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De l'influence de l'esprit sur le corps

Uuelles que soient les opinions que l'on professe en matière de philosophie, que Ton soit spiritualiste ou matérialiste scientifique, chacun reconnaît l'influence réciproque qu'exercent l'un sur l'autre l'esprit et le corps, le moral et le physique.

Il serait, certes, intéressant de tenter une définition rigoureuse de ces mots que l'on emploie si fréquemment et de montrer les transformations que subit la notion de l'âme, quand on passe du dualisme des religions au

monisme de la philosophie naturelle.

Mais ce n'est pas là le but de ma conférence d'aujourdhui et je me contenterai, pour le moment, d'une définition sommaire.

Quand je; parle de l'esprit, du moral, de l'âme, si vous voulez, j'entends par là les idées, les représentations mentales, les sentiments, toutes ces choses qu'on ne voit pas, dont nous ne prenons connaissance que par la conscience.

Le physique, c'est le corps tout entier, y compris le cerveau avec son milliard de cellules et de fibres, avec les organes des sens, ces délicates antennes qui le mettent en rapport avec le monde extérieur. Ce corps, il

existe, nous pouvons le voir, le toucher. Nous ne doutons aucunement de sa réalité, de sa matérialité, malgré les raisonnements spécieux de quelques philosophes qui ont poussé l'idéalisme à outrance.

Dire que le physique a une influence sur le moral, c'est donc affirmer que l'état de notre corps peut modifier nos idées, nos sentiments, nos états d'âme. Inversement, si nous admettons une influence de l'esprit sur le corps, cela veut dire que les représentations mentales que nous nous faisons, les sentiments qui nous animent, peuvent retentir sur le corps et modifier le fonctionnement de ses organes.

Mon but est, avant tout, de montrer l'influence de l'esprit sur le corps, mais, pour la bien comprendre, il est nécessaire d'envisager le problème inverse et d'analyser sommairement l'influence du physique sur le moral.

La dépendance de l'âme vis-à-vis du corps commence au berceau et ne finit qu'à la tombe.

Par le fait de l'hérédité et de l'atavisme, nous naissons déjà orientés dans certaines directions, nous entrons dans ce monde plus ou moins bien doués. C'est là un héritage que nous sommes obligés d'accepter sans bénéfice d'inventaire et, pendant toute notre existence, nous ne vivrons que de ce capital et des intérêts que nous

saurons en tirer par une sage administration.

Il y a des malheureux qui naissent idiots; leur cerveau est arrêté dans son développement, déformé, et c'est avec des peines infinies que des éducateurs dévoués réussissent à faire apparaître chez ces pauvres êtres quelques manifestations d'intelligence.

A un degré moindre, la maladie cérébrale se traduit par l'imbécillité.

Moins avancée encore, elle produit ces états de déséquilibre mental si fréquents, qui souvent s'exagèrent dans les générations successives et peuvent aboutir à la dégénérescence d'une famille ou d'une race.

On reconnaît volontiers que nos

facultés intellectuelles sont liées à la constitution même de notre cerveau.

Nous disons d'un homme qui manifeste une intelligence supérieure:

c'est une tête bien organisée. Nous lui supposons un cerveau bien développé, fonctionnant facilement, capable d'un travail régulier de réflexion logique. Il y a des gens qui ont de la mémoire, d'autres de l'imagination; les uns ont le travail facile, d'autres se distinguent par leur persévérance.

Nous sentons très bien que s'il nous est possible, dans une certaine mesure, de cultiver ces qualités ou de les laisser s'atrophier par manque d'usage, elles nous sont, en somme, données à la naissance.

On semble oublier qu'il en est absolument de même des qualités morales. Dès les premières années de la vie, avant que les influences éducatrices aient pu s'exercer, avant la contagion si puissante de l'exemple, nous surprenons chez l'enfant les germes des qualités et des défauts moraux futurs.

Tel enfant est, dès le début de sa vie, docile et doux, sensible et bon; l'autre est rebelle et dur, indifférent ou même cruel. L'égoïsme et la tendance au mensonge se manifestent souvent de bonne heure. L'enfant n'a pas encore la raison, nous n'osons pas encore parler de responsabilité, et déjà nous constatons chez lui l'empreinte parfois

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