ARTICLE PREMIER
Prophylaxie pendant la vie intra-utérine.
Puisqu'il est certain que les dispositions organiques habituelles de la femme se transmettent à l'enfant qu'elle nourrit dans son sein; puisque, d'un autre côté, les affections morales éprouvées pen-
danl la grossesse réagissent sur lui d'une manière fâcheuse; c'est évidemment pendant sa vie intrautérine que doit commencer pour le nouvel être cette série de précautions dont il recevra les bienfaisans résultats par l'intermédiaire de sa mère , et qui devront être d'autant plus minutieusement observées, que l'on aura plus à redouter la transmission de la surexcitabilité nerveuse.
Les femmes naturellement douées d'une constitution nerveuse , irritable , éviteront avec soin toutes les causes d'excitation à l'influence desquelles elles sont toujours plus accessibles, par la raison que l'état de grossesse double constamment la faculté de sentir. Les personnes qui les entourent s'attacheront à éloigner d'elles les circonstances qui pourraient faire naître des chagrins violens, renouveler et entretenir des peines morales anciennes , occasioner la crainte ou la frayeur , provoquer des emportemens ou des accès de colère. Certaines de ces affections sont tellement liées à l'impressionnabilité nerveuse native ou acquise, d'autres sont si fortuites et si inopinées, qu'elles se jouent, en quelque sorte, de la prévoyance la plus attentive; mais s'il n'est pas toujours donné de les empêcher entièrement, l'on peut du moins, dans bon nombre de cas, rendre leur influence moins active.
Les divers movens de distraction seront mis en
avant pour détourner l'imagination exclusivement concentrée sur des souvenirs douloureux; les promenades, les lectures et les conversations instruc tives et agréables; la fréquentation de personnes prudentes et éclairées qui sauront habilement ménager les consolations et faire naître à propos des idées riantes : telles sont les principales sources où Ton pourra puiser les élémens dune salutaire diversion.
Toutes les fois qu'on aura lieu de craindre les effets d une frayeur subite ou de toute autre affection violente, il faudra s'opposer à ce qu'elle n'aille retentir d'une manière fâcheuse sur l'appareil utérin, et, par suite, sur le fœtus. Une saignée peu abondante du bras , s'il n'y a pas de contre-indication , l'usage des bains tièdes , en rétablissant le calme et l'équilibre, permettront dans bien des circonstances d'arriver à ce résultat,
Parmi les émotions morales qui peuvent être nuisibles à l'enfant dans le sein de sa mère, il en est qui sont les conséquences inévitables d'habitudes vicieuses consacrées surtout dans les hautes classes de la société. On devine, sans doute, que nous voulons parler de ces brillantes réunions au milieu desquelles la jeune femme , oublieuse des nom eaux devoirs que lui a imposés la nature, se livre à un exercice peu convenable à sa position , s'abandonne aux séduisans prestiges qui l'entourent de toutes
( 255 ) parts, et maintient ainsi ses facultés physiques et morales dans un état d'excitation sans cesse renaissante, précisément à cette heure de la nuit où déjà depuis long-temps le calme et le repos seraient une nécessité pour elle aussi bien que pour l'être auquel elle donnera le jour. Nous voulous parler encore de ces représentations théâtrales à grand effet , dont on commence pourtant à se lasser , et qui , loin d'offrir des alimens aux nobles passions du cœur , n'en fournissent qu'à celles des sens et de l'imagination, qu'elles impressionnent d'une manière horrible ou dégoûtante. Nous voulons parler enfin de la lecture de ces romans incendiaires , dont les auteurs , s'arrogeant une prétendue mission régénératrice , n'ont pas craint de prostituer un talent souvent remarquable, en le consacrant aux peintures hideuses et toujours exagérées des vices et des travers de l'humanité, dont souvent même ils ont entrepris de faire l'apologie. Comment ces diverses causes, dont les effets seront d'autant plus certains que le système nerveux de la mère sera plus impressionnable , ne viendraient-elles jias , en se reproduisant fréquemment, ébranler la constitution si frêle du fœtus, et préparer les élémens de celte série de maux qui éclateront après sa naissance ?
Et qu'on n'aille pas croire toutefois que , moraliste morose, nous ayons pris à tache de réprouver
indistinctement toutes les distractions sociales, tous les plaisirs du grand monde. Non , telle n'est pas notre intention ; nous signalons seulement des abus et des exagérations , parce que nous les croyons essentiellement nuisibles, et nous leur opposerons volontiers comme un contraste remarquable , la conduite de cette jeune épouse qui sait conserver sa sensibilité dans un juste équilibre, et se préserver en même temps de l'ennui , en cherchant ses distractions , non dans le tumulte du monde , mais dans les occupations de son ménage, dans un cercle rétréci d'amis et dans la culture des arts qui lui sont familiers; qui à chaque instant de la journée se souvient quelle ne vit plus pour elle seule, qui dans toutes ses actions prélude a ces tendres soins dont elle entourera la créature qui lui devra l'existence, qui sait enfin se renfermer dans les joies futures de la maternité. Quelles lui soient réservées tout entières , elle n'a rien fait, pour les troubler.
Les rapprochemens conjugaux trop fréquens pendant la grossesse, par l'excitation qu'ils entretiennent sur la matrice et sur le cerveau , peu\ eut réagir d'une manière nuisible sur le fui us; aussi nous regardons comme une précaution utile de s'en abstenir, surtout pour les femmes qui éprouvent vivement les sensations de l'acte vénérien. On a beau faire intervenir les besoins de l'organisation ;
( 257 ) c'est bien plus souvent l'exagération de nos désirs et de nos passions, que nous sommes bien aises de voiler de ce nom. Et d'ailleurs, en les admettant comme tels, s'il est un cas où ils doivent être réprimés par une volonté ferme, certes, c'est bien celui où il s'agit de l'avenir et de la santé d'un être que nous avons désiré de tous nos vœux. Nous n'ignorons pas que cette manière de voir n'est pas celle de tous les hygiénistes; mais ce n'est pas une raison pour ne pas l'énoncer librement , puisqu'elle est le résultat de notre conviction.