‹ De l'influence de l'esprit sur le corpsChapitre 2 sur 3 · IO · texte numérisé non relu

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indélébile de l'hérédité, les tares morales innées.

Dans bien des cas la déchéance cérébrale s'étend à la fois à l'intelligence et au sentiment moral; le sujet est aussi peu intelligent qu'il est vicieux. D'autre part, on voit de pauvres êtres, déshérités au point de vue intellectuel, présenter le contraste touchant d'un bon cœur, d'une vive sensibilité affective qui les rend sympathiques.

Enfin, bien plus souvent qu'on ne pense, les dons les plus brillants de l'intelligence s'allient avec une absence totale de sens moral. Le fou moral, ou plutôt le débile moral, existe et n'est pas rare. Il peut dominer par l'éclat de sa froide intelligence, par son in-

domptable énergie, par son imperturbable sang-froid, mais son intelligence est fragmentaire, elle ne lui fait pas voir la différence qu'il y a entre le bien et le mal. En dépit de l'éducation, ces notions lui sont totalement étrangères. De même qu'il y a des personnes dénuées de tout sentiment musical, pour lesquelles la musique n'est que le plus désagréable des bruits, il y a des êtres qui n'ont jamais éprouvé l'entraînement du bien, dont le cœur n'a jamais battu pour une idée noble.

Ce sont les pires déshérités, ceuxlà, malgré la situation enviée qu'ils peuvent parfois occuper dans le monde.

Et, qu'on ne l'oublie pas, cet héritage intellectuel et moral est physique dans son essence. Ce ne sont pas des qualités ou des défauts tout faits que transmet la procréation. Nous ne naissons pas musicien, poète, savant, homme d'état; nous ne sommes pas d'emblée prédestinés à devenir homme de bien ou criminel. Nous naissons simplement avec un cerveau plus ou moins bien organisé, plus ou moins apte à réagir sous l'influence des excitations qui lui jmrviennent et qui entretiennent ce jeu constant d'associations d'idées que nous appelons la vie de l'âme. J'irai plus loin et je dirai que toute pensée étant nécessairement liée aux phénomènes physi-

ques ou chimiques dont le cerveau est le siège, l'esclavage est plus complet encore, et que toutes les manifestations les plus élevées de la pensée, toute notre vie intellectuelle et morale dépendent, avant tout, de l'état de notre cerveau.

Il vous semblera, peut-être, que cette thèse n'est acceptable que pour les partisans du matérialisme le plus absolu. Sans doute, les matérialistes de doctrine, comme aussi les déterminist seront les premiers à donner leur adhésion. Mais ce n'est pas la question métaphysique que je veux aborder ici.

Il m'importe peu qu'on considère La pensée comme le produit de l'activité cérébrale, ou, qu'en spiritualiste con-

vaincu, on ne veuille voir dans le cerveau que le merveilleux instrument dont se sert l'âme immatérielle pour se manifester. Ce sont là questions insolubles.

Dans les deux cas, qu'on le remarque bien, le fonctionnement cérébral défectueux se traduit par le trouble de la pensée. Nous sommes, en fin de compte, tous forcés d'admettre la concomitance constante des faits de conscience et du travail cérébral, ce que l'on a appelé, en d'autres termes, le parallélisme psychophysique.

Je trouverais facilement parmi les philosophes protestants, défenseurs du libre arbitre, des écrivains qui signalent cet esclavage de l'âme vis-à-vis

du corps, mais leur témoignage pourrait paraître suspect; il est entaché de libre examen. Je préfère recourir à un représentant de l'orthodoxie catholique. Ecoutez ce que dit, à ce sujet, un prélat français, Mgr. d'Hulst, dans ses « Mélanges philosophiques » :

« Nous avons tous été élevés dans l'admiration d'une formule dont l'auteur est M. de Bonald, mais dont Descartes est l'inspirateur: L'âme est u?ie intelligence servie par des organes.

« Le moindre défaut de cette définition, c'est d'être très incomplète.

( 1 /intelligence est servie par les organes; servie, oui, sans doute, mais assujettie aussi. Il est vrai que tout

maître de maison est plus ou moins assujetti à ses domestiques.

« Mais, en consentant à se servir luimême, il pourrait s'affranchir de cette dépendance.

« L'âme n'a pas cette ressource.

« Et la dépendance va plus loin.

« S'il ne s'agissait que de la partie inférieure de la vie psychique, la sensation, voire la perception des corps, on pourrait dire: L'âme dépend des organes dans toutes les opérations qui ont leur point de départ au dehors.

Mais dans sa vie propre, dans ses opérations intellectuelles, elle est maîtresse et non servante, elle ne dépend pas du corps.

« Malheureusement pour la théorie,

il n'en va pas ainsi. Même dans l'acte le plus pur de l'intelligence, il y a un concours nécessaire, un concours important des organes.

« Le cerveau travaille dans le crâne du penseur. Il y a des vibrations de cellules dans la couche corticale du cerveau; il y a, pour les rendre possibles, un afflux sanguin d'autant plus abondant que l'effort intellectuel est plus intense; il y a une élévation de température qui en résulte; il y a enfin une combustion de matière organique. Plus l'âme pense, plus le cerveau brûle de sa propre substance.

Et c'est ainsi que le travail de tête engendre, autant et plus que le travail dos muscles, la sensation de la faim.

Vn/nu's, L'influence de l'esprit. 9e èdit

« Enfin, si ce travail est excessif, il y a fatigue, douleur dans l'encéphale; et la prolongation de cet excès entraîne un état morbide, quelquefois même des lésions matérielles que l'autopsie pourra reconnaître après la mort, et qui seront comme la signature terrible de l'animalité, laquelle ne permet pas qu'on l'oublie quand on veut faire la part de l'esprit. »

On ne saurait mieux dire.

Mais, direz-vous, cet esclavage est révoltant. Comment, tout ce que nous sommes, au point de vue mental, moral, dépend de l'état matériel de notre cerveau? Eh oui! Tout état d'âme suppose un état cérébral correspon-

dant, et, quelles que soient les doctrines métaphysiques auxquelles nous voulons nous rattacher, l'âme reste chevillée au corps pendant toute la durée de notre existence.

Non seulement nous naissons déjà doués de certaines qualités ou disgraciés par la nature, mais encore nous subissons tardivement le joug de l'hérédité à un âge avancé, alors que nous pouvions espérer y avoir échappé.

C'est ainsi qu'on voit la folie ou l'épilepsie, qui, elle aussi, entraîne des troubles mentaux, atteindre successivement, au même âge, des membres de la même famille. Sans cause appréciable autre que celle de la dis-

position innée, latente, on voit subitement sombrer une intelligence qui semblait se développer normalement.

Les maladies du corps modifient nos états d'âme. Nous subissons le délire des fièvres, nous succombons mentalement sous l'influence des poisons. Le chaud, le froid, l'air pur ou l'air vicié, la pression barométrique, les aliments que nous ingérons agissent sur notre physique et sur notre moral.

Songez aux états d'âme que crée l'ivresse alcoolique, et vous saisirez d'un coup le trouble qu'apporte dans la pensée, dans l'âme, l'intoxication de la cellule cérébrale.

Un exemple typique de cette ac-

tion du corps sur l'esprit nous est fourni par l'effet de l'extirpation de la glande thyroïde. Autrefois, dans les opérations du goitre, devenues si fréquentes aujourd'hui, on enlevait toute la glande sous prétexte qu'elle ne sert à rien. Il a fallu revenir de cette opinion. Il est arrivé que des gens, normaux auparavant, sont tombés, à la suite de cette opération, dans un état de crétinisme. Non seulement les traits se sont bouffis, le front s'est ridé, les lèvres sont devenues grosses, la figure a pris l'aspect sénile, mais l'intelligence a souffert, et les malades sont tombés dans un état de torpeur intellectuelle. Le même état peut survenir sans opéra-

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