‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 4 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

NOTIONS GÉNÉRALES SUR L'ANATOMlE ET LA PHYSIOLOGIE DE L'APPAREIL NERVEUX,

La distinction établie entre les nerfs du sentiment et ceux du mouvement , semble remonter à Galien , qui attribuait aux premiers plus de mollesse et aux seconds plus de consistance. Depuis cette époque, les divisions et les subdivisions successivement admises par les auteurs ont donné naissance aux opinions les plus variées sur les attributions fonctionnelles de telle ou telle autre partie

de l'appareil nerveux: c'est ainsi que l'on a admis des parties centrales et des cordons périphériques auxquels appartenaient exclusivement la sensibilité ou la myotilité ; que Ton a localisé les di\ erses fonctions intellectuelles, les passions, les mouvemens partiels , etc. , etc. ; que l'on en est verni enfin à admettre presque autant de parties distinctes qu'il y a de grandes fonctions dans l'économie.

Il est aisé de concevoir, d'après cela, que l'énumération des diverses phases historiques de l'anatomie et de la physiologie de l'appareil nerveux donnerait à ces considérations trop d'étendue sans ajouter à leur utilité; peut-être en serait-il de même de la discussion approfondie des opinions qui s'y rattachent : aussi, prenant la science au point où elle se trouve, mettant à profit les travaux les plus modernes et les faits le plus rigoureusement démontrés, nous tâcherons seulement d'exposer quelques généralités dont la connaissance nous paraît indispensable pour rendre plus méthodiques et plus facilement compréhensibles les développemens que réclame la question proposée par l'Académie.

L'appareil nerveux, considéré dans son ensemble, a été partagé par Bichat en deux grands systèmes : l'un , composé de l'encéphale et de ses dépendances, qu'il nomma système nerveux de la Aie de relation; l'autre, constitué par le nerf grand sympathique et ses ganglions, qu'il désigna sous le

( 3 ) nom de système nerveux de la vie organique. Ces divisions étant généralement admises de nos jours , nous consacrerons un paragraphe particulier à chacune d elles ; dans un troisième paragraphe , réunissant les données précédemment acquises, nous étudierons les fonctions physiologiques de l'appareil nerveux , abstraction faite de toute division systématique.

5 I. — Système nerveux de la vie de relation.

Ainsi que nous venons de l'indiquer, cette portion de l'appareil nerveux se compose de l'encéphale et de ses dépendances. Il est bon toutefois de faire remarquer qu'il convient de donner au mot encéphale une acception qu'il ua réellement pas, et de lui faire désigner à la fois les parties nerveuses renfermées dans la cavité crânienne et dans la canal vertébral. Envisagé de cette manière , l'encéphale constitue le centre nerveux de la vie de relation , et comprend le cerveau , le cervelet , la moelle alongée et la moelle rachidienne.

Ces diverses parties , dont la texture est manifestement fibreuse , communiquent entre elles , et sont formées par deux substances distinctes, l'une grise ou corticale , l'autre blanche ou médullaire. Ces deux substances affectent des dispositions qui ne sont pas partout identiques. Ainsi , dans les hé-

( 4 ) misphères cérébraux et cérébelleux , la substance grise est réellement corticale , tandis que dans la moelle elle forme deux cordons centraux, et se trouve enveloppée à son tour par la substance blanche. Celle-ci forme seule un tout continu ; la grise, au contraire, qui paraît plus vasculaire, ne se trouve que par places , et surtout dans les endroits où sont implantées les extrémités centrales des nerfs ; c'est ce qui la fait considérer par Gall comme un point d'origine , et par Ludwig comme un centre d'action.

Selon quelques anatomistes modernes , parmi lesquels on peut citer Béclard et M. le professeur Blandin, aucun cordon nerveux ne prendrait naissance dans le cerveau ou le cervelet proprement dits, qui devraient être considérés comme des expansions, des développemens destinés à augmenter Faction de la moelle , seul point d'origine des nerfs encéphaliques.

Les nerfs, véritables prolongemens périphériques des centres dont ils émanent, naissent profondément de la substance grise, et non de la substance blanche; néanmoins la matière qui les compose a la plus grande analogie avec cette dernière. Ils sont enveloppés par une membrane particulière qui n'est autre chose que la continuation de la membrane cellulo-vascnlaire, recouvrant immédiatement l'encéphale. Dans leur trajet , les cor-

dons nerveux présentent une multitude de divisions qui consistent seulement dans la séparation des filets dont ils sont composés. Ils communiquent plusieurs fois entre eux, soit par des anastomoses, soit par des plexus , et après s'être répandus dans les interstices des organes , ils se terminent tantôt en sepanouissant , tantôt en se partageant en une infinité de rameaux ayant des connexions intimes avec les dernières ramifications vasculaires, et contribuant avec ces dernières à former la trame du tissu organique.

Les recherches de Cli. Bell ont démontré que les parties antérieures de la moelle donnaient naissance à des nerfs du mouvement , et les parties postérieures à des nerfs du sentiment : que les nerfs à une seule racine servaient exclusivement à la sensibilité ou à la myotilité , suivant qu'ils partaient des faisceaux postérieurs ou antérieurs; que les nerfs à double racine naissant à la fois de ces deux parties distinctes de la moelle, étaient en même temps sensitifs et moteurs; enfin, que les cordons nerveux qui prenaient naissance sur les faisceaux latéraux de la moelle alongée , avaient pour but de déterminer la contraction des muscles de la face , et de concourir ainsi à des phénomènes d'expression et de respiration.

L'importance et la Aérité de ces distinctions ont été plus tard confirmées en France par les ex-

périences concluantes de M. Magendie et d'autres observateurs qui se sont empressés d'apporter leur tribut au perfectionnement des connaissances physiologiques acquises.

La section on la compression de la moelle épinière suffisent pour anéantir le sentiment et le mouvement dans les parties situées au-dessous de l'endroit comprimé ou divisé; d'un autre côté, des altérations morbides des parties nerveuses contenues dans le crâne produisent des résultats semblables , bien que la moelle rachidienne demeure intacte : aussi est-on fondé à regarder cette portion du système nerveux encéphalique comme remplissant seulement le rôle de conducteur du sentiment et du mouvement, dont il faut chercher ailleurs les véritables centres. Or, si en conservant la distinction établie par Ch. Bell, l'on poursuit dans les deux renflemens nerveux les plus considérables, la continuation de la moelle alongée, on voit que ses faisceaux postérieurs se prolongent dans le cen elet , tandis que les antérieure pénètrent profondément dans les hémisphères cérébraux. D'après a données anatomiques, M. Foville considère le cerveau proprement dit comme le centre dés mou\emens volontaires, et le cervelet comme jouant au moins le principal rôle dans les phénomènes relatifs à la sensibilité.

11 ne saurait y avoir le moindre doute pour la

première de ces assertions; mais la seconde n'est pas aussi rigoureusement prouvée , bien quelle s'appuie sur des faits d'anatomie pathologique empruntés à Lapeyronie et à Morgagni, ainsi que sur des rapprochemens physiologiques et pathologiques qui avaient conduit le professeur Dugés à admettre que les sensations étaient transmises au côté du cervelet qui correspondait à l'impression.

MM. Flourens et Magendie ne partagent pas les opinions de M. Fovillc. Selon le premier de ces physiologistes , la moelle serait le point où viendraient se rendre les sensations , tandis que le cervelet servirait à coordonner les mouvemens pour la station et la locomotion. M. Magendie regarde la moelle épinière comme l'organe de la sensibilité, et la partie la plus élevée de la moelle alongée comme le centre d'où émanent les mouvemens volontaires.

Des travaux publiés, il y a quelques années, en Angleterre par Marshal-Hall, et que M. Guesnard a fait connaître en France par une analyse détaillée et complète (1), tendraient à établir que l'appareil nerveux encéphalo-rachidien comprend deux systèmes distincts : l'un , cérébral , qui a sous sa dépendance les sensations et les mouvemens volontaires ; l'autre, qui a été nommé excito-nioleur ,

(I) Journal Ifebdom-, année I83(î, lom. 4.

( s ) dont la moelle épinière est le centre , et sous l'influence duquel se trouve tout ce qui est excitation

et mouvement involontaire.

D après cette manière de voir, les nerfs qui se rendent des divers organes à la moelle , sont des nerfs excitateurs , et ceux qui de ce centre aboutissent à une série de muscles, sont des nerfs moteurs, réfléchis ou involontaires.

Marshal-Hall a démontré , par des expériences ingénieuses , la persistance d'action du système nerveux excito-moteur même après la destruction du cerveau. Dans tous les cas cette action, pour se manifester, a besoin d'un stimulus qui , porté à la moelle par un nerf excitateur, va provoquer l'influence motrice de ce centre, et cette influence, transmise par le moyen d'un nerf moteur ou réfléchi , constitue ce que l'auteur nomme action réfléchie de la moelle. Les mouvemens que nécessitent la déglutition et la respiration, ceux qui sont exécutés par les orifices et les sphincters de l'économie, nous offrent des exemples de ce mécanisme.

Cesl au système excito-moteur que Marshal-Hall rapporte toutes les maladies spasmodiques ei convulsiyes, qu'il distingue en trois espèces, selon qu'elles ont leur source dans la moelle épinière, dans les nerfs excitateurs ou dans les nerfs moteurs. Nous aurons sans doute l'occasion de revenir plus tard sur les considérations pathologiques pleines

( 9 ) d'intérêt que contiennent les recherches du physiologiste anglais.

Comme nous L'avons déjà indiqué , Ton ne s'est pas borné à localiser dune manière générale le sentiment et le mouvement; on a recherché encore quelles étaient les parties du cerveau qui tenaient sous leur dépendance les mouvemens partiels.

D'après M. Magendie, les couches optiques présideraient aux mouvemens latéraux, les hémisphères aux mouvemens en avant et le cervelet aux mouvemens en arrière. MM. Foville et Pinel Grandchamp ont été conduits , d'après un assez grand nombre d'observations cliniques , à regarder le corps strié et ses radiations comme présidant aux mouvemens de la jambe , et les couches optiques avec la partic moyenne et postérieure du cerveau, aux mouvemens du bras. Long-temps avant, Saucerotle était parvenu à des résultats semblables ; mais les observateurs que nous venons de citer ont soutenu qu'ils n'avaient aucune connaissance de son travail lorsqu'ils entreprirent leurs recherches, qui furent publiées en 1833, et que confirmèrent plus tard les travaux de M. Serres.

Parmi les opinions qui ^ iennent d'être résumées il en est qui semblent se contredire ; mais il faut admettre néanmoins qu'elles reposent sur des faits, et que ceux-ci seulement sont plus ou moins concluans, plus ou moins démonstratifs. Il est évident.

( io ) sous ce rapport , que Ion doit accepter comme se rapprochant davantage de la vérité, les données

fournies par la physiologie pathologique , tandis que celles qui résultent des expériences faites sur les animaux ne peuvent mériter le même degné de confiance. En effet, comme le dit Béclard, « lin- » fluence du centre nerveux sur le reste du système » est d'autant plus grande, que le centre est plus » développé, plus volumineux relativement au reste » du système, et surtout que les parties diverses de )> la masse centrale sont plus exactement rassem- » blées dans un point unique » (1). Or, si c'est la réunion de ces diverses conditions qui distingue essentiellement le système nerveux de l'homme de celui des animaux , il est constant que les vivisections, sans même tenir compte des changemens quelles doivent nécessairement entraîner, ne sauraient fournir que des déductions inexactes ou approximatives.

Percevoir les sensations, les apprécier et les juger; déterminer et diriger les actes qu'elles réclament de nous; exercer ces actes par l'intermédiaire des muscles et des os, qui ne sont que des agens d'exécution : telles sont en résumé les attributions fonctionnelles du système nerveux de la vie de relation.

(1) Ânatomie générale, pa£. 589.

5 II. — Système nerveux de la vie organique.

Il est constitué par un seul tronc nerveux pair et symétrique, se divisant en une infinité de rameaux qui communiquent fréquemment entre eux par le moyen des plexus et des ganglions : on le désigne sous les noms de grand sympathique, d'intercostal ou de trisplanchnique.

Les ganglions du grand sympathique sont formés par deux substances intimement urnes entre elles: l'une est blanche et médullaire; l'autre est pulpeuse , et présente une couleur grise ou rougeàtre. Les plus remarquables de ces ganglions sont ceux qu'on nomme sémilunaires : les rameaux trèsnombreux qui en partent ou qui viennent s'y rendre forment , en s'entre-croisant en divers sens , un réseau à mailles serrées ; c'est le plexus solaire.

Les nerfs trisplanchniques offrent ceci de particulier , qu'au lieu de se diviser en rameaux successivement moins volumineux , comme les nerfs encéphaliques, leurs divisions ont tantôt le même volume que le tronc dont elles se séparent, et tantôt même un volume plus considérable. Ils ont une teinte plus foncée que les nerfs de la vie de relation : ce qui a fait penser qu'ils n'étaient pas formés par une substance analogue. Cependant M. Blandin a démontré que la couleur grisâtre et la densité plus marquée des cordons nerveux de la vie or~

f rt )

ganique devaient seulement être attribuées à la plus grande épaisseur de leur névrilème.

Les divisions du grand sympathique se distribuent aux organes digestifs, circulatoires et respiratoires; aux appareils urinaire et génital; mais les veines, les vaisseaux et les glandes lymphatiques n'en reçoivent aucun filet. Elles accompagnent surtout les artères, autour desquelles elles forment des plexus si appareils, que Scemmering avait considéré cet appareil nerveux comme leur appartenant en propre. Tout porte à croire que ces connexions existent encore dans les dernières ramifications artérielles.

Les physiologistes ont diversement considéré les ganglions du grand sympathique sous le rapport des usages qu'ils sont appelés à remplir. Les uns ont pensé qu'ils résultaient d'un arrangement particulier des filets nerveux destinés à arrêter, a modérer L'action nerveuse dans son cours ; parmi eux se trouvent Meckel , Scarpa, Legallois, etc.; les autres , parmi lesquels il faut ranger Winslow , Johustone, Lecat , Reil, Bichat et Broussais; ont regardé les ganglions connue de véritables centres d'action, comme de petits cerveaux indépendans du système encéphalique;

Quoi qu'il en soit , et sans admettre toutefois cette indépendance absolue, il n'en faut pas moins reconnaître au svstème nerveux canalionaire une

( 13 ) sphère d'action spéciale dont le résultat est l'accomplissement des fonctions dites organiques ou nutritives. Disons , en outre , en nous réservant d'y revenir bientôt avec plus de détails, que Bichat considérait ce système nerveux comme le centre d'où partent les passions et comme le terme auquel elles viennent aboutir.

5 III. — Physiologie de l'appareil nerveux considéré au point de vue de son unité organique.

Les divisions et les subdivisions qui viennent d'être signalées peuvent avoir leur degré d'importance quand il s'agit d'étudier les fonctions que l'on croit leur être spécialement dévolues ; mais existent-elles réellement ? C est là ce qu'un rapide examen nous permettra de déterminer.

D'abord , l'action du cœur , du poumon et de l'estomac se trouve influencée par des nerfs de la vie de relation , et le grand sympathique communique par une soixantaine de filets avec les nerfs encéphaliques ou spinaux. En second lieu , il est constant que des émotions de diverse nature semblent, dans quelques circonstances, ne pas être reçues par le cerveau , et aller de prime-abord retentir vers la région épigastrique. Nous tenons dune dame bien à même de s'observer, et dont il sera question plus tard, que toutes les impressions qui l'affectent désagréablement sont d'abord exclu-

( 14 ) sivement ressenties par elle à L'éptgastre. « Nos

» femmes nerveuses et sensibles, dit Bordeu, at- » tentives a tout ce qui se passe en elles , font tous » les jours là-dessus les remarques les plus fines. )> Il nen esl point qui ne prouvât qu'un des sièges » des passions et des forces nécessaires même aux » efforts corporels , est vers le creux de l'estomac » et vers le cœur »(1). « La sensibilité épigastrique, » dit M. le docteur Cerise , est d'autant plus vive, » d'autant plus incommode , que la disposition aux » affections nerveuses est plus grande. Quant à » nous, ajout e-t-il, nous ne manquons jamais din- » terroger ce symptôme quand il nous importe de » savoir si la maladie que nous sommes appelé à » traiter est une affection nerveuse » (2).

On sait que parmi les passions il en est qui accélèrent les mouvemens du cœur, tandis que d'autres les ralentissent et produisent la syncope : Ton connaît ces exemples de suffusion ictérique déterminée par la colère , la crainte , etc. , etc. ; et ces effets produits sur les organes des fonctions nutritives sont assez constans pour qu'il ne faille pas regarder comme dépourvu de fondement tout ce qui a été dit à diverses époques, de Ya/rchée , du centre phrémque, du cerveau abdominal.

(1) OEuvres complètes, pag. 67t.

(2) Des Fonctions et des Maladies nerveuses, etr.: p » \9.

( 15 ) Ces argumens, et d'autres semblables sur lesquels s'est appuyé Bichat,, sont insuffisans pour démontrer (rue te système nerveux eançlionaire est le centre d'où partent les passions. En effet, on peut objecter, avec juste raison, que les passions ne sont que des sensations extrêmes, exclusives, résultant des impulsions développées au dedans de nous-mêmes ou des impressions extérieures , et transmises dans l'un et l'autre cas au centre des perceptions par l'intermédiaire des nerfs trisplanchniques ou des appareils des sens ; que sans une contrariété , sans injures, sans menaces, sans mauvais traitemens, par exemple , l'individu le plus irritable ne se livrera pas à un accès de colère; que la volonté, attribution exclusive de l'encéphale, en réagissant fortement sur l'impression reçue, peut empêcher la manifestation des passions ; qu'enfin elles ne se développent que pendant l'état de veille. Mais ces objections sont loin de prouver que le cerveau est le siège exclusif des passions , et que le grand sympathique y est totalement étranger. Il demeure, au contraire, bien démontré par l'observation et le raisonnement , que ces sensations exclusives résident dans l'ensemble de l'organisme , et qu'elles réagissent tantôt sur les organes des fonctions nutritives, tantôt sur le centre cérébral. Dès-lors l'assertion émise par Bichat reste fondée, mais en ce sens seulement que le système nerveux ganglio-

naire , en raison de l'impressionnabilité plus grande dont il est doué, doit être chez certains sujets plus fréquemment que chez d'autres, le point de départ des passions , ou le terme auquel elles viennent aboutir.

Si aux développemens qui précèdent nous ajoutons qu'une foule de causes morbiliques portant d'abord isolément leur action sur le système nerveux ganglionaire , viennent ensuite retentir sur le système encéphalique , et réciproquement , nous verrons que Tanatomie, la physiologie et la pathologie se réunissent pour nous démontrer que la nature est loin de se pré 1er à nos démarcations arbitraires, alors même qu'elles semblent le mieux fondées et quelles sont généralement admises.

Il faut nécessairement induire de "ces démonstrations, que l'appareil nerveux forme un tout continu, composé seulement de centres et de cordons, parties à la fois solidaires el indépendantes les unes des autres, mais concourant toutes au même but, au même résultat , c'est-à-dire, à la manifestation et à l'accomplissement des actes qui constituent la vie de l'individu , et que l'on désigne collectivement sous le nom de fondions d'innervation ; fonctions qui ne peuvent être comprises et expliquées, jusqu'à un certain point, que par l'indépendance et la solidarité réciproques dans lesquelles se trouvent les diverses parties dont se compose l'appareil ner-

( «.) veux. Comment, en effet, concevoir, sans Tune de ces conditions, la production des phénomènes sympathiques , soit dans 1 état normal , soit dans 1 état pathologique ?

Les cordons nerveux ne naissent pas de la substance grise de l'encéphale , comme l'indiquent généralement les ouvrages d'anatomie ; il est plus exact de dire que leurs extrémités périphériques, ramifiées dans les organes , se réunissent en filets de plus en plus distincts, qui vont se plonger dans l'encéphale et se continuer avec lui. Ce centre communique aux cordons qu'il reçoit une action particulière ; mais il ne les tient pas sous sa dépendance absolue , puisqu'ils se forment et se nourrissent sans lui; puisque, soustraits à son influence, ils conservent encore leur irritabilité et leur sensibilité.

Ces deux propriétés, qui appartiennent à l'ensemble de l'appareil nerveux , sont mises en évidence par des excitans extérieurs ou intérieurs; elles peuvent l'une et l'autre donner heu à la manifestation des mouvemens; mais il y a entre elles cette différence, que l'irritabilité résulte d'une cause physique dont les effets ne peuvent consister qu'en des mouvemens involontaires, tandis que les excitations diverses qui mettent en jeu la sensibilité sont transmises au cerveau, qui les perçoit, les élabore, et transmet à son tour l'influence nécessaire à la

( 18 ) détermination et à L'accomplissement des actes que les sensations réclament de nous.

Si, dans le voisinage des centres, les cordons nerveux peuvent facilement cire distingués en organes spéciaux du sentiment ou du mouvement, il n en est plus ainsi dans leur trajet, car leur structure et leurs fonctions tendent de plus en plus à se confondre par suite des communications fréquentes qu'ils ont entre eux. Relativement à ces modes de communication, il est digne de remarque que, d'une part , les anastomoses ne se font guère qu'entre les branches des nerfs sensibles et celles des nerfs moteurs; que, de l'autre, les rentlemens appelés ganglions existent seulement sur le trajet des nerfs destinés à la sensibilité, et quils acquièrent même un volume considérable dans les nerfs des sensations spéciales. Cette distinction est encore bien moins possible dans les dernières ramifications nerveuses, puisque par les dissections les plus minutieuses on ne parvient jamais à séparer la fibre sensible de la fibre contractile, intimement unies ensemble pour former la trame du tissu organique dont les propriétés vitales dévoilent la nature des démens qui le constituent.

La faculté de sentir est donc inhérente à toutes les parties de l'organisme vivant. Sans doute elle y est plus ou moins développée, suivant leur structure et les usages auxquels elles sont destint

sans doute aussi elle présente de nombreuses variations par rapport à la nature des impressions qui la déterminent et des phénomènes par lesquels elle se manifeste ; mais cette proposition n'en est pas moins avérée. On sait en effet que les antagonistes de Haller , en variant les modes de stimulation , sont, parvenus à développer la sensibilité dans les parties auxquelles cette propriété avait été refusée d'après les expérimentations de ce célèbre physiologiste. Ainsi Lecat, en irritant la dure-mère avec l'alcool ou en la grattant avec un cure-dent, a évidemment démontré la sensibilité de cette membrane. Ainsi Van-Swieten cite l'observation pathologique suivante, qui prouve incontestablement que les tendons ne sont pas insensibles. Une inflammation phlegmoneuse s'étant déclarée à la partie inférieure de la jambe , chez un sujet cacochyme , les collections purulentes se firent jour, et décollèrent la peau dans une grande étendue, surtout vers la malléole interne. En vain Boërrhaave recommanda-t-il au chirurgien qui donnait ses soins au malade, de ne pas toucher aux tendons entièrement dépourvus de leurs gaines ; celui-ci , prenant un de ces corps pour une portion de tissu cellulaire mortifié , le saisit avec une érigne et l'enleva. Mais tout-à-coup il survint des convulsions générales et une roidcur tétanique qui persista pendant quelques instans; « ipso momento ,

( 20) miser œger convulsus fuit totus à capite ad calcem, non immani dentivm stn'dore, sicque per aliquot momenta tetanodes foetus obrigtnt » (1).

De toutes les stimulations capables de provoquer la sensibilité , même dans les parties qui semblent n'en jouir que dune manière tout-à-fait obtuse , il n'en est pas de plus puissante que celle produite par la douleur, « Mais le sentiment aigu de la douleur, » dit Marc-Antoine Petit , qui n en épargne aucune , » qui s'y développe d'autant plus cuisant que la » sensibilité s'y trouvait plus cachée, prouve mieux » que l'œil de l'anatomiste et que son couteau , » que le droit de sentir est commun à toutes les » parties , et que la nature , en les rassemblant , )> n'a pas voulu faire siéger la mort avec la » vie » (2).

En examinant ce qui se passe chez les animaux placés au dernier degré de 1 échelle, nous voyons que la contraction fibrillaire est tellement soumise à la sensibilité , que ce n'est que par cette relation de cause à effet, quil est possible de reconnaître chez eux l'existence d'un système nerveux. Si de ces êtres nous passons à l'homme , nous vo\ ons que tous les mouvemens nécessités pour l'accom-

(1) Comment, in Herm. Boerrh. Jph. . tom. i , pag. 219. (i) Médecine du cœur. — Discours sur la Douleur,

pg '255.

plissement des fonctions organiques ou sensoriales , se trouvent sous la dépendance de cette propriété ; nous pouvons nous assurer encore que certains muscles se contractent sans la participation de la volonté, et par la seule influence d'un stimulus développé par la sensibilité mise en jeu : tels sont les muscles des ouvertures naturelles et ceux qui agissent sympathiquement avec eux.

Entre les impressions et les sensations , entre la sensibilité et les mouvemens, se trouve l'action cérébrale, comme intermédiaire nécessaire. Ce serait peut-être ici le lieu d'étudier le mécanisme de l'intelligence , éminente attribution dont la perfection place l'homme tant au-dessus des autres êtres 5 mais dans la crainte de nous égarer au milieu de considérations métaphysiques trop profondes, nous nous contenterons d'établir qu'elle comprend des phénomènes multipliés, qui sont tous des modifications de la faculté de sentir, et qui peuvent être compris dans les quatre divisions suivantes :

1.° Combinaisons intellectuelles, auxquelles appartiennent la perception des idées, l'attention, la réflexion, la comparaison, le jugement, la mémoire, le raisonnement, l'imaginât ion.

2.° Passions et affections. Elles comprennent les facultés affectives désignées par Gall sous les noms de sentimens , de penchans , de passions , telles que

l'amour, L'amitié, l'orgueil, 1 ambition, la vanité , etc. ; et certains modes d'action instantanés et passagers auxquels il a réservé le nom d'affections , tels que la joie , la colère, la frayeur, la crainte, la tristesse , etc.

3.° Volonté , liberté. Le premier effet de la sensibilité générale , c est le sentiment de l'existence , la connaissance du mm". Or, comme toutes les sensations semblent se réduire à deux élémens primordiaux, le plaisir et la douleur, on appelle volonté, la faculté qu'a l'individu de désirer les sensations agréables et d'éviter celles qui ïaffeck tent désagréablement ; de même on désigne sous le nom de liberté, cette autre faculté en vertu de laquelle, entre deux ou plusieurs besoins qu'il éprouve, il se détermine pour l'un plutôt que pour l'autre.

4.° Déterminations de la volonté. Elles comprennent les mouvemens volontaires, la voix , la parole, les gestes, l'expression de la physionomie.

Des notions physiologiques précédemment exposées, il résulte évidemment que la sensibilité, considérée d'une manière générale, est le point de départ et la condition sine q%é non de toute fonction d'innervation. Sans elle, en effet, point dïnlelkvtualisation, point de mouvemens réfléchis ni in\olontaires, point de nutrition, point de sécrétion ni d'émission <le leurs produits, point de vie, en m

( 23 ) mot ; car vivre, c'est sentir , comme Fa dit Cabanis avec beaucoup de vérité. Or, comme les excitans d'une nature quelconque sont indispensables au développement de cette propriété vitale , l'o,n peut établir que l'action de l'appareil nerveux ne se manifeste qu'en vertu de l'excitabilité dont il jouit.

On a comparé dans ces derniers temps les phénomènes de l'innervation à ceux de la circulation. Il est bien vrai que nous trouvons dans l'ensemble de l'appareil nerveux un système afférent, conduisant les impressions de la périphérie du corps à un centre commun , et un système efférent, transportant les déterminations de la volonté du centre à la circonférence ; il y aurait cette différence, pourtant, que la circulation nerveuse présenterait de fréquentes intermittences. Ce rapprochement conduit à l'admission d'un fluide subtil parcourant les cordons nerveux ; mais il en est de cette hypothèse , évidemment reproduite de la théorie des esprits animaux, par laquelle Willis, Sydenham et la plupart des médecins du dix-septième siècle se rendaient compte des phénomènes nerveux soit dans l'état de santé soit dans l'état de maladie; il en est, disons-nous, de cette hypothèse, comme de toutes celles imaginées pour expliquer le mécanisme de l'innervation , et qui n'ont jamais pu nous dévoiler . convenablement les secrets de la nature. Ce que nous savons de plus positif à cet égard, c'est que

^excitation nerveuse , pour se produire dune manière aormale , nécessite l'intervention et le concours du sang artériel, comme le démontrent

suffisamment les données de la science.

En observant le développement successif de l'embryon humain, nous trouvons des filamens nerveux parlout où existent des vaisseaux distincts. Dès que le cœur commence à se dessiner , nous apercevons à côté de lui un ganglion destiné à lui fournir sa vitalité et sa force d'impulsion ; nous voyons enfin l'organisation artérielle se perfectionner et se compléter en même temps que se perfectionne et se complète l'organisation nerveuse. Nous savons déjà que les divisions de l'appareil de l'innervation et celles de l'appareil vasculaire, après s'être fidèlement accompagnées dans leur trajet, se réunissent d'une manière de plus en plus étroite , et finissent même par se confondre complètement , précisément dans les parties où se produisent les excitations nerveuses et où les irradiations sympathiques trouvent leur point de départ. Ces dispositions toujours constantes peuvent-elles avoir d'autre but que de favoriser entre ces deux grands appareils organiques des rapports intimes réciproques également indispensables à la manifestation de leur action fonctionnelle respective?

Si l'œil reste trop long-temps fixé sur un objet vivement éclairé, celui-ci devient d'abord coloré,

( 25 ) puis complètement noir ; bientôt il n'y a plus de sensation visuelle , et pour qu'elle puisse se rétablir l'organe aura besoin de quelques instans de repos. Il est évident que, dans ce cas, la suspension momentanée de la vision ne reconnaît d'autre cause que l'épuisement de la sensibilité de la rétine , épuisement que la circulation artérielle est seule destinée à réparer , en fournissant pendant le repos les élémens qui doivent reproduire l'aptitude fonctionnelle de cette sur-face nerveuse.

La syncope , comme on le sait , détermine immédiatement la perte plus ou moins complète du sentiment et du mouvement, qui se rétablissent à mesure que le sang, abordant de nouveau vers le centre nerveux encéphalique, lui apporte les élémens nécessaires à son action physiologique. A la suite des hémorrhagies abondantes, on observe dans les fonctions d'innervation des désordres qui cessent dès que l'économie a réparé ses pertes. Enfin , lorsqu'une artère principale vient d'être liée, on constate assez habituellement une diminution notable de la sensibilité dans la portion inférieure du membre , jusqu'à ce que la circulation collatérale soit convenablement établie; et ces faits, choisis parmi tant d'autres qui pourraient être empruntés à la pathologie , ne sont pas moins démonstratifs que les données de l'anatomie et de la physiologie.

Ainsi donc , il faut reconnaître en principe que

l'innervation est le résultat de la combinaison de l'élément nerveux et de l'élément vasculaire. Quelle est maintenant la loi qui préside à cette combinaison ? quels sont les rapports qui s'établissent entre ces deux élémens? quelle est enfin la part pour laquelle chacun deux contribue à la manifestation de Faction nerveuse ? Ce sont là des questions qui resteront toujours peut-être entourées d'un voile impénétrable; mais, fort heureusement , leur solution, quelque satisfaisante quelle fut d'ailleurs, n'est pas nécessaire à la constatation de cette grande vérité physiologique entrevue déjà par Hippocrate , mentionnée et diversement interprétée par presque tous les auteurs modernes, mais dont les conséquences pathogéniques nous paraissent n'avoir été bien appréciées que par M. le docteur Cerise , dans son remarquable ouvrage que nous avons déjà cité, et auquel le prix Civneux a été décerné par l'Académie en 1840.

Ce chapitre, destiné à servir d'introduction, devait être terminé par les développemens qui ont eu pour but la démonstration d'un fait duquel découleront d'importantes déductions, à mesure que nous avancerons dans les considérations qui doives! faire l'objet principal de ce tra\ ail.

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