SYMPTÔMES
La symptomatologie de l’inflammation de la glande sous-maxillaire revêt des caractères bien différents, suivant qu’on a affaire à une inflammation propre ou à une inflammation provoquée par les différentes causes que nous avons énumérées plus haut. Dans le premier cas, nons avons vu qu’elle atteignait des sujets avancés en âge et affectés d’une maladie grave concomitante. Chez eux, la sensibilité est devenue obtuse, en même temps que les grandes fonctions ont perdu de leur activité; chaque organe semble vivre et souffrir isolément. Incapable de réagir, l’individu paraît devenir inaccessible aux impressions. C’est ainsi que les vieillards affectés des maladies les plus graves se plaignent à peine d’un peu de malaise. Que de déceptions, que de graves mécomptes, si l’on s’attendait à trouver chez eux les caractères si tranchés de la maladie de l’âge moyen ! On ne
doit jamais oublier, selon le précepte de Grisolle, que, dans un âge avancé, les lésions les plus graves peuvent coïncider avec un petit nombre de symptômes en apparence fort légers.
Dans le second cas, l’affection atteint en général des sujets jeunes et en bon état de santé, La formation fréquente de nouveaux calculs, déterminant des inflammations répétées de l’organe, est bien de nature à porterie trouble dans les fonctions organiques de l’indivi lu et à l’affaiblir considérablement; mais il n’y a ici qu’un organe qui soit réellement malade, et un organe d’une importance secondaire. Dans le premier cas, au contraire, c’est une maladie grave qui domine, et dont la lésion glandulaire n’est qu’une manifestation ultime.
L’affection dont le malade est atteint (la pneumonie, ordinairement) semble d’abord suivre son cours habituel, et rien ne semble encore présager une terminaison promptement funeste, lorsqu’on voir survenir dans l’état du malade une aggravation marquée : le pouls devient plus précipité, la température s’élève, la langue s’encroûte de fuliginosités; alors apparaît sur la partie latérale de la région sus-hvoïdienne, sous la mâchoire inférieure, une tumeur presque indolente, dure, irrégulière, fixe, située profondément. La peau présente son aspect normal. En pressant sur la parlie gonflée, on provoque de la douleur. En faisant ouvrir la bouche au malade, on ne remarque rien dans cette cavité qui puisse expliquer le gonflement qu’on a sous les yeux. Si l’on fixe, avec le pouce de la main droite placé sous le maxillaire, cette partie saillante et qu’on promène l’index de la même main sur le trajet du canal de Warthon, on ne sent aucune saillie dans ce conduit. Tout, en un mot, est à l’état normal dans la cavité buccale ; la glande sous-maxillaire, limitée par l’exploration, présente seule une augmentation de volume. Telles sont les seules manifestations qu’on remarque pendant les premières heures de cette singulière affection. Toutefois, l’inflammation glandulaire va faire des progrès rapides, en même temps
que l’affection principale. Le lendemain, on est fixé sur la gravité du pronostic qu’on se voit obligé de porter. En pressant sur la partie externe de la tumeur, la bouche du malade étant ouverte, on voit sourdre, par l’orifice du canal de Warthon, une gouttelette de pus, signe pathognomonique, dans ce cas, de la suppuration de la glande. L’état du malade s’aggrave de plus en plus; la face s’altère, elle devient jaunâtre, le pouls devient petit, filiforme; il survient du coma ou du subdelirium; la respiration s’embarrasse, puis la mort survient.
Nous avons dit plus haut que les calculs salivaires constituaient à peu près la seule cause qui, en provoquant de fréquentes inflammations de la glande, pût en déterminer la suppuration. Nous ne devons pas faire ici l’histoire de la lithiase salivaire, et, malgré tout ce qu’aurait d’attrayant cette curieuse affection, nous ne pouvons que la signaler en passant, sous peine de sortir du cadre que nous nous sommes imposé. Lorsque les calculs siègent vers l’extrémité buccale du canal de Warthon, le doigt les sent facilement; mais s’ils se trouvent dans la glande, comme cela arrive quelquefois, ou vers l’origine du conduit excréteur, le diagnostic en sera très-difficile. Toutefois, le cathétérisme fera souvent reconnaître la présence d’un corps étranger que le doigt ne pouvait sentir. Nous avons bien peu de chose à dire sur la terminaison de la maladie. Dans le cas d’inflammation propre de la glande, il ressort de ce qui précède que l’on doit s’attendre à un dénoûment promptement fatal. Lorsque l'inflammation est provoquée par des corps étrangers, elle se résout d’ordinaire assez promptement, après avoir fait disparaître la cau^e qui l’avait amenée.