubles des fonctions du foie et des autres organes sécréteurs ne sont pas sans action sur la composition du sang, comme semble le prouver la nuance ictérique des téguments et du tissu cellulaire. Mais nous devons nous borner ici a une simple interrogation. Une troisième série d’altérations du sang pourrait dépendre des modifications précédentes. On a trouvé du pus réuni en collection au centre de caillots sanguins, dans les veines et les cavités du cœur. Était-ce réellement du pus? Ces petits foyers existaient-ils sur le trajet parcouru par le pus pour arriver d’un foyer primitif au cœur

DIAGNOSE. 481

et aux poumons , avant d’avoir traversé aucune trame capillaire? Ce sont des questions à éclaircir.

0° Altérations propres à V infection putride ( septicopyémie).

Nous avons vu l’infection putride compliquer dans quelques cas la pyoèmie (septico-pyèmie) , et nous avons cherché a en signaler les symptômes différentiels. Nous devions poursuivre la même étude pour l’anatomie pathologique, et nous croyons avoir constaté «les caractères anatomiques propres a faire distinguer sur le cadavre les deux affections.

La purulence est le trait distinct de la pyoèmie, tandis que la gangrène dénote essentiellement la nature de l’infection putride. Si l’élément putride introduit dans le sang est abondant et très-actif, la mort a lieu avant le développement d’aucune altération matérielle appréciable (voy. exp. 3o). Mais ces conditions existent rarement dans les complications de pyoèmie, seul cas où nous ayons à nous occuper de l'intoxication putride, et on trouve alors sur les poumons des saillies noirâtres, brunes ou grises, à parois molles, véritables phlyctènes gangréneuses remplies d’un sang altéré et spumeux. Les tissus affectés se déchirent sans résistance ou se rompent spontanément, et offrent des surfaces érodées grisâtres, irrégulières, comme découpées a l’emporte-pièce et plus ou moins étendues. La suppuration est tardive et se forme à la circonférence des parties mortifiées. Des pétéchies peuvent se montrer sur différents points du corps, et le sang subit probablement des altérations dont l’étude n’est pas assez avancée pour être abordée ici.

Plusieurs de nos expériences et de nos observations

cliniques nous ont offert des exemples de septico-pyèmie, et Ion trouvera, en les parcourant, la confirmation de ces caractères anatomo-pathologiques.

PROGNOSE.

Si nous admettions l’incurabilité de la pyoèmie, nous imiterions la plupart des auteurs qui nous ont précédé, en ne traitant pas du pronostic, et nous nous bornerions à signaler les conditions dans lesquelles la mort arrive avec plus ou moins de rapidité. Il n’en est pas de même dans la doctrine de curabilité dont nous avons exposé les preuves. La possibilité de guérisons fréquentes et souvent faciles rend au pronostic une très-grande valeur.

La gravité de la pyoèmie est subordonnée 1° à la quantité du pus introduit dans la circulation; 2° a la qualité de ce pus (septico-pyèmie); 3° aux conditions dans lesquelles se trouvent les malades.

1 0 Le danger est en raison directe de la quantité de pus

porté dans le sang.

a. Pyoèmies foudroyantes. — Nous avons admis des pyoèmies foudroyantes. C’est le cas où de très-grandes masses de pus pénètrent rapidement dans la circulation. Ainsi, un abcès, ouvert dans la veine cave inférieure, dans la veine porte, etc., peut déterminer la mort en peu d’heures (voy. exp. 15 et 16) ; c’est manifestement le plus haut degré de l’affection , et cependant dans l’opinion de beaucoup de praticiens, et par une étrange contradiction à laquelle ils n’ont certainement pas songé, ce ne serait pas la une pyoèmie, puisqu’a leurs yeux cette maladie serait toujours caractérisée par des abcès métastatiques.

PROGNOSE.

Or, il est de toute évidence qu'à moins d’admettre comme M. Velpeau la formation des abcès par affinités chimiques des globules de pus, supposition absolument démentie par les faits (voy. exp. lo et 16), jamais les collections purulentes n’auraient eu le temps de se produire. On trouve seulement dans les poumons des plaques emphysémateuses, des ecchymoses multipliées, et, dans les autres parties du corps, les traces ordinaires de l’asphyxie. Rien de plus simple et de plus logique. Les globules de pus arrêtés dans les capillaires y ont déterminé des épanchements d’air et de sang, et ont amené par leur nombre la suspension complète de l’acte respiratoire. Les malades succombent par défaut d’hématose, et les altérations s’offrent à leur période la moins avancée. Dans ce cas, le danger est extrême et la mort presqu’inévitable.

b. Pyoèmies aiguës. — Si la quantité du pus mêlé au sang est moins considérable, mais s’accroît incessaminent par l’arrivée dans la circulation de nouvelles masses de globules purulents, l’affection présentera un caractère d’acuité très-grave, et deviendra nécessairement incurable, si l’on ne parvient pas à en suspendre la source. II ne saurait y avoir de remède contre une cause morbide continue, et tout pyoèmique chez lequel la pénétration du pus dans le sang ne sera pas suspendue, périra inévitablement.

Si l’on parvient à prévenir l’introduction du pus dans la circulation par une amputation par exemple, dont le résultat est de faire disparaître le foyer purulent, cause première des accidents, les malades seront sauvés ou succomberont selon leurs conditions de vitalité et le degré des altérations produites. Dans le cas où la pyoèmie datera de peu de temps, où une portion seulement des poumons

aura été rendue impropre à l'hématose, ou le malade sera fort, bien constitué, d’une puissante résistance vitale, la guérison pourra avoir lieu. Mais si les désordres déjà développés sont très-nombreux, très-étendus, caractérisés par des suppurations viscérales multipliées, si la constitution était antérieurement mauvaise et débilitée, l’on devra conserver peu d’espoir et s’attendre à une terminaison funeste.

c. Pyoèmies chroniques. — La chronicité est le caractère le plus favorable de la pyoèmie. Le pus est alors porté en petite quantité dans le sang, et souvent d’une manière intermittente 5 les altérations sont peu considérables, se développent avec lenteur, et la résolution en devient facile , si l’on tarit la source de l’infection.

Nous avons puisé dans nos observations cliniques tous ces éléments de diagnostic. Chez un de nos malades amputé du bras au cinqième jour de l’invasion de la pyoèmie, la mort arriva le deuxième jour de l’opération, mais les veines du membre étaient remplies de pus, et l’on vit ce liquide s’en échapper en abondance au moment de la section des chairs (voy. p. 204 et 205).

Chez un autre blessé atteint d’infection purulente depuis cinq jours, l’amputation de la jambe n’empêcha pas la mort, mais ici comme dans le premier cas, les veines étaient gorgées de pus que la moindre pression faisait échapper par les orifices de la plaie (voy. obs. IV, p. 213).

Comparons ces faits à ceux des observations XXI, XXVI, XXVII. Nous voyons un amputé de la jambe atteint de pyoèmie chronique depuis un mois , parfaitement guérir, et la dissection du membre fait seulement constater une phlébite de la veine péronière. Chez la malade de l’observation XXI, p. 331, la phlébite existait à l'avant-

PKOGNOSE.

bras, et les veines du pli du bras avaient été divisées dans une tentative de suicide. La pénétration du pus dans le sang en était rendue difficile, aussi la pyoèmie eut-elle une marche chronique et se termina- t-elle par la guérison.

Même exemple pour un malade atteint d’otite (voy. obs. XXVII). Le pus était très-séreux, peu riche en granules et en globules, sécrété par une surface peu étendue 5 aussi les symptômes, quoique multipliés et trèsgraves, offrirent une certaine chronicité, et le malade put être sauvé.

Nous n’insisterons pas davantage sur cet ensemble de preuves , dont nos observations cliniques offrent de trèsnombreux exemples. La gravité de la pyoèmie est évidemment proportionnelle à la quantité du pus introduit dans le sang, et l’acuité de la maladie, l'intensité des symptômes, etc., permettent d’apprécier assez nettement l’imminence et les degrés du danger.

d. Présence du pus dans toute la masse du sang. — Dans les cas où le microscope permit de constater la présence du pus dans la totalité du sang, des désordres étendus avaient eu lieu et de vastes suppurations occupaient l’épaisseur de quelques viscères. La mort nous a paru constante dans ces conditions, et l’examen microscopique d’une goutte de sang aux diverses périodes de la pyoèmie pourrait ainsi devenir un moyen de diagnostic.

2° Les qualités du pus ont beaucoup d’influence sur les terminaisons de la pyoèmie.

Nous avons montré l’infection purulente produite par les éléments solides du pus, et nous avons décrit sous le nom de septico-pyèmie un autre état plus grave dépendant du mélange au pus d’un élément putride.

De la plusieurs indications pour le pronostic. Un pus séreux est moins dangereux qu’un pus épais et presque entièrement composé de globules. Un pus louable, sans . odeur, provoque des accidents moins graves qu’un pus altéré et fétide. C’est au chirurgien a apprécier ces différences , et nous verrons quelles règles il en doit tirer pour le traitement.

3° Les conditions dans lesquelles se trouvent les malades sont d’une grande importance pour le pronostic.

La constitution , l’âge, les maladies antérieures, les hémorrhagies, l’encombrement, une épidémie régnante, 1’abâttement moral, la nature des plaies, sont d’importants éléments de diagnostic.

a. Constitution. — Les hommes secs et vigoureux, ayant la poitrine large, l’appareil respiratoire développé , la circulation libre et énergique, comme les montagnards, résistent mieux â la pyoèmie que les blessés d’un tempérament lymphatique, â chairs molles, à respiration courte, dont les vaisseaux sont d’un petit calibre, et chez lesquels on remarque, à la suite des moindres efforts, des palpitations et des suffocations plus ou moins intenses. Les premiers sont peu sujets aux, suppurations; ils ont le sang bon, selon une expression populaire; les seconds présentent facilement des ecchymoses, des engorgements, des abcès. Ces différences tiennent manifestement à des degrés inégaux de développement et d’activité dans les organes de la circulation et de l’hématose, et expliquent comment des globules de pus mêlés au sang ne produiront pas chez tous les malades des effets semblables.

b. Age. — Il serait intéressant de savoir quelle est la proportion relative des différents âges dans un nombre

PROGNOSE.

donné de pyoèmiques , et les médecins des hôpitaux d’enfants ou de vieillards pourraient fournir de curieux renseignements à cet égard. Mon expérience personnelle, sur laquelle je me fonde avec beaucoup de réserve, me porterait à considérer le jeune âge comme une condition avantageuse pour la cure de l’infection purulente. J’ai observé très-peu d’enfants pyoèmiques, et nous avons vu, dans nos expériences sur les animaux , les jeunes chiens résister infiniment mieux aux injections de pus. A l’époque de l’accroissement organique, toutes les fonctions sont très-actives, les résolutions morbides ont lieu trèsvite, et l’assimilation jouit d’une remarquable puissance. Ce sont autant de motifs d’admettre la plus grande facilité avec laquelle les parenchymes supportent alors la présence des globules purulents, et s’en débarrassent en les liquéfiant.

c. Maladies antérieures. — Toute cause d’affaiblissement aggrave le pronostic de la pyoèmie, et â ce titre les maladies antérieures ou coexistantes sont d’une influence fâcheuse.

d. Les hémorrhagies. — Les pertes de sang , telles que les hémorrhagies traumatiques , prédisposent â l’invasion de la pyoèmie et doivent dès lors en rendre la guérison plus difficile. Ce résultat dépend probablcmentde l’affaissement moral où l’inquiétude plonge le malade , et de la plus grande tendance aux suppurations qu'offrent les constitutions affaiblies. J’ai entendu autrefois des hommes d’une incontestable autorité annoncer que la ligature de la principale artère d’un membre serait un moyen trèsefficace d’arrêter la marche d’une inflammation par suspension du sang artériel ; mais l’expérience m’a démontré la fausseté de cette supposition. J’ai observé plusieurs

exemples de suppurations abondantes et intarissables survenues dans des organes dont la circulation du sang rouge avait été en partie suspendue par la ligature des artères (voy. p. 24). Les hommes les plus vigoureux sont le moins sujets aux abcès. Ces laits sont , je crois , de nature h modifier beaucoup d’idées théoriques mal fondées.

e. Encombrement ; air vicié; mauvaise alimentation. — La cause la plus ordinaire des terminaisons funestes dont s’affligent chaque jour les hommes de l’art, est principalement, on ne saurait trop le répéter, dans les mauvaises conditions hygiéniques auxquelles les malades se trouvent soumis. Sous ce rapport le pronostic a porter sur l’issue d’une infection purulente, dépend beaucoup du plus ou moins d’encombrement des locaux où a été placé le blessé , de la pureté de l’air, de la qualité des aliments. Faites respirer à un pyoèmique un air impur, et il succombera 5 tandis qu’il eût pu être sauvé avec de meilleures conditions d’aération (voy. obs. XXIX). Nous reviendrons sur ces importantes questions en nous occupant du traitement.

f. Épidémie régnante. — Toute épidémie d’infection purulente existant dans une salle, est un danger de mort pour les malades. C’est la manifestation d’une cause morbide continue , et il leur est difficile d’y résister.

g. Abattement moral. — Un moral ferme est une chance de guérison. La tristesse, l’abattement, l’inquiétude , le désespoir, sont des chances de mort.

h. Nature des plaies. — Si la suppuration d’où provient la pyoèmie est accessible aux ressources chirurgicales et peut être tarie, le danger est moindre, et la guérison possible. Même pronostic, si la source du pus est peu étendue, bornée a une seule veine, ou a des organes sans

TRAITEMENT

communication facile avec les veines supérieures ou centrales (voy. obs. XXI). La pénétration d’un pus fétide (septico-pyèmie) est toujours une circonstance aggravante.

t. Intensité des symptômes. — On peut en général apprécier la gravité de la pyoèmie par l’intensité des symptômes. Des frissons violents, un grand abattement, une teinte ictérique très-prononcée, un amaigrissement rapide, l’accélération incessante des inspirations, etc., sont d’un fâcheux augure, mais ne sauraient toujours annoncer une terminaison mortelle.

Ces simples indications, dépendant de la considération de trois états principaux où l’on rencontre le pus sous le rapport de la quantité, de la qualité et de la facilité â en atteindre la source, permettent d’apprécier assez exactement la mesure du danger de toutes les lésions chrirurgicales . devenues causes de l’infection purulente.

TRAITEMENT

Un des grands avantages de la doctrine développée dans cet ouvrage, est la possibilité de comprendre et de formuler les indications rationnelles du traitement de la pyoèmie. Jusqu’à ce jour, on s’était empiriquement livré à la recherche d’une substance antipyèmique, et l’on avait espéré la découvrir, comme on avait antérieurement trouvé le quinquina, le virus vaccin et le mercure, contre les fièvres intermittentes, la variole et la syphilis. Les chirurgiens sont particulièrement tombés dans cette erreur.

Voici en quels termes s’exprime M. Bérard, au sujet du traitement de l’infection purulente : «Ce que je viens

«de dire du pronostic (terminaison funeste a peu près «constante) fait deviner qu’il n’existe aucune méthode «satisfaisante de traitement de l’infection purulente. On a «été réduit jusqu’ici à des tâtonnements, à des essais. « MM. Leuret et IIamont ont recommandé la saignée, etc. «Je pense qu’elle augmenterait en pure perte l’état de « prostration des malades.

«Le sulfate de quinine supprime souvent les accès de « froid , et quelquefois môme son administration est sui- «vie d’une amélioration évidente 5 mais cela n’empêche «pas la terminaison funeste de la maladie. Peut-être fau- «drait-il donner le sulfate de quinine â très-haute dose?

«Sanson administrait l’émétique â dose rasorienne. « M. Blandin cite un cas de guérison chez un blessé qu’il « avait couvert de vésicatoires, et auquel il avait adminis- « tré en même temps les sudorifiques et les diurétiques; « d’autres ont fait usage des frictions mercurielles. On «a essayé l’acétate d’ammoniaque. Encore une fois, ce «sont des essais : la thérapeutique de l’infection puru- « lente n’est pas encore fixée1.»

M. Velpeau est du même avis : « Le traitement de l’in- « fection purulente, dit ce savant professeur, n’a rien de «bien fixe. J’ai fait usage des antiphlogistiques locaux et « généraux chez un grand nombre d’opérés ; je les ai pous- «sés et vu pousser aussi loin que possible, et je dois «avouer que j’ai rarement pu en constater des avantages « positifs. Les purgatifs m’ont paru avoir des avantages «réels, quand ils étaient administrés de bonne heure. « L’émétique a été employé à haute dose; il a été vanté «par plusieurs personnes, par Lænnec entre autres, par «Breschet, Sanson aîné. On en a cité des exemples de «succès. J’ai été moins heureux que ces praticiens, caries

TRAITEMENT

«malades auxquels je l’ai donné sous cette forme ont « succombé comme presque tous les autres. L'oxide blanc «d’antimoine, également b haute dose, comme un gros «ou deux, n’a pas produit de meilleurs résultats. Il en est «de même du camphre, de l’éther, des préparations «thébaïques, de l’acétate d’ammoniaque et autres subs- « lances diffusibles et excitantes; loin d’être utiles, elles «m’ont paru précipiter la marche des symptômes et hâter « leur terminaison fatale.

«Par le sulfate de quinine, on détruit, comme l’ont «fait MM. Maujolin et Blandin, la périodicité des fris- « sons, mais la marche de la maladie n’est pas pour cela « entravée.

« Les grands vésicatoires ne doivent pas être négligés ; « on les combine avec les médicaments administrés à l’ex- «térieur. M. Blandin dit avoir réussi sur un malade. Vous «voyez, Messieurs, que nos ressources sont bien peu «abondantes etefficac.es dans l’infection purulente; en «un mot, que notre thérapeutique est très-incertaine en « présence de celte maladie1.))

M. Fleury termine un chapitre fort complet sur les moyens de traitement employés contre la pyoèmie par ces paroles : «Il faut se rappeler constamment que la pyoè- « mie, lorsqu’elle existe, domine par sa gravité toutes les «affections primitives ou consécutives dont elle peut être «accompagnée, et que c'est contre V altération du sang «qu’il faut diriger tous les moyens, hélas! trop souvent «insuffisants, que nous fournit la thérapeutique2.))

Nous n’avions pas manqué b la vérité, comme on le

1 Velpeau, Leçons orales, loc. cit., p. 82.

2 Fledky, loc. cit , p. 110.

voit par ces citations, en signalant la nullité et l’empirisme des moyens conseillés pour la cure de l’infection purulente.

Comment combattre rationnellement des altérations du sang dont on ignorait la nature? Comment obtenir des guérisons par une méthode de traitement digne de quelque attention, si l’on agissait au hasard, et si l’on ne pouvait rattacher a aucune explication , ni à aucune série de faits constants, les rares succès obtenus?

Nous croyons être sorti de ce dédale, et nous réduisons 'a quatre indications générales nos préceptes thérapeutiques :

•1° Prévenir toutes les causes de la pyoèmie;

2° Arrêter la pénétration du pus dans le sang dès que la maladie est déclarée;

3° Faire disparaître les inflammations locales déterminées par la présence des globules de pus ;

4° Combattre la nature gangréneuse de la septicopyémie.

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