‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 22 sur 25 · ARTICLE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE QUATRIÈME

Prophylaxie pendant l'âge adulte.

Sans tenir compte des exceptions, on peut établir d'une manière générale que les premières années de la virilité ressemblent sous plus d'un rapport et à quelques nuances près, aux dernières années de l'adolescence. L'homme fait, quoique moins impressionnable, est susceptible encore de ressentir les cruelles atteintes d'un amour récent , ou les suites non moins cruelles d'une passion que l'espérance entretenait depuis long-temps dans son cœur. Signaler les mêmes élémens de surexcitation nerveuse, c'est aussi signaler les mêmes troubles intellectuels, qui sont à redouter; c'est eu

même temps incliquer les mêmes moyens prophylactiques , avec cette différence pourtant , qu'ils seront moins multipliés , puisque, pour faire diversion aux idées exclusives , il ne sera pas aussi facile de susciter une nouvelle inclination, et qu'il faudra compter sur d'autres ressources.

Cest assez généralement à une période plus ou moins avancée de l'âge adulte que se contractent les unions matrimoniales. Le choix qui devrait constamment présider à ces unions offrant une ressource prophylactique de la plus haute importance, c'est naturellement ici qu'il convient d'en faire mention.

Allier ensemble deux sujets d'une constitution chétive ou incomplètement développée, associer à une jeune fille douée ou non d'une impressionnabilité exagérée, un vieillard débile et cacochyme, ou bien un homme dans la force de l'âge , mais dont le système nerveux jouit d'une activité prédominante , c'est évidemment courir les chances de perpétuer dans les enfans la surexcitabilité nerveuse par défaut ou par excès. Ces chances deviennent plus inévitables, en quelque sorte, si déjà l'un ou l'autre , et à plus forte raison les deux individus qui se proposent de s'unir en mariage ou Fun de leurs ascendans en ligne directe , ont été affectés de quelqu'une des maladies qui se trouvent liées à cette modalité organique. En renon-

( 284 ) çant, au contraire, à dos alliances contractées avec de semblables dispositions, ou du moins en opposant à une constitution faible une constitution robuste, à un tempérament nerveux prédominant un tempérament sanguin, on obtiendra chez les descendans des constitutions et des temporamens mixtes, et l'on verra successivement s'éteindre dans les générations l'aptitude à la surexcitation nerveuse. Ce sont là des préceptes bien simples , et dont les résultats certains sont journellement démontrés par les pratiques usitées en économie domestique pour le croisement et l'amélioration des races d'animaux, mais que malheureusement pour l'humanité, l'empire exercé par les convenances sociales fait trop souvent perdre de vue.

Si l'âge adulte est moins accessible à certaines passions, si quelques affections lui sont presque étrangères , il en est qui lui appartiennent en propre , et qui , habituelles et chroniques en quelque sorte , impriment à toute l'organisation un cachet qui vient souvent se réfléchir sur les traits de la physionomie. L'ambition , l'égoïsme , la dissimulation , l'avarice , la jalousie , les chagrins domestiques, les peines morales quelle qu'en soit la source, sont de ce nombre, et s'observent, les unes presque exclusivement chez l'homme , les autres chez l'homme et chez la femme en même temps. C'est à cotte époqtte de la vie que l'homme exerce

( 285 ) avec le plus d'ardeur et de constance ses facultés cérébrales , qu'il est le plus capable des actions d éclat, des productions brillantes qui décèlent le savoir ou le génie ; mais c'est aussi pendant sa durée qu'il se livre à tous les excès , qu'il abuse de toutes les jouissances. Que de circonstances propres à exciter outre-mesure l'appareil de l'innervation, alors même qu'il ne présenterait pas une aptitude excessive à être influencé par elles; que de causes , pour le moment présent , d'épilepsies, d'hystéries, de névralgies, d'hypocondries, d'aliénations mentales, et pour l'avenir, des maladies diverses qui ont été signalées ailleurs comme pouvant être les conséquences plus ou moins tardives de celles que nous venons de nommer !

L'hygiène nous offrirait, sans doute, les moyens les plus efficaces pour prévenir ces désordres variés; elle nous apprendrait que pour conserver jusque dans un âge avancé l'intégrité fonctionnelle des organes, il est nécessaire de ne pas les soumettre à des stimulations trop violentes et trop réitérées; elle nous prescrirait, en un mot, d'user avec réserve de tout ce qui est utile et agréable , d'opposer la modération aux passions véhémentes et instantanées, le calme et la tranquillité de l'âme à celles qui sont lentes et dépressives. Mais combien peu d'hommes se conforment à ces sages préceptes, alors même qu'ils en connaissent toute

( 286 ) I importance ! Do telle sorte que, dans un grand nombre de cas, force nous est d'appeler à notre aide les ressources de la thérapeutique proprement dite, ou de la médecine morale, pour empocher l'invasion de maladies plus ou moins imminentes.

La saignée et l'usage des bains seront avantageux dans bien des circonstances, et surtout chez les sujets doués d'une grande susceptibilité nerveuse, pour empêcher les dérangemcns qui pourraient être la suite d'une vive frayeur, d'une forte colère, d'une joie immodérée. On sait que chez les mêmes individus, les chagrins prolongés, après avoir déterminé de la pesanteur ou des douleurs de tête, de l'agitation, de l'insomnie, etc., finissent par déranger les facultés intellectuelles et par produire assez fréquemment la manie avec penchant au suicide. Les évacuations sanguines pourront encore être, dans ce cas, d'une utilité manifeste pour prévenir ce funeste résultat. Un physiologiste anglais , que nous avons déjà cite plusieurs fois, Marshal- Hall , rapporte à ce sujet le fait suivant :

« Un homme perd sa fortune , et éprouve un » sentiment de poids et de pression sur la tête ; il )) est privé de sommeil : quelques jours après il » essaie de se suicider en se divisant les muscles » et les vaisseaux du bras. L'hémorrhagie qui s'en- » suivit le lit tomber en syncope, et quand il

» revint à lui il avait horreur du suicide , et dit )> à ses amis que s'il eût été saigné, il n'aurait » jamais voulu se détruire ».

Les peines morales , et surtout celles qui résultent de la perte d'un parent ou d'un ami , seront calmées par les consolations , qui demandent toujours à être maniées avec une habileté particulière. Nous en trouvons un exemple bien remarquable dant cette ode qu'Horace adresse à l'auteur de YEnéide, pour le consoler de la mort de Quintilien. Comme le poète lyrique sait faire abandon de la gaîté , qui est son égide habituel contre les coups de l'adversité, pour s'identifier, en quelque sorte, avec la douleur de Virgile, pour la légitimer et l'entretenir par de pieux souvenirs ; avec quel art ensiùte il cherche à l'exhorter à la résignation et à opposer à ses regrets les inflexibles arrêts du destin !

Duruni ! sed levais fit patientiâ Quidquid corriacre est nefas.

(Lib. I, od. 20.;

Nous trouverions encore un modèle non moins remarquable de cette prophylaxie morale , dans ces stances si connues adressées par Malherbe à son ami Duperrier , que la perte de sa fille plonge dans une affliction continuelle.

Au savant, au littérateur, au magistrat, au

diplomate; dont le cerveau, fatigué par des méditations abstraites, par des travaux de tout genre, par le soin des affaires publiques , menace de ne plus exercer régulièrement ses fonctions, on prescrira, sinon le repos absolu, du moins un exercice moins soutenu de l'intelligence. On leur conseillera surtout de faire alterner leurs occupations sérieuses avec les distractions de toute sorte. Les voyages , les promenades régulières au grand air , la fréquentation d'amis éclairés, la société des femmes , etc., seront principalement utiles pour rétablir l'équilibre. « C'est dans la société des femmes, » dit Lecamus , cité par Louyer-Villermay , que » l'homme perd son caractère farouche. Cicéron, )) après avoir écouté les leçons d'éloquence que lui » donnait Sœvola, son maître, venait se récréer » dans la société de son épouse Lélia, dont les dis- » cours , suivant l'expression de l'orateur romain , » avaient la teinte la plus élégante .»

Sénèque, dans son livre De tranquillitate animi, prescrit de ne pas tenir constamment l'esprit fixé sur une même série d'objets , et de le distraire de temps en temps par des jeux variés. Il rapporte à cette occasion que Socrale ne rougissait pas de s'amuser avec des enfans, et que Caton trouvait dans l'usage des libations le moyen de se distraire du soin des affaires publiques. Cette dernière source de diversion ne serait peut-être pas à dédaigner,

( 289 ) avec Fc-xpressc recommandation d'en user comme devait le faire l'un des sept sages de la Grèce , et de ne pas la convertir en une habitude plus propre à hâter le mal qu'à le prévenir.

Par quel genre d'exhortations faudra-t-il chercher à ramener dans la voie de la modération l'homme égaré par une ambition démesurée ? A l'aide de quels conseils sera-t-il possible de relever le moral abattu par l'adversité, aussi bien que de s'opposer à l'envahissement de ce fol orgueil que fait naître une prospérité inattendue? Nous ne pouvons répondre à ces questions , qu'en renvoyant le lecteur à deux odes d'Horace qu'il faudrait citer en entier, parce qu'elles renferment dans toutes leurs parties des pensées de haute philosophie qui devront toujours servir de guide et auxquelles ils serait difficile de rien ajouter (1). Disons enfin que, comme dans l'adolescence , on obtiendra souvent les résultats les plus avantageux en opposant une nouvelle passion à celle qui commence à devenir nuisible. « Ayant besoin d'une » véhémente distraction, dit Montaigne, pour m'en » distraire , je me fis par art amoureux et par es- » tude , à quoy l'âge m'aydait. L'amour me sou- » lagea et retira du mal qui m'était causé par » l'amitié. »

(I) Ad Dellium , lib. 2, od. 3. — Ad Licinium , oJ. 7.

C'cbt vers la lin de 1 âge adulte que le flux mensuel cesse chez la femme. L'utérus ne joue plus un rôle actif comme par le passé; mais, ainsi que nous lavons vu plus haut, cet organe, en raison de ses surexcitations antérieures plus ou moins répétées, est exposé à devenir le siège d'altérations diverses, qu'il est souvent indiqué de prévenir par les saignées déplétives, l'application d'un cautère, etc. C'est aussi à cette époque qu'il faut s'attacher, par des moyens moraux bien dirigés, à prévenir les désordres intellectuels qui se montrent si fréquemment à la suite des changemens survenus dans l'existence physique et morale de la femme.

ARTICLE CIXQUÈME.

Prophjlaxie pendant la vieillesse.

Nous le savons déjà, la vieillesse est une période de l'existence presque entièrement négative pour la surexcitation nerveuse; mais, comme nous le savons aussi , c'est pendant sa durée que l'on voit fréquemment se manifester des maladies qui sont les conséquences des stimulations dont les centres nerveux ont été antérieurement le siège. La propnylaxie de ces maladies se trouve donc déjà exposée tout entière dans les périodes précédentes, e1 notamment dans celle de la \irililé. Plus L'homme

( 291 ) aura vécu conformément aux règles de l'hygiène , plus il se sera tenu éloigné des causes de surexcitation, et plus il aura l'espoir de parcourir le reste de sa carrière exempt de cette multitude d'infirmités souvent plus cruelles que la mort même. A cette indication générale nous ajouterons seulement que si le vieillard tient à ne pas abréger les jours qui lui sont encore réservés , il doit s'attacher à ne pas joindre de nouvelles stimulations à celles qui ont déjà retenti sur les organes de l'innervation, et surtout s'abstenir de celles qui résultent des rapprochemens sexuels. Pour faire ressortir toute l'importance de cette recommandation;, nous n'avons qu'à rappeler l'observation qui a terminé la série des faits particuliers qui ont été rapportés dans les deux premières sections du chapitre précédent. (Voir XLVLe fait.)

SECTJON SECONDE.

Trailcmcnl curatif.

Nous venons d'exposer d'une manière générale les bases sur lesquelles doivent reposer les premières indications qui se présentent dans le traitement des maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse héréditaire. Il est évident que notre tache serait accomplie si le but que l'on se propose pouvait

être toujours atteint ; mais il est loin d'en être ainsi. Les maladies en question semblent déjouer les précautions les plus attentives; elles se montrent avec une ténacité et une tendance à la récidive qui nécessitent, dune part, la continuation assidue des moyens préventifs hygiéniques, moraux ou médicamenteux, et de l'autre, la connaissance parfaite des agens curatifs, proprement dits, qui leur sont applicables, afin de pouvoir choisir parmi eux ceux dont l'action modificatrice est la plus puissante. Cette double nécessité complète, selon nous, la détermination de l'influence que les circonstances écologiques relatives à l'hérédité doivent exercer sur la thérapeutique des affections morbides qui font le sujet de ce travail. Mais qu'on ne pense pas néanmoins que , la prenant strictement à la lettre, nous allions maintenant passer en revue tous les moyens qui composent les médications antispasmodique , calmante, révulsive, etc.; nous avons seulement l'intention d'exposer aussi brièvement que possible les préceptes qui doivent diriger la conduite du praticien, et de faire connaître quelques-uns des agens curatifs qu'il pourra mettre en usage avec le plus de chances de succès, et qui lui seront fournis, tantôt par la matière médicale, tantôt , et le plus souvent peut-être , par l'hygiène et par la médecine morale.

Nous ne nous étendrons pas longuement sur le traitement de la surexcitation névropathique générale ou protéiforme qui nécessite rarement l'intervention active de nos moyens, et qui a d'ailleurs une si grande tendance à se dissiper naturellement ; disons seulement que quelque légers que paraissent les phénomènes qui la caractérisent, il importe toujours de s'opposer à leur reproduction par l'application constante et soutenue des préceptes prophylactiques précédemment exposés, et arrêtons-nous un instant sur la surexcitation qui se manifeste comme épiphénomène ou comme complication dans le cours de quelques maladies aiguës fébriles/ aussi bien qu'à la suite des grandes opérations chirurgicales , parce que dans maintes circonstances elle peut devenir la source d'indications curatives particulières.

Dans tous les cas, il faut détourner l'irritation qui tend à se porter vers le centre encéphalique : les moyens les plus convenables pour obtenir ce résultat, sont les applications chaudes ou irritantes sur les extrémités inférieures; mais les topiques qui provoquent la douleur ne doivent être employés qu'avec réserve, car il arrive souvent que chez les personnes nerveuses ils produisent des effets contraires à ceux qu'on veut obtenir1; ainsi les pédiluves et les cataplasmes très-chauds méritent généralement la préférence sur ibs siua-

( 2&A ) piamcs. Alors même que la maladie principale est méthodiquement combattue, les évacuations sanguines, les antispasmodiques, les caïmans, peuvent cire nécessaires si la surexcitation cérébrale sympathique devient prédominante; c'est au praticien judicieux à discerner les circonstances particulières qui réclament l'emploi de ces moyens. Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails que comporterait cette indication ; mais nous dirons qu'en général les applications de sangsues aux malléoles ou à l'anus et la saignée du pied sont préférables à la saignée du bras ; que parmi les antispasmodiques il faut choisir ceux qui sont le moins capables d'augmenter l'irritation des organes primitivement affectés; qu'enfin, les caïmans doivent être choisis parmi ceux qui congestionnent le moins l'organe cérébral.

Dans bon nombre de circonstances, sans négliger des moyens pharmaceutiques dont l'emploi peut être convenable, le médecin tirera un grand parti des ressources de la médecine morale. Elles seront surtout précieuses dans le traitement des phénomènes nerveux qui se développent souvent après les grandes opérations. Combien de fois ne voit-on pas fimminence d'accidens graves ou ces accidens eux-mêmes se dissiper lorsqu'une consolation ou une espérance a été donnée à propos au malheureux dominé par l'idée de la mutilation

qu il vient de subir, et par celle des conséquences quelle doit avoir plus tard pour lui et pour sa famille?

Le délire nerveux qui se rattache évidemment à la surexcitation cérébrale sympathique, résiste aux antiphlogistiques et aux révulsifs les plus énergiques ; il devra être combattu par Fusage du laudanum en lavemens, dont l'expérience a démontré à Dupuytren l'incontestable efficacité.

Quant au délire ataxique, qui complique fréquemment certaines maladies , et surtout la pneumonie chez les sujets nerveux, le musc lui est particulièrement applicable, à la dose de 75 centigrammes à 1 gramme et plus. Mais , suivant le précepte de M. Récamier , il faut l'administrer à doses filées , c'est-à-dire , en portions fractionnées toutes les heures , et pendant six , huit ou dix heures au plus , car ses effets sont prompts ou nuls.

La surexcitation spasmodique entraînant avec sa dénomination l'indication des moyens que réclame son traitement, il serait à peu près inutile de nous arrêter aux généralités qui pourraient être exposées à cet égard ; mais nous devons mentionner les agens curatifs qui furent employés avec un notable succès dans un des cas dont nous avons rapporté l'histoire.

On n?a peut-être pas entièrement perdu de vue

que les palpitations nerveuses auxquelles était sujette M> X*** (voir XII.e fait), avaient acquis chez elle un degré d'intensité qui simulait une hypertrophie du cœur. Les mouvemens tumultueux de ce viscère ne pouvaient cependant, d'après les commémoratifs, être attribués qu'à une concentration vicieuse des mouvemens vitaux, qui devaient dès-lors être uniformément répartis. Les saignées *peu abondantes du bras et du pied , les frictions sèches sur la peau , les exercices fatigans , et surtout l'équitalion, tels furent les moyens que nous jugeâmes capables d'obtenir ce résultat, et qui le produisirent en effet sans autre adjuvant, puisque au bout de trois mois cette dame fut débarrassée des accidens mentionnés, et que s'ils se sont montrés de nouveau depuis cette époque, ce n'a été que rarement et à un degré d'intensité beaucoup moins prononcé. .

Si l'anatomie pathologique a répandu de vives lumières sur la thérapeutique des convulsions symptomatiques en faisant connaître les lésions organiques auxquelles elles étaient liées, elle a été a peu près impuissante à nous dévoiler la nature intime de l'éclampsic idiopathique et sympathique, dont elle n'a guère signalé que les conséquences; eu sorte que, dans un assez bon nombre de cas, l'une nous est de nous laisser guider par IVm-

( 297 ) pirisme raisonné dans le traitement de cette affection.

Toutes les fois que la cause organique de l'éclampsie peut être découverte , c'est à elle qu'il faut s'adresser. Ainsi, les phlegniasies gastro-intestinales seront combattues par les antiphlogistiques , l'indigestion ou la surcharge de l'estomac par les boissons aromatiques ou les évacuans. S'il y a lieu de soupçonner la présence de vers dans le canal alimentaire, les anthelmintiques seront indiqués. Enfin, lorsque l'éclampsie sera produite par le travail de la dentition , que ses accès seront violens et se répéteront souvent, si les collutoires émolliens n'ont pas amené de l'amendement, il sera indiqué de recourir à l'incision des gencives tuméfiées.

Pendant la durée ou à la suite d'un accès d'éclampsie idiopathique ou sympathique , l'on a toujours à redouter une congestion sanguine vers l'encéphale, surtout chez les enfans héréditairement prédisposés; aussi les sangsues appliquées aux extrémités inférieures ou à l'anus sont, dans bien des cas , d'un grand secours pour la prévenir. C'est encore en raison de cette crainte, qu'il faudra donner la préférence aux purgatifs sur les vomitifs, quand il sera indiqué d'évacuer les voies digestives.

Nous avons fréquemment employé dans leclamp-

sie sympathique Ichœir de propriété (1) , à la dose de 1 à 2 grammes dans une potion additionnée de quelques gouttes d'éther ou de Liqueur d'Hoffmann. Nous n'y avons eu recours qu'en l'absence de tout état inflammatoire, et principalement dans les cas où nous présumions l'existence de vers dans le canal alimentaire. Les convulsions nous ont paru assez souvent diminuer d'intensité et de durée sous l'influence de cette médication , et si nous énonçons ce résultat avec une certaine réserve , c'est que nous sommes persuadé que Péclampsie des enfans est de toutes les maladies celle dont la marche peut le plus laisser en question l'efficacité d'une préparation pharmaceutique quelconque.

Il est une précaution qui doit être recommandée d'une manière générale dans le traitement de l'éclampsie, et que nous ne devons pas passer sous silence ; elle consiste à réveiller doucement l'enfant au bout de quelques instans de sommeil. En

(1) Cette préparation, exhumée des vieilles pharmacopées et presque entièrement oubliée de nos jours, est composée comme il suit, d'après la formule de M. Soubeiran.

Teinture de myrrhe, \ parties.

de safran , 3 parties.

d'aloè's, 3 parties.

Paracclsc,quicn est l'inventeur, y faisait entrer l'esprit de soufre , que l'on a remplacé plus tard par l'acide sulfurique. Celte dernière substance n'entre pas dans l'élixir dont nous faisons uspgc ordinairement,

( 299 ) effet , suivant la remarque de Marshal-IIall , L'acide carbonique qui est l'exictant naturel du pneumogastrique, se trouve en plus grande abondance dans le poumon pendant le sommeil , qui peut dèslors être considéré comme une circonstance capable de favoriser la manifestation de nouvelles attaques convulsives.

Ce n'est pas assez d'avoir mis fin à un accès d'éclampsie, il faut encore en prévenir le retour. Si Ton se rappelle ce qui a déjà été dit de la nécessité de supprimer l'allaitement alors que la menstruation se montre pendant sa durée, on concevra aisément que cette suppression, considérée d abord comme moyen préventif, peut, dans bien des circonstances, être définitivement curative. C'est principalement à cette précaution que nous croyons avoir été redevable de plusieurs guérisons qui ne se sont pas démenties; en voici un exemple : chez l'un des enfans dont nous avons rapporté l'observation (voir XV.e fait), une dentition laborieuse et la menstruation de sa nourrice avaient pu être signalées comme causes déterminantes d'une éclampsie grave. Environ trois mois après, l'éruption des canines supérieures s'accompagna chez cet enfant de fièvre et d'agitation, mais il n'y eut pas la moindre menace d'affection convulsive. En eût-il été de même si sa mère n'avait cessé de l'allaiter , d'après nos instantes recommandations? Ce fait lui même

et quelques autres semblables nous permettent au moins d'en douter.

Que l'éclampsie soit idiopathique ou sympathique , lorsque ses accès ont résisté aux divers agens médicateurs que l'on a pu diriger contre eux, et qu'ils se reproduisent fréquemment , le moyen le plus efficace à leur opposer consiste dans l'application d'exutoires au voisinage de la tête, et surtout d'un cautère ou d'un séton à la nuque. C'est la nature elle-même qui nous met sur la voie de cette médication, en nous montrant des enfans qui sont délivrés de convulsions par l'apparition d'exanthèmes suppurans du cuir chevelu, et qui en sont attaqués de nouveau lorsque ces exanthèmes viennent à disparaître ou à se dessécher : aussi cet enseignement a-t-il été accueilli dès la plus haute antiquité. Forestus rapporte que la coutume de cautériser les enfans à la nuque était tellement en usage de son temps , que les femmes de la campa gne les apportaient dans les villes, où des prêtres leur pratiquaient cette opération tantôt avec le fer rouge tantôt avec des charbons ardens. Nous avons déjà remarqué que Willis insistait particulièrement sur l'application du cautère à la nuque chez les enfans qui sans avoir été atteints d'éclampsie y étaient héréditairement prédisposés. Ce fut par ce moyen que Zacutus-Lusitanus parvint à guérir un enfant qui était près de rendre le dernier

( 301 ) soupir pendant une attaque convulsive. Cet enfant avait deux frères épileptiques , et huit de ses cousins paternels héréditairement prédisposés à l'affection convulsive, y avaient successivement succombé. Nous n'avons eu recours que dans trois circonstances à l'application d'un exutoire à la nuque, et elle fut suivie d'un succès incontestable. Les vésicatoires derrière les oreilles sont , après le cautère et le séton, auxquels les parens répugnent trop souvent, les moyens sur lesquels on peut le plus fonder l'espoir d'une guérison définitive.

Tous les praticiens connaissent les avantages presque constans obtenus par Dupuytren , de la méthode qu'il employait à l'exclusion de toute autre dans le traitement de la danse de Saint-Guy. Les immersions dans l'eau froide répétées cinq ou six fois dans un quart d'heure', et après lesquelles on provoque la transpiration par un exercice violent ou par la chaleur du lit , font , avec les pilules de Méglin, la base de cette méthode curative, qui, en raison de ses effets immédiats et des succès nombreux qu'elle a procurés à l'illustre chirurgien de l'Hôtel-Dieu, mérite la préférence dans l'immense majorité des cas. Dans ces derniers temps , M. Baudelocque a substitué les bains sulfureux aux bains froids , et a obtenu par ce traitement vingthuit guérisons sur trente malades. D'après M. Rufz,

( 303 ) non-seulement les bains sulfureux jouiraient cl une efficacité plus marquée que les autres moyens, mais encore ils auraient l'avantage d'abréger notablement la durée de la maladie. Enfin, nous mentionnerons comme pouvant trouver une application avantageuse dans certains cas, la méthode adoptée par Bouteille , et qui consiste dans l'emploi combiné des évacuations sanguines et des purgatifs. Telles sont parmi les nombreuses médications proposées contre la chorée, celles qui peuvent généralement être employées avec le plus de confiance. Quelle que soit , au reste , celle que l'on adopte, il ne faut pas perdre de vue qu'elle sera toujours puissamment secondée par l'usage bien dirigé des moyens hygiéniques, et surtout par les exercices gymnastiaues, la natation , les promenades au grand air , etc. Le régime alimentaire réclame aussi quelque attention ; ainsi , chez ces enfans dont la constitution est profondément débilitée, on se trouvera bien d'insister sur les alimens riches en principes nutritifs, sur l'usage du vin, etc. Il n'est pas rare de voir, sous l'influence d'une alimentation réparatrice et même excitante, se manifester dans l'économie une modification qui favorise singulièrement la guérison.

Indépendamment des moyens prophylactiques qui fourniront toujours de puissantes n

( 303 ) au praticien , ce n est que sur la connaissance approfondie des causes qui, mettant en jeu la surexcitabilité nerveuse, provoquent et entretiennent les accès d'hystérie, qu'il pourra baser sa conduite thérapeutique.

A l'hystérie dépendante des efforts que fait la nature pour établir la première menstruation, il conviendra d'opposer les pédiiuves irritans, les bains de siège , les vapeurs légèrement stimulantes dirigées sur la vulve , etc. S'il existe des signes de pléthore sanguine, une saignée du pied, les applications de sangsues à l'anus ou aux cuisses, sont les moyens dont on peut le plus espérer. Quand l'affection hystérique est occasionée par la suppression ou par les irrégularités du flux menstruel , les sangsues en petit nombre appliquées à la partie interne et supérieure des cuisses, auront souvent pour effet de le rappeler ou de le régulariser. Il demeure bien entendu qu'une vie active, un exercice porté jusqu'à une légère fatigue , un régime approprié à la constitution des malades, seconderont l'action de ces médications.

Chez une jeune fille ardente, passionnée, chez celle dont l'imagination a été dépravée par une éducation morale vicieuse, le mariage est souvent le seul moyen auquel on puisse avoir recours pour mettre fin à des accès d'hystérie. Mais c'est à tort que quelques auteurs, considérant le besoin

des rapprochemens sexuels comme la cause unique de cette maladie, ont conseillé l'union conjugale indistinctement dans tous les cas , puisqu'il est bien démontré que l'abus des jouissances vénériennes est souvent une cause déterminante de l'hystérie. Ainsi le mariage ne peut réellement être envisagé comme moyen curatif , que dans les conditions précitées , ne fût-ce que pour prévenir ou pour faire cesser l'habitude de l'onanisme , qui peut à son tour provoquer et entretenir des accès hystériques.

L'hystérie qui dépend des peines de l'âme ne peut être heureusement combattue que par les moyens hygiéniques, les distractions , les occupations variées, etc. Faire diversion aux affections dominantes et les remplacer par des affections moins pénibles ou même par des affections agréables, tel est le but qu'il s'agit d'atteindre et vers lequel devront être dirigées les ressources habilement ménagées de la médecine morale. Dans ces circonstances délicates le médecin s'attachera d'abord à gagner la confiance entière des malades par son aménité , par son maintien réservé : il s'insinuera peu à peu dans toutes leurs pensées , dans tous leurs sentimens ; il compatira à leurs peines , les légitimera, les partagera, en quelque sorte , en même temps qu'il fera valoir avec adresse et ménagement les moindres sujets de consolation; il

( 305 ) saisira enfin toutes les occasions qui se montreront favorables pour amener des confidences, pour exciter les larmes : qui ne connaît leur puissance et leur efficacité? qui ne sait qu'elles sont une véritable crise morale , seule capable peut-être d'alléger le cœur du poids qui l'oppresse , ou , pour parler un langage moins figuré, de diminuer l'innervation affective exagérée au point de constituer et d'entretenir un état maladif?

Lorsque l'hystérie se manifeste à cette époque de la vie où la cessation définitive des menstrues est annoncée par leurs irrégularités, ce serait au moins en vain , si ce n'était au préjudice des malades, que l'on s'efforcerait de rappeler vers la matrice une fluxion dont elle ne doit plus être le siège. Les saignées déplétives , l'emploi de quelques minora tifs, rétablissement d'un cautère, conviendront plus particulièrement dans de semblables cas. Les saignées peu abondantes du bras et les applications de sangsues au sacrum seront surtout utiles pour combattre les engorgemens qui auront été préparés par les surexcitations utérines antérieures.

Après ces règles de traitement, qui sont les seules applicables à l'hystérie dépendante d'une prédisposition héréditaire , que dire des nombreux agens médicamenteux tour à tour conseillés contre cette affection ? Rien , si ce n'est qu'on peut les em-

ployer comirie palliatifs, et sans leur accorder une confiance exclusive. Nous ferons cependant une mention particulière des lavemens d'eau froide, recommandés par M. Fovillc , non-seulement pour l'aire cesser un accès hystérique, mais aussi pour en prévenir le retour. Si ce moyen est réellement utile, ce ne peut être qu'en diminuant par son action sédative la surexcitation dont l'organe utérin est le siège. Nous n'y avons eu recours qu'une fois chez une des malades dont nous avons rapporté l'histoire (voir XX.C fait); mais ce fut sans succès, parce que, malgré toutes les précautions, ï ea.ii froide était rejetéc dès qu'elle arrivait dans le rectum.

L'indication la plus rationnelle qui se présente dans le traitement de l'épilcpsie , consiste , commedans celui de l'éclampsie, à faire cesser les causes organiques à l'existence desquelles cette affection se trouve liée. Mais ces causes sont tellement variées, qu'il est impossible de tracer des règles de conduite qui puissent convenir à tous les cas; c'est au praticien à surveiller attentivement toutes les circonstances, même les plus minutieuses, qui peuvent le mettre sur la voie. Tantôt il lui faudra combattre la pléthore générale, tantôt il de\ra provoquer le vomissement, comme Van-Swieten le lit avec succès chez un jeun*1 homme dont les a

( 307 ) s'annonçaient par un tremblement convulsif de la lèvre inférieure, et qui s'en trouvait bientôt débarrassé si le vomissement avait lieu pendant sa durée. Un vomitif donné trois jours avant la pleine lune , époque à laquelle le paroxysme épileptique se renouvelait tous les mois, un calmant prescrit le soir, et l'usage des toniques pendant les jours suivans, procurèrent une guérison définitive au bout de six mois (1). Chez le grammairien dont nous avons déjà parlé (voir pag. 162) , et qui était pris également d epilepsie lorsqu'il supportait trop longtemps l'abstinence, quotiès vel nimis vehementer doceret vel cogitaret aut esuriret , Galien parvint à prévenir les accès en lui faisant prendre toutes les trois heures une petite quantité de pain sec ou trempé dans du vin. Dans quelques circonstances, c'est le flux menstruel qu'il s'agit de provoquer ou de régulariser; dans d'autres, la suppression des hémorrhoïdes , de la transpiration, d'un ulcère ancien, d'un exanthème, doit particulièrement attirer l'attention.

Lorsque les accès s'annoncent par ces sensations décrites sous le nom d'awra epileptica, et qu'elles ont leur point de départ sur une partie éloignée , on a conseillé d'appliquer une ligature fortement serrée, dans le but d'empêcher leur ascension jus-

'!> Loco cit., aph. 1080, lom. 5, pag. 459

qu'au œweau. On trouve déjà dans (ialien un exempte de l'efficacité de cette pratique (1), et depuis lui les auteurs en ont rapporté plusieurs autres. La destruction par le caustique ou par l'extirpation de la partie qui est le siège de l'aura epilepliea, a été également conseillée ; mais , bien que ce genre de médication ait réussi dans certains cas, ce serait s'abuser que de compter sur son infaillibilité. Esquirol rapporte que chez une jeune fille de la Salpétrière , le gros orteil par lequel commençait l'accès fut cautérisé jusqu'à l'os ; il arriva seulement que lepilepsie ne fut plus annoncée par Xaura , et que ses paroxysmes devinrent plus violens et plus fréquens (2).

Une simple énumération des médicamens conseillés et employés contre Fépilepsie ferait la matière d'un livre volumineux. Tous les jours encore, des substances nouvelles empruntées aux trois règnes de la nature sont préconisées avec des succès à l'appui de leur efficacité; mais Ton s'inquiète peu de savoir si les guérisons ont lieu par leur usage ou seulement pendant leur usage. On ne tient aucun compte des changemens favorables que la révolution des âges amène dans la constitution, et Ton se hâte d'attribuer l'honneur d'un succès à des reinè-

(1) De Locis affectis , lib. 3, cap. 8, pag. 7i\

(2) Ouvrage cité, toni. I , pag. 326.

des que leur nullité fera bientôt retomber dans l'oubli qu'ils méritent. Esquirol , qui a expérimenté la plupart de ces médications pharmaceutiques et qui a fait une juste appréciation de leur valeur, avoue de bonne foi qu'il ne croit pas leur être redevable d'une seule guérison. Ainsi , si l'on croit devoir les employer, il ne faut pas s'abuser sur la réalité des secours qu'on peut en attendre, il ne faut pas surtout qu'un espoir mal fondé fasse négliger le traitement hygiénique, dont la supériorité a été constatée par tous les bons observateurs anciens.

On s'attachera à éloigner les causes physiques ou morales que l'expérience a appris avoir une influence sur la reproduction des accès ; on évitera l'insolation , la réunion dans des lieux trop échauffés et mal aérés , les circonstances qui peuvent provoquer la crainte , la terreur , la colère , etc. Les excitans seront entièrement bannis du régime ; l'usage du café, du vin, des liqueurs spiritueuses, sera surtout interdit. Frédéric Hoffmann prescrit de s'abstenir de toute boisson fermentée, et de faire exclusivement usage de l'eau pure; il ajoute qu'il a vu des épilepsies opiniâtres et héréditaires, notablement diminuées et môme entièrement guéries par la rigoureuse observation de ce régime : << In (piâH/jn/ t'pi/rpsiâ prœstat ab omni vino atqÙe

ivrrvisià ahs/ilirrr , ur pum polius uquû vli; de ((Hà

wpius obserravi quôd contumacem imà à pivrentibus durivatam epilepsiam , insùjniter vel mitù/avenl ', vel penitîis depulerit » (1). Enfin, l'on aura recours à tous les moyens fournis par la diététique et par la gymnastique pour modifier le tempérament , et le refondre , en quelque sorte , ainsi que le voulait Hippocrate, en s'appuyant sur cette donnée acquise par son observation, savoir, que lepilepsie disparaît souvent par le seul fait des modifications que la puberté apporte dans l'organisme. Le commentateur de Boërrhaave , après avoir développé les préceptes qu'il faut suivre pour obtenir ces changemens dans la constitution , cite à l'appui de leur importance le cas de plusieurs épileptiques qui, étant passés dans les Grandes-Indes, furent exempts de leur maladie tout le temps qu'ils séjournèrent dans ces contrées. De retour dans leur patrie , quelques-uns d'entre eux, jouissant tout-à-coup el de toutes les manières d une fortune acquise à travers les dangers, furent de nouveau atteiuts d'épilepsie , d'autres en demeurèrent définitivement délivrés (2).

( I) Loco cit., cap. 1 , pag. 16.

(2) Loco cit., pag-. 436.

Comme Van-Swiolcn le fait très-bien observer, les migrations dans les contrées lointaines ne sont pas à la portée de tons les malades; mais l'indication de changer la constitution subsiste toujours, indication la plus rationnelle aVtonYc"s, Wris

( su ) De tous les moyens curatifs de l'épilepsie, il n'en est pas de plus puissant que celui dont il a

contredit, et qui rentre totit-à-fait dans notre sujet , puisqu'elle a pour but de détruire la cause prochaine de l'épilepsie; aussi avons-nous jugé convenable de compléter les détails dans lesquels nous sommes déjà entré, par une note destinée à faire connaître un moyen qui se rattache à celte indication , et sur lequel M. le docteur Selade, de Bruxelles, vient récemment d'appeler l'attention des praticiens. (Voir la Belgique médicale du 18 Août 1844.) >;

Ce moyen consiste à développer artificiellement une fièvre intermittente, en exposant les malades pendant plusieurs jours et régulièrement à un froid vif auquel on fait succéder la chaleur du lit et de la chambre. On obtient ainsi les trois stades d'un accès fébrile , qui continuent à se reproduire périodiquement, même après que l'action du froid artificiel a été discontinuée, et par le seul fait de l'habitude contractée par l'économie ; ce qui prouve évidemment que le système nerveux joue le rôle principal dans ce phénomène de physiologie morbide. La possibilité de ces résultats a été démontrée par M. le professeur Rostan , qui les a obtenus en agissant par les bains froids; par M. Brachet, de Lyon, qui a expérimenté sur luimême en se baignant pendant plusieurs nuits de suite, et au mois d'Octobre, dans la Saône (voir YEsculape du 7 Février 1841 ) ; enfin par M. Selade lui-même, qui est parvenu à provoquer des accès intermittens en exposant, légèrement vêtues, dans une cour froide, les deux femmes épileptiques chez lesquelles il a obtenu une guérison qui paraît définitive.

Le praticien de Bruxelles a été conduit à cette médication substitutive après avoir plusieurs fois remarqué que l'apparition spontanée d'une fièvre intermittente avait modifié avantageusement l'épilepsie. Cette remarque avait été faite déjà depuis long-temps ; I lippocrate avait dit : Quarland laboranles inàgrio

été déjà l'ait mention pour i'écîanip'sié; nous voulons parler des exutoires à la partie postérieure de

rnorbo non capiuntur; si autcm capiuntur et qnartana superventât , liberàniur. Van-Swieten cite deux cas d'épilepsie guérie par l'apparition d'une fièvre intermittente; dans l'un de ces cas, la guérison se soutint , bien que la pyrexie, qui avait le type quarte , eût été combattue par le quinquina. Dans ses deux observations , M. Selade ne dit pas s'il a eu recours à ce moyen , et la guérison paraît avoir été opérée à la suite des modifications imprimées à l'appareil nerveux par la fièvre intermittente artificielle, que l'on aurait laissé s'épuiser d'elle-même. Nous pensons toutefois qu'après une certaine durée, il conviendrait de combattre l'état pathologique substitué, qui pourrait d'ailleurs être produit de nouveau si la guérison de l'épilepsie ne se maintenait pas. Le fait rapporté par Van-Swietcn vient à l'appui de cette manière de voir, qui nous semble aussi trouver quelques élémens de confirmation dans les succès que l'on obtient quand on peut parvenir à régulariser les accès épileptiques et à les combattre par les antipériodiques. Voici à ce sujet un fait pratique qui mérite d'être connu, et qui est bien propre à démontrer l'efficacité de cette conduite thérapeutique, conseillée par le professeur Dumas, de Montpellier.

Uu médecin qui a laissé à Toulouse les plus honorables souvenirs, le docteur Dubor, professeur et doyen de notre ancienne Faculté , racontait dans ses conférences qu'il croyait n'avoir guéri qu'un seul cas d'épilepsie. Il s'agissait d'un homme qui éprouvait un 3ccès de cette maladie toutes les fois qu'il avait des rapports avec sa femme. Le praticien dont nous parlons lui donna le conseil de régulariser ces rapports de manière à ce que les conséquences pathologiques qu'ils entraînaient se montrassent tous les trois jours. Cette marche une fois bien établie, il eut recours au quinquina, et le malade fut à jamais préservé de ses accès. Dans ce fait, que non* ne connaissons que par lia-

( MS } la tète, à 1 emploi desquels Willis semble avoir été conduit par une circonstance fortuite. Une jeune fille éprouva, aux approches de la puberté, des douleurs de tète , des vertiges , et enfin de véritables accès épileptiques. Au début d'un de ces accès elle tomba dans le feu , et se brûla horriblement la face et le sommet de la tête. Il se forma des escharres profondes "et étendues , la table externe des os fut même exfoliée. Pendant tout le temps que les plaies suppurèrent , celte jeune fille n éprouva point d'accès, et ils se reproduisirent après leur cicatrisation (1).

La médication dont il s'agit se trouve conseillée par la plupart des auteurs; mais il ne faut pas se borner à l'application d'un seul cautère à la nuque,

dition , il était sans doute plus rationnellement indiqué de supprimer la cause déterminante de Pépilepsie ; mais il est probable que le docteur Dubor n'avait pu y parvenir, lui dont les prescriptions à cet égard étaient assez ordinairement formulées de la manière suivante : SU Venus nulla vel sallem moderata.

En résumé , l'analogie et l'observation démontrent les bons résultats que l'on peut retirer du mode de traitement proposé par M. Selade. Comme lui , nous pensons qu'il ne doit pas être toujours exempt d'inconvéniens , et qu'il peut rester inefficace lorsque lepilepsie est entretenue par une altération organique ayant son siège dans l'encéphale ; mais nous le jugeons opportun et utile dans les cas plus nombreux qu'on ne le croit peutêtre, où cette affection se trouve uniquement liée à la surexcitabililé nerveuse générale ou locale.

(I) Loco cit., cap. 3, obs. f. png. 27-28-

( W ) il faut, au contraire, les niuliiplier sur le trajet des \ertèbres cer\icales et en entretenir long-temps la suppuration. C'est par ces cautérisations, employées avec activité et persévérance, que M. Fié\ éo de Jumond a obtenu récemment plusieurs guéîisons complètes d'épilepsies anciennes (1). Si cette affection et les productions organiques, conséquences de ses attaques, résistent à ce traitement énergique , l'on peut à bon droit les considérer comme incurables.

L'hypocondrie tirant sa première origine d'une série d'idées vicieuses par suite desquelles les malades sont sans cesse portés à exagérer des soui fiances légères ou à se créer des souffrances imaginaires, il est évident qu'il s'agit d'abord de faire diversion à ces idées et de leur en substituer d'autres d'une nature tout opposée. Sans doute, il est toujours indiqué de détruire on d'atténuer les causes qui ont déterminé la maladie et qui l'entretiennent ; mais, à part cette indication, son traiiement repose entièrement sur les moyens morauv et hygiéniques. Parmi les auteurs anciens, plusieurs avaient entrevu cette grande vérité; ce qui semblerait prouver en quelque sorte qu'ils se doutaient de la M'iitable nature de l'hypocondrie. On trou\e

(">) Voir I'/v'n ■.■;'(//)(■ du 26 Novetnbrç iSiO.

( 315 ) notamment dans Baglivi (1) des préceptes de la plus haute importance, qui devraient toujours être présens à l'esprit du médecin dont les soins sont réclamés par un hypocondriaque ; car c'est dans leur méditation attentive et dans leur rigoureuse observation qu'il puisera les élémens dune thérapeutique vraiment utile.

L'habitation à la campagne , les occupations du jardinage , les promenades en plein air , les exercices musculaires fatigans , l'escrime , la chasse , l'équitation , surtout si le malade n'y est déjà habitué , les voyages , etc. ; tels sont les moyens généraux à laide desquels l'on pourra produire une diversion salutaire. Il conviendra d'éviter avec soin pour les hypocondriaques la société des individus affectés du môme mal; car il en résulte une sorte d'influence contagieuse qui peut suffire à elle seule pour déterminer la maladie chez un sujet qui s'y trouve prédisposé.

Sans abonder complètement dans les idées des malades , le médecin se gardera de les heurter de front ; mais il cherchera à leur persuader que les maux dont ils se plaignent sont loin d'être aussi sérieux qu'iis le pensent : il donnera toujours l'assurance d'une guérison prochaine , et fera valoir les circonstances les plus minimes comme des in-

l'rru-. medi, cap. 1 i, rli- Mcâ. ntitHii liiorbis.

( sa* )

dices dune amélioration et des préludes certains d'un rétablissement complet. Toutes ses prescriptions, soit de moyens hygiéniques, soit de remèdes, qui, le plus souvent, ne constitueront pour lui que des agens moraux , il les fera avec l'intime conviction de leur nécessité ainsi que de leur réussite, et cette conviction il devra la faire passer dans l'esprit des malades.

Dans bien des circonstances , des conversations étrangères aux idées exclusives qui occupent les hypocondriaques fourniront à l'homme de l'art de puissantes ressources. Souvent aussi il obtiendra les résultats les plus favorables s'il sait s'emparer de l'imagination , pénétrer dans les replis les plus cachés du cœur, et provoquer ces épanchemens affectueux , ces larmes abondantes qui procurent ordinairement un soulagement si marqué. Nous avons cité ailleurs ( voir XXII.e fait ) un exemple bien remarquable de l'efficacité de semblables moyens; mais, il faut en couvenir, cette partie de la thérapeutique morale n'est pas à la portée de tous les médecins, car elle nécessite un tact particulier, basé sur la connaissance approfondie du cœur humain, et en même temps une liaison d'intimité entre le malade et l'homme auquel il a accordé une entière confiance , conditions qui se trouvaient réunies dans le cas qui vient d'être rappelé. Il est on-ûn d'autres moyens qui ne doivent [tas

( S17 ) (Mi o négligés dans le traitement de l'hypocondrie , parce qu'ils ont pour but de faire naître des mouvemens expansifs qui ont des résultats analogues à ceux que produisent les larmes, bien qu'ils diffèrent essentiellement de ces derniers par leur manifestation extérieure : nous voulons parler de la lecture des romans facétieux , de la société des personnes enjouées , de la fréquentation des spectacles amusans , etc. Il est bien vrai que faire rire un hypocondriaque n'est pas toujours chose facile; mais si la difficulté bien connue d'arriver à un résultat n'empêche pas de recourir aux agens médicateurs ordinaires, pourquoi ne pas procéder de la même manière pour les agens moraux? pourquoi ne pas tenter de provoquer l'hilarité chez les hypocondriaques? d'autant mieux que si leur front ne se déride pas spontanément , on pourra du moins espérer , dans bien des circonstances , de les voir rire en obéissant à cette propension imitative , que la douleur la plus profonde est le plus souvent impuissante à maîtriser. Ces crises partielles, physiques et morales tout ensemble , reproduites avec opportunité, seront autant de secousses favorables qui , en détruisant la fixité des idées , en détournant l'innervation vicieusement concentrée, devront inévitablement contribuer pour une part active à la guérison , ou tout au moins au soulagement des junlades.

Les h) pocondriaques doivent éviter de charger leur estomac dune trop grande quantité d'alimens ou de substances indigestes; il faut, en outre, qu'ils se prémunissent contre les émotions pénibles qui pourraient interrompre le travail de la digestion. Georget rapporte qu'il a connu un individu tellement précautionné à cet égard, qu'il défendait qu on lui remît une lettre après son dîner , dans la crainte qu'elle lui apprît quelque nouvelle inquiétante. En général, ils se trouveront bien de l'usage de l'eau pure ou légèrement rougie : les boissons excitantes devront leur être sévèrement interdites; leurs habitations et leurs vêtemens seront disposés de manière à les garantir des vicissitudes atmosphériques, qui peuvent avoir des effets plus fâcheux chez eux en raison de la susceptibilité dont ils sont doués.

Quant aux divers médicamens réclamés par les névroses qui constituent la seconde période de l'hypocondrie , ils sont fournis par la classe nombreuse des sédatifs et des antispasmodiques. Nous aurons tout dit sur ce qui les concerne , en disant que quelque efficaces qu'on les suppose , ils seront toujours frappés d'impuissance, si on ne leur associe les moyens purement intellectuels, et si déjà on n'est pan enu à rompre le cercle vicieux dans lequel était enfermée l'imagination des malades.

Enfin , le traitement de la troisième péi iode n

( 319 ) autre que celui de9 phlegmasies chroniques et des altérations organiques de toute sorte. Il est bon de savoir cependant que cette période n'arrive pas aussi souvent qu'on pourrait le craindre , en s'en rapportant exclusivement aux croyances et aux renseignemens des hypocondriaques ; par conséquent il demeure toujours indiqué de ne pas renoncer aux modificateurs moraux et hygiéniques.

A part les agens curatifs particuliers que peuvent réclamer certaines causes auxquelles se trouve liée l'aliénation mentale , à part aussi ceux que nécessitent quelques symptômes prédominans manifestés pendant sa durée , l'indication fondamentale dans le traitement de cette affection consiste à diriger convenablement l'intelligence , les passions et les affections.

Les moyens de diversion qui conviennent dans l'hypocondrie , peuvent trouver une utile application dans certains cas donnés ; mais en général j le choix à faire parmi les ressources morales doit être subordonné aux causes individuelles de la folie et à la forme des désordres qui la caractérisent. (( Tantôt, dit Esquirol , il faut agir par la méthode » perturbatrice , briser le spasme par le spasme , » et mettre en avant tous les moyens capables » d'étonner , d'émouvoir , et cela dans le but de )i rompro la chaîne vicieuse des idées, de détruire

» leur fixité; tantôt, au contraire, il faut entrer » dans la confiance des aliénés, en raisonnant dans » le sens de leur délire , en les approuvant, en les » flattant. Certains malades doivent être réprimés » dans leur caractère entier, domptés dans leurs » cmportemens ; d'autres, au contraire, demandent » à être excités , encouragés. Dans quelques cas , » il s agit d'opposer les passions les unes aux autres; )> dans d'autres, de substituer une passion réelle à » une passion imaginaire , etc. , etc. »

Arrêtons-nous à ces généralités, car si nous voulions essayer d'en sortir, nous ne pourrions présenter que des détails fort incomplets , qu'une reproduction bien pâle de ces préceptes que l'on trouvera tracés de main de maître dans l'important ouvrage auquel a été emprunté le passage qui précède. Ajoutons pourtant que l'isolement doit être considéré comme une condition bien propre à assurer le succès du traitement , ne fut-ce que parce que dans cette nouvelle position les idées et les affections des aliénés sont moins exaltées, leurs impressions moins multipliées, moins vives, moins irritantes. Il est prudent toutefois de ne le prescrire que lorsque les caractères de la folie se sont bien dessinés.

Enfin, la prolongation de la folie nécessite souvent les médications qu'Esquhol nomme empiriques, pour les distinguer de celles qui s'adressent

( 321 ) directement à la nature de la folie et à ses causes particulières. C'est ainsi que les bains à diverses températures , que les douches , les purgatifs , les antispasmodiques, les révulsifs, etc., peuvent dans bien des cas trouver une utile application • mais c'est toujours au praticien judicieux à choisir parmi ces moyens ceux qui doivent le mieux s'adapter aux circonstances variées pour lesquelles il croit devoir y recourir.

Les névralgies, quel que soit leur siège, quelles se montrent comme affections concomil tantes dans l'hystérie et l'hypocondrie , ou quelles se manifestent isolément, ne peuvent être combattues que par les antiphlogistiques , les caïmans et les antispasmodiques , ou bien encore par les antipériodiques lorsqu'elles affectent une marche intermittente ou rémittente. Ces diverses maladies se présentent, au reste , avec des caractères si variables , qu'il serait tout-à-fait impossible de tracer des règles de conduite qui pussent convenir à tous les cas. Contentons-nous donc d'ajouter à cette indication générale l'exposé du traitement que nous avons employé avec succès chez une dame qui nous a fourni une observation (voir XLV.C fait), et dont il a été aussi question dans la deuxième section du chapitre précédent, à l'occasion des désordres consécutifs à son affection névralgique. (Voir pag. 223.)

Nous avons \ u d'abdrd que les douleurs lombaires éprouvées par celte jeune dame étaient bien évidemment de nature névralgique. Tous les moyens caïmans et antispasmodiques, parmi lesquels il faut noter quatre cents pilules de Méglin, la morphine et la vératrine en frictions , ou par la méthode endermique , furent mis en usage pendant près de six mois sans procurer le moindre soulagement. Le sulfate de quinine combiné avec la valériane parvint seulement , dans une ou deux circonstances, à suspendre les paroxysmes , qui ne tardèrent pas à se manifester de nouveau. Nous avons vu, en second lieu, que ces douleurs avaient été suivies d'un engorgement utérin dont le toucher avait révélé l'existence.

Eu nous rappelant ce que nous savions de la susceptibilité de l'utérus, puisque, comme nous lavons dit , noire jeune malade avait fait une fausse couche à la suite dune émotion morale instantanée, et que nous lui avions donné des soins dans cette occasion , nous nous arrêtâmes à penser que les donleurs névralgiques avaient congestionné cet organe, et que cette congestion , réagissant sur l'affection première, L'entretenait et s'opposait formellement à la guérison. En conséquence , nous jugeâmes convenable de renoncer à toute médication anti-névralgique, jusqu'à ce que l'utérus ëûl été autant que possible débarrassé de l'engorgement dont il et lit

( 323 ) le siège; et pour obtenir ce résultat , nous donnâmes la préférence aux petites saignées du bras droit et aux applications de sangsues à la région sacrée.

Trois saignées de 250 ou de 130 grammes, pratiquées à huit ou à quinze jours d'intervalle, suffirent, avec deux applications de sangsues, pour produire une amélioration sensible. Nous eûmes alors recours à l'acétate d'ammoniaque (1) , employé

(I) Nous avons été conduit à l'emploi de ce médicament par la lecture et la méditation d'un article très-bien conçu, ayant pour titre : De l'Action thérapeutique de l'acétate d'ammoniaque. (Voir les n.°* I et 4 de Yb'sculape, 7 et 28 Février 184 1.) L'auteur, qui n'a signé cet article que des initiales de sou nom , rappelle que M. Brachet , à la suite de ses immersions nocturnes dans la Saône, dont nous avons déjà eu occasion de parler (voir la note de la page 5 10), fut amené par une circonstance fortuite à l'emploi de ce médicament pour empêcher le développement du stade algide dans les fièvres intermittentes. Considérant ensuite que dans l'ivresse, alors qu'elle n'est pas portée au point de congestionner le cerveau ; que dans la courbature, état morbide complexe auquel le système nerveux participe sans aucun doute; que dànsla dysménorrhée occasionée par uneexcitation nerveuse exagérée, l'acétate d'ammoniaque administré à faible dose n'agit pas comme diff'usible ou diaphonique , puisque les sueurs ne sont pas une condition nécessaire de l'amélioration qu'on obtient; il établit que ce médicament agit comme sédatif, en décentralisant la puissance nerveuse , et il confirme cette manière de voir par deux observations cliniques rapportées avec détail.

Parmi les travaux thérapeutiques, trop rares peut-être, qui ont pour résultat de faire naître la persuasion dans l'esprit du praticien, nous n'hésitons pas à ranger celui dont nous faisons ici mention. L'emploi fréquent que nous avons fait de l'acétate

( 324 ) pendant deux mois à la dose do 1 à ï grammes , et sous l'influence de cette dernière médication se trouvèrent complètement enrayées des souffrances dont la violence et la prolongation commençaient à détériorer la constitution. Un mois après avoir cessé tout traitement , les signes de l'engorgement utérin n'existaient qu'à un bien faible degré , et pendant cet espace de temps la jeune malade, qui semblait renaître à une nouvelle existence, n'avait éprouvé que quelques élancemens névralgiques passagers , qui paraissaient avoir été déterminés par des émotions morales. Ajoutons à ces détails que les moyens hygiéniques et l'usage des eaux thermales

d'ammoniaque dans diverses maladies, et stu ion t dans les névroses, nous ayant mis presque toujours à même de vérifier la justesse des conclusions qui terminent cet article , nous jugeons opportun de les reproduire pour compléter cette note.

I.° L'acétate d'ammoniaque n'est pas seulement un stimulant diffusible, il est surtout antispasmodique ;

2.° Il est stimulant diffusible à haute dose ; il est antispasmodique à petite dose;

3.° Ses qualités antispasmodiques expliquent ses qualités diaphoniques , car s'il agit en distribuant les forces nerveuses du centre à la périphérie , ou d'une partie du corps vers toutes les antres , il doit agir consécutivement sur les capillaires ou les surfaces dermiques de manière à leur communiquer une plus grande activité ;

4.° L'acétate d'ammoniaque devra être employé tontes les fois qu'il y aura accumulation exagérée d'influx nerveux sur un organe, parce que sous son inllurucc l'innervation peut être ramenée aux conditions pbysiologiques de son équilibre normal

( 355 ) d'Ussat(Ariége), où la malade s'est rendue pendant deux saisons, ont contribué, sans aucun doute, à consolider une guérison qui ne sest pas démentie depuis plus de trois ans, et qu'enfin une seconde grossesse , parvenue à son terme sans le moindre dérangement, sest terminée naguère de la manière la plus heureuse.

Nous n'avons rien à dire en particulier du traitement des affections morbides qui sont une conséquence plus ou moins éloignée de la surexcitation nerveuse , puisque déjà il a été mentionné dans quelques-unes des considérations qui font le sujet de cette seconde section, et que celui qui doit avoir le plus d'efficacité dans les engorgemens utérins récens vient d'être plus spécialement exposé, puisque, enfin, ce traitement ne saurait être différent de celui que réclament ces mêmes affections manifestées en dehors de l'influence de l'hérédité.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Dans l'impossibilité de résumer les considérations qui ont fait le sujet de ce chapitre , nous devons du moins, ne fût-ce que pour nous conformer à la marche suivie jusqu'ici, formuler les préceptes généraux à déduire des diverses applications particulières qu'elles ont eu pour but de signaler ; les propositions suivantes suffiront pour cela.

I. Le traitement des maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse, considéré sous le rapport de l'influence qu'exerce sur elles l'hérédité , doit reposer sur deux indications fondamentales : i.° prévenir la manifestation de ces maladies ; 2.° les combattre, quand elles existent, par les moyens thérapeutiques ordinaires , mais en tenant toujours compte des caractères qui leur sont imprimés par la prédisposition héréditaire.

II. La première ressource prophylactique consiste dans l'observation attentive et rigoureuse des règles hygiéniques au moyen desquelles on peut, à chaque période principale de la vie , s'opposer à ce que l'appareil de l'innervation devienne le siège dune action prédominante , soit par défaut , soit par excès.

III. Lorsqu'on n'a pu être assez heureux pour empêcher le développement de la surexcitabilité nerveuse , il ne reste plus qu'à éloigner les causes qui ont pour effet de la mettre enjeu et de donner naissance à une forme maladive quelconque. Cette précaution préventive mérite la plus sérieuse attention , lorsque les sujets héréditairement prédisposés approchent de l'âge auquel se manifestent plus particulièrement certaines maladies dont on a toujours lieu de craindre l'invasion chez eux , surtout si elles avaient existe chez l'un ou l'autre de leurs pareus.

( 327 ) IV. La circonstance de l'hérédité ne peut conduire à l'emploi de moyens curatifs particuliers pour les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse ; mais elle exige que parmi les agens adaptés à la nature de ces maladies , il soit fait un choix , pour ne mettre en usage que ceux dont la puissance modificatrice est le mieux démontrée ; elle exige encore que le traitement curatif proprement dit , qui se compose de moyens pharmaceutiques, hygiéniques ou moraux, soit continué avec une persévérance toute spéciale, et de concert avec le traitement prophylactique , toujours destiné à atténuer la puissance pathogénique de la prédisposition organique héréditaire.

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