‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 10 sur 25 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Surexcitation névropathique générale ou proléiforme.

Cette forme de la surexcitation nerveuse mérite bien d'être placée en première ligne , tant à cause de sa fréquence , que pour les raisons qui résulteront de l'appréciation de ses phénomènes. Il n'est aucune cause physique ou morale qui ne puisse donner lieu à son développement ; on la voit néanmoins le plus souvent se manifester à la suite des émotions pénibles ou agréables, des inquiétudes, des contrariétés souvent légères, qui sont les compagnes inséparables de la vie sociale.

La surexcitation névropathique générale est plutôt caractérisée par la multiplicité et la variabilité de ses symptômes, que par leur analogie apparente ou par la prédominance d'un ou de plusieurs d'entre eux.

État d'abattement ou de tristesse vague t, bizarreries dans le caractère, impatiences, antipathies, tressaillemens involontaires, frayeurs sans motifs ou pour les motifs les plus futiles, sentiment de constriction plus incommode que douloureux à la ré-

( so ) gion épigastrique, volutations intestinales, flatuosites , anxiétés précordiales, pandiculations, bouffées de chaleur, anhélation, étouffemens, palpitations on syncopes momentanées; enfin, dans quelques cas, effusion plus ou moins abondante de larmes, après laquelle il est assez ordinaire que tout rentre dans Tordre : tels sont les principaux phénomènes qui , avec leurs nuances multipliées, caractérisent cette première forme de la surexcitation, et que l'on voit se manifester tantôt isolément, tantôt dune manière successive.

Ainsi que ces mouvemens de l'ame nommés affections, sentimens, actes instinctifs, avec lesquels ils ont une frappante analogie, puisque, à tout prendre, ils nen sont que l'exagération; les phénomènes que nous venons d'énumérer ont leur point de départ et leur siège primitif dans un ou plusieurs organes de la vie de nutrition. Indices certains d'un accroissement dans limprcssionnabilité nerveuse ganglionaire , ils répondent assez exactement à ces divers états, connus dans le monde sous le nom de vapeurs , de maux de nerfs , de nerfs agacés, de mobilité nerveuse, etc., etc. Comme ils se dissipent le plus ordinairement a\ cila disparition ou l'affaiblissement des causes qui les ont provoqués, il faut les considérer connue constituant, non pas une véritable maladie , niais plutôt une manière d'être intermédiaire entre l'exci

(SI ) talion physiologique et l'excitation morbide; ou bien encore, et il importe de ne pas L'oublier, comme le degré le plus avancé de la prédisposition aux autres formes de la surexcitation nerveuse. Il est une variété de céphalalgie à laquelle sont sujettes les personnes nerveuses, irritables, et qui peut être aisément rapportée à la surexcitation nerveuse protéiforme. Les causes les plus légères suffisent pour l'occasioner, telles qu'une attention soutenue accordée à la lecture, une représentation théâtrale qui a fortement préoccupé l'esprit, l'action d'une vive lumière, celle de certaines odeurs, etc., etc. Cette céphalalgie se fixe particulièrement sur le front, où elle produit un .sentiment douloureux de pesanteur et de constriction; elle disparait, au reste assez rapidement, si les causes qui la produisent ne sont pas persistantes.

On voit assez souvent des désordres nerveux passagers pouvant être rattachés à la surexcitation névropathique , se manifester pendant la durée des maladies aiguës , et surtout des phlegmasies gastrointestinales, qui, de toutes les affections morbides, sont les plus susceptibles de réagir vers le cerveau et de le surexciter sympathiquement. Indépendamment de cette particularité, l'on rencontre des individus chez lesquels une douleur légère, une fièvre modérée, provoquent l'insomnie , l'agitation, des vertiges, le délire. On en voil d'autres qui,cons-

tamment absorbés par Fidëe de leurs maux, dominés par des craintes sans fondement , se livrent au découragement avec la plus grande facilité, et présentent une foule depiphénomènes anormaux qui ne reconnaissent d'autre cause que la surexcitabilité nerveuse, et qui, masquant souvent la physionomie de la maladie principale , réclament toute l'attention du praticien.

Lorsque Ton observe la surexcitation nerveuse sous la forme que cet article a pour but de faire connaître , il faut bien, sans doute, faire la part de l'inaction , de la mollesse et même d'une sorte de mode ou d'habitude, surtout chez les femmes du grand monde, qui la présentent si souvent; mais il est nécessaire de reconnaître aussi , que dans maintes circonstances elle est uniquement la manifestation de la disposition héréditaire du système nerveux, à laquelle elle se trouve intimement liée. Les faits sui vans , nous l'espérons, en fourniront la preuve convaincante.

/."" Fait. — M. L***, ancien pharmacien. Agé de soixante-dix ans, s est toujours fait remarquer par la bizarrerie de ses goûts et de ses manières. I! est très-sensible à la douleur physique, et cette sensibilité se dévoile chez lui par des spasmes, des étouffemens, des syncopes, quelquefois même par <!<' légers mouvemens convulsifs. Il en es1 de

( 83 ) même de la seule idée de cette douleur; ainsi M. L***, au seul aspect de l'instrument destiné à lui inciser un furoncle, était pris chaque fois de tremblemens involontaires qui faisaient ajourner cette petite opération, et qui forcèrent même à y renoncer. Nous avons pu nous convaincre dans maintes circonstances , et notamment pendant une maladie grave dont sa femme fut affectée en 1834, que les souffrances morales produisent les mêmes effets chez M. L***.

En 1832, époque à laquelle nos relations ont commencé avec M. L*** , il avait , depuis environ quinze ans, une supension bien marquée à chaque cinquième ou sixième pulsation du pouls. ïl lui arrivait souvent de nous faire constater cette particularité, et de nous demander, en plaisantant, ce que nous penserions d un malade qui la présenterait comme lui. Cette anomalie, qui s était manifestée sans cause connue , qui existait aussi sans dérangement de la santé et sans aucun signe appréciable de lésion organique, a disparu, en Mai 1836, à la suite dune évacuation abondante par l'anus, d'un sang noirâtre, demi-coagulé, et entièrement semblable à celui que Ton trouve après la mort dans les gros troncs veineux : la quantité qui en fut rendue dans une nuit pouvait être évaluée au moins à six livres. M. L***, faible et abattu à l'excès , était persuadé qu'un gros vaisseau s'était

rompu, et que sa lin était prochaine et inévitable. Il n'en fut rien pourtant; au contraire, l'intermittence du pouls, dont nous n'entreprendrons pas d'expliquer le mécanisme, mais qui tenait, sans aucun doute, à un état particulier de l'innervation, n'a plus été remarquée depuis lois. Une chose bien digne de remarque , c'est que, soit que la surexcitabilité nerveuse eut été diminuée par l'évacuation sanguine dont il a été parlé, soit qu'elle se trouvât émoussée par les progrès de l'âge , toujours est-il qu'elle ne s'est pas manifestée par les mêmes phénomènes, lorsque, deux ans plus tard, M. L*** perdit sa femme , et que , sans être, indifférent à cette perte ainsi qu'à une foule de tracasseries qui en furent les conséquences, il les supporta avec une sorte de calme et de résignation.

Le père de M. L*** était doué d'une constitution éminemment nerveuse; il s emportait violemment pour la cause la plus légère. Une de ses sœurs , non mariée, a été et est encore sujette aux attaques de nerfs. Un de ses frères est le père de la personne qui va faire le sujet de l'observation suivante.

/// Fait. — M. A. L***, neveu de M. L***, est

d'une constitution sèche , d'un caractère vif et emporté. Il sent vivement les sou lira mes physiques et les douleurs de dents, auxquelles il est très-

sujet , lui occasionent des mouvemcns spasmodiques variés, qui ne sont souvent interrompus que par la syncope. Bon et compatissant, il prend une part très-active même aux maux des personnes qui lui sont étrangères, et les affections morales ne l'impressionnent pas moins fortement.

Lors de son séjour au collège , M. A. L*** a été sujet, pendant plusieurs années, à un hoquet fatigant et prolongé qui se manifestait après les repas ou après l'agitation de la récréation, et qui trèsfréquemment l'empêchait de vaquer à ses devoirs.

Les boissons alcooliques prises même avec modération produisent chez M. A. L*** une surexcitation remarquable. Il est d'abord bruyant à l'excès ; puis, sentant bientôt le besoin du repos, il se couche sur le premier endroit venu. Ses membres sont roides, ou agités de mouvcmens irréguliers; la peau est presque insensible, la tête renversée en arrière; les yeux restent tantôt fermés, tantôt largement ouverts et fixes. M. L*** entend et voit ce qui se passe autour de lui ; mais il ne peut répondre ou témoigner ses désirs que par des mouvemens très-bornés de la tête ou par des cris inarticulés. Cet état dure une demi-heure , quelquefois moins , et cesse spontanément sans laisser la moindre trace de l'agitation qui l'a précédé, non plus que de rabattement qui semblerait devoir le suivre.

Le père de M. A. L*** est d'un caractère tout

( 88 ) opposé à celui do son frère, et, malgré qiiïl concentre ses impressions, elles ne réagissent pas moins évidemment sur le système nerveux, dont la surexcitabilité se manifeste par des spasmes et des syncopes.

///.' Fait. — M.mc *** a toujours été très-sensible et très-impressionnable. Bien jeune encore , elle vit jouer Talma dans Otello , et quoique naturellement disposée à l'enjouement , elle conserva pendant plusieurs mois une disposition mélancolique à laquelle venait se joindre un sentiment \ ague de frayeur. A peu près à la même époque de sa vie , elle lut un roman de M.me de Staël (Delphine) , dont le héros meurt par le fusil; et la description de ce supplice laissa sur elle une telle impression , que, depuis, toutes les fois que ridée s'en est présentée dans la conversation ou dans ses lectures, elle a produit une émotion profonde, une sorte d'effroi.

Au milieu du bonheur que la fortune, les joies de la famille, les soins toujours tendres e! empressés de son mari, assurent à M.me ***, sa susceptibilité nerveuse trouve assez fréquemment l'occasion de se manifester. Sous L'influence de la plus légère contrariété, du prétexte le plus futile, et que le plus souvent elle n'oserait avouer, ditelle, elle ('prouve un sentiment de constriction à

( 87 ) lepigastre (1), des étouffemens, une pesanteur inexprimable à la têie, des spasmes, des crispations, etc. Cette susceptibilité est surtout portée au plus haut degré pendant la durée des époques mensuelles. Les causes physiques ou morales les plus insignifiantes suffisent pour produire les effets indiqués, et pour suspendre le plus souvent l'écoulement du flux périodique.

La mère de cette dame est d'une constitution délicate et nerveuse; elle a été' sujette aux vapeurs; elle éprouve encore assez fréquemment des douleurs névralgiques et des syncopes.

IY.% V.e et VIe Fait. — M.me *** a deux demoiselles âgées l'une de dix ans , l'autre de cinq ans , et un garçon âgé de huit ans. Chez ces trois enfans les facultés intellectuelles ont été précoces, et le développement qu'elles ont acquis pourrait être préjudiciable sans l'excellente direction imprimée à leur instruction et à leur éducation morale. Deux d entre eux sentent vivement la douleur physique; tous les trois sont doués, en outre, des bonnes qualités du cœur, et possèdent une sensibilité morale très-développée. Plusieurs fois leur mère a

(I) La dame qui fait le sujet de celte observation , est celle dont il a clé fait mention à l'occasion de la sensibilité épigastrique. (Voirpag. 15.)

( 88 ) dû interrompre une lecture qui provoquait chez eux les manifestations non équivoques du plus profond attendrissement.

VIL1' Fait. ^ M.""' ***, âgée de trente-quatre ans, dune stature moyenne , dune constitution sèche et nerveuse , est douée dune sensibilité très-dé vcloppée. Les peines morales déterminent chez elle des angoisses et des spasmes. Elle a lu quelques livres de médecine, et le moindre dérangement de sa santé lui inspire les craintes les plus exagérées. Il en est de même pour la santé de ses enfans ; il est vrai quelle a eu le malheur d'en perdre deux qui ont succombé à des affections convulsives; mais il en était à peu près ainsi avant ces événemens , qui, d'ailleurs, ne motivent pas complètement ces sollicitudes anticipées que font naître les motifs les plus légers, et contre lesquelles échouent le plus souvent tous les moyens de persuasion.

La mère de M.me *** était d'un tempérament éminemment nerveux, et sujette au névralgies de la tète. Les chagrins avaient fortement éprouvé sa sensibilité, et contribué sans doute au développement dune affection organique de l'utérus , à laquelle elle a succombé.

Y III. Fait. — Le fils aine do HP» *** , Agé de dix ans, est volontaire, vif et emporté. Une

( 89 ) contrariété légère donne lieu chez lui à des accès

de colère qui sont suivis detouffemens et de menaces de suffocation. Cet enfant n'a eu jusqu'ici que la coqueluche, des accès de fièvre intermittente et une scarlatine miliaire bénigne ; dans ces divers états maladifs il était constamment dans une agitation extrême, nullement en rapport avec leur peu de gravité ; assez habituellement il rêvassait aussitôt qu'il pouvait s'endormir; son sommeil était de courte durée; il s'éveillait en sursaut; quelquefois même il y avait du délire pendant l'état de veille. Pour prouver que la surexcitabilité nerveuse du jeune *** est bien due à l'influence de l'hérédité, nous ajouterons que son père est d'une vivacité et d'une irascibilité extrêmes. Nous n'avons jamais vu les peines morales déterminer chez un homme une douleur aussi profonde, aussi déchirante que celle que lui causa la perte d'un de ses enfans, qui faisait les délices de ses parens par sa pétulance et sa perspicacité précoce. M. *** est, en outre, proche parent , du côté paternel , d'une personne qui nous fournira plus tard une observation. (Voir XVII.*1 fait.)

IX.' Fait. — M. B*** , prêtre , âgé de trentequatre ans, d'un tempérament lymphatique et nerveux, est doué d'une vive sensibilité morale qui, mise en jeu par certaines circonstances fréquentes

dans l'exercice do son ministère, so manifeste par des anxiétés, des crispations, des souffrances vagues qui le rendent incapable de toute occupation sérieuse; ou bien encore, par une altération des traits de la face qui dénote la plus profonde émotion et par un tremblement de tête qu'il lui est impossible de maîtriser. Il est assez ordinaire qu'une effusion de larmes vienne calmer cet état.

D'après les renseignemens fournis par M. B***, sa surexcitabilité nerveuse est bien évidemment le résultat de l'influence héréditaire. Son père, qui appartenait à une famille riche de la Provence, avait éprouvé des pertes et des malheurs à la suite desquels il était venu se fixer dans nos contrées. Un seul fait prouvera jusqu'à quel point se trouvait développée sa sensibilité. Il était âgé de cinquante-cinq ans, et hémiplégique depuis deux ans, lorsque son fils vint lui donner lecture d'une lettre écrite à ses parens, et qui lui retraçait de douloureux souvenirs : il fut pris immédiatement d'une nouvelle attaque d'apoplexie, à laquelle il succomba en peu d'instans.

M. B*** nous a assuré que jusqu'à L'époque où remonte sa mémoire, il a toujours vu les émotions pénibles produire chez son père un tremblement de tête analogue au sien. Des traditions authentiques lui ont appris, en outre, que tous ses parens du côté paternel étaient doues d'une extrême sen-

( 91 ) sibilité. Un de ses oncles mourut subitement en chantant, aux offices de la Semaine sainte, une de ces lamentations dans lesquelles le prophète Jérémie dépeint dune manière si touchante les malheurs et la ruine de Jérusalem.

La mère de M. B*** est d'une constitution sèche et nerveuse, d'un caractère vif et facilement irascible; elle est, de plus, sujette aux attaques de nerfs; et chez son frère il est aisé de reconnaître la prédominance du système nerveux , quoiqu'elle se trouve amoindrie par l'exercice d'une profession manuelle. Une de ses nièces , jeune personne de vingt ans , est sujette à de fréquentes attaques de nerfs.

X.e Fait. — M. L***, jeune prêtre, est doué d'une constitution dont la force ne fait pas présumer de prime-abord la prédominance du système nerveux. Son caractère est naturellement enjoué, son esprit vif et pénétrant , son imagination très-exaltée. Pendant son séjour au séminaire, il manifestait assez souvent, et toujours sous le plus léger prétexte , des craintes exagérées sur sa santé ; plus tard aussi, il lui est arrivé maintes fois d'abandonner des occupations sérieuses, pour aller s'informer, avec la plus vive inquiétude, s'il n'avait pas la goutte, ou une pleurésie, ou une congestion cérébrale , et cela parce qu'il éprouvait quelques douleurs vagues 'aux pieds, à la poitrine ou à la

( »a ) tête. M. L*** n'a pourtant jamais lu d'ouvrages de

médecine.

Dans les premiers temps que commencèrent nos rapports avec M. L'abbé L***, nous entendîmes de lui le récit des derniers momens d'un condamné appartenant à la classe éclairée de la société, et qu'il avait dû exhorter à la mort et accompagner au supplice. Son attitude, ses gestes vraiment dramatiques, l'animation de ses traits, la vivacité de son regard, captivaient l'attention d'une manière toute particulière, et inspiraient même une sorte de frayeur et d'étonnement. Nous avons su plus tard que lorsque les amis de M. L*** voulaient avoir une idée de son imagination exaltée, ils n'avaient qu'à le mettre insensiblement sur la voie ; et il fallait que ces circonstances eussent laissé dans son esprit une bien profonde impression , car soudain il commençait sa narration et la poursuivait avec rentraînement et l'enthousiasme dont nous avions été témoin.

En 1836, M. L*** faillit être atteint par la foudre, qui sillonna l'église dans laquelle il se trouvait alors. Toutes les fois qu'on lui a rappelé dans la suite l'accident auquel il avait échappé, sa figure palissait, et ses traits, fortement crispée, exprimaient la frayeur qu'il éprouva d'abord.

Dans le mois de Mai 1838, M. L*** revenait , avec trois personnes , d'une commune voisine; I;1

( 93 ) voiture qui les portait, entraînée par un cheval qu'on ne put retenir , fut renversée dans un ravin. M. L***, après sa chute, conserva juste assez de sang froid pour donner l'absolution in articula morlis à ses compagnons de voyage ; il se traîna ensuite , plus mort que vif, vers le village qu'il venait de quitter, dans la persuasion qu'il avait laissé trois cadavres sur le lieu de l'accident , convaincu aussi que tout secours humain lui était inutile, et qu'il n'avait plus qu'à mourir après s'être réconcilié avec Dieu. La frayeur autant que les contusions qu'il avait reçues mirent M. L*** dans un état alarmant; il put pourtant rentrer chez lui au bout de quelques jours; mais il conserva pendant sa convalescence une susceptibilité extrême : les impressions les plus ordinaires le surexcitaient; il avait des inquiétudes, des souffrances vagues , des crispations, des éructations fréquentes ; il s'irritait du genre de ses souffrances : « C'est une chose unique, s'écriait- » il, qu'un homme puisse être nerveux comme » une femme : .... mon père me le disait bien, que )> jetais comme lui ».

Cette circonstance nous mit sur la voie de demander quelques renseignemens à M. L*** ; il nous apprit que son père et sa mère étaient d'une sensibilité et d'une susceptibilité nerveuses très-prononcées, et que l'un et L'autre étaient morts apoplectiques à un Age avancé.

( »4 ) Dos individus qui nous ont fourni les faits précédons, M. L*** (I.or fait) est le seul qui, n'ayant jamais présenté des phénomènes de surexcitation plus prononcés que ceux qui ont été signalés chez lui, est arrivé à un âge qui semble le mettre à l'abri de leur reproduction. Parmi les neuf individus restans, il en est quatre (II.e, ÏII.e, VIL0 et 1X.° fait ) qui nous offriront des exemples de surexcitation manifestée sous la forme névralgique. Les sujets du IV.e, du V.e, du VI.e et du VIII.e fait, ne font qu'entrer dans la vie, et n'ont pas encore été soumis à cette série d épreuves qui pourront bien dans la suite mettre en jeu dune manière plus évidente la surexcitabilité dont ils ont hérité de leurs parens. Enfin , dans le X.e fait nous avons remarqué une sensibilité si développée, une imagination si exaltée, qu'il est bien permis de penser que la prédisposition qu'elles dénotent pourra se réaliser plus tard sous une forme maladive dont il est aisé de prévoir la nature , et que même cette réalisation aurait déjà eu lieu si M. L*** eût continué à vivre dans la retraite , et se fût exclusivement consacré à la méditation ou à des occupations toujours identiques (1).

(1) M. l'abbé L***, qui depuis long- temps se croyait appelé à entier dans une corporation religieuse, n'a pu , par suite de sa mobilité morale et des craintes incessantes que lui inspire H santé, se plier pendant plus de quinze jours aux épreuves du

( 95 ) Ces faits et les développeniens dont ils ont été suivis viennent confirmer ce que nous avons avancé ailleurs, savoir, que la surexcitation nerveuse, circonscrite dans les limites qui lui ont été assignées jusqu'ici , peut rester telle pendant toute la durée de l'existence; qu'elle est transmissible par voie de descendance , bien qu elle n'ait pas affecté une forme maladive proprement dite ; qu'enfin elle doit être considérée comme le degré le plus avancé de la prédisposition aux autres formes qu'il nous reste à passer en revue , et qui constituent de véritables affections morbides. Ajoutons à l'appui de cette dernière assertion, que nous retrouverions en effet la surexcitation nerveuse générale plus ou moins prononcée chez la plupart des sujets de nos observations ultérieures.

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