‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 18 sur 25 · SECTION TROISIEME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIEME

Influence de l'hérédité sur l'époque du développement, sur la marche, la durée, le diagnostic et le pronostic des maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse.

Quoique la surexcitation nerveuse ne consiste qu'en une modification de l'organisme dont il n'est guère possible d'apprécier l'existence que par les phénomènes qui en sont la manifestation, il est constant que l'hérédité lui imprime un caractère de persistance et de ténacité qui ne se fait pas remarquer lorsqu'elle a été acquise accidentellement. Par le seul fait d'une prédisposition générale toujours présente , sans cesse entretenue , mise en jeu et augmentée même par Faction de nouvelles causes excitantes, les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse doivent nécessairement présenter des particularités relatives aux circonstances indiquées au titre de cette section, et sur lesquelles il convient d'appeler un instant l'attention pour compléter la partie pathologique de notre travail.

11 est un assez bon nombre d'affections morbides qui ont pour caractère de ne se montrer qu'à certaines époques de l'existence, et parmi elles il faut ranger la plupart de celles qui ont fait le sujet de nos études. Si , en effet , nous les repre-

nons en sous-ordre , il serait aisé de nous convaincre que chacune ou plusieurs d'entre elles forment l'apanage presque exclusif d'un Age quelconque, et qu'on ne les rencontre , pour ainsi dire , que par exception dans d'autres périodes de la vie ; mais c'est là une vérité si généralement reconnue , qu'elle n'a pas besoin de cette confirmation particulière. Il ne faut pourtant pas attribuer uniquement à l'influence héréditaire la loi constante , à peu de chose près , que suivent dans leur développement les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse. L'hérédité favorise , sans aucun doute , la production de toutes ces maladies en général, en ce sens qu'elle a transmis l'aptitude à les contracter, mais elle n'en produit aucune en particulier ; c'est toujours l'action des causes occasionelles qui vient mettre en évidence L'aptitude préexistante et décider sa réalisation. Or , comme ces causes infiniment variées ne sont pas les mêmes à toutes les périodes de l'existence; comme, dun autre côté, leur action est différemment ressentie, suivant le degré d'accroissement auquel l'organisme est parvenu ; l'on conçoit facilement que la réalisation dont nous parlons ne saurait consister en des phénomènes morbides identiques.

Nous savons déjà qu'il faut admettre l'hérédité de la prédisposition maladive, et celle de la maladie elle-même , qui n'est que la prédisposition réali-

sée. Il est bien certain que les parens chez lesquels cette réalisation se sera effectuée dune manière quelconque, ne transmettront pas toute développée à leurs enfans la maladie dont ils ont été atteints eux-mêmes, mais ils leur communiqueront du moins une aptitude plus prononcée à en être atteints à leur tour, puisque les sujets nés dans de semblables conditions, lorsqu'ils sont arrivés à l'âge où la maladie a éclaté chez leurs pères, la contracteront, toutes choses égales d ailleurs, bien plus facilement que ceux qui ont reçu le jour de parens chez lesquels la prédisposition existait également , mais sans avoir donné lieu à la manifestation de la maladie. On peut par conséquent appliquer aux maladies résultant de la surexcitation nerveuse , cette vérité énoncée par Stahl pour les maladies héréditaires en général : « Si parentes aliquâ œtate morbum Mi œtati congrmim insigniter toleraverunt et Mo maxime tempore infantem genuerunt ; infans Me quando Mi œtati paritcr appropinquari ipsi contigitj affectui Mi eidem familiariîis atque certiùs expositus observatur » (1).

Ainsi donc, une triple causalité influe sur la détermination de l'époque à laquelle se développent les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse, à savoir : l'hérédité, l'action des causes

(1) Dispitl. Med- — De Morborum crtatunt fundamcnti*.

occasionelles et le degré d'accroissement de L'or» ganisme. 11 faut bien qui! en soit réellement ainsi, car, que la prédisposition générale à ces maladies soit héréditaire ou acquise, leur développement ne se l'ait pas suivant un ordre différent L'évidence de cette assertion ressortira de l'exemple suivant.

Supposons deux jeunes filles, lune prédisposée par voie d'hérédité à la surexcitation nerveuse, l'autre, au contraire, chez laquelle cette prédisposition native n'existe pas. La première aura franchi l'époque de son enfance sans avoir éprouvé les affections convulsivcs qui appartiennent à cet âge de la vie , et cela uniquement parce que les causes excitantes auront fait défaut à l'aptitude dont elle est douée ; la seconde aura été également exempte de ces affections , mais par la raison que son organisation a résisté à l'action des causes provocatrices. L'éducation physique et morale de la jeune fille prédisposée aura été convenablement dirigée , tandis que chez celle qui ne l'est pas, elle aura eu pour but inévitable de faire prédominer l'appareil de l'innervation. Bientôt chez ces deux jeunes tilles l'on verra se développer les phénomènes île la surexcitation protéiforme , avant-coureurs île l'hystérie, dont elles seront également atteintes lune et l'autre à l'époque de la puberté. Voilà avec deux prédispositions analogues, quoique différentes d'ori-

gine, deux résultats pathologiques absolument semblables; mais ce n'est pas seulement parce quelle était héréditairement prédisposée, que la première de nos jeunes filles a été affectée d'hystérie ; cette affection s'est manifestée chez elle comme chez sa compagne, parce que, comme elle, elle a été soumise à Faction de causes déterminantes identiques ; parce que , comme elle , elle était parvenue à cette époque de la vie où la surexcitation nerveuse se produit sous la forme hystérique plutôt que sous toute autre forme maladive.

Ce qui se passe pour l'hystérie , on l'observe également pour la plupart des autres maladies résultant de la surexcitation nerveuse ; et s'il était nécessaire d'insister davantage sur ce sujet, nous pourrions certainement multiplier les exemples analogues au précédent.

L'époque à laquelle se développent les maladies qui peuvent se présenter comme conséquences plus ou moins éloignées de la surexcitation nerveuse , se trouve assez généralement décidée par les influences combinées que nous avons signalées, et auxquelles viennent assez souvent se joindre comme circonstances plus décisives encore , la violence de la surexcitation et sa répétition plus ou moins fréquente. C'en est assez pour indiquer que la participation de l'hérédité au développement de ces affections secondaires est absolument sein-

blable à celle qu'elle prend clans le développement de la surexcitation nerveuse elle-même.

Considérée pour chacune d'elles en particulier , la marche des maladies qui sont constituées par une excitation exagérée du système nerveux ne présente aucune particularité relative à l'hérédité. Mais si nous envisageons la surexcitation nerveuse comme un fait pathologique isolé , nous voyons que les formes variées sous lesquelles elle peut se présenter se succèdent ou se remplacent assez fréquemment , et qu'il en est de même pour les affections morbides susceptibles d'être rapportées à chacune d'elles. Cette circonstance, déjà signalée plusieurs fois dans la première section de ce chapitre , on ne l'observe pas aussi constamment lorsque les névroses se manifestent en dehors de la surexcitabilité héréditaire ; c'est asssz faire pressentir qu'elle est due à cette prédisposition générale dont chaque maladie antécédente est venue en quelque sorte renforcer la puissance pathogénique ; c'est assez dire , enfin , qu'en dernière analyse il faut l'attribuer à l'influence de l'hérédité.

Ce que nous venons de dire de la marche , s applique naturellement à la durée de la surexcitation nerveuse, qui, dans les cas où elle dépend de la surexcitabilité héréditaire , sera toujours plus persistante sous une forme ou sous une autre , que dans ceux où elle sera la manifestation de cette

( 231 ) modalité organique acquise accidentellement. Nous devons même ajouter que chacune des affections susceptibles d'être rattachées à la surexcitation nerveuse , peut donner lieu à une semblable remarque relativement à sa durée et à la fréquence de ses récidives.

Les développemens qui viennent d être présentés sur la marche et sur la durée de la surexcitation nerveuse considérée d'une manière générale ou particulière, ressortent évidemment des faits exposés dans la première section de ce chapitre. Sans emprunter à l'ensemble de ces faits toutes les circonstances qu'ils pourraient nous fournir à l'appui de cette assertion, contentons-nous de rappeler que chez cinq sujets qui nous avaient fourni d'abord des exemples de surexcitation névropathique protéiforme ou de surexcitation spasmodique(II.e, BOL8 VII.% IX.e, XIï.e fait), nous avons plus tard observé des affections névralgiques variées ( XXXIV. e, XXXV.% XXXVIe, XLII.% XLIII.e fait); que chez A. L*** (XX.e fait), nous avons vu des symptômes cataleptiques , et plus tard un commencement d'aliénation mentale, remplacer une affection hystérique dont les attaques avaient été précédemment si fréquentes; que chez M.me S.*** enfin ( XXJ.e fait ) , les troubles de l'innervation se sont reproduits quatre fois sous la même forme , toujours sous l'influence de causes déterminantes de

même nature, et cela dans un espace de tempe assez limité.

Lès phénomènes symptomatologiques variés par lesquels se dévoile la surexcitation nerveuse, sont généralement assez bien nettement dessinés pour qu'à laide dune observation attentive on puisse éviter de confondre entre elles les individualités morbides qui viennent se rattacher à chacune de ses formes principales. Du reste , si cette confusion est possible quelquefois , ce n'est pas à l'hérédité qu'il appartiendrait de fournir des élémens propres à la faire cesser, tandis que dans d'autres circonstances relatives à l'histoire pathologique de la surexcitation nerveuse, et que nous allons signaler , l'appréciation de cette particularité étiologique peut fournir de précieux documens pour établir positivement un diagnostic différentiel. La concentration vicieuse de la sensibilité sur un viscère quelconque de l'économie , peut en imposer pour une altération de texture , et cette erreur de diagnostic peut , à son tour , conduire à une thérapeutique irrationnelle. Baillou a vu une hypocondrie, avec éréthisme nerveux fké sur les voies respiratoires, traitée pendant plusieurs jours pour un catarrhe pulmonaire. Nous avons vu que chez M. *** (XXU. fait) l'état spasmodkjue fixé alternativement sur l'estomac ou les intestins, sur le poumon ou sur le oerveau, donnait lieu à de>

( 233 ) désordres fonctionnels qui faisaient aisément croire à l'existence dune altération profonde de ces organes. Au moment même où nous rédigeons ces lignes , M. *** , qui vient d être atteint dune crise nerveuse, nous fournit tous les jours l'occasion de vérifier la justesse de cette remarque. Les souffrances qu'il accuse tour à tour dans Tune des trois grandes cavités splanchniques , sont intolérables ; il est impossible , à son dire , de s'en faire une idée ; elles le plongent , il est vrai , dans le plus profond découragement , et c'est à peine si , quand nous arrivons auprès de lui , le malade peut nous parler et nous présenter son bras. Que pourraient les agens thérapeutiques les plus actifs contre cet ensemble de symptômes si alarmans au premier abord ? Rien , certainement ; tandis que pour les atténuer il suffit de présenter , dans une conversation suivie, des argmnens qui, rompant insensiblement le cercle vicieux dans lequel se renferme l'imagination , substituent souvent des pensées riantes à des pensées sinistres , remplacent parfois le désespoir par l'espérance, qu'ils contribuent à faire naître de nouveau et à entretenir autant que cela est possible. Aurions-nous été aussi intimement convaincu de l'opportunité de cette thérapeutique morale , presque exclusivement réclamée par la nature de la maladie , si , avant d'avoir été appelé à donner nos soins à M. *** , nous n'eussions été

( 234 ) instruit de la prédisposition héréditaire qui existe chez lui et qui s'est déjà réalisée depuis longues années? Nous ne le pensons pas.

Louyer-Villermay a vu des accès purement nerveux simuler une inflammation aiguë ; l'on sait que les gastralgies anciennes peuvent facilement faire croire à l'existence de gastrites chroniques ; l'on sait aussi que les palpitations nerveuses peuvent en imposer pour un anévrisme ou pour toute autre altération organique du cœur, ainsi que Corvisart et Laennec en citent des exemples. A cette dernière occasion nous rappellerons que chez M.me X*** ( XII.e fait ) les palpitations si violentes et les désordres qui les accompagnaient auraient pu facilement faire établir un diagnostic erroné à la rectification duquel devait nécessairement concourir la connaissance d'une prédisposition héréditairement acquise.

Il est évident que dans des cas semblables à ceux qui viennent d'être signalés, et dont il aurait été inutile de multiplier les exemples , les données fournies par l'observation directe contribuent souvent à éclairer le diagnostic; mais il faut reconnaître pourtant que si dans ces situations embarrassantes la connaissance de la surexcitabilité nerveuse héréditairement transmise est acquise au praticien, il sera, par ce seul fait, placé sur la \oie qui doit le conduire à la vérité. Ce renseignement anamnestique,

dont l'observateur attentif ne doit jamais négliger de s'enquérir, lui sera encore d'un puissant secours dans cette période de transition qui précède la manifestation des diverses altérations organiques dont la surexcitation nerveuse est si souvent le point de départ, car dans mainte occasion il le mettra en possession de ressources thérapeutiques qui, presque exclusivement adressées au véritable élément pathogénique , pourront peut-être encore s'opposer efficacement au développement définitif de conséquences trop souvent irrémédiables. Disons enfin que la connaissance de la surexcitabilité nerveuse héréditaire, une fois acquise au praticien, il est mis à même de prévoir les affections morbides dont cette prédisposition favorisera successivement la manifestation à mesure que se fera l'accroissement de l'organisme , et que ce diagnostic par anticipation le conduira à une médecine prophylactique, dont nous ferons bientôt ressortir l'importance.

Il est extrêmement rare que les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse présentent un caractère de gravité capable de compromettre directement l'existence; mais nous savons que la prédisposition héréditaire leur imprime une persistance et une ténacité qui acquièrent un degré plus prononcé, et se changent, pour ainsi dire, en une incurabilité^définitive , alors que la surexcitabilité

nerveuse transmise par les parons, au lieu cFêtre restée chez eux à l'état de simple [(rédisposition , a favorisé lin\ asion de certaines individualités morbides ; nous savons aussi que la plupart de ces affections ont assez souvent pour effet d'entraîner à leur suite sdes altérations plus ou moins profondes , mais généralement graves : il suit de là que leur pronostic doit être basé sur ces deux considérations fondamentales.

La persistance de la surexcitation nerveuse envisagée d'une manière générale, la facilité et la fréquence avec lesquelles se reproduisent les diverses maladies qui en résultent , tiennent évidemment à la surexcitabilité transmise héréditairement, C'est là un fait qui ressort assez des détails précédemment exposés, et notamment de ceux dans lesquels nous sommes entré à l'occasion de la marche et de la durée , pour que nous n'y insistions pas davantage. Quant à ce que nous avons dit de la durée plus prolongée et de la presque incurabilité des affections qui ont pareillement existé chez les parens , nous pouvons le confirmer en prenant particulièrement lepilepsie pour exemple. Nous axons déjà signalé, dans la première section de ce chapitre , la distinction qu'il convenait d'établir entre lepilepsie existant chez des sujets qui n'avaient reçu de leurs païens que la prédisposition générale à la surexcitation nerveuse , e( celle que Ton ol>-

serve chez des individus nés d'un père ou dune mère épileptique. Cette distinction mérite surtout d'être conservée sous le rapport du pronostic : en effet, tandis que la première de ces affections, qui est le plus ordinairement sympathique , cédera à un traitement convenablement institué , ou disparaîtra même par le seul progrès de l'âge, la seconde, qui est le plus souvent idiopalhique , qui tient à un vice organique qu'on ne peut empêcher de se développe!1 , de même qu'il est impossible ? suivant la judicieuse comparaison de Van-Swieten, de s'opposer à ce que les dents et la barbe, dont les rudimens étaient cachés dans l'économie , se montrent à certaines époques déterminées de l'existence; la seconde, disons-nous, déjouant les plus puissantes ressources thérapeutiques, donnera lieu presque constamment aux diverses altérations de texture qui sont les conséquences nécessaires de la répétition de ses accès. L'on conçoit combien doit être différent, dans ces deux cas, le jugement qu'il s'agit de porter. Ce crue nous venons d'établir pour l'épilepsie, peut s'appliquer également à d'autres affections , et surtout à l'hypocondrie et à l'aliénation mentale.

Toutes les maladies ou altérations organiques sur lesquelles nous avons appelé l'attention dans la section précédente , sont de nature plus ou moins grave , soit parce qu'elles portent rapidement at-

( 238 ) teinte à l'existence , soit parce qu'elles nuisent pendant un temps plus ou moins long à l'exercice régulier d'une ou de plusieurs fonctions physiologiques. S'il est vrai, comme on ne peut en douter, que ces conséquences pathologiques se développent d'une manière d'autant plus certaine et inévitable , que la surexcitation nerveuse initiale aura été plus violente;, plus persistante, et qu'elle se sera reproduite plus fréquemment ; s'il est vrai , comme il faut également l'admettre , que ces caractères de la surexcitation se trouvent essentiellement liés à la prédisposition héréditaire dont elle est la manifestation , il est nécessaire d'en conclure que cette circonstance étiologique rejaillit évidemment sur la gravité du pronostic que l'on est en général fondé à porter des maladies qui nous occupent, maladies auxquelles on peut appliquer (avec quelques restrictions toutefois sous le rapport de la léthalité) ce que Sydenham disait de l'hypocondrie et de l'hystérie, considérées par lui comme une individualité pathologique dont la dénomination seule devait changer chez l'homme et chez la femme, et à laquelle se rattachaient toutes les névroses : « Non leihalis estsuâ naturâ, sedmalorum subsequentnm vin.

( 239 ) RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Les faits à laide desquels nous avons tâché de démontrer l'influence de l'hérédité sur la production des maladies qui sont une conséquence immédiate de la surexcitation nerveuse, sont au nombre de 102 . parmi ces faits, il en est 4-5 qui nous sont propres; les autres, qui ont été cités en partie, ou dont les sources ont été indiquées, appartiennent à différens auteurs.

Les chiffres ne peuvent tout au plus fournir que des données approximatives , et par conséquent insuffisantes pour faire apprécier convenablement les phénomènes essentiellement variables de notre organisation : nous sommes convaincu, autant qu'on puisse l'être, de cette vérité, et cependant nous sentons la nécessité d'entrer ici dans quelques détails d'analyse numérique , non pas dans la prétention d'établir des lois , mais uniquement dans le but de faire ressortir la valeur des documens sur lesquels se trouvent appuyées les considérations qui ont fait le sujet de la I.re section de ce chapitre.

Et d'abord, pour les faits de notre propre observation , il suffira de rappeler qu'ils ont été recueillis dans une petite localité , sur une population peu nombreuse , et dans un espace de temps limité , pour détruire l'objection qui se baserait sur le petit nombre de cas observés.

Quant aux 57 observations empruntées aux auteurs, sans que nous puissions fixer exactement le nombre de faits que nous avons dû compulser pour les rassembler, il est si considérable, que l'objection précédente serait sans réplique , s'il ne fallait leur accorder que leur valeur numérique comparative. Mais de cela seul que l'influence héréditaire n'est pas mentionnée dans une observation détaillée, est-on en droit de conclure qu'elle n"a pris aucune part dans la production de la maladie décrite? Non, sans doute; il faudrait rigoureusement pour cela que la non-existence de cette influence écologique eût été formellement indiquée. En effet, comme nous l'avons signalé ailleurs, les circonstances relatives à l'hérédité font souvent défaut à l'observateur, soit qu'il néglige de s'en enquérir, soit qu'elles demeurent ignorées des malades ou qu'elles aient échappé à leur mémoire. N'est-il donc pas juste de faire entrer ces lacunes en ligne de compte ? Prenons un exemple qui mettra dans tout son jour la vérité de ce que nous avançons.

Dans les six chapitres que Fréd. Hoffmann a consacrés aux maladies nerveuses , il rapporte 56 observations. On a lieu de s'étonner que l'hérédité ne se trouve mentionnée que dans 7 de ces faits particuliers, alors surtout que dans ses descriptions l'auteur a maintes fois insisté sur son influence, qui serait singulièrement restreinte par ses propres ob-

( 24» ) servations , considérées seulement sous le rapport numérique. Mais dans une seule des 49 observations restantes , Hoffmann indique que le malade était né deparens sains (1), et dans une autre, que le père était phthisique (2). Nulle part ailleurs il n'est dit que les sujets fussent issus de parens qui n avaient jamais présenté des dispositions à la surexcitation-, nerveuse. Si Ton réfléchit sérieusement à ces particularités , on sera porté à attribuer le silence d'Hoffmann aux circonstances signalées plus haut, plutôt qu'à conclure de ce silence même à la non-existence des dispositions organiques qui ont pu avoir leur part dans l'étiologie de la maladie observée.

L'aptitude à la surexcitation nerveuse étant héréditaire ou acquise , l'on pourrait se demander si les auteurs et nous-même nous n'avons pas rapporté à l'une ce qui était l'effet de l'autre; si, en d'autres termes , dans les cas empruntés à des sources étrangères , comme dans ceux qui nous appartiennent, les phénomènes de la surexcitation nerveuse , au lieu d'être véritablement le résultat de Tinfluence héréditaire , ne pouvaient pas tout aussi bien être attribués à des conditions tout-à-fait accidentelles. Pour répondre à cette objection, nous

(1) Loco cit., cap. 3 , obs. 3.

(2) Ibid., cap. G, obs. 10.

ne pouvons nous appuyer , comme on le conçoit bien, que sur les faits fournis par notre propre observation.

La distinction à établir entre la surexcitabilité nerveuse héréditaire , et celle qui se développe accidentellement, présente, ainsi que nous l'avons signalé ailleurs, des difficultés; mais elles doivent cependant disparaître dans un assez bon nombre de cas. Toutes les fois , par exemple , qu'il s'agit d'enfans en bas âge ou d'individus qui vivent éloignés des conditions qui ont pour effet de préparer à la longue une excitabilité exagérée de l'appareil nerveux , il faut bien la rapporter à l'influence héréditaire , si celle-ci est mise hors de doute par l'existence antécédente chez les parens, de dispositions organiques ou de maladies semblables à celles qu'on observe chez leurs descendans : à plus forte raison est-on fondé à reconnaître cette influence , quand on peut faire des observations analogues sur deux ou plusieurs individus de la même famille. Les faits particuliers qui ont été rapportés nous semblent réunir ces élémens de conviction , parce que, dans l'immense majorité des cas, pour ne pas dire dans tous, nous n'avons pu, après un examen rigoureux , faire intervenir aucune de ces conditions que nous savons développer insensiblement l'aptitude à la surexcitation nerveuse.

Eu cherchant maintenant à pénétrer plus avant

( 243 ) dans la connaissance des particularités relatives à l'histoire pathologique de la surexcitation nerveuse héréditaire, voici les principaux résultats fournis par l'analyse des faits empruntés aux auteurs , réunis à ceux que nous avons pu recueillir nous-même. Sous le rapport du sexe , les phénomènes de la surexcitation nerveuse ont été observés 22 fois chez des hommes, 43 fois chez des femmes, 5 fois chez des garçons, 16 fois chez des filles, 7 fois chez des enfans en bas âge du sexe masculin , 9 fois chez des enfans en bas âge du sexe féminin. Relativement à l'origine de l'aptitude héréditaire réalisée sous une forme maladive quelconque , nous avons constaté , sur 90 cas susceptibles d'une appréciation exacte à cet égard , que cette aptitude avait été transmise 54 fois par la mère seule , 15 fois par le père seul, 15 fois par le père et la mère réunis ; qu'enfin , dans les 6 cas restans qui se rapportent exclusivement à l'aliénation mentale , l'hérédité remontait aux ascendans paternels ou maternels atteints de cette affection , tandis que le père ou la mère n'avait présenté qu'une prédisposition plus ou moins manifeste.

L'existence de né\ roses diverses chez les parens ou chez les ascendans, favoriserait la transmission de la prédisposition à la surexcitation nerveuse, et , par suite , la production des maladies qui en résultent, bien plus souvent que l'existence de ce(te

( 3&& ) prédisposition organique seule. Ainsi, sur 70 faits qui ont pu être analysés sous ce rapport, nous a\ons signalé dans 19 cas seulement une prédominance diversement désignée de l'appareil de l'innervation, tandis que dans les 51 cas restans, il s'agissait d'affections morbides qui étaient les conséquences immédiates de la surexcitation nerveuse.

11 en est de même pour les résultats de l'hérédité considérés en eux-mêmes; c'est-à-dire que l'influence de cette cause a été démontrée par l'existence de maladies variées , bien plus fréquemment que par des phénomènes non encore assez prononcés pour constituer des états maladifs proprement dits, et que nous avons rapportés à la surexcitation névropathique générale. 11 ne pouvait guère en être autrement, surtout pour les faits puisés à des sources étrangères, puisque l'aptitude à la surexcitation nerveuse ne devient guère le sujet de l'observation médicale qu'alors qu'elle s'est réalisée sous une forme réellement maladive.

Dans la deuxième section de ce chapitre, nous axons successivement signalé les maladies et les altérations de texture qui pouvaient se présente! comme conséquences plus ou moins éloignées de la surexcitation nerveuse. Un fait physiologique de la plus haute importance, savoir, la corrélation intime qui existe entre l'appareil nerveux et L'appareil \as culaire, a ser\i de base et de point de départ à DOS

développemens, qui ont en pour but de rapporter

à chaque forme principale de la surexcitation nerveuse ou à chacune des maladies constituées par elle, les résultats pathogéniques qu'elles pouvaient entraîner à leur suite. Si les données de la science nous ont fait défaut au point de vue de l'influence héréditaire , nous avons pu du moins , à l'aide de circonstances empruntées aux faits précédemment exposés, et d'une observation particulière rapportée avec détail , démontrer que celte influence , déjà admise pour la production de la surexcitation nerveuse initiale, devait l'être logiquement pour celle des maladies ou altérations organiques qui en étaient les conséquences.

Dans la troisième section, enfin, nous avons tâché, d'après des déductions logiques confirmées par les données de l'observation, de déterminer l'influence qu'exerce l'hérédité sur les diverses circonstances qui se rattachent à l'histoire pathologique de la surexcitation nerveuse.

Après ce résumé, qui devait nécessairement être très-succint pour la deuxième et la troisième section , exposons les conclusions générales des considérations étendues qui ont fait le sujet de ce chapitre, et que nous présentons, cela demeure bien entendu, non comme des propositions immuables, mais uniquement comme le résultat de notre observation, de nos recherches et de nos études.

I. Les maladies que Ion doit regarder comme une conséquence immédiate de la surexcitation nerveuse , ou mieux , qui se trouvent constituées par cette surexcitation elle-même, sont les suivantes: 1.° les troubles variés de l'imprcssionnabilité et de l'innervation, qu'il faut considérer connue l'expression du degré le plus prononcé de la prédisposition maladive , plutôt que comme de véritables états maladifs (surexcitation névropathique générale ou protéiforme); 2.° les diverses affections spasmodiques, et notamment l'asthme essentiel, l'angine de poitrine , les palpitations nerveuses ; les divers dérangemens fonctionnels occasionés par le spasme d'une portion quelconque de l'appareil digestif (surexcitation spasmodique ) ; 3.° leclampsie ou affection convulsive des enfans, la chorée, l'hystérie, l'épilepsie (surexcitation convulsive); 4.° l'hypocondrie et l'aliénation mentale ( surexcitation cérébrale ou intellectuelle); 5.° les névralgies du système nerveux de la vie de relation et les névralgies viscérales (surexcitation névralgique).

II. L'hérédité exerce sur la production de ces maladies une influence manifeste, en ce sens que c'est exclusivement à cette causalité qu'il faut attribuer, dans certaines circonstances données, l'existence de l'aptitude organique, en vertu de laquelle leur manifestation se trouve décidée par faction des causes occasionelles. C'est ainsi que les indi-

( 2*9 ) vidus nés de parcns qui auront présenté à un degré plus ou moins prononcé la prédisposition générale à la surexcitation nerveuse , ou qui auront été atteints dune des maladies précédemment énumérées, seront plus fréquemment que d'autres doués de cette même prédisposition, qui , à une époque quelconque de leur existence, favorisera aussi plus souvent et d'une manière plus certaine l'invasion de quelqu'une de ces affections morbides.

III. La surexcitation nerveuse, considérée d'une manière générale , et abstraction faite des formes sous lesquelles elle se présente, s'observe plus fréquemment chez les individus du sexe féminin que chez ceux du sexe masculin. Cette plus grande fréquence est surtout remarquable pour les filles , qui , comparativement aux garçons, offrent trois fois plus d'exemples de cette surexcitation.

IV. L'aptitude à la surexcitation nerveuse est bien plus souvent transmise par la mère que par le père; et les cas dans lesquels on peut reconnaître à l'hérédité cette origine plus fréquente , l'emportent même en nombre sur la totalité de ceux dans lesquels elle doit être rapportée , soit uniquement au père, soit simultanément au père et à la mère.

V. Quoique les parens puissent transmettre à leurs enfans la modalité organique qui a existé chez eux sans avoir favorisé le développement d'aucune des affections morbides dont elle est la cause

prédisposante, cette transmission est bien plus souvent décidée par l'existence de quelqu'une de ces affections. De même aussi, quoique chez les indi- \idus qui Tout reçue par voie d'hérédité, l'aptitude organique dont il est question puisse rester pendant toute la vie à l'état de simple prédisposition, il arrive bien plus souvent qu'elle se réalise sous une forme maladive qui, le plus ordinairement, est celle qui avait été observée chez le père ou chez la mère.

VI. Les maladies ou les altérations d'organes qui peuvent exister comme conséquences plus ou moins éloignées de la surexcitation nerveuse, sont : diverses altérations de texture ayant leur siège dans les gros vaisseaux de la poitrine ou dans le cœur, les congestions cérébrales suivies ou non depanchemens séreux, l'hydrocéphale aiguë, les paralysies partielles, les rétractions musculaires, l'idiotie , les irritations et les cngorgemens de l'utérus, les congestions apoplcctitbrmes, l'apoplexie et le ramollissement de la substance cérébrale , la démence.

VII. Une fois admise l'influence de l'hérédité sur la production des maladies qui sont une conséquence immédiate de la surexcitation nerveuse, il faut l'admettre également sur la production de celles que cette surexcitation doit réellement entraîner à sa suite en raison des liaisons intimes

( 2^9 ) qui unissent l'appareil vasculaire à l'appareil de l'innervation.

VIII. L'influence de l'hérédité ne détermine pas à elle seule l'époque assez bien exactement limitée à laquelle se développent les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse : ce développement résulte des influences combinées de l'hérédité, des causes occasionelles et de la maturité plus ou moins avancée de l'organisation.

Aux trois influences précitées , il faut ajouter la violence de la surexcitation nerveuse et sa reproduction plus ou moins fréquente, pour ce qui concerne l'époque du développement des maladies ou des altérations de texture qui peuvent exister comme conséquences plus ou moins éloignées de cette surexcitation.

IX. La persistance de la surexcitation nerveuse sous une forme ou sous une autre, de même que la durée et les récidives fréquentes des individualités morbides qui se rattachent à chacune de ces formes, se trouvant essentiellement liées à une modalité organique dont l'existence doit être rapportée à l'hérédité, il est bien évident que c'est uniquement à l'influence de cette cause qu'il faut attribuer ces particularités pathologiques.

X. Si la connaissance des circonstances relatives à l'hérédité n'est pas utile pour le diagnostic différentiel des maladies qui résultent de la surexcita-

tion nerveuse , elle peut servir à les faire distinguer de certaines altérai ions organiques avec lesquelles il est quelquefois aisé de les confondre; elle peut encore éclairer la conduite du praticien dans cette période de transition qui précède la manifestation définitive des conséquences pathologiques de la surexcitation nerveuse ; elle peut , enfin , faire prévoir l'invasion future de certaines maladies, et l'on conçoit combien sont importantes , dans ces cas, les données fournies par l'acquisition de cette connaissance.

XL Les affections morbides qui résultent de la surexcitation nerveuse sont rarement graves par elles-mêmes ; mais , par le fait de leur violence ou de leur persistance et de leur reproduction fréquente , elles entraînent des maladies ou des altérations d'organes qui compromettent rapidement l'existence ou nuisent à l'exercice d'une ou de plusieurs fonctions; et comme ces caractères leur sont imprimés par l'influence de l'hérédité , c'est sous ce rapport que son influence doit rejaillir nécessairement sur la gravité du pronostic que l'on est généralement fondé à porter de ces affections.

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