SECTION DEUXIÈME
Influence de l'hérédité sur la production des maladies ou des altérations organiques qui peinent se présenter comme une conséquence plus ou moins éloignée de la surexcitation nerveuse.
Sans adopter les idées de Lobslein sur l'existence d'un gaz nerveux susceptible de se mêler an sang et d'en accroître la \ilalilé, il est impossible de ne pas reconnaître les rapports qui existent entre l'aj)pareil de l'innervation et l'appareil vascnlairo, rapports tellement intimes , que L'excès ou le dotant
de stimula lion de l'un de ces appareils ne tarde pas à se faire ressentir sur l'autre. La coloration de là face , les batleiuens précipités du cœur sous lmilucuce d'une vive émotion morale, l'état de souffrance ou de pesanteur dans lequel se trouve l'encéphale à la suite d'un travail intellectuel trop soutenu, la syncope par le lait seul dune déperdition sanguine trop abondante , et tant d'autres particularités qui accompagnent l'exercice môme régulier de nos fonctions organiques , sont autant de preuves de celte réciprocité d'action que nous avons déjà signalée dans une autre partie de ce travail , et sur les nuances de laquelle repose peutêtre la pathologie tout entière.
Représentons-nous maintenant l'excitation nerveuse physiologique successivement accrue pour constituer les diverses formes de surexcitation qui viennent d'être passées en revue, et nous arriverons à cette conclusion, savoir, que, suivant un adage dès long-temps accrédité dans la science , l'afflux du sang doit se faire vers les centres ou les foyers principaux d'innervation toutes les fois qu'ils deviennent le siège dune excitation exagérée , et que, d'après une loi non moins incontestable, cet afflux se produisant avec d'autant plus de facilité qu'il est plus souvent répété , devra déterminer tour à tour, et dans des circonstances données , une fluxion ou une congestion sanguine , l'irritation ou la phleg-
masie, avec les altérations organiques variées qui en forment ordinairement le cortège.
Les dé\eloppcmens que comportent ces vérités devraient avoir pour base l'autorité des faits sur laquelle nous axons jusqu'ici taché d'établir nos considérations, et, nous l'avouons à regret, les élémens nous manquent en partie. Ces élémens, en effet, ne peuvent être le fruit que dune expérience prolongée , et l'on conçoit sans peine qu'il n'a pu nous être donné de les acquérir par une observalion appliquée pendant quelques années seulement à des sujets qui pour la plupart ne sont pas arrivés à une époque avancée de leur carrière. A défaut de notre expérience propre , nous aurions pu nous appuyer de celle des autres; mais de longues recherches dirigées dans ce but ne nous ont presque rien fourni de satisfaisant. Persuadé néanmoins que cette partie de notre travail rentre dans la question telle que nous l'avons envisagée , nous tacherons de la traiter en nous aidant des données générales de la science , et en empruntant quelques circonstances aux faits précédemment cités. Sans doute, les considérations que ces élémens pourront nous fournir seront incomplètes; mais en formant un canevas susceptible d'être rempli par des observations ultérieures, elles nous laisseront du moins la pensée d'avoir satisfait autant qu'il était en notre pouvoir aux exigences du Programme.
Pour faciliter l'exposition des développeraens nécessités par cette section de notre travail , il suffira de les présenter successivement dans Tordre qui a été suivi dans la partie précédente , sans toutefois reproduire l'intitulé des articles et des paragraphes.
La première forme de surexcitation, que nous avons décrite sous le nom de névropathique générale ou protéiforme , ne devra pas nous arrêter ici, par la raison qu'elle n'est , comme nous l'avons dit et répété, que le plus haut degré de la prédisposition aux autres formes vraiment maladives de la surexcitation nerveuse, et que, par suite, sans entraîner particulièrement après elle aucune des affections que nous allons avoir à signaler , elle peut néanmoins revendiquer une part dans la manifestation de chacune d elles.
A l'occasion de la surexcitation spasmodique , nous avons assez nettement exprimé notre opinion sur l'existence de l'asthme essentiel et sur la nature nerveuse de l'angine de poitrine. Nous n'emprunterons pas de nouveaux argumens au silence ou aux données variables fournies par l'anatomie pathologique ; mais les hypertrophies du cœur , le rétrécissement de ses orifices, les ossifications des gros vaisseaux et des artères coronaires, et d'autres altérations de texture auxquelles on a trop souvent peut-être rapporté l'existence de ces deux affec-
( 208 ) lions, nous les signalerons, au contraire, conformément à notre manière de voir , comme pouvant être dans certaine cas les conséquences nécessaires de la répétition de leurs paroxysmes. Nous en dirons autant des palpitations nerveuses, et, pour étayer notre opinion à cet égard, nous rappellerons les désordres que nous a présentés M.me X*** (XII.e fait ), et qui tenaient tout au moins le milieu entre une altération organique commençante et une lésion purement fonctionnelle de l'organe central de la circulation.
Quant à la surexcitation spasmodique des organes digestifs, nous nous bornerons à rappeler l'observation citée par Pujol , de cette dame dont le lîls fut affecté , pendant vingt ans , de spasmes généraux qui le réduisirent au dernier degré de marasme , et qui , après avoir été tourmentée elle-même par une affection de même nature , succomba à un resserrement complet de l'œsophage , qui rendit la déglutition impossible. (Voir pag. 112.)
A la forme convulsive de la surexcitation nerveuse ont été rapportées l'éclampsie des enfans , la chorée, l'hystérie et l'épilepsie : voyons quelles peuvent être les conséquences pathologiques de ces affections.
uLa première dentition, dit Esquirol, en causant » des convulsions aux enfans , prédispose à la
» folie (1). Les convulsions , dit ailleurs le même » auteur , quelle quen soit la cause , provoquent » aussi Fidiotie. Quelquefois il suffit d'une convul- )) sion , d'un accès épileptique , pour arrêter les » progrès ultérieurs de l'intelligence d'un enfant » qui jusque-là avait été très-spirituel » (2). Dans un des faits que nous avons cités, et qui appartient à Vieussens, il est en effet question d'un enfant de onze ans qui resta dans un état d'imbécillité à la suite d'attaques convulsives qui se manifestèrent à fâge de sept mois , et qui se reproduisaient fréquemment dans la même journée. (Voirpag. 121.) Il est impossible de dire si les enfans qui nous ont fourni les trois faits particuliers rapportés dans le paragraphe consacré à leclampsie , sont fatalement destinés à confirmer en quelques points l'opinion précédente ; mais ce que nous savons du moins , c'est que, chez d'autres jeunes sujets dont nous n'avons pas relaté les observations parce que les circonstances relatives à l'hérédité n'étaient pas aussi évidentes que dans les trois cas précités , nous avons observé des phénomènes maladifs qui nous ont paru les conséquences manifestes de leclampsie, et qu'il ne sera pas hors de propos de mentionner ici.
(1) Ouvrage cité, tom I , pag. 72.
(2) Ibid. , tom. 2, pag. 341.
( tt« )
Un de ces enfans, âgé de sept ans, a conservé à la suite de ses attaques une hémiplégie incomplète du côté gauche. Il peut marcher et mouvoir la jambe et le bras paralysés ; mais le premier de ces membres ne peut être fléchi sur la cuisse, tandis que les muscles fléchisseurs de L'avant-bras sont tellement contractés , qu'une force étrangère est nécessaire pour étendre le poignet, ainsi que les doigts, qui sont roides et constamment appliqués contre la face palmaire de la main. La sensibilité de la peau n'est pas anéantie; mais elle est moindre que du coté opposé. Un autre de ces petits malades présenta, après une seconde attaque doclampsie, tous les symptômes d'un épanchemcni séreux dans le ventricule gauche , et succomba rapidement. Il est probable que cette cause occasiona la mort chez les enfans dont il a été fait une mention plus ou moins détaillée d'après Frédéric Hoffmann , les professeurs Baumes et Piorry , M. Brachet et Morgagni. (Voir pag. 121, 122, 123, 125 et 126.) Enfin, un troisième sujet âgé de deux ans , chez lequel l'application d'un cautère à la nuque axait fait disparaître des attaques qui se reproduisaient fréquemment, fut successivement atteint d'une résolution complète des membres, et mourut dans un état d'idiotisme. D'après ces circonstances, nous pouvons établir que la surexcita lion nerveuse telle qu'elle a été signalée dans le
( M* ) très-jeune âge, peut conduire non-seulement à l'idiotisme et à la folie , suivant l'opinion d'Esquirol , mais encore que les paralysies partielles , les contractures des membres, les épanchemens cérébraux peuvent en être les conséquences plus ou moins rapides.
Des fausses membranes autour du cerveau , des concrétions de nature diverse dans la substance de cet organe , des signes évidens d'inflammation sur les tubercules quadri jumeaux, une hypertrophie de la substance corticale du cerveau et de la moelle , ou un ramollissement de cette dernière partie de l'axe cérébro-spinal; enfin, un amas plus ou moins considérable de sérosité dans le canal rachidicn : telles sont les altérations anatomiques auxquelles on a attribué la danse de Saint-Guy , mais que nous regardons, nous, ne fût-ce qu'en raison de leur diversité , comme les conséquences de cette affection. Nous nous contenterons , au reste, de mentionner ces circonstances sans les faire suivre d'aucun développement, puisqu'il ne nous a pas été donné de les confirmer par notre propre observation, et nous passons aux conséquences pathologiques de l'hystérie, sur lesquelles nous nous arrêterons plus long-temps.
La catalepsie , ou disons mieux , des désordres qui tiennent plus ou moins de la catalepsie, succèdent assez souvent à l'affection hystérique; l'obser-
vation d'A. L*** nous en a fourni la preuve. ( Voir \\.' fait.) La plupart des auteurs qui ont écrit sur les maladies nerveuses, ont en outré remarqué que les femmes hystériques se trouvaient particulièrement prédisposées à l'aliénation mentale. Depuis qu'a été recueillie l'observation qui vient d'être rappelée, la jeune femme qui en est le sujet nous a mis à même de vérifier la justesse de cette remarque. En effet, à la suite de peines morales qui ont reproduit chez elle des dérangemens dont elle était exempte depuis quelque temps, elle a éprouvé de violentes céphalalgies , pendant la durée desquelles elle se livrait à des actes désordonnés se rapprochant singulièrement de ceux qui constituent la folie. Au reste , que la catalepsie , l'aliénation mentale ou d'autres affections nerveuses succèdent à l'hystérie , il n'y a là rien qui doive nous surprendre, puisqu'il ne s'agit que d'une forme de surexcitation substituée à une autre, et qu'une telle substitution s'observe si fréquemment dans la classe des névroses. Mais c'est conformément aux principes développés au commencement de cette section, qu'il convient de rechercher les conséquences pathologiques de l'hystérie, et, sous ce rapport encore , l'observation d'A. L*** viendra nous fournir des élémens de confirmation.
Peu de jouis après que les dérangemens mentionnés plus haut se furent dissipés, cette jeune
( 213 ) femme a éprouvé à l'hypogastre des douleurs qui s'irradiaient vers les aines et le sacrum; l'utérus était développé et sensible à la pression ; il existait en même temps un écoulement muqueux et sanguinolent. Cet ensemble de symptômes dénotait bien, sinon une mélrite, au moins une irritation vive de l'organe utérin, qui ne présentait pourtant pas de lésion appréciable au toucher. Deux mois après son accouchement , A. L*** n'ayant pas pu continuer d'allaiter son enfant , la menstruation s'était rétablie et avait déjà eu lieu deux fois sans accidens ; d'un autre côté , l'état maladif dont il s'agit s'était manifesté en dehors de toute cause excitante extérieure; il n'était donc guère possible de voir en lui autre chose qu'une conséquence des surexcitations antérieures. Cette irritation utérine n'a pas tardé à perdre de son acuité sous l'influence d'un traitement approprié ; mais elle persiste encore , comme l'indique une leucorrhée accompagnée d'un sentiment de turgescence et de souffrances obtuses, qui ne sont peut-être que le prélude d'une altération plus profonde.
Trois ans se sont écoulés depuis que nous avons quitté la petite ville qu'habite cette intéressante malade. Dans cet espace de temps, les accidens nerveux se sont reproduits à plusieurs reprises, et en Février 1844 elle a été en proie à ceux que nous avons mentionnés en terminant son observa-
( 21/* ) tion. (Vroir pag. 153.) Mandé auprès délie dans celle circonstance , nous avons pu constater, par un examen convenable , que le col utérin , affecté d'une déviation latérale gauche tellement prononcée, qu'elle doit nécessairement s'opposer à ce que la conception puisse avoir lieu, présente dans tous ses points une rigidité remarquable et un véritable engorgement vers sa partie postérieure.
M.me S*** , après les accidens nerveux qui ont été signalés chez elle (voir XXI.e fait), a commencé à ressentir une pesanteur incommode dans le bas-ventre, et des tiraillemens douloureux dans les reins et dans le flanc gauche. Il ne se fait aucune perte; mais l'utérus développé comme dans une grossesse de deux mois , est dur et sensible à une forte pression. Ce développement augmente parfois, tantôt à la suite de fatigues corporelles, tantôt sans cause appréciable; alors il y a de la gêne dans l'excrétion des matières fécales et des urines. Les souffrances habituellement ressenties par M.me S*** acquièrent plus d'intensité : il s'y joint des palpitations, des étouffemens , et cet ensemble de sytnptômes se calme assez promptement sous l'influence de la saignée générale, à laquelle nous avons été obligé d'avoir recoms quatre fois dans l'espace de deux ans. Une exploration directe , à laquelle il ne nous a pas été permis de nous livrer, aurait sans doute donné plus de certitude au diagnostic; mais
( 215 ) il est bien permis de penser que 1 état de M.me S*** ne peut être attribué qu'à un engorgement préparé et entretenu par la surexcitation nerveuse dont Fulérus a été long-temps le foyer. Il est bien vrai que cette dame a fait plusieurs fausses couches ; mais les accidens nerveux utérins remontent à une époque antérieure à son mariage , et par conséquent cette circonstance, loin d'infirmer notre manière de voir, serait, au contraire, de nature à la confirmer.
Tout récemment enfin , nous avons pu constater un boursoufflcment hyperhémique du col de l'utérus, ainsi que l'existence de petites granulations rougeâtres au pourtour de son orifice , chez une dame qui approche de l'âge critique , et qui a éprouvé des accidens nerveux variés, dont le point de départ était évidemment dans l'appareil utérin. (Voir XIX.e fait.)
N'ayant devers nous que les faits consignés dans les archives de la science , nous ferons pour lepilepsie comme nous avons fait pour la danse de Saint-Guy, c'est-à-dire que nous signalerons seulement les diverses altérations que doivent constamment entraîner à leur suite les attaques répétées de cette affection : telles sont les congestions des vaisseaux cérébraux et notamment des sinus de la dure-mère, les épanchemeus apoplectiques, les collections séreuses à la surface des méninges ou
( 216 ) dans les cavités cérébrales, les productions osseuses, hydatiques, squirrhcuscs , tuberculeuses, etc.
En nous arrêtant seulement à l'hypocondrie et à l'aliénation mentale dans le quatrième article de la section précédente , nous n'avons pas voulu établir quelles étaient les seules formes morbides par lesquelles se révélait la surexcitation cérébrale. Il est d'observation constante , au contraire , que cette surexcitation existe souvent sans constituer l'une ou l'autre de ces affections, et disons plus, sans même donner lieu à des phénomènes que l'on puisse considérer comme vraiment maladifs, mais qui , dans bien des cas , n'en sont pas moins les avant -coureurs de maladies graves du cerveau : nous voulons parler de l'hydrocéphale aiguë et de l'apoplexie sanguine, sur lesquelles nous allons un instant appeler l'attention, en les envisageant lune et l'autre comme le résultat plus ou moins éloigné de la surexcitation nerveuse.
S'il existe quelques divergences d'opinion sur la nature de l'hydrocéphale aiguë, les auteurs qui se sont occupés de son histoire sont unanimes pour reconnaître qu'elle sévit plus particulièrement depuis l'âge de deux à six ans, sur les enfans riiez lesquels on peut observer un développement prrcoce de l'intelligence, une imagination \ ive et exaltée, un caractère irritable, une mobilité et une sensibilité excessives; une propension marquée aux
( 217 ) mouvemens irréguliers et spasmodiques. Ces particularités de l'organisation ne sont-elles pas les indices les moins équivoques de la surexcitabilité nerveuse; et s'il est vrai que l'hérédité influe sur leur production , ne sommes-nous pas en droit de conclure qu'il doit en être de même pour l'hydrocéphale aiguë , dont elles sont , à tout prendre , les véritables causes prédisposantes? Il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque plusieurs auteurs ont été témoins des ravages exercés par cette affection sutplusieurs enfans de la même famille: Amstrong et Undervood entre autres , ont signalé cette circonstance, le premier sur quatre frères, et le second sur six , qui succombèrent tous à l'âge de deux ans. Que l'exercice immodéré des facultés intellectuelles auquel on soumet trop souvent les jeunes sujets , vienne activer les prédispositions dont ils sont doués, alors la manifestation de la maladie sera plus certaine ; elle aura été déterminée sans doute par la cause efficiente précitée; mais il conviendra toujours de tenir compte de la surexcitabilité nerveuse héréditaire, qui revendique une large part dans cette manifestation.
Ce qui se passe alors que la surexcitation est violente, instantanée , et quelle va directement retentir sur le cerveau , nous met sur la voie pour établir que la structure de cet organe doit inévitablement ressentir les atteintes d'une surexcitation
modérée, mais renouvelée plus ou moins souvent. Supposons un individu héréditairement doué de la surexcitabilité nerveuse, réunissons par la pensée les causes multipliées qui, depuis son bas Age jusqu'à une époque plus ou moins avancée de son existence , auront mis en jeu cette disposition organique , soit en donnant naissance à de véritables maladies , soit en développant les passions , soit enfin en maintenant sa sensibilité dans un état plus ou moins habituel d'exaltation ; est-il possible qu a la suite de ces secousses réitérées , son cerveau ne soit pas plus accessible à Tact ion de nouvelles causes excitantes , que celui d'un sujet dont l'organisation aura échappé aux circonstances capables de déterminer une affection morbide quelconque du système nerveux, et que les épreuves de la vie auront toujours trouvé calme ou indifférent? Nous nous trompons fort, ou bien c'est dans cette succession d'ébranlemens , résultats inséparables de la surexcitation nerveuse, que résident dans certains cas les principales conditions pathogéniques du ramollissement de la substance cérébrale et du raptus sanguin qui constitue l'apoplexie. Nous n'examinerons pas ici la question trop litigieuse encore , de savoir s'il existe une apoplexie nerveuse proprement dite ; nous ferons seulement remarquer (pie certains auteurs, et enire autres M. (Jendrin, dans sa traduction de loin rage
( 219 ) d'Abercrombic , ont étendu cette dénomination à l'apoplexie sanguine ou séreuse , lorsqu'elle résultait d'un état nerveux. Il ne serait pas difficile de justifier cette manière de voir par les opinions des écrivains qui pensent qu'un état spasmodique ou convulsif du cerveau peut simuler ou décider l'apoplexie ; mais en nous circonscrivant dans les faits de notre propre observation, voici les documens qu'ils peuvent nous fournir.
Le père et la mère de M. L*** (X.efait), doués l'un et l'autre dune susceptibilité et dîme sensibilité nerveuses très-prononcées , meurent apoplectiques à un âge avancé. Le père de M.rae A*** (XVII.efait) est d'un caractère sensible, violent et emporté; sa constitution est entièrement opposée à celle qui prédispose à l'apoploxie sanguine; il a cependant deux fausses attaques , et il meurt hémiplégique. Le père et un oncle paternel de M. B*** (IX.e fait), succombent rapidement l'un et l'autre à la suite d'épreuves qui ont ébranlé la sensibilité morale qu'ils possédaient à un degré excessif.
Les circonstances que nous venons de rappeler sont peut-être peu décisives , si on les considère sous le rapport de l'influence héréditaire : en effet, il ne nous a pas été donné de savoir si le père et la mère de M. L*** et le père de M.me A*** étaient issus de païens doués des même» dispositions. Il
n'en est [tas tout-à-fait de morne pour le père et pour Tonde de M. B***, puisque déjà la- prédisposition morbide se fait remarquer chez deux frères, et quelle leur avait été bien évidemment transmise par voie d'hérédité. Toujours est-il d'ailleurs que ces individus ont donné le jour à des enfans qui nous ont offert des exemples de surexcitation nerveuse. Citons enfin avec quelques détails un fait qui nous paraît on ne peut plus concluant dans l'espèce.
XLVI.e Fait. — M. ***, ancien ingénieur civil, âgé de soixante-quatre ans , d'un tempérament nerveux sanguin, d'un esprit vif et pénétrant , d'une irascibilité peu ordinaire, a toujours été entraîné par un penchant irrésistible, selon lui, aux jouissances sexuelles. Il était sujet à la cép halalgïe, et avait éprouvé à diverses époques des accès de fièvre intermittente qui débutaient par des symptômes spasmodiques.
En 1837, M. *** fut atteint d'une congestion apoplectiforme à la suite de laquelle il conserxa dans les membres du côté gauche et dans la langue un léger engourdissement qui ne tarda pas à se dissiper. Dans la persuasion que l'excitation vénérienne n'avait pas été étrangère à la production de ces dérangemens, nous devions chercher à en prévenir le retour; mais M. *** ne
tint presque aucun compte des recommandations qui lui furent faites dans ce but, non plus que des craintes que nous nous étions attaché à lui inspirer , et , vers la fin de la même année , il fut frappé pendant la consommalion de l'acte conjugal , dune attaque d'apoplexie, avec perte instantanée de la parole et hémiplégie complète du côté gauche. La mort fut la conséquence rapide de cette affection. M. *** était né d'un père doué d'un caractère violent et emporté , et qui est mort apoplectique à peu près au même âge que son fils. Un de ses frères est hémiplégique depuis plusieurs années. Une de ses sœurs, présentant au physique et au moral tous les attributs d'une constitution nerveuse exagérée, après avoir été long-temps hystérique, a été affectée de monomanie , et a succombé , peu de temps après son frère, dans un état voisin de la démence.
Après ces considérations, qui devaient trouver ici leur place parce qu'elles se rattachent évidemment au sujet de cette section, revenons aux conséquences éloignées des deux affections qui ont été particulièrement rapportées à la surexcitation cérébrale ou intellectuelle.
Les phlegmasies chroniques des organes digestifs, l'hypertrophie du cœur, le rétrécissement de ses orifices, les épanchemens séreux dans son en-
veloppc séreuse , les tubercules pulmonaires, les fausses membranes et les adhérences pleurétiques; enfin j les ramollissemens , les indurations de la substance cérébrale, aussi bien que les productions accidentelles variées dont elle est susceptible de devenir le siège : telles sont les altérations organiques qui, dans certaines circonstances données, doivent être considérées comme des conséquences éloignées de l'hypocondrie, puisqu'elles constituent sa troisième période. Il est pourtant une remarque à faire à l'égard de cette troisième période, c'est qu'on ne l'observe que très-rarement, et par conséquent, malgré que les désordres purement nerveux simulent souvent les diverses altérations de texture qui viennent d'être énumérées, il ne faut pas trop se hâter de croire à leur existence. Ainsi , chez M. *** (XXII.C fait), quoique l'hypocondrie dont il est affecté existe depuis plus de vingt ans , nous avons la certitude que les organes digestifs ne sont le siège d'aucune lésion matérielle. Il est aisé de prévoir les conséquences qui doivent résulter de cette remarque pour le diagnostic , le pronostic et le traitement.
Indépendamment des congestions sanguines qu'entraînent à leur suite les paroxysmes de fureur si fréquens chez les maniaques , nous signalerons la démence , cette variété de la folie qui est si souvent le terme auquel viennent aboutir toutes les
autres, ce tombeau de la raison humaine, comme l'appelle Esquirol. En nommant la démence, nous ne pouvons la séparer des altérations anatomiques du cerveau ou de ses membranes qui loccasionent constamment, non plus que des paralysies partielles ou générales que Ton n'observe guère que dans cette forme de l'aliénation mentale.
L'inflammation du névrilème, des tubercules, des kystes existant sur le trajet des nerfs douloureux , ont été regardés par quelques auteurs comme les causes des névralgies. Mais il suffit de savoir que ces affections peuvent durer pendant des années entières sans qu'à l'autopsie on ait pu découvrir aucune de ces altérations , pour conclure qu'elles en étaient manifestement des conséquences dans les cas où elles ont été constatées. Nous ne nous arrêterons pas plus long-temps sur ces faits généraux, mais nous ne terminerons pas ces considérations sans faire mention d'une altération organique qui nous a paru avoir eu une affection névralgique pour point de départ.
Les douleurs lombaires dont fut affectée M.me Z*** (XLV.e fait), s'accompagnèrent bientôt de fatigue, d'un sentiment de pesanteur dans le bas-ventre, dune gêne notable dans rémission des urines, de constipation, delancemens partant de l'aine gauche et s'irradiant dans la cuisse du même côté. Ces symptômes indiquaient suffisamment que les
douleurs névralgiques avaient congestionné l'utérus , et le toucher vaginal vint confirmer cette manière de voir, en nous permettant de constater que la moitié gauche du col , ainsi que sa partie latérale et postérieure du même côté, était le siège d'un véritable engorgement. Le traitement qui fut mis en usage avec le plus satisfaisant succès , vint encore se réunir à toutes les données de l'observation pour prouver que cet engorgement était bien une lésion secondaire consécutive à l'affection névralgique. Nous reviendrons, au reste, plus tard et avec les détails convenables , sur cette circonstance , qu'il faut nous contenter d'indiquer ici.
S'il est vrai que les diverses affections ou altérations organiques qui viennent d'être passées en revue peuvent se présenter comme conséquences' plus ou moins éloignées de la surexcitation nerveuse, il est nécessaire de reconnaître que l'hérédité exerce sur leur production une influence qui ne peut pas plus être révoquée en doute que celle qu'elle exerce sur la production de la surexcitation nerveuse elle-même. C'est là une déduction logique dont nous aurions pu foire de nombreuses applications particulières , mais qu'il suffisait d'énoncer d'une manière générale en terminant cette section.